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Des animaux, des enfants et des hommes – 2 : F comme Futuroscope, F comme Feria

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Le Futuroscope a eu une idée brillante. Enfin, ses dirigeants, je suppose. Conclure un partenariat avec la Feria de Dax, pour que les « pitchouns » puissent assister à divers entraînements de tauromachie et à leur première (ou pas) corrida*. Yeah.

C’est prévu pour le samedi 11 août, admirez le programme !

Une cliente du Futuroscope, ulcérée qu’un parc d’attraction promeuve auprès des enfants la violence envers les animaux, a lancé une pétition dans l’espoir d’inciter le Futuroscope à revenir sur sa décision.

Si vous êtes contre la corrida ;
Si vous pensez que ce n’est de toute façon pas un spectacle pour les enfants ;
Si comme l’OVEO (Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire), vous pensez que c’est une éducation à la violence, y compris vis-à-vis des humains…

Merci de signer et faire circuler cette pétition.

* Mode humour noir : vous voyez bien qu’il n’y a pas qu’à l’école qu’on apprend.

Quand les grenouilles auront des dents…

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(Oui, je sais qu’elles en ont.)

Vous connaissez l’histoire de la grenouille plongée dans de l’eau que l’on chauffe ? Si on chauffe l’eau d’un seul coup, la grenouille saute et s’échappe. Si on chauffe tout doucement, la grenouille se rend compte du danger trop tard et finit ébouillantée.

C’est un peu ce qui m’est arrivé il y a 2 jours avec Fiston chez la stomatologue.

Vous vous rappelez peut-être, j’avais parlé dans mon projet de pages vertes des professionnels de santé (projet toujours d’actualité, mais je suis toujours coincée par le même problème) du formidable stomatologue que j’avais trouvé pour Fiston. Aka Dieu.
Eh bien depuis, malheureusement, Dieu est parti je ne sais où, et nous avons donc eu affaire à sa remplaçante.

Nous venions parce que Fiston a une dysplasie de l’émail et que la résine que Dieu lui avait posée sur les incisives pour en boucher les trous s’était fait la malle voilà déjà plus d’un mois (le temps d’obtenir un rendez-vous). D’où à nouveau quasi-impossibilité pour nous de lui brosser les dents en question, sans parler de la gencive qui s’était à nouveau inflammée.

La première fois, Fiston avait eu droit au masque avec le gaz hilarant. Tout s’était fort bien passé pour les autres dents, mais pour soigner les incisives, il n’était pas possible de laisser le masque en place, et il avait eu mal à la fin. Un peu aux dents, mais surtout aux gencives lorsque Dieu lui repoussait la lèvre pour dégager les dents. Il s’était débattu, j’avais aidé à le tenir en essayant de le rassurer tout en lui expliquant qu’il fallait qu’il ne bouge pas le temps que la résine durcisse (c’est rapide, mais quand même). Et Dieu nous avait dit que normalement il aurait dû polir la chose à la roulette mais que là il n’allait même pas essayer vu que Fiston pleurait encore parce qu’il avait mal aux gencives. Cela dit, le résultat était très présentable, facilement brossable, Fiston m’avait dit au bout de 2 jours « je n’ai plus mal à mes dents ! » avec un grand sourire.

Parfait, donc. Mais 6 semaines plus tard, au cours du brossage, la résine d’une des dents est partie, et sa voisine l’a imitée quelques jours plus tard.

Je savais que nous allions voir une remplaçante et non Dieu lui-même – à mon grand désarroi. Je savais que ça allait forcément être plus délicat puisque nous n’y allions pas d’abord pour une consultation mais directement pour une intervention. Je savais que c’était impossible d’utiliser le masque pour ces dents-là, et donc que Fiston allait avoir mal. Il le savait aussi. Il voulait demander qu’on lui retrousse la lèvre sans appuyer sur les gencives pour avoir moins mal, j’espérais que ça serait possible.
J’avais bien conscience aussi que Fiston allait être abonné à ce genre de soins, et à d’autres concernant sa bouche pour une bonne partie de son enfance et de son adolescence, et qu’il était d’autant plus important que ça se passe « bien ». J’étais donc là encore résolue à ne pas dire amen et à claquer la porte s’il le fallait.

Voilà, ça c’était ce qui était prévu.

Je ne sais pas si c’est parce que c’était un vendredi 13, mais tout est allé de travers très très vite.

Déjà parce que Fiston s’est réveillé 3h plus tôt que d’habitude, et ne s’est rendormi que 15 minutes avant que le réveil sonne. Lui comme moi étions sérieusement en manque de sommeil.

Ensuite, on aurait pu croire que ça allait s’arranger. Trajet jusqu’à l’hôpital sans histoires, même si Fiston m’a bien fait comprendre qu’il n’aimait pas y aller. Il a pu jouer dans la salle d’attente. Quand il m’a dit qu’il avait faim, j’ai commencé à grimacer intérieurement (il n’avait pas voulu petit-déjeuner, et le Fiston ne supporte pas très bien l’hypoglycémie). Il a bien compris qu’il pourrait manger après l’intervention et pas avant, mais s’il est entré sans protester lorsqu’on nous a appelés, il cachait quand même sa bouche derrière sa main.
Et là, la remplaçante, une personne jeune et jolie et sans doute charmante au demeurant, ne trouve rien de mieux à lui dire que « tu n’es pas très poli » parce qu’il n’a pas voulu bonjour. Ça commençait bien et j’aurais dû déjà réagir. Mais Fiston a eu l’air de s’en foutre tellement royalement, et surtout juste après il s’est mis à lui parler, à lui expliquer qu’il avait les dents cassées, que ça c’était son téléphone, que quand on lui tenait la lèvre comme ça il avait moins mal, qu’il avait 3 ans et demi mais qu’il n’allait pas à l’école… A priori le courant passait bien.

Bref, on explique le problème et on passe ensuite aux choses sérieuses. Fiston s’allonge sur le fauteuil, pas très à l’aise mais posant des questions, et la stomato commence à lui nettoyer les dents avec un coton-tige, doucement, en essayant de tenir la lèvre comme demandé. Sauf que ça fait mal, de nettoyer les dents abîmés, et Fiston commence à se tortiller un peu. Elle lui dit « Si tu as mal tu lèves la main et je m’arrête. » Fiston essaye de prendre sur lui, je le vois bien, donc il ne lève pas la main mais à la fin du nettoyage il a trop mal et se met à pleurer.

La suite devant être moins douloureuse, en tout cas pour les dents, on continue. La stomato lui montre les ustensiles, lui explique comment ça va se passer, et elle commence à mettre la résine, mais là ça ne va plus du tout. Elle me propose de m’allonger et de prendre Fiston sur moi pour le rassurer, ça ne marche pas tellement non plus, elle met la résine mais Fiston l’enlève avec sa langue et il faut tout recommencer. On lui met un peu le masque avec du gaz hilarant pour l’aider à se calmer, et quand ça va mieux, on reprend. La stomato finit par mettre la résine et la durcit avec sa lumière bleue, et moi qui ne vois plus rien vu que je suis sous Fiston je ne réalise pas à ce moment-là combien elle en met, j’imagine quelque chose dans le même genre que ce que Dieu avait fait, c’est-à-dire que même si on arrête là c’est gérable.

Mais en fait, non, elle a mis un énorme paquet de résine. Je n’exagère pas en disant qu’il y en a bien 15 à 20 fois plus que nécessaire pour reboucher le trou. On dirait que Fiston a un gros chewing-gum collé sur les dents, pour vous donner une idée du volume. Une fois le tout durci, c’est rugueux, informe, plein d’aspérités et de recoins, genre les cachettes idéales pour les bactéries en tout genre… Ça partait d’une bonne intention, je le sais bien : elle voulait faire en sorte que ça tienne plus longtemps cette fois-ci, mais maintenant il faut resculpter et polir tout ça à la roulette. Elle essaye de convaincre Fiston que c’est nécessaire qu’il ne bouge pas,  sinon on devra passer par une anesthésie générale, mais il a mal aux gencives et a trop peur, il se débat en m’agrippant et en hurlant « Maman ! protège-moi ! ». Moi j’ai juste entendu « anesthésie générale », j’ai le cerveau qui a court-circuité et je n’ai qu’une idée en tête : que Fiston se tienne tranquille pour qu’on puisse finir le boulot et nous tirer de là. J’ai vu ce qui recouvre ses dents, je n’imagine pas comment c’est possible qu’il reste comme ça ne serait-ce que quelques jours. Dans les 10 minutes suivantes, la stomato a dû parvenir à allumer 3 fois sa roulette et à polir un micro-bout de résine. Finalement, on laisse tomber, mais il y a eu de la part de la stomato et son assistante des « Je vais me fâcher », « Ça ne sert à rien de pleurer », « Si tu ne te calmes pas ta maman va sortir dans la salle d’attente », « Non, là je ne te fais pas mal, tu mens », le tout couronné par un magnifique « Eh bien, d’habitude j’ai des cadeaux pour les enfants sages mais toi tu n’as pas été sage donc tu n’auras rien » une fois qu’on a tout arrêté et que Fiston est redescendu de la chaise.

Alors oui, parfois je les ai remises à leur place. Le « ta maman va sortir » a été accueilli par un « certainement pas, je n’irai nulle part ». Le « tu n’as pas mal, tu mens » par un « il a mal aux gencives, ça ne passe pas en 2 secondes. » J’ai dû répondre à d’autres choses, je pense, mais je ne sais plus, ça s’est pas mal embrouillé dans ma tête. Le coup du cadeau pour les enfants sages, je sais que je n’ai rien dit, j’étais juste obsédée par l’idée de ce qui nous attendait. Et pendant ce temps-là, l’assistante me dit que le premier rendez-vous possible est pour dans 3 mois, qu’il faut qu’on prenne un rdv d’anesthésie, que Fiston restera une journée à l’hôpital, qu’il faudra une prise de sang une semaine avant, qu’il faudra que je signe tel papier, etc.
Pour un peu mieux comprendre ce qui se passe dans ma tête à ce moment-là, sachez seulement que non seulement j’ai une phobie de tout ce qui ressemble à un dentiste mais en plus que le principe de l’anesthésie générale me terrifie. Jusque-là, j’ai toujours réussi à l’éviter et à négocier une anesthésie locale lorsque je devais passer sur le billard. Le fait d’être inconsciente, de perdre tout contrôle, tout en étant à la merci d’inconnus, c’est quelque chose de terrorisant à mes yeux. Et là je dois l’envisager pour mon fils, en sachant en plus qu’il y a toujours un risque lors d’une anesthésie. Que je ne connais pas le service en question, je ne sais pas si on peut l’accompagner jusqu’à ce qu’on l’endorme, si on peut être là quand il se réveille. Bref, je suis  tétanisée.

Je suis sortie de là abattue, et en colère contre tout le monde. Contre la stomato et son assistante, bien sûr, qui ne figureront pas dans les pages vertes si j’arrive à les faire exister un jour – même si je me doute bien qu’une bonne partie de ce qu’elles ont pu dire était dû à la panique. Contre moi, bien entendu. Un peu contre Fiston aussi. Fiston qui n’avait pas voulu se rendormir cette nuit, Fiston qui « m’obligeait » à lui prévoir une anesthésie générale, et Fiston qui, avant même de sortir et que ses larmes soient séchées, s’était remis à papoter, en demandant pourquoi la stomato n’était pas contente, s’il allait pouvoir jouer dans la petite maison qui se trouve dans le hall d’accueil de l’hôpital, bla bla bla. Je comprends, un peu, que nos interlocutrices aient pu penser que c’était de la comédie. Un peu seulement, parce que c’est un service spécialisé pour les enfants de 2 à 10 ans, et qu’il me semble qu’on pourrait attendre des gens qui y travaillent un peu plus d’expérience dans ce domaine. Un enfant de 3 ans qui a mal et / ou peur peut hurler et se débattre une minute, et la minute d’après (ou quasiment), s’il voit qu’il n’a plus de raison d’avoir peur (c’était le cas puisqu’il était descendu de la chaise) et qu’il n’a plus mal (la douleur aux gencives est passée en quelques minutes), se montrer tout à fait joyeux. Ça n’en fait pas un menteur.

L’après-midi, j’étais au 36e dessous. Naë m’a écoutée, ça m’a fait du bien. La pharmacienne chez qui j’ai été acheter le bain de bouche et le gel prescrits par la stomato m’a également réconfortée sans vraiment s’en rendre compte. Fiston, lui, était en pleine forme et comme d’habitude – heureusement, la résine ne lui fait pas mal à la lèvre. Le Barbu m’a quand même trouvée dans un triste état le soir en rentrant.

J’ai très mal dormi cette nuit-là. Certaines choses se sont précisées au fur et à mesure que la nuit s’écoulait et je n’en reviens toujours pas. Ce qu’elles ont dit, ce qu’elles ont fait, ce que j’ai fait, laissé faire ou dire… Et c’est là que j’ai compris que je m’étais retrouvée comme la grenouille dans l’eau qui chauffe tout doucement. Prise dans un engrenage. Ignorant certaines choses dans le feu de l’action, en venant à penser que la fin (ne pas avoir 3kg de résine sur 2 dents, pouvoir les brosser facilement et surtout éviter une anesthésie générale) justifiait les moyens (tenir Fiston, tenter de le raisonner alors qu’il m’appelait à l’aide, ne pas l’écouter lui), et préférant me focaliser, même de façon idiote ou maladroite, sur Fiston qui hurlait en essayant de se réfugier dans mes bras plutôt que de me prendre le bec avec celles qui le traitaient de menteur tout en regardant leur montre.
J’ai réalisé que Fiston n’était en rien fautif, qu’il n’avait fait que réagir sainement en se défendant devant des adultes qui exigeaient bien trop de lui pour rattraper leurs erreurs de jugement. Que c’était la stomato qui avait merdé en évaluant mal la situation et en lui collant autant de résine sur les dents. Quand elle essayait de faire tenir Fiston tranquille, elle lui disait que ce serait fini dans 10 minutes s’il ne bougeait plus. 10 minutes de roulette pour un gamin de 3 ans déjà terrorisé et qui a mal ?  Que moi j’avais merdé en me laissant entraîner. Mais pas lui.
J’ai réalisé aussi que Dieu, lui, aurait arrêté bien avant.
Je me suis dit aussi qu’on aurait pu se servir d’un gel anesthésiant pour les gencives de Fiston, pour qu’il n’ait pas mal. Pourquoi la stomato n’y a-t-elle pas pensé alors qu’elle m’en a prescrit un ensuite pour pouvoir mieux lui brosser les dents ?
Je me suis dit que moi-même j’aurais pu le préparer mieux avant, pas seulement en le prévenant de ce qui allait se passer mais aussi en lui donnant de l’homéopathie, des fleurs de Bach, que sais-je, pour l’aider à ne pas avoir peur le jour J. Que je me suis arrêtée au fait que ça allait forcément faire mal vu qu’on ne pourrait pas utiliser le masque, et que je n’ai pas cherché plus loin.
J’aurais pu aussi commencer par une consultation et non directement une intervention, tant pis si ça agravait un peu l’état de ses dents à cause du délai supplémentaire, et peut-être que j’aurais eu un feeling suffisamment mitigé au cours de la consultation pour ne pas donner suite avec ce médecin.

Bref, ce matin j’ai demandé à pardon à Fiston de ne pas avoir su le protéger, de ne pas l’avoir écouté. Je lui ai promis qu’on ne retournerait jamais voir ce médecin (il a répondu « d’accord », comme c’est bizarre). Je ne sais pas encore si on passera par l’anesthésie générale ou si je vais trouver une autre solution : j’ai 3 mois pour chercher, et j’espère bien être un peu plus à la hauteur la prochaine fois.

Le mot de la fin revient à Fiston. Vendredi soir, quand on reparlait des évènements de la matinée, je lui ai demandé s’il pensait que j’avais bien rempli mon rôle de maman. Réponse, sans rancune mais sans appel non plus : « Non. »
Effectivement.