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Enfants & alimentation – 2

Par défaut

Pour lire le premier billet, c’est ici.

Personnellement, avec Fiston, je dirais que j’ai mal commencé mais bien continué.

Mal commencé parce que biberon depuis la naissance, et qu’à la maternité où j’étais on devait respecter 3h minimum entre chaque repas et ne pas dépasser les doses prescrites (les mêmes qu’on ait affaire à un bébé de 2,5 kg ou de 4 kg). Fiston était grand, et il avait faim. Je n’osais pas passer outre les recommandations des puéricultrices, de peur de commettre un infanticide involontaire (ouaip, carrément). Une fois rentrée à la maison, j’ai pris plus d’assurance et laissé tomber ces normes-là.
Diversification entamée à 6 mois, vaillamment, comme une brave petite maman-soldat de 2008. Armée d’une cuillère, de purées, de sourires, de chansons, de courage pour cette nécessaire corvée. Dévorée d’inquiétude quand Fiston refusait une saveur (OMG, il ne va JAMAIS vouloir manger de la carotte) ou ne finissait pas son petit pot. Pleine d’allégresse quand il attaquait la cuillère en rigolant, boulottait tout et faisait ensuite une grosse sieste, digestion aidant (oué, j’ai trouvé un moyen de le faire dormir !).

Et puis j’en ai eu marre. Marre de suivre des recommandations à la noix, qui changeaient plus ou moins radicalement toutes les décennies (entre-temps, ma mère m’avait montré ses fameux cahiers). Marre de ne pas manger en même temps que Fiston (ben oui, fallait que je tienne la cuillère, que je chante, que j’encourage, que je fasse le pitre, et quand ça s’éternisait, je finissais par avoir faim). Marre de craindre tout et son contraire. Marre, marre, marre.
Je me suis mise à table avec Fiston, j’ai mangé, il a voulu goûter à tout. Le Barbu a lu alors les recommendations de Bledina sur une pub, quelque chose du genre : jusqu’à 3 ans, l’enfant a des besoins bien spécifiques (sous-entendu VOUS, pauvres parents, n’êtes pas foutus de savoir quoi lui donner), et seuls des petits pots étudiés par des spécialistes (ce que VOUS, pauvres parents, n’êtes pas) sont en mesure de lui fournir tous les nutriments si importants (souligné 3 fois) à son âge.
En gros, libre à vous de donner à votre enfant autre chose que des petits pots Bledina (ou autre Nestlé), mais c’est risqué et c’est votre enfant qui va en faire les frais. Bande de criminels.
J’ai haussé les épaules (les messages publicitaires ont rarement plus d’effet chez moi) et nous avons basculé du côté obscur de la parentalité. Fiston buvait toujours quelques biberons, mangeait toujours les purées et compotes qu’il aimait, et le reste du temps on lui donnait ce qu’il réclamait en provenance de nos assiettes. Il a avalé son dernier biberon à 14 mois, et à partir de là a mangé grosso modo la même chose que nous.

En fait, j’en avais parlé dans un de mes premiers billets sur ce blog, à propos de l’IEF et de l’apprentissage : « Après le début de la marche en solo de Fiston, j’ai balancé aux orties tous les chiffres, les mesures, les normes et cie. » La marche en solo, c’était pour ses 15 mois. Et les chiffres, les mesures, les normes, ça a valu aussi pour la nourriture, que ce soit ce qu’il mangeait que la façon dont il la mangeait.

Concrètement, à partir de là, comment ça s’est passé ?

Qu’a-t-il mangé ? Ce qu’il a voulu. Je ne me souciais pas de préparer des repas équilibrés. Comme je le disais dans le billet n°1, équilibrés selon qui, et selon quelle norme, de quelle époque ? Ça change tout le temps, alors… Inspirée, il est vrai, par le Dr Zermati (dont la méthode ne s’adresse qu’aux adultes, précisons, pour les reconnecter avec leurs sensations et besoins alimentaires bousillés par quoi, je vous le donne en mille ? Eh oui, leur éducation, justement. Je vous conseille la rubrique Zermati et moi du blog Pensées de ronde pour en savoir plus – évidemment, qui dit blog dit ordre anti-chronologique et il vous faudra retrouver vous-mêmes les premiers billets pour y comprendre quelque chose), je faisais confiance à Fiston pour sentir ce dont il avait besoin et m’en faire part. Ce qui veut dire que lorsque, pendant des mois, son régime a été essentiellement constitué de pâtes, saucisses soja et fruits, sans aucun légume, j’ai laissé faire, sans stresser (j’en parlais déjà ici, ainsi que de la tenue à table : pour ce dernier point, je complète simplement en indiquant que 5 mois plus tard, Fiston ne mange plus qu’assis, et ne se lève que lorsqu’il a fini sans qu’on ait eu besoin d’intervenir). Attention, je pouvais me permettre de ne pas stresser car Fiston débordait d’énergie, ne tombait pas plus malade qu’un autre – et même plutôt moins -, bref, affichait une santé éclatante.

Précision importante : lorsqu’il y a un an, toute la maisonnée est devenue végétarienne, bien évidemment cela a demandé des ajustements. Fiston me réclamait du jambon, je disais non en expliquant pourquoi. On a trouvé des alternatives qui lui plaisaient (jambon végétal, les fameuses saucisses soja) et qui répondaient manifestement aussi bien à ses besoins. Son corps s’adaptant aux nouveaux choix qui lui étaient offerts, ses goûts ont évolué – les nôtres aussi.

Autre précision, non moins importante : ni le Barbu ni moi-même ne sommes des modèles de comportement alimentaire. Pour parler de ma pomme, j’ai été éduquée à finir mon assiette et à manger parce que c’était l’heure, faim ou non. Question poids, j’ai fait le yo-yo toute ma vie, avec une fourchette de 5 à 10 kg lorsque j’étais ado, et de 20 kg plus tard. J’ai mangé sans faim ; j’ai fait des régimes à la con, même si moins cons que Dukan ; j’ai navigué de comportements boulimiques en pesée minutieuse de tous mes aliments ; j’ai connu une période où je faisais un repas tous les 2 jours tout en me trouvant trop grosse, alors que les autres me qualifiaient de « menue » – à ma grande surprise et incrédulité -, période s’étant finie par une tachycardie et des attaques de crampes dans tout le corps, des pieds à la gorge, dues à de graves carences en magnésium et B6 (détail amusant, on m’a prescrit pendant des mois du Magné-B6 et des bêta-bloquants en pagaille, mais sans une seule critique au sujet de mon alimentation : il faut dire que je n’étais à l’époque pas végé, donc elle ne pouvait pas poser problème, n’est-ce pas ?) ; à d’autres moments, au contraire, je mangeais tout le temps. Fiston m’a beaucoup plus vue grignoter en cachette, m’empiffrer devant mon écran sans prêter attention à ce que je mangeais et bouffer en réponse au stress ou à des émotions négatives que prêter attention à mes sensations de faim et à mes besoins – même si le passage au végétalisme a fait évoluer les choses dans le bon sens.
Bref, vous voyez le tableau.

Revenons à nos marrons.
Sur un des forums que je fréquente, une intervenante avait été très surprise par cette façon de faire. Elle pensait pour sa part que le goût, ça s’éduque forcément. Que si on les laissait faire, les enfants développeraient des addictions au sucre et cie, ne mangeraient que des bonbons ou des gâteaux, et que hors du contrôle parental, point de salut concernant l’équilibre alimentaire.
Fiston avait 2 ans et demi à l’époque. Et il montrait déjà une aptitude tout à fait naturelle à la régulation. S’il avait envie de ne manger que des gâteaux un jour, pas de pb, il ne mangeait que ça. En général le lendemain il se jetait sur les fruits et inutile de lui proposer un gâteau, il n’en voulait pas. C’était possible car il n’y avait pas d’interdit sur les gâteaux, pas de diabolisation. Attention, je les achetais en fonction de certains critères, bien entendu (bio et / ou végétaliens, par exemple), mais ensuite ils étaient à sa disposition et il pouvait en manger autant qu’il le voulait. Je l’aurais laissé sans sourciller en manger à se rendre malade s’il l’avait voulu, convaincue qu’une bonne indigestion sans gravité est bien plus parlante que tous les discours et qu’il n’aurait pas recommencé. Il n’a jamais été jusque-là.
Chez ses grands-parents, il mangeait beaucoup de cochonneries industrielles. J’avais d’ailleurs dit à ma mère de ne pas le limiter. J’aurais préféré qu’elle lui propose autre chose comme gâteaux, mais puisqu’elle lui donnait ça, autant le laisser en manger autant qu’il en voulait. Après 2 jours chez mes parents, de retour à la maison, pendant 2 ou 3 jours il réclamait du pain, de la pomme, des saucisses soja… Tout sauf des gâteaux !
Idem pour l’appétit, il y avait des jours où il ne mangeait quasi rien. La semaine d’après, il dévorait. Et il avait une pêche d’enfer dans tous les cas.
J’avais conclu par : « Mon seul boulot, de mon point de vue, c’est de mettre sur la table des aliments suffisamment sains et variés pour que mon fils puisse y trouver ce dont il a besoin et lui ficher la paix pour le reste. »
La forumeuse avait rebondi sur « des aliments suffisamment sains et variés » en m’opposant un exemple de famille-malbouffe où l’idéal de repas serait un macdo-chips. Clairement, dans ce cas, je ne pouvais pas défendre une alimentation « à la zermati » pour les enfants. Non ?
Eh bien si. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ce point est revenu plusieurs fois dans la discussion, comme si les adeptes de « l’adulte doit apprendre à l’enfant comment bien manger » ne parvenaient pas à digérer l’argument. Une famille chips & macdo, c’était pas l’environnement rêvé pour « zermatiser », effectivement. Mais je ne voyais pas en quoi « le libre choix entre chips et macdo » ou « l’obligation chips et macdo » étaient vraiment différents. L’enfant ne boufferait que des chips et du macdo dans les 2 cas, donc en fait où se situait le problème du libre choix dans ce contexte ? Il n’était pas pire que l’autre option.

Bref, on a « zermatisé » avec Fiston. On ne l’a jamais forcé à goûter quelque chose (honnêtement, même si je comprends l’intention, je trouve ça violent d’obliger par principe un enfant à goûter sous prétexte qu’il ne peut pas savoir s’il aime ou pas sans goûter. Déjà, où est le problème s’il ne se rend pas compte à 3 ou 4 ans qu’en fait il aime les petits pois ? C’est vraiment si grave ? Ensuite et surtout, il n’y a pas que le goût qu’on sent sur nos papilles qui fait qu’on aime ou non un aliment. La couleur, la texture, l’aspect, l’odeur, la provenance, ça joue aussi. J’ai jamais eu besoin de goûter le foie de veau, étant ado, pour détester ça. Rien que l’odeur suffisait à me donner envie de vomir. Qu’on m’en serve toutes les semaines n’a fait que confirmer ce que je savais déjà), à finir son assiette, à manger ses légumes avant son dessert. Il a mangé ce qu’il voulait, dans l’ordre qu’il voulait, il s’est resservi comme il a voulu. S’il voulait s’enfiler un grand bocal de petits pois-carottes au goûter, ok. Si au dîner il demandait des céréales sucrées, ok aussi. Certains jours, il ne faisait qu’un petit repas. D’autres jours, il mangeait toutes les 2 heures. Les limites, c’était celles de la vie en société, par exemple : il faut en laisser pour les autres ; s’il me dit qu’il veut des pâtes et qu’ensuite, quand elles sont prêtes, finalement il veut du riz, ce sera probablement niet. Il ne sera pas obligé de manger les pâtes, par contre moi je ne me remets pas aux fourneaux, qu’il se débrouille avec ce qu’il trouve dans les placards ou le frigo. Ce genre de choses.

Le « résultat » ? Je mets des guillemets parce que je n’aime pas trop ce terme : je trouve un peu présomptueux d’affirmer que le comportement alimentaire de Fiston est dû à 100% à notre façon de faire – mais une chose est sûre : ce n’est pas de l’imitation :P.

Fiston mange maintenant de tout. Cela correspond rarement à la quantité exacte qu’il a dans son assiette. Soit il en laisse, soit il en redemande, et je trouve ça super. Il est complètement connecté à sa faim, et ne laisse pas des portions arbitraires lui dicter son appétit. C’est valable pour tout, y compris les gâteaux ou ses tartines du matin. Du gâchis, selon certains. C’est un point de vue que je ne partage pas (plus). Déjà, parfois, il finit sa part plus tard. S’il laisse des pâtes dans son assiette, je les remets dans la casserole avec les autres si on est entre nous. Idem pour les céréales qui restent dans son bol – il les mange « à sec » -, je les remets dans le paquet. Ensuite, quand bien même on doive jeter ce qu’il ne finit pas… Nos corps ne sont pas des poubelles. Je pense que c’est ce que j’ai lu de plus important chez Zermati, alors je le répète, et en gras : mon corps n’est pas une poubelle. Ni celui de Fiston. Ni celui des autres. Ni le vôtre, au cas où vous en douteriez. Manger sans faim pour finir une assiette, que ce soit la sienne ou non, parce qu’on n’aime pas gâcher, c’est autant du gâchis que jeter la nourriture. On n’en retire aucun plaisir, notre corps n’en tire aucun bienfait : dans le meilleur des cas après quelques heures ça se retrouvera dans les toilettes, et plus probablement en cellulite sur les hanches ou en dépôt dans les artères. Je préfère la poubelle, merci – qui chez nous, de plus, avec une alimentation presque à 100% végétale, est en général le tas de compost.
Je ne sais pas à quel point c’est lié à sa liberté alimentaire, mais Fiston ne s’empiffre pas de sucreries. À Pâques, s’il mange un œuf entier, c’est le bout du monde – et il va le faire en plusieurs fois. L’autre jour, j’avais préparé des barres à la figue (qui déchirent) pour le Barbu, et Fiston les avait trouvées super bonnes. Il en a pris une, puis en a réclamé une autre mais il n’en restait plus : j’en ai refait. Il a entamé la deuxième en poussant des « mmmh ! C’est drôlement bon ! Je me régale ! », mais arrivé à la moitié il m’a tendu le gâteau en disant « je n’ai plus faim ». Et pourtant, ce sont de très petites barres, comme je les taille.

À noter cependant que je l’ai restreint sur les gâteaux à un moment. À cause de l’état de ses dents (dysplasie de l’émail, soins pas évidents, pansements tombant au bout de qq semaines, etc). J’avais établi la règle « tant que tes dents ne sont pas réparées, gâteaux 1 fois par jour, et ensuite on brosse tes dents. » Curieusement, c’est pendant cette période-là qu’il a été le plus demandeur et accro au sucré. Il a encore une dent non réparée, mais la règle n’existe plus, et devinez quoi ? Il ne demande plus de gâteaux, cela fait au moins 2 ou 3 mois que je ne lui en ai pas achetés ou faits. L’exemple des barres aux figues ci-dessus, c’était l’exception (1 gâteau et demi !) qui confirme la règle. Pour donner un exemple, cet après-midi, nous sommes allés faire quelques courses dans notre supermarché habituel. Fiston a traversé le rayon « gâteaux » sans un regard pour aller prendre une boîte de haricots verts, et ensuite il a déclaré à la caissière qu’il voulait des haricots pour le goûter – ce qu’il a fait une fois rentré.
Ça ne durera peut-être pas, il est possible qu’à certains moments il redevienne friand de gâteaux : eh bien, soit, il en remangera à sa convenance.

Pour conclure : il y a quelques jours, il m’a donné une belle leçon de sagesse alimentaire, et c’est ce qui a motivé l’écriture de ces 2 billets car je me suis dit qu’il avait vraiment tout compris.
Nous étions en train de manger une compote crue (pomme-pêche) pour le goûter. J’ai dévoré la mienne en un rien de temps. À côté de moi, Fiston prenait son temps, dégustait, trempait à moitié sa cuillère et mangeait en commentant avec enthousiasme. Il a jeté un œil vers mon bol : « Tu as déjà fini, maman ? C’est parce que tu trouvais ça bon ? » J’ai confirmé, et Fiston de déclarer :
« Moi je ne suis pas comme toi. Moi, quand je trouve que quelque chose est très bon, je le mange tout doucement pour que ça reste plus longtemps dans ma bouche. »

À votre avis, qui éduque qui ? 😛

Enfants & alimentation – 1

Par défaut

C’est un sujet angoissant chez bien des parents : comment mangent leurs enfants. Assez ? Trop ? Suffisamment équilibré ?
En toile de fond, des peurs terribles : pourvu que mon enfant ne devienne pas obèse, ou au contraire trop maigre ; pourvu qu’il n’ait pas de carences ; pourvu qu’il ne devienne pas anorexique ou boulimique.
Une certitude, implantée par le discours ambiant : il faut APPRENDRE à (bien) manger aux enfants.
Pourvu que. Il faut que.
La culpabilité est déjà là.

En général, lorsque nous nous retrouvons devant notre premier enfant (et même parfois devant les suivants), nous sommes assez démunis. Entre notre propre expérience d’enfant, les recommandations officielles de l’année et les conseils de l’entourage qui pleuvent, on ne sait plus où donner de la tête. Ça commence dès la naissance, et ça va continuer… allez, pendant toute la vie de l’enfant. Oui, même quand il sera adulte, il n’y a qu’à voir la difficulté qu’ont certain(e)s à faire accepter – sans même parler de comprendre – leur végéta*isme à leur famille. Bien des gays végétariens disent que leur coming out à propos de leur sexualité a été beaucoup plus facile que celui à propos de leur alimentation.

Bref. Commençons par le commencement, par ce nouveau-né qui hurle de faim, ou au contraire qui est un peu stone après l’accouchement. Suivant les époques et les lieux, on a conseillé – ou carrément ordonné :

– de le faire jeûner pendant 2 jours (oui oui, vous imaginez l’horreur ? un nouveau-né, nourri 9 mois non-stop jusque-là, et brusquement un jeûne de 2 jours. Bienvenue sur Terre) ;
– de lui donner de l’eau sucré ;
– de le mettre au sein d’une autre, le lait de sa maman étant le pire pour lui (yep) ;
– de lui faire boire tant de ml d’un biberon, et ne pas s’arrêter tant qu’il n’a pas tout bu ;
– de le mettre au sein (de sa mère, cette fois) quand il réclame ;
– …

Liste non exhaustive.

Pour les mois suivants, on a (eu) droit à la supériorité du biberon sur l’allaitement, ou l’inverse, à la culpabilisation dans les 2 cas, à l’allaitement – naturel ou artificiel – à la demande, à heure fixe, ou un mix des 2. À tel âge il faut les passer à tant de biberons / tétées par jour. Diversification le plus tôt possible, ou au contraire pas avant 6 mois, et un nouvel aliment à la fois.
Quand moi et mes frères étions bébés, ma mère suivait les recommandations de l’époque. Elle a retrouvé les cahiers sur lesquels elle notait (!) nos repas : à 4 mois, on enfournait des repas jambon-purée-épinards, assis dans notre chaise haute. Elle trouvait étrange qu’il ne soit pas question de diversifier Fiston dès 3 mois.

À l’heure actuelle, on recommande le début de la diversification vers 6 mois, il me semble (ça a pu changer en 4 ans). En tout cas, peu importe que l’enfant soit demandeur ou non, ça commence à cet âge-là, pas plus tôt, pas plus tard. On a un joli tableau coloré, avec quels aliments à introduire dans quel ordre. Gaffe aux allergies. Et bien sûr, le tout mouliné. Enfin, de nos jours on dit « mixé ». Moulinons, mixons, peu importe, mais tout le monde est d’accord : sus aux morceaux !
Ce qui fait qu’il va falloir ensuite batailler avec les bébés, une fois qu’ils seront bien habitués aux purées lisses, pour introduire ces fameux morceaux qu’on avait éliminés avec tant de soin jusque-là. Eh bien oui, pensons à leur futur : ils seraient quand même bien ridicules si une fois ados ils ne mangeaient toujours que des purées, n’est-ce pas ? Donc donnons-leur des morceaux, forçons-les, c’est pour leur bien – à côté de ça, en dehors des repas, on va s’ingénier à les empêcher de porter tout et n’importe quoi à leur bouche ; peut-être qu’ils auraient pu, pour la plupart, se débrouiller tout seuls dès le départ avec des morceaux de trucs qui se mangent, finalement.
Et il va falloir qu’ils goûtent à tout, au moins une bouchée ou une cuillerée, même s’ils n’aiment pas : on appelle ça l’éducation au goût – au passage, réalisons que les bébés nourris au lait maternisé pendant leurs 6 premiers mois n’ont eu droit qu’à un seul et unique goût, une seule et unique texture depuis leur naissance : ça ne facilite certainement pas les choses pour la suite et on ne peut guère leur reprocher de bouder la nouveauté pour certains.

Faut-il absolument du lait de vache pour que l’enfant grandisse (bien) ? Le fameux lait de croissance, vous savez. Les yaourts, comment faire pour que mon enfant en mange alors qu’il ne les aime pas ?
À ce propos, dans le célèbre J’élève mon enfant de Laurence Pernoud, édition 2008 (cadeau non demandé ^^), j’avais lu quelque chose qui m’avait bien fait rigoler alors même qu’à l’époque je n’avais pas encore remis en cause le sacro-saint dogme du lait bovin indispensable et que j’en consommais moi-même beaucoup. On nous affirmait que le lait (de vache, donc) était indispensable. In-dis-pen-sa-ble. Quelques lignes plus loin se trouvait un petit encart sur les enfants intolérants aux lactoses et le fait qu’il allait alors trouver une alternative au lait de vache.
Indispensable, mais finalement on arrive à s’en passer. Curieux. ^^

Faut-il qu’ils finissent leur assiette – version 1 culpabilisante : pense aux enfants du Tiers-Monde qui n’ont rien à manger ; version 2 façon chantage affectif : une cuillère pour papa, une cuillère pour maman, si tu dis non c’est que tu n’aimes pas ton papa ou ta maman – ou non ? Doit-on les forcer ? Les restreindre s’ils réclament plus ? S’ils sautent un repas, vont-ils mourir d’inanition ou est-ce normal ? Faut-il les ralentir s’ils s’empiffrent ? Les speeder s’ils lambinent ?
Il faut que leur alimentation soit équilibrée. Mais équilibrée comment ? Sur un repas ? Sur la journée ? Sur la semaine ?
Équilibrée selon les recommandations de quelle année ? 2012 ? 2002 ? 1982 ? 2022 ?
Et selon qui ?

Que de questions, n’est-ce pas ? Et tellement de réponses différentes, dont aucune ne fonctionnera pour tous les enfants… Il y a de quoi se noyer.

Le deuxième billet sera consacré à mon expérience personnelle avec Fiston.