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S’occuper d’abord de soi…

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C’est un des pièges les plus classiques de l’éducation non violente, il me semble : à force de nous occuper de nos enfants, de nous efforcer de répondre à leurs besoins (en les confondant parfois avec leurs envies), d’être les plus respectueux possible, vient le moment où l’on néglige complètement nos propres besoins : et à force de repousser toujours nos limites, on finit lessivés, plus vraiment respectueux de quiconque, et même en burn-out pour certain(e)s.

La théorie est simple : pour bien s’occuper des autres, il faut d’abord s’occuper de soi-même. On peut remplacer le verbe « s’occuper » par « respecter », « accompagner » et sans doute bien d’autres, ça marche à tous les coups. Qu’on parle de réservoir affectif – qui, s’il est vide, ne peut pas remplir celui des autres -, de fatigue, de disponibilité physique et mentale, on est tous d’accord. En théorie. Mais pour toutes sortes de raisons, la mise en pratique est difficile quand on est parent. Alors que les enfants, eux, savent très bien le faire, spontanément.

On dit de l’enfant, jusqu’à ses 7 ans environ, qu’il est égocentrique. Centré sur lui-même. Et que c’est après qu’il va pouvoir devenir altruiste, tourné vers les autres.
De mon point de vue, c’est exact – ce qui n’empêche pas un enfant de 2 ou 3 ans d’être serviable ou de montrer de l’empathie, par exemple.
Et personnellement, je mets cela en relation avec le fait de savoir d’abord prendre soin de soi pour prendre soin des autres : les premières années, l’enfant apprend avant tout à s’occuper de lui-même, à se respecter, à se construire. Ensuite seulement, il sera en mesure de s’occuper des autres.

Il y a quelques jours, Fiston me l’a démontré – une nouvelle fois – de manière éclatante.

Posons le contexte : la matinée s’est bien passée, chez des amies. Tellement bien que Fiston est très triste de devoir partir après le déjeuner. L’après-midi, nous devons aller nous promener avec d’autres amis, mais le rendez-vous est annulé, ce qui chagrine encore un peu mon bonhomme. Du coup, nous décidons d’avancer l' »opération fleurs » prévue pour le lendemain : Fiston étant fou de fleurs, je lui ai promis qu’on irait dans une jardinerie pour qu’il se choisisse une plante fleurie, celle qu’il voudrait.

En fin d’après-midi, nous nous mettons en route : la jardinerie est à 16 km, mais 2 jours plus tôt, le Barbu m’a parlé d’un raccourci. Je me dis que je vais tenter le coup, et je quitte la route habituelle. En fait, je vais me paumer et rajouter 4 ou 5 km au trajet.
Finalement, nous arrivons : Fiston jette son dévolu sur un petit kalanchoe rouge, nous trouvons un cache-pot de la même couleur. Puis il tient à m »‘offrir » (avec mes sous, d’où les guillemets) un saint-paulia. Je le laisse également choisir un paquet de graines de capucines, puis je réussis à trouver pour moi des gants de jardinage sans cuir (youpi).

Entre-temps, nous avons croisé un vieux con qui s’est permis de me sortir « Elle n’est pas aimable, votre petite fille » parce que Fiston l’avait regardé sans sourire, sacrilège ultime (ce qui m’a rappelé un jour où, au supermarché, une dame avait fait exactement la même remarque à ma mère, pour les mêmes raisons. Je devais avoir à peu près le même âge que Fiston, et ce jour-là j’étais de mauvais poil, je n’avais pas envie de sourire à une inconnue, point. Je me suis fait engueulée et j’ai dû sourire à la dame. Le vieux con, lui, a hérité d’un « vous non plus » en passant, ce qui a dû lui faire avaler son dentier d’indignation – j’en sais rien, je ne me suis pas retournée – et le conforter dans son opinion qu’il n’y a plus de jeunesse, m’âme Michu, de mon temps les enfants respectaient les vieux et maintenant, regardez-moi ça, enfants-rois, parents démissionnaires, laxistes, scrogneugneu. Et encore, il n’a pas su que c’était pas une fille).

Bref ^^

Passage à la caisse, et là, je me dis : merde. Je viens de me souvenir que mon chéquier est vide. Je n’ai pas de CB sur moi. Je regarde dans mon porte-monnaie : 3€. La plante de Fiston en coûte 2,50, donc on la prend, mais on doit laisser le reste. Tout ça pour ça. Soupir.
J’explique ce qui se passe à Fiston, en lui disant qu’on reviendra demain pour chercher le reste.
Fiston comprend bien, mais en a gros sur la patate : « Je suis triste qu’on puisse pas prendre ta plante, maman. » « J’ai peur que d’autres gens emportent le pot rouge et qu’il soit plus là demain. » « Je suis tout déçu. » Le tout d’une petite voix chagrinée, mais calme.

On remonte dans la voiture. Fiston est toujours triste. « Et toi, maman, tu es déçue aussi ? Pourquoi ? » et aussi : « Est-ce que tu seras encore triste demain ? »
On rentre à la maison, on met la plante dans un cache-pot, on arrose. Mais Fiston est toujours triste et déçu. Moi aussi, et je m’en veux.
Je lui tends les mains pour le consoler. Mauvaise idée : Fiston tape dedans. Fort. Aïe !

(J’envie beaucoup les parents dont les enfants se laissent consoler… Ici, c’est exceptionnel. Quand je demande à Fiston si je peux faire quelque chose quand il est contrarié, triste, en colère, la réponse est non. Je ne me souviens que d’une fois où il m’a dit que oui, je pouvais lui faire des bisous. Le reste du temps, quoi que je propose, c’est non, non, non. « Tu peux pas. »)

Bref (bis).

Fiston, réalisant ce qu’il a fait : « Tu n’es pas contente, maman ? » Eh non, je ne suis pas contente. Je lui dis que j’ai mal, je lui demande s’il veut faire quelque chose pour que j’aille mieux : non, il est trop triste. Ok, j’en ai marre, je me mets sur l’ordi pour travailler un peu, histoire de penser à autre chose.
Fiston, au bord des larmes (l’effet « maman pas contente« ), me demande si je vais être « pas contente toute la journée ». Je le rassure sur ce point, mais je suis toujours en pétard. Il dit qu’il a faim, je réponds qu’il a des jambes, des mains avec des doigts, et qu’il peut aller se servir tout seul – ce qu’il fait. Juste après, en pleurant, il me dit : « Je te rendrai contente quand je ne serai plus triste, maman. »
Sur le coup, je ne percute pas plus que ça, mais après 2 minutes encore de bouderie (de ma part), je prends sur moi et lui demande si je peux faire quelque chose : non, évidemment.^^ Je lui dis que je suis là si besoin, même si je suis encore énervée.

Après 10 minutes, il vient me trouver : « Je ne suis plus triste ! Je vais te rendre contente, maintenant ! » Et il me dépose un bisou tout tendre sur une main, puis sur l’autre. Ma colère s’envole aussitôt ; Fiston et moi nous mettons à rire, complices, de nouveau heureux d’être ensemble.
Et Fiston de conclure : « On n’est plus tristes ! La tristesse, elle est partie au boulot, et elle ne reviendra pas ! »

Je te rendrai contente quand je ne serai plus triste.
Je ne peux pas prendre soin de toi tant que je suis si mal, mais je pense à toi et je serai là pour toi dès que j’irai mieux.

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Chantage, punitions, obéissance et coopération

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L’autre jour, j’ai eu au bout du fil un très bon ami à moi qui vit au Canada depuis quelques années. Cela fait près de 2 ans qu’on ne s’est pas vus, et s’il savait depuis le début que le Barbu et moi avions opté pour une éducation non violente de Fiston, il s’est montré très étonné d’apprendre que nous ne le punissions jamais. Ni ne le récompensions, d’ailleurs. Bien que lui-même soit totalement opposé à toute violence physique envers les enfants, l’idée de ne pas utiliser la punition ou la récompense lui a paru très étrange.

Sa question ne m’a pas étonnée, étant donné que j’avais connu les mêmes interrogations en découvrant l’ENV : « Mais comment fais-tu pour qu’il obéisse ? »

Bonne question. Il n’obéit pas. Ce n’est pas le but.
J’ai répondu à mon pote : « Quand tout va bien, il coopère volontiers. » Et je lui ai donné un exemple qui l’a un peu scotché, et que je partagerai avec vous à la fin de ce billet.

Alors, déjà, on va se débarrasser de la tentation de prétendre que les enfants éduqués sans punitions ni récompenses sont des petits anges et que c’est le bonheur tout le temps. Non, pas du tout. Comme avec n’importe quels autres enfants et parents, il y a des jours avec et des jours sans. Des jours en montagnes russes. Des jours en enfer. Des jours où tout roule et où tout le monde s’éclate.
Oui, certains jours, on se dit qu’on aimerait bien un enfant qui obéisse sans discuter, juste parce qu’on lui dit de faire ceci ou cela et qu’on est ses parents. Ou parce qu’on va appliquer un moyen de pression pour qu’il obéisse : chantage, punition, récompense. On se console comme on peut en se disant que ce n’est qu’une phase, et aussi que les enfants punis n’obéissent de toute façon pas plus au bout d’un moment, mais la tentation est là.
Mais.

Mais les jours où tout roule, c’est un bonheur immense de savoir que notre enfant n’obéit pas, mais coopère de son plein gré. Qu’on prend soin les uns des autres parce qu’on est une famille, qu’on s’aime, pas parce que l’un des membres de cette famille a peur de / est manipulé par un autre membre. Et ces moments-là qui, chez nous, sont les plus nombreux, rachètent mille fois les autres.

Attention. Pas de punitions, ça ne veut pas dire que l’enfant peut faire tout ce qui lui passe par la tête sans qu’on réagisse. Pas du tout. Mais ce qui fait la différence de notre approche, c’est que, en théorie du moins, on n’agit jamais CONTRE l’enfant, mais POUR quelqu’un ou quelque chose.

Quelques exemples de comportements qui posent problème, et les réactions que cela peut entraîner dans les 2 approches.

1/Des cris, des cris

Fiston se met à crier pendant le repas. Des hurlements stridents, et il trouve ça très amusant de me casser les oreilles malgré mes demandes de calme.

  • Approche n°1, chantage : « Si tu n’arrêtes pas tout de suite, tu seras privé de… (télé, sortie, dessert, etc.) »
  • Approche n°2, punition : « Au coin jusqu’à ce que tu te calmes. » ou « Très bien, tu es privé de… » ou « File dans ta chambre, et tu y restes jusqu’à ce que je te dise d’en sortir. »
  • Approche n°3 : « J’ai besoin de calme pendant que je mange, et tes cris me font mal aux oreilles. Si tu veux continuer à crier, je te fais sortir de la pièce jusqu’à ce que j’aie fini de manger. »

Est-ce que vous voyez la différence entre les approches ?
Toutes les 3 ont bien entendu comme but premier de sauvegarder mes oreilles et ma tranquillité. Mais le moyen mis en oeuvre pour y arriver est bien différent.

  • Dans la première, je menace l’enfant, pour le faire arrêter, de sanctions qui n’ont aucun rapport avec le comportement gênant, qui ont juste pour but de lui occasionner une gêne ou de le rendre malheureux. Quel rapport entre les cris et la télé (qu’on n’a pas, d’ailleurs), une sortie, ou un dessert ? Aucun. C’est juste que moi, en tant que parent, j’ai actuellement le pouvoir de priver mon enfant de certaines choses, et j’utilise ce pouvoir pour le faire obéir. Aucun rapport avec la choucroute (végé, bien sûr), et je me demande quelle leçon l’enfant peut bien en tirer, à part : tu me fais chier, je te fais chier 10 fois plus, ça t’apprendra.
  • Dans la deuxième, soit je saute l’étape du chantage, soit elle n’a pas fonctionné : je passe donc à la sanction. Mais là encore, il n’y a aucun rapport entre le crime et la peine, si je puis dire. J’exerce mon pouvoir pour rendre mon enfant malheureux, comme une vengeance du fait que lui m’ait pourri mon repas.

Dans les deux premiers cas, j’agis CONTRE l’enfant.

  • La troisième approche n’a pas forcément l’air fondamentalement différente, mais pourtant elle l’est. Tout ce que je veux, c’est que ma demande légitime de calme soit respectée. J’agis POUR moi, pour protéger mes oreilles et l’ambiance de mon repas. Comme je n’ai pas l’intention de déménager dans le bureau avec mon assiette et ma fourchette, ni de manger avec des boules quiès, je fais sortir l’enfant s’il continue ses cris, MAIS je n’agis pas CONTRE lui. Je ne cherche pas à le rendre malheureux ni à me venger. S’il va dans le jardin pour crier, parfait. S’il se met à jouer avec ses petites voitures dans le couloir, très bien, tant mieux pour lui. S’il préfère aller bouquiner dans sa chambre, il a ma bénédiction. J’espère bien qu’il trouvera une occupation et qu’il va s’éclater. Il reviendra de bonne humeur, je le serai aussi car j’aurai pu finir mon repas dans le calme, et il y a de fortes chances pour que l’ambiance soit infiniment meilleure ensuite.

2/ La politesse

En ce moment, on essaye de rendre Fiston conscient de l’importance de la forme. Un exemple parmi d’autres : Fiston a les cheveux longs (jusqu’au milieu du dos pour une bonne partie), mais ils ne sont pas tous assez longs pour tenir dans l’élastique quand on lui fait une queue de cheval. On lui met donc des barrettes en plus. Comme Fiston a les cheveux très lisses, pour peu qu’il s’agite un peu ou qu’il y ait du vent, les barrettes glissent et il a les cheveux dans les yeux, ce qu’il déteste au plus haut point.
Dans ce cas, il nous demande de remettre ses barrettes, ce qu’il ne peut pas faire seul. Ok. Sauf que quand la demande est formulée dans un hurlement, ça ne nous convient pas du tout. Quand il rajoute un « s’il te plaît », mais sur le même ton agressif, ça ne va pas non plus. On insiste donc pour qu’il nous demande ça poliment, correctement au minimum.
Précisons également que s’il veut qu’on lui coupe les cheveux, on s’exécutera (PAN !). Pas de gaîté de coeur (j’aime vraiment les cheveux longs chez les garçons, et Barbu est long-chevelu aussi), mais sans discuter, en s’assurant simplement qu’il a bien compris les conséquences et qu’il s’agit d’une vraie demande, pas d’une lubie qui va durer 2h suivie de 2 ans de regrets. Il y a qq semaines, par exemple, il voulait qu’on lui coupe. J’ai attendu 2 jours d’être sûre en lui demandant régulièrement, ensuite je lui ai proposé de lui couper, il a dit « demain ». Le lendemain, rebelote. Et ainsi de suite. Bon. Donc on n’a pas coupé. Si les cheveux longs étaient notre seule décision et que Fiston n’avait pas son mot à dire sur le sujet, notre réaction serait quelque peu différente.

Voici donc la situation : Fiston est décoiffé par le vent, à sa grande indignation, et il me hurle de lui remettre les barrettes.

  • Approche n°1 : je lui remets sans rien dire, ou en reformulant à sa place.
  • Approche n°2 : je lui demande de reformuler sa demande plus poliment. Il refuse. Je le préviens qu’il va être puni, ou alors je lui remets les barrettes et je le punis (cf le premier exemple, approche chantage ou punition).
  • Approche n°3 : je lui explique que lorsqu’il me parle ainsi, je ne me sens pas respectée et que ça ne me donne pas envie de lui rendre ce service. Je lui rappelle que je peux lui couper les cheveux s’il le souhaite, et ainsi il ne sera plus gêné. Tant qu’il ne baisse pas d’un ton au minimum (je ne vais pas m’obstiner jusqu’à ce qu’il parle doucement en disant « s’il te plaît » et « ma petite maman chéri » si je vois qu’il est super énervé par le vent, je lui demande juste un effort dans le sens de la politesse dans ce cas), je fais grève des barrettes. ^^ Soit il se résigne à avoir les cheveux dans la figure, soit il finit par me demander un peu plus correctement de lui remettre les barrettes, ce que je fais en le remerciant de son effort. On en reparlera éventuellement plus tard à froid en réexpliquant.

Je peux choisir l’approche n°1 si je vois que ça ne va vraiment pas (par ex s’il s’est mis un cheveu dans l’oeil et qu’il a mal), ou si je suis de super extra bonne humeur et en méga-top-forme (mais dans ce cas je vais sans doute plutôt essayer de transformer ça en jeu, en rugissant à mon tour jusqu’à ce qu’on se marre tous les 2).
L’approche n°2 ne me couvient pas plus ici que dans le premier exemple. Aucun rapport entre le comportement gênant et la solution.
L’approche n°3 est celle que je choisirai le plus souvent. Je ne cherche pas à le rendre malheureux, mais c’est lui qui me demande un service, lié à une décision de sa part (garder les cheveux longs, même si je suis très contente que ce soit le cas), le minimum syndical à mes yeux est de me parler correctement. Je ne demande pas un grand sourire ni des petites fleurs dans la voix, ni même forcément un « s’il te plaît », mais je ne suis pas là pour me faire engueuler, je suis là pour voir le défilé.

3/ La politesse, la même chose mais en différent.

Une situation qui a l’air semblable, mais qui ne l’est pas du tout. Ce n’est pas du vécu, c’est arrivé à un de mes neveux il y a de nombreuses années, on me l’a raconté.
Neveu doit avoir dans les 2-3 ans, il est à la crèche avec d’autres enfants, c’est l’heure du goûter. Il refuse de dire « merci » quand on lui donne un gâteau.

  • Approche choisie : privé de goûter et au coin tant qu’il ne veut pas dire merci (et comme il ne voudra pas, il ne goûtera pas ce jour-là).

À part pour la mise au coin dont je ne vais même pas parler – je pense que vous avez saisi le fond de ma pensée sur ce sujet -, la privation de goûter ressemble à l’approche n°3 de la grève de la barrette. Qu’en pensez-vous ?
Ça y ressemble autant que du tofu rosso au thon à la méditerrannéenne. Mais le tofu n’est pas mort en suffoquant, et les 2 approches sont en réalité très dissemblables.

  • D’ailleurs, laquelle aurais-je choisie en l’occurrence ? J’aurais laissé l’enfant manger son goûter en lui expliquant que cela serait plus agréable pour moi qu’il me remercie. Et pourquoi.

Pourquoi ces deux cas sont-ils si différents à mes yeux ?

Déjà, dans le cas du goûter, l’enfant a faim. Et je prends la faim d’un enfant très au sérieux. Ce n’est pas comme une faim d’adulte. Eux sont en train de grandir et de se développer dans tous les sens.
Ensuite et surtout, à moins d’organiser un goûter autour d’une pièce montée, l’enfant de 2-3 ans peut se servir seul. Certes, c’est l’adulte qui met à disposition les gâteaux sur une assiette, ou le pain et le chocolat, ou les fruits, les compotes, etc. Mais ensuite l’enfant peut se débrouiller. Le priver de goûter, en l’occurrence, ce n’était pas refuser de faire un effort (aller remettre les barrettes) en réponse à un ton désagréable, c’était l’empêcher de se servir et de manger (et donc faire un effort supplémentaire soi-même dans le but de rendre l’enfant malheureux, puisque le goûter était déjà sorti et disponible pour les autres enfants).

Si Fiston me demande sur un ton désagréable de lui donner la compote à la petite cuillère, je lui réponds gentiment qu’il peut aller se faire empapaouter. Cela fait longtemps qu’il mange ses compotes tout seul, il n’a pas besoin de moi pour ça. C’est juste que parfois ça lui fait plaisir, ou alors il est flemmard, ou a envie de faire autre chose en même temps (dessiner, par ex). S’il me le demande gentiment ET si je suis d’accord pour le faire (si je suis moi-même en train de manger, par ex, en général ça sera non sauf pour une bonne raison), très bien, je lui donne la becquée. Sinon, empapaoutage. Mais je n’irai certainement pas refermer sa compote sous son nez parce qu’il ne m’aura pas dit « merci » (par contre, la prochaine, il pourra aller se la chercher tout seul, non mais oh).

Voilà pour les 3 exemples.

La limite est fine…

Maintenant, en pratique, ce n’est pas toujours si simple. La limite entre punition et conséquence peut être très fine. Ajoutez une louche de fatigue, un zeste de mauvaise foi et vous vous retrouvez en train de menacer votre enfant d’une punition déguisée.
Un exemple qui dans un cas sera honnête mais pas dans l’autre.

Comme beaucoup de monde, si je suis fatiguée, je suis beaucoup moins patiente. Logique.

  • Fiston se réveille la nuit. Cela lui arrive de temps en temps, mais en général il se rendort vite après avoir bu (la cause de réveil la plus fréquente) et moi aussi. De temps en temps, par contre, il rate le train du rendormissement, et du coup pendant au moins 1h30 il va être en pleine forme. Mais moi, pas trop, et ça me met plutôt de mauvais poil de songer que là je pourrais être en train de dormir, que les heures filent, et que demain je vais être crevée alors que lui non et que la journée va être très difficile.
    Donc dans ces cas-là, si Fiston m’empêche de me rendormir, je vais lui dire fermement que moi j’ai besoin de dormir pour être en forme, que si je suis crevée demain je vais être d’une humeur de chien et absolument pas patiente avec lui et qu’on va passer une journée de merde. Alors qu’il ne dorme pas, c’est son problème, mais qu’il me laisse dormir, merci. Et ensuite je fais la morte. En général au bout d’un moment il se tait, ou alors se raconte des histoires à voix basse et je me rendors avant lui.
    (Bon, c’est si tout va bien chez lui, hein ? S’il est malade, a fait un cauchemar, a peur de quelque chose, je mets ma fatigue au second plan le temps que ça aille mieux.)
  • Deuxième cas de figure en apparence identique, Fiston se réveille et ne se rendort pas. Mais cette fois-là, je ne suis pas fatiguée, d’ailleurs en fait je n’étais pas encore couchée parce que j’écrivais un article pour le blog, ou je travaillais, ou je regardais un film sur mon ordi. Donc en fait mon problème n’est pas du tout le même que dans le cas précédent. C’est juste que je veux du temps pour moi, point barre. Ce qui est légitime, hein, mais comme je sais que l’argument « maman fatiguée -> maman chiante » est bien compris par Fiston en général, je vais être très tentée de l’utiliser plutôt que de m’embarquer dans une discussion philosophique sur pourquoi je préfère, là, tout de suite, écrire un article sur l’accompagnement respectueux plutôt que de le mettre en pratique. ^^
    Peut-être même, mauvaise foi aidant, que je vais être tentée d’en rajouter un peu, du style : si tu ne me laisses pas me reposer (menteuse ! tu ne te reposais pas !), demain je serai trop fatiguée pour aller au parc avec toi.(ouh la menteuse ! c’est seulement parce que tu auras veillé jusqu’à 4h du mat’, que tu seras trop fatiguée, pas à cause de lui !)
    Pour le moment, je n’ai jamais été hypocrite à ce point avec Fiston. Mais je ne me crois pas à l’abri pour autant. 😉

Et la coopération, alors ?

Pour finir, l’exemple de coopération de Fiston que je racontais à mon copain :

Quand le Barbu va chez l’ostéopathe, Fiston et moi-même l’accompagnons. L’ostéo a une petite locomotive qu’elle lui prête volontiers et que Fiston adore. Le cabinet de l’ostéo se situe au premier étage d’un vieil immeuble (comprendre sonore et mal isolé), juste au-dessus du cabinet d’un kiné. Parfois le kiné est là, parfois non.
La première fois que Fiston a accompagné son père, le kiné n’était pas là. Fiston a pu jouer à faire rouler la locomotive comme il a voulu, notamment sur le parquet, sans souci.
La fois suivante, 3 mois plus tard (il n’avait pas encore 3 ans), il commence à faire rouler la locomotive sur le parquet, à toute vitesse. Ça faisait un boucan du diable. Je demande à l’ostéo si le kiné est là, la réponse est oui.
J’ai donc expliqué la situation à Fiston en lui demandant soit de faire rouler la locomotive sur le tapis, soit de la faire rouler doucement pour ne pas trop faire de bruit. Il a coopéré sans problème, en sachant pourquoi, et durant toute l’heure qu’a duré la séance, je n’ai pas eu besoin une seule fois de lui rappeler de ne pas faire trop de bruit pour le kiné en dessous. Et pourtant il savait (enfin, par défaut) que s’il n’obtempérait pas il ne serait ni réprimandé ni puni.

Qu’aurais-je fait s’il avait continué à faire beaucoup de bruit ? J’aurais bien entendu réexpliqué le problème en formulant autrement, en l’impliquant dans l’énoncé des solutions ; j’aurais pu essayer de dévier son attention vers autre chose. Si rien n’avait eu d’effet, je serais probablement descendue avec lui pour qu’il joue dans la salle d’attente (avec la loco ou d’autres jouets), ou on serait sortis se balader.

Et si j’avais été seule avec lui, moi sur la table de l’ostéo et lui en train de jouer trop bruyamment par terre ? Si les 2 premières approches avaient échoué, je l’aurais probablement prévenu que s’il continuait, j’allais demander à l’ostéo de reprendre sa locomotive, tout en essayant ensuite de lui trouver une autre occupation.

Encore une fois, le but n’aurait pas été de le (menacer de le) rendre malheureux, mais de protéger le besoin de calme du kiné et de ses patients dans les limites de mes possibilités.