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Documentaire – Être et devenir

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Ce blog est un peu laissé en jachère ces temps-ci, par manque de temps. On y reviendra. Sachez, pour ceux qui nous suivent, que les chats sont toujours vautrés, les enfants toujours non-scolarisés, que les sujets abordés sur ce blog nous (pré)occupent toujours et que ce n’est pas près de s’arrêter – et que cela fait maintenant un an que nous sommes installés dans notre maison.

Cet après-midi, Naë et moi sommes allés à Paris voir un documentaire qui agite beaucoup le milieu non-sco ces jours-ci (positivement, pour une fois) : Être et devenir, par Clara Bellar.

Voici déjà l’affiche :

affiche_etre_et_devenir

et le synopsis :

Être et devenir propose, pour la première fois sur grand écran, des récits d’expériences et des rencontres qui explorent le choix de ne pas scolariser ses enfants, de leur faire confiance et de les laisser apprendre librement ce qui les passionne.

Le chemin de découverte de la réalisatrice nous emmène à travers quatre pays, les États-Unis, l’Allemagne (où il est illégal de ne pas aller l’école), la France et l’Angleterre. Ce film est une quête de vérité sur le désir inné d’apprendre.  (99 minutes)

Le site mis en lien plus haut propose aussi la bande annonce, une revue de presse, le détail des séances en France, une liste de ressources sur le sujet, etc.

Le synopsis parle de chemin de découverte. Effectivement, pour situer le contexte, Clara et son mari vivaient entre 3 pays, et quand leur premier enfant est né, ils ont cru qu’ils seraient obligés de choisir un pays quand il aurait l’âge de rentrer à l’école. Puis ils ont découvert que non, peut-être pas, qu’il y avait une autre voie. Ils ont d’abord été surpris voire choqués, puis intéressés et curieux, même si un peu sceptiques, puis conquis après être allés voir de nombreuses familles dans 4 pays, familles dont, pour la plupart, les enfants n’étaient jamais allés à l’école. Le documentaire retrace leur parcours.

J’avais très envie de voir ce film, bien évidemment, surtout après avoir vu passer de nombreuses réactions enthousiastes sur les listes de discussion que je fréquente. Sa sortie en salle est très confidentielle pour le moment, seulement quelques salles en France qui proposent pour certaines un débat après le film. C’était le cas du cinéma où nous sommes allées aujourd’hui : débat en présence de Clara, de son mari et de Catherine Dolto.

Passons au documentaire en lui-même.

L’intro est un peu particulière et peut refroidir. On y voit Clara poser enceinte devant un photographe : moi qui ai du mal avec les séances photo en général, j’étais très mal à l’aise pendant tout ce passage, mais surtout je me demandais un peu ce que ça venait faire là. Naë, qui n’a pas du tout le même ressenti que moi vis-à-vis des séances photos, n’a pas vraiment compris non plus le rapport avec la suite.

Mais tout le reste est vraiment extraordinaire. On était une petite quarantaine dans la salle, je dirais, Naë et moi-même, bien qu’étant déjà plus que convaincues puisque Fiston et Loulou, qui ont respectivement presque 6 ans et 4,5 ans, n’ont jamais mis les pieds à l’école et qu’on fait de l’informel, nous avons eu les larmes aux yeux – voire un peu plus – un paquet de fois.
Des moments très drôles (ah, la tarte ^^), des moments poignants : un film très émouvant, qui devrait être sponsorisé par un fabricant de mouchoirs, parce qu’au cours du débat qui a suivi il y avait aussi un paquet de gens qui étaient super émus, qui tremblaient littéralement, qui pleuraient presque. Y compris la réalisatrice, d’ailleurs, à certains moments.

Je pense que c’est vraiment un magnifique documentaire à voir absolument, qu’on ait des enfants scolarisés ou non. Même si on n’a pas d’enfants et qu’on ne prévoit pas d’en avoir, d’ailleurs. Mais, si possible, avec un débat derrière pour avoir une vision plus large de l’instruction informelle. De n’avoir toujours choisi que des cadres vraiment beaux pour filmer les familles, souvent des jardins publics, de n’avoir filmé aussi que des familles avec père-mère et fratrie peut donner l’impression que les apprentissages autonomes sont réservés en priorité aux gens proches de la nature, voire bobos, en couple, et avec plusieurs enfants. Alors qu’il y a aussi des parents solos dans des petits appartements parisiens, des enfants uniques (coucou !). Certains spectateurs, à la fin du film, avaient aussi eu l’impression que les parents non sco étaient pour la grande majorité enseignants. Dans le documentaire, oui, mais ce n’est pas forcément représentatif de la réalité : même s’il y a effectivement une bonne part d’enseignants, c’est loin d’être la majorité.

Donc le débat est important pour recadrer les choses. Comme je le disais plus haut, il s’agit d’un documentaire que Clara et son mari ont réalisé quand eux-mêmes découvraient la possibilité d’IEF et n’étaient pas encore convaincus du bien-fondé ou de la faisabilité de la chose, donc je pense qu’ils se sont peut-être un chouia focalisé sur des gens qui avaient des points communs avec eux : beaucoup voyagent (Clara vit entre 3 pays), l’accent est beaucoup mis sur le côté artistique (Clara est actrice et chanteuse, son mari est metteur en scène), etc.

Pour conclure, ce film ouvre le débat, mais ne prétend pas du tout à l’exhaustivité, il dit juste : regardez, c’est possible, et voyez comme ça peut être formidable.
Et les gens en ressortent vraiment secoués (dans le bon sens du terme). Merci, Clara, pour avoir fait ce film.
Il y avait même aujourd’hui dans la salle une femme qui venait à toutes les séances, et franchement je la comprends : il y aurait des séances à côté de chez moi, je ne me contenterais pas d’une non plus.

Justement, j’attendais d’avoir vu le film pour bouger (je n’aime pas parler de choses que je n’ai pas vues) : maintenant je suis très motivée pour en parler autour de moi et essayer de convaincre la salle de ciné du patelin voisin de le programmer.

Appel

J’en profite pour lancer un appel à ceux et celles qui sont en région parisienne et qui auraient envie de voir ce film : le cinéma St André des Arts (dans le 6e) a programmé 3 séances supplémentaires à des horaires un peu + pratiques (jusque-là c’était 13h, en semaine c’est moyen), et en fonction du monde qu’il y aura dimanche à 17h40, ils décideront de programmer ou non des séances supplémentaires. Alors, si vous avez envie de le voir et que vous êtes dans le coin, allez-y ce dimanche si vous pouvez !

Pour les autres, vous pouvez également soutenir la sortie en salle de Ếtre et devenir en commandant le DVD actuellement en souscription.

Des animaux, des enfants et des hommes – 10 : C comme Compétition, C comme con

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La compétition, ça rend con.
Pas toujours, pas tout le monde. Mais quand même.

Cette année, on a inscrit Fiston à 2 cours de sport. Un de gymnastique, pour les 3-5 ans. Et un dit « multisports » pour les 4-6 ans, où il va pouvoir découvrir l’athlétisme et un certain nombre de sports collectifs.
Il était demandeur. Moi, ça m’a permis de découvrir que de nos jours on ne disait plus « frisbee » mais « ultimate », et depuis je me couche moins bête. Sans compter que lorsqu’il en fera, ça sera trop classe de pouvoir balancer négligemment que mon fils, il fait de l’ultimate.

Pour les 2 activités, il y a eu un cours d’essai auquel j’ai assisté, plus par curiosité qu’autre chose car dès les cours commencés, Fiston ne faisait plus attention à moi et se concentrait sur le(s) prof(s) et ses petits camarades. Il est ressorti très content des deux, donc hop, inscription, et depuis il s’y éclate.

Mes impressions à moi, après ces 2 premiers cours ? Ils sont très différents. Si j’ai trouvé le premier vraiment chouette, j’étais plus mitigée sur le second.
Déjà, les enfants étaient plus grands et ça se sentait : ça se bousculait, ça criait, ça hurlait « tu veux ma main sur la gueule ? » – aboyé par un minot de 4 ans, le menton levé, ça surprend -, les profs ont dû faire un rappel à l’ordre plusieurs fois. Fiston m’a dit en sortant qu’il y en avait un « qui embêtait tout le temps tout le monde ». Quant aux profs, ils sont sympas bien qu’assez classiques. Mais quand même sympas, donc ça va.
Non, ce qui me gêne plus, c’est l’aspect compétition (d’un autre côté, vu le titre du billet, vous pouviez vous en douter).
Ils ont commencé par l’athlétisme, et dès le début, les profs ont constitué 2 équipes et ont compté les points pour voir qui gagnait. Il y avait des enfants qui s’en foutaient complètement, d’autres qui étaient déjà pas mal dedans, mais ce n’était rien à côté des parents. Dès qu’il y a eu compétition entre leur(s) gamin(s) et ceux de l’équipe d’en face, certains se sont transformés en hooligans.
J’exagère à peine.

C’est une chose qui m’étonnera toujours. Comment, par la simple magie de rassembler plus ou moins arbitrairement des personnes dans une même équipe, elles (ou leurs parents, dans le cas présent) vont se mettre à détester immédiatement les autres. Quitte à les aimer à nouveau quelques minutes plus tard si par hasard ils se retrouvent dans la même équipe.
Sérieusement ?
Ça m’échappe.

Toujours est-il que ce jour-là, dès que les profs ont amorcé la compétition entre les 2 équipes, il y a eu des parents – pourtant normaux jusque-là – pour se transformer instantanément en créatures gueulantes et essouflées.
Il y en a même eu un du haut de son gradin qui s’est manifestement retenu de justesse de traiter son fils de débile profond – « Putain, mais c’est pas vrai, ça ! Avance, bordel ! » suivi d’un facepalm – parce que le gamin (4 ou 5 ans), qui faisait un relais pour la première fois de sa vie, oubliait de se mettre à courir au moment voulu et que les profs devaient le lui rappeler.
Oh-my-god.

La semaine d’après, on a tenté le même cours, avec les mêmes profs, mais à une autre heure : plus tranquille, moins d’enfants – encore qu’il en vient des nouveaux chaque semaine pour le moment -, des parents ne hurlant pas dès que leurs chérubins courent moins vite ou moins droit que les autres… Beaucoup mieux.

Il faut dire aussi que maintenant les profs – qui ont oublié d’être cons – emmènent les enfants faire du sport de l’autre côté du stade.
Là où il n’y a pas de gradins.
Loin, très loin des parents. ^^

Enfants & alimentation – 3

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Pour lire le premier billet, c’est ici. Le deuxième, c’est .

Je ne comptais pas faire de 3e volet à la série « Enfants & alimentation », mais une visite sur le site de Blédina m’a laissée tellement consternée qu’il fallait que ça sorte. Promis, c’est le dernier. ^^

Blédina, je vais m’adresser directement à toi. Tout d’abord, excuse-moi de te prendre comme cible, je suis convaincue que la plupart des autres ne valent pas mieux que toi, mais voilà, c’est ton site que j’ai visité, ça tombe sur toi. Et puis avec tes 50% de parts de marché dans le domaine de l’alimentation infantile en France, je suis sûre que tu t’en remettras fort bien.

Ça a mal commencé entre nous, dès la page d’accueil.

Ton logo, qui annonce fièrement : « Du côté des mamans ». Tu m’excuses, j’ai pas la télé ; et j’ai beau avoir utilisé quelques-uns de tes produits il y a 3 ou 4 ans, ça m’a surprise.
Effectivement, si l’on en croit ton site, Blédina, le père n’existe quasiment pas. Pourtant un certain nombre de bébés en ont un – ou même deux, parfois -, d’ordinaire pourvu de 2 mains, parfois même d’une main gauche et d’une main droite, et tout à fait apte à leur donner à manger, fût-ce tes petits pots, non ? Aurais-tu déjà entendu parler du sexisme ? du partage des tâches ? du féminisme ? de l’homoparentalité ? du XXIe siècle ? du…
Bon, laisse tomber.

Venons-en aux choses sérieuses, et pour commencer la prise par les sentiments. Tu ne parles pas juste de « votre bébé » ou « votre enfant », non. Blédina, tu es le meilleur ami des mamans, alors tu le leur montres en utilisant le bon vocabulaire. Dans tout le site nous retrouverons savammant distillés les « votre petit bout », « votre petit trésor », « votre bout de chou ».
Et alors, moi qui pensais que tu te contentais de fabriquer et vendre de la nourriture infantile, profonde était mon erreur et je m’en repends. En fait, Blédina, tu es un vrai club de pédiatres à toi tout seul, une encyclopédie de la puériculture. C’est bien simple, une fois qu’on a mis les pieds chez toi, inutile d’aller voir ailleurs, tout y est : la grossesse, le développement de l’enfant, son éveil, sa socialisation, son sommeil, le « transport » et j’en passe, sans oublier les conseils aux mamans (hein ? les papas ? qui ça ?) : tu nous parles même de rééducation du périnée. Ah, Blédina, comment ne pas t’aimer ? Comment ne pas te rester fidèle ?
Bon, pour le périnée, je t’avouerais que j’ai eu des doutes sur le fait que tu saches où ça se trouve ou comment ça se rééduque vu la photo que tu as choisie pour illustrer la page en question. Puis je me suis dit que c’était par délicatesse : un peu comme dans les pubs pour les serviettes hygiéniques où on utilise toujours un liquide bleu pour faire la démonstration de l’incroyable pouvoir absorbant de la chose, on nous montre ici une rééducation périnéale grâce à un massage du haut du dos – le rouge, le sang, c’est sale, et le périnée se situe juste sous les omoplates, comme c’est pratique.
On comprendra facilement qu’au sujet des maux de la grossesse, c’est pas toi qui vas nous parler des hémorroïdes. Ni du probable vidage d’intestins pendant l’accouchement.
Bref, Blédina : complet, rassurant et délicat, les mamans n’ont besoin que de toi.

Enfin… à condition de correspondre à l’image d’Épinal de la femme enceinte puis de la maman que tu nous présentes : heureuse, épanouie, comblée, éventuellement quelques vergétures et kilos en trop – temporairement -, éventuellement les omoplates tombantes le périnée affaissé et fatiguée, mais heureuse. Ainsi, dans la page sur les examens du premier trimestre, tu affirmes :

L’échographie est un grand moment d’émotion. Pour vous, c’est un instant privilégié de découverte où vous pouvez voir ce qui se passe dans votre corps… Vous pouvez d’ailleurs entendre battre le cœur de votre bébé. Quel moment magique ! le futur papa peut assister à cet examen majeur.

Dans celle concernant le développement du foetus, bien entendu, à la 20e semaine, on trouve :

vous devriez maintenant le sentir bouger dans votre ventre, si ça n’était pas déjà le cas. Un grand moment d’émotion !

Et ce ne sont que 2 exemples parmi d’autres. Une fois remise du choc éprouvé à voir le mot « papa » sur ton site et à comprendre qu’une page entière lui était consacrée – j’avais fini par l’oublier, celui-là -, j’étais assez en rogne. Non, Blédina, toutes les femmes ne fondent pas d’émotion pendant la première échographie, ni au premier coup de pied. Non, elles ne ressentent pas toute de la plénitude une fois qu’elles ont leur bébé dans les bras. Arrête de parler pour elles, de leur dire ce qu’elles doivent ressentir, veux-tu ? Arrête de faire comme si LA femme enceinte était unique, arrête de confondre les mères avec un troupeau de clones. Tu n’imagines pas le nombre de femmes qui souffrent de ne pas coller à cette image. Qui n’osent pas en parler. Qui se croient anormales. Qui se sentent jugées. Qui dépriment devant leur gros ventre ou devant leur petit trésor – et je ne parle pas du baby blues – tout en souriant vaillamment pour la galerie. Va faire un tour sur le site et le forum de Maman-Blues si tu ne me crois pas : tu vas découvrir un nouveau monde, l’underground de ton BisounoursBlédiLand.
Je vais te confier un secret : il y a 4 ans et demi, tu aurais pu m’y lire, et je n’y parlais pas de grands moments d’émotion pendant les échographies (surtout la première écho officielle, merci Pétasse), ni d’attendrissement en sentant les premiers mouvements de Fiston (j’avais l’impression d’un surcroît d’aérophagie), ni de quoi que ce soit de « magique ». L’attendrissement n’est venu qu’à la naissance, chez moi, et je m’estime chanceuse par rapport à certaines.

Continuons la visite : j’en parlais dans le volet n°1, les parents doivent bien se mettre dans le crâne que l’alimentation de leur petit trésor ne peut être confiée qu’à des spécialistes. Ainsi, tout du long de mon exploration, tu m’as balancé de gros encarts : « Entre 6 mois et 3 ans, un bébé à besoin de deux fois plus d’énergie qu’un adulte en rapport de son poids corporel. » « Entre 6 mois et 3 ans, un bébé a besoin de trois fois plus de lipides qu’un adulte en rapport de son poids corporel. » « A 6 mois, bébé a besoin de près de 13 fois moins de sel qu’un adulte » « Entre 6 mois et 3 ans, un bébé à besoin de cinq à six fois moins de proteines qu’un adulte. »
Après tout ça, comment oser donner autre chose que tes petits pots à mon petit bout ? Une pensée émue pour toutes les femmes qui ont su se débrouiller sans toi depuis l’aube de l’humanité. Les pauvres. Heureusement que cette époque barbare est révolue. L’Homo sapiens est mort, vive l’Homo bledinens.

Je l’avoue encore une fois, Blédina, je me suis trompée sur ton compte. C’est pas tellement la nourriture infantile pour les petits trésors, ton créneau ; c’est surtout l’infantilisation des parents – enfin, des mères. Y a qu’à voir les jolies couleurs des slogans de chacune de tes rubriques et les points d’exclamation à gogo, on se croirait à la Maternelle – mon préféré, c’est celui de la rubrique 4-6 mois. Une couleur par mot, et surtout c’est bô comme dans un livre en tissu :

Les incroyables changements de Mr Bébé.

(Et les filles, alors ?)
En tout cas, ça marche bien, l’infantilisation : j’en veux pour preuve certaines astuces qu’on s’échange « entre mamans » sur toutes tes pages : depuis celle qui conseille aux autres de faire du sport comme elle qui soulève son « petit bout » – quand je vous disais que ça marchait – de 6kg490 à bout de bras – attention, si votre bébé ne pèse que 6kg485, les résultats ne sont pas garantis, demandez un remboursement – à celle qui intitule son astuce « viiite pipi » et obtient 66 remerciements pour l’incroyable scoop « Ne pas attendre la dernière minute car alors c’est trop tard le vase à débordé! », en passant par la probable titulaire de la médaille d’or de la Blédinaute avec 351 remerciements au compteur pour l' »astuce » « le jour des c 10 mois ma petite *** a fais ses premier pas », sans oublier les 65 mamans pleines de gratitude pour l’ingénieuse consœur qui leur indique : « quand bébé fait pôpô, je mets tous ses jouets autour de lui ».
Ouaip. Et je vous en cite in extenso une dernière pour la route, pas tellement pour le côté neuneu mais parce qu’il n’y a pas de raison que je sois la seule à perdre un œil :

le docteur vou di ke vou ete de pluse touletan
le docteur vou dit que vou ete de pluse paske il compte les amenorer mai bon c facile a faite il vou di par exemple ke vou ete de 9 semaine mai vou etes de 7 semaine il fo enlever 2 semainne de se kil vou di ..

… 28 remerciements.

Allez, arrachons-nous à grand-peine aux astuces de ta communauté, Blédina, et revenons au domaine que tu proclames maîtriser : l’alimentation infantile. Et pour commencer, intéressons-nous à ta rubrique Tout savoir sur les propriétés des aliments. Outre la propagande classique à la PNNS (viande, poisson ou oeuf 1 à 2 fois par jour, 3 produits laitiers par jour, etc.), tu nous gratifies de magnifiques perles.
Ainsi, pour la viande ou le poisson :

Les petits pots pour bébés constituent un bon repère : ils contiennent la juste dose de protéines* pour chaque tranche d’âge. »

Mais puisqu’on vous dit que c’est beaucoup plus simple et sûr d’acheter des petits pots, hein, les mamans ? Papas, vos gueules, et d’abord qu’est-ce que vous foutez là ?
Passons sur la pub, présente partout : après tout c’est ton site, c’est de bonne guerre, et c’est quand même l’objectif, de vendre tes produits.
Mais, « la juste dose pour chaque tranche d’âge » ? M’enfin, Blédina, figure-toi que tous les enfants n’ont pas la même taille, le même poids, ni les mêmes besoins au même âge. Fiston, à 4 mois, était aussi grand et plus lourd que certains bébés de ma connaissance à 10 mois. C’était pas forcément une bonne chose, mais c’était comme ça. La juste dose, dis-tu ? T’es trop fort.

Jusqu’à 3 ans, un excès de protéines n’est pas souhaitable.

Blédina, tss tsss… Dis-moi donc à quel âge un excès de protéines est souhaitable, s’il te plaît ? Hmmm ? Oui, c’est bien ce que je pensais. Jamais.

Les bonnes habitudes alimentaires doivent être prise très tôt. Pour ne pas habituer votre enfant au goût sucré, proposez-lui des produits naturellement ou peu sucrés

Le gras est d’origine, la fôte aussi. Mais, Blédina, figure-toi que le lait maternel est naturellement très, très sucré, et que le nouveau-né est déjà attiré par le goût sucré. C’est inné. Toi qui vantes l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois (obligé par la législation, faut dire) sur ton site, tu devrais le savoir, non ?

Tiens, au rayon chocolat, d’ailleurs, je vois que tu le savais déjà, en fait.

Les bébés manifestent une préférence pour les goûts sucrés dès leur naissance. Le chocolat va donc vite devenir l’un de leurs aliments favoris.

C’était donc pour voir si on suivait ? Petit farceur, va.

Passons maintenant à Tout savoir sur les nutriments indispensables à votre bébé. Et là, Blédina, j’ai filé directement au rayon « protéines », certaine d’y trouver de quoi rigoler. Ça n’a pas raté.

Il existe 2 catégories de protéines : animales (dans le lait, la viande, le poisson, les œufs) et végétales (dans les céréales et les légumes secs notamment). Les protéines végétales ne présentent cependant pas les mêmes qualités que les protéines animales, notamment en ce qui concerne les acides aminés essentiels (que l’organisme ne peut pas synthétiser). C’est pourquoi il est important de varier les sources de protéines, et d’apporter tous les jours des protéines d’origine animale. Les petits pots et les plats pour bébé contiennent la juste dose de protéines, adaptée à chaque tranche d’âge.

Pfff. Blédina, je te renvoie à cette fiche de l’AVF, tiens, je n’ai pas le courage de t’expliquer le coup de la qualité des protéines végétales versus animales. J’espère juste que tu sais que les protéines ne sont pas utilisées telles quelles mais d’abord découpées en acides aminés et que, pour le corps de nos petits trésors comme pour celui de n’importe qui, que les acides aminés essentiels proviennent d’une seule source (une viande, du soja, du quinoa, du sarrasin par exemple) ou de plusieurs (céréales + légumineuses, par exemple), d’animaux ou de végétaux, d’un repas ou de plusieurs, c’est kif-kif-bout de bourricot-pareil.

Allez, tentons le calcium. Et là, c’est pas mieux. Pour toi, Blédina, il n’y a du calcium que dans les produits laitiers, ou quasiment. Tu mentionnes bien à la fin sa présence dans certaines eaux minérales et les légumes, « mais en petite quantité ». Concentre-toi un peu, Blédina, tu me fatigues. Il y a des végétaux bien plus riches en calcium que les produits laitiers, et surtout dont le calcium est bien plus assimilable par l’organisme (ça va jusqu’à 70% pour certains végétaux, contre 30 à 35% maximum pour celui du lait de vache).
Sans parler de l’énorme mais classique surestimation des besoins des petits bouts (d’après toi : 500 mg / j, de 0 à 3 ans). Parce que, Blédina, toi qui vantes l’allaitement maternel exclusif dans les 6 premiers mois de la vie du petit bout à sa maman, as-tu eu la curiosité de calculer combien ce petit bout devrait boire pour arriver à ces 500 mg / j ? À raison de 300 mg / L de lait maternel en moyenne, fais le calcul, allez… Voilà, c’est ça : 1,66 litres de lait par jour. Tu imagines ce nouveau-né de 3 kg – ou même ce bébé de 5 ou 6 kg – ingurgiter plus d’1 kilo et demi de lait par jour ? Toi qui aimes les comparaisons avec les adultes, ça correspondrait à une ration alimentaire quotidienne de 16 à 32 kg pour un adulte de 60 kg. Voilà un nouvel encart pour toi :

Entre 0 et 6 mois, un bébé ingurgite une ration alimentaire quotidienne de 10 à 20 fois supérieure à celle d’un adulte en rapport de son poids corporel.

Ne me remercie pas, c’est cadeau. Bon courage aux petits trésors, à leurs mamans (surtout celles qui allaitent), et n’oublie pas d’ajouter à ta boutique des entonnoirs pour le gavage et des couches giga-absorbantes.
Au passage, puisqu’on est dans le lait, je me permets de t’indiquer un oubli : si l’intolérance au gluten est mentionnée à plusieurs endroits, nulle part je n’ai trouvé celle aux protéines de lait de vache, pourtant fréquente et responsable de douloureuses coliques et/ou RGO chez les petits bouts – y compris nourris au sein vu que les PLV passent dans le lait maternel. Comment se fait-ce donc que tu n’en parles pas, Blédina ? Un moment d’étourderie ? Une page mal référencée ?

Pour finir et tenter de mieux te comprendre, un petit tour s’impose sur ce que tu dis de toi :

La passion de Blédina : faire grandir les bébés et simplifier la vie des mamans.

Merci de faire grandir les bébés – on a échappé de justesse à une génération d’enfants à la verticalité contrariée.
Qu’appelles-tu « simplifier la vie des mamans », au juste ? Voilà la réponse d’une directrice marketing :

Je sais que quand on est une jeune maman, on a vraiment besoin d’aide, d’information, de se sentir tout simplement comprise, mais parfois on est assaillie d’informations et de conseils contradictoires, pas facile de se dire qu’on a fait les bons choix !
C’est pourquoi je m’assure que Blédina mérite la confiance des mamans, grâce à des produits qui répondent parfaitement aux besoins spécifiques de leurs bébés de 0 à 3 ans, mais aussi en apportant des réponses à leurs questions sur le site, sur notre ligne téléphonique 3240, sur facebook, demain via les live chats, pour qu’elles soient plus sereines.

Et voilà, on est d’accord. On n’a besoin que de Blédina. On y est, on y reste. Plus la peine de se fatiguer les neurones à recouper des infos contradictoires, à chercher par soi-même, à se poser des questions, à réfléchir, à lire, à observer – au risque de douter, d’évoluer dans ses opinions et ses pratiques, de remettre en cause certaines idées toutes faites.
Blédina se charge de tout. De fournir du tout-cuit, du prémâché, voire du prédigéré aux parents mamans aussi bien qu’aux bébés.

Alors, toutes en chœur : merci qui ? Merci Blédi !

Enfants & alimentation – 2

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Pour lire le premier billet, c’est ici.

Personnellement, avec Fiston, je dirais que j’ai mal commencé mais bien continué.

Mal commencé parce que biberon depuis la naissance, et qu’à la maternité où j’étais on devait respecter 3h minimum entre chaque repas et ne pas dépasser les doses prescrites (les mêmes qu’on ait affaire à un bébé de 2,5 kg ou de 4 kg). Fiston était grand, et il avait faim. Je n’osais pas passer outre les recommandations des puéricultrices, de peur de commettre un infanticide involontaire (ouaip, carrément). Une fois rentrée à la maison, j’ai pris plus d’assurance et laissé tomber ces normes-là.
Diversification entamée à 6 mois, vaillamment, comme une brave petite maman-soldat de 2008. Armée d’une cuillère, de purées, de sourires, de chansons, de courage pour cette nécessaire corvée. Dévorée d’inquiétude quand Fiston refusait une saveur (OMG, il ne va JAMAIS vouloir manger de la carotte) ou ne finissait pas son petit pot. Pleine d’allégresse quand il attaquait la cuillère en rigolant, boulottait tout et faisait ensuite une grosse sieste, digestion aidant (oué, j’ai trouvé un moyen de le faire dormir !).

Et puis j’en ai eu marre. Marre de suivre des recommandations à la noix, qui changeaient plus ou moins radicalement toutes les décennies (entre-temps, ma mère m’avait montré ses fameux cahiers). Marre de ne pas manger en même temps que Fiston (ben oui, fallait que je tienne la cuillère, que je chante, que j’encourage, que je fasse le pitre, et quand ça s’éternisait, je finissais par avoir faim). Marre de craindre tout et son contraire. Marre, marre, marre.
Je me suis mise à table avec Fiston, j’ai mangé, il a voulu goûter à tout. Le Barbu a lu alors les recommendations de Bledina sur une pub, quelque chose du genre : jusqu’à 3 ans, l’enfant a des besoins bien spécifiques (sous-entendu VOUS, pauvres parents, n’êtes pas foutus de savoir quoi lui donner), et seuls des petits pots étudiés par des spécialistes (ce que VOUS, pauvres parents, n’êtes pas) sont en mesure de lui fournir tous les nutriments si importants (souligné 3 fois) à son âge.
En gros, libre à vous de donner à votre enfant autre chose que des petits pots Bledina (ou autre Nestlé), mais c’est risqué et c’est votre enfant qui va en faire les frais. Bande de criminels.
J’ai haussé les épaules (les messages publicitaires ont rarement plus d’effet chez moi) et nous avons basculé du côté obscur de la parentalité. Fiston buvait toujours quelques biberons, mangeait toujours les purées et compotes qu’il aimait, et le reste du temps on lui donnait ce qu’il réclamait en provenance de nos assiettes. Il a avalé son dernier biberon à 14 mois, et à partir de là a mangé grosso modo la même chose que nous.

En fait, j’en avais parlé dans un de mes premiers billets sur ce blog, à propos de l’IEF et de l’apprentissage : « Après le début de la marche en solo de Fiston, j’ai balancé aux orties tous les chiffres, les mesures, les normes et cie. » La marche en solo, c’était pour ses 15 mois. Et les chiffres, les mesures, les normes, ça a valu aussi pour la nourriture, que ce soit ce qu’il mangeait que la façon dont il la mangeait.

Concrètement, à partir de là, comment ça s’est passé ?

Qu’a-t-il mangé ? Ce qu’il a voulu. Je ne me souciais pas de préparer des repas équilibrés. Comme je le disais dans le billet n°1, équilibrés selon qui, et selon quelle norme, de quelle époque ? Ça change tout le temps, alors… Inspirée, il est vrai, par le Dr Zermati (dont la méthode ne s’adresse qu’aux adultes, précisons, pour les reconnecter avec leurs sensations et besoins alimentaires bousillés par quoi, je vous le donne en mille ? Eh oui, leur éducation, justement. Je vous conseille la rubrique Zermati et moi du blog Pensées de ronde pour en savoir plus – évidemment, qui dit blog dit ordre anti-chronologique et il vous faudra retrouver vous-mêmes les premiers billets pour y comprendre quelque chose), je faisais confiance à Fiston pour sentir ce dont il avait besoin et m’en faire part. Ce qui veut dire que lorsque, pendant des mois, son régime a été essentiellement constitué de pâtes, saucisses soja et fruits, sans aucun légume, j’ai laissé faire, sans stresser (j’en parlais déjà ici, ainsi que de la tenue à table : pour ce dernier point, je complète simplement en indiquant que 5 mois plus tard, Fiston ne mange plus qu’assis, et ne se lève que lorsqu’il a fini sans qu’on ait eu besoin d’intervenir). Attention, je pouvais me permettre de ne pas stresser car Fiston débordait d’énergie, ne tombait pas plus malade qu’un autre – et même plutôt moins -, bref, affichait une santé éclatante.

Précision importante : lorsqu’il y a un an, toute la maisonnée est devenue végétarienne, bien évidemment cela a demandé des ajustements. Fiston me réclamait du jambon, je disais non en expliquant pourquoi. On a trouvé des alternatives qui lui plaisaient (jambon végétal, les fameuses saucisses soja) et qui répondaient manifestement aussi bien à ses besoins. Son corps s’adaptant aux nouveaux choix qui lui étaient offerts, ses goûts ont évolué – les nôtres aussi.

Autre précision, non moins importante : ni le Barbu ni moi-même ne sommes des modèles de comportement alimentaire. Pour parler de ma pomme, j’ai été éduquée à finir mon assiette et à manger parce que c’était l’heure, faim ou non. Question poids, j’ai fait le yo-yo toute ma vie, avec une fourchette de 5 à 10 kg lorsque j’étais ado, et de 20 kg plus tard. J’ai mangé sans faim ; j’ai fait des régimes à la con, même si moins cons que Dukan ; j’ai navigué de comportements boulimiques en pesée minutieuse de tous mes aliments ; j’ai connu une période où je faisais un repas tous les 2 jours tout en me trouvant trop grosse, alors que les autres me qualifiaient de « menue » – à ma grande surprise et incrédulité -, période s’étant finie par une tachycardie et des attaques de crampes dans tout le corps, des pieds à la gorge, dues à de graves carences en magnésium et B6 (détail amusant, on m’a prescrit pendant des mois du Magné-B6 et des bêta-bloquants en pagaille, mais sans une seule critique au sujet de mon alimentation : il faut dire que je n’étais à l’époque pas végé, donc elle ne pouvait pas poser problème, n’est-ce pas ?) ; à d’autres moments, au contraire, je mangeais tout le temps. Fiston m’a beaucoup plus vue grignoter en cachette, m’empiffrer devant mon écran sans prêter attention à ce que je mangeais et bouffer en réponse au stress ou à des émotions négatives que prêter attention à mes sensations de faim et à mes besoins – même si le passage au végétalisme a fait évoluer les choses dans le bon sens.
Bref, vous voyez le tableau.

Revenons à nos marrons.
Sur un des forums que je fréquente, une intervenante avait été très surprise par cette façon de faire. Elle pensait pour sa part que le goût, ça s’éduque forcément. Que si on les laissait faire, les enfants développeraient des addictions au sucre et cie, ne mangeraient que des bonbons ou des gâteaux, et que hors du contrôle parental, point de salut concernant l’équilibre alimentaire.
Fiston avait 2 ans et demi à l’époque. Et il montrait déjà une aptitude tout à fait naturelle à la régulation. S’il avait envie de ne manger que des gâteaux un jour, pas de pb, il ne mangeait que ça. En général le lendemain il se jetait sur les fruits et inutile de lui proposer un gâteau, il n’en voulait pas. C’était possible car il n’y avait pas d’interdit sur les gâteaux, pas de diabolisation. Attention, je les achetais en fonction de certains critères, bien entendu (bio et / ou végétaliens, par exemple), mais ensuite ils étaient à sa disposition et il pouvait en manger autant qu’il le voulait. Je l’aurais laissé sans sourciller en manger à se rendre malade s’il l’avait voulu, convaincue qu’une bonne indigestion sans gravité est bien plus parlante que tous les discours et qu’il n’aurait pas recommencé. Il n’a jamais été jusque-là.
Chez ses grands-parents, il mangeait beaucoup de cochonneries industrielles. J’avais d’ailleurs dit à ma mère de ne pas le limiter. J’aurais préféré qu’elle lui propose autre chose comme gâteaux, mais puisqu’elle lui donnait ça, autant le laisser en manger autant qu’il en voulait. Après 2 jours chez mes parents, de retour à la maison, pendant 2 ou 3 jours il réclamait du pain, de la pomme, des saucisses soja… Tout sauf des gâteaux !
Idem pour l’appétit, il y avait des jours où il ne mangeait quasi rien. La semaine d’après, il dévorait. Et il avait une pêche d’enfer dans tous les cas.
J’avais conclu par : « Mon seul boulot, de mon point de vue, c’est de mettre sur la table des aliments suffisamment sains et variés pour que mon fils puisse y trouver ce dont il a besoin et lui ficher la paix pour le reste. »
La forumeuse avait rebondi sur « des aliments suffisamment sains et variés » en m’opposant un exemple de famille-malbouffe où l’idéal de repas serait un macdo-chips. Clairement, dans ce cas, je ne pouvais pas défendre une alimentation « à la zermati » pour les enfants. Non ?
Eh bien si. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ce point est revenu plusieurs fois dans la discussion, comme si les adeptes de « l’adulte doit apprendre à l’enfant comment bien manger » ne parvenaient pas à digérer l’argument. Une famille chips & macdo, c’était pas l’environnement rêvé pour « zermatiser », effectivement. Mais je ne voyais pas en quoi « le libre choix entre chips et macdo » ou « l’obligation chips et macdo » étaient vraiment différents. L’enfant ne boufferait que des chips et du macdo dans les 2 cas, donc en fait où se situait le problème du libre choix dans ce contexte ? Il n’était pas pire que l’autre option.

Bref, on a « zermatisé » avec Fiston. On ne l’a jamais forcé à goûter quelque chose (honnêtement, même si je comprends l’intention, je trouve ça violent d’obliger par principe un enfant à goûter sous prétexte qu’il ne peut pas savoir s’il aime ou pas sans goûter. Déjà, où est le problème s’il ne se rend pas compte à 3 ou 4 ans qu’en fait il aime les petits pois ? C’est vraiment si grave ? Ensuite et surtout, il n’y a pas que le goût qu’on sent sur nos papilles qui fait qu’on aime ou non un aliment. La couleur, la texture, l’aspect, l’odeur, la provenance, ça joue aussi. J’ai jamais eu besoin de goûter le foie de veau, étant ado, pour détester ça. Rien que l’odeur suffisait à me donner envie de vomir. Qu’on m’en serve toutes les semaines n’a fait que confirmer ce que je savais déjà), à finir son assiette, à manger ses légumes avant son dessert. Il a mangé ce qu’il voulait, dans l’ordre qu’il voulait, il s’est resservi comme il a voulu. S’il voulait s’enfiler un grand bocal de petits pois-carottes au goûter, ok. Si au dîner il demandait des céréales sucrées, ok aussi. Certains jours, il ne faisait qu’un petit repas. D’autres jours, il mangeait toutes les 2 heures. Les limites, c’était celles de la vie en société, par exemple : il faut en laisser pour les autres ; s’il me dit qu’il veut des pâtes et qu’ensuite, quand elles sont prêtes, finalement il veut du riz, ce sera probablement niet. Il ne sera pas obligé de manger les pâtes, par contre moi je ne me remets pas aux fourneaux, qu’il se débrouille avec ce qu’il trouve dans les placards ou le frigo. Ce genre de choses.

Le « résultat » ? Je mets des guillemets parce que je n’aime pas trop ce terme : je trouve un peu présomptueux d’affirmer que le comportement alimentaire de Fiston est dû à 100% à notre façon de faire – mais une chose est sûre : ce n’est pas de l’imitation :P.

Fiston mange maintenant de tout. Cela correspond rarement à la quantité exacte qu’il a dans son assiette. Soit il en laisse, soit il en redemande, et je trouve ça super. Il est complètement connecté à sa faim, et ne laisse pas des portions arbitraires lui dicter son appétit. C’est valable pour tout, y compris les gâteaux ou ses tartines du matin. Du gâchis, selon certains. C’est un point de vue que je ne partage pas (plus). Déjà, parfois, il finit sa part plus tard. S’il laisse des pâtes dans son assiette, je les remets dans la casserole avec les autres si on est entre nous. Idem pour les céréales qui restent dans son bol – il les mange « à sec » -, je les remets dans le paquet. Ensuite, quand bien même on doive jeter ce qu’il ne finit pas… Nos corps ne sont pas des poubelles. Je pense que c’est ce que j’ai lu de plus important chez Zermati, alors je le répète, et en gras : mon corps n’est pas une poubelle. Ni celui de Fiston. Ni celui des autres. Ni le vôtre, au cas où vous en douteriez. Manger sans faim pour finir une assiette, que ce soit la sienne ou non, parce qu’on n’aime pas gâcher, c’est autant du gâchis que jeter la nourriture. On n’en retire aucun plaisir, notre corps n’en tire aucun bienfait : dans le meilleur des cas après quelques heures ça se retrouvera dans les toilettes, et plus probablement en cellulite sur les hanches ou en dépôt dans les artères. Je préfère la poubelle, merci – qui chez nous, de plus, avec une alimentation presque à 100% végétale, est en général le tas de compost.
Je ne sais pas à quel point c’est lié à sa liberté alimentaire, mais Fiston ne s’empiffre pas de sucreries. À Pâques, s’il mange un œuf entier, c’est le bout du monde – et il va le faire en plusieurs fois. L’autre jour, j’avais préparé des barres à la figue (qui déchirent) pour le Barbu, et Fiston les avait trouvées super bonnes. Il en a pris une, puis en a réclamé une autre mais il n’en restait plus : j’en ai refait. Il a entamé la deuxième en poussant des « mmmh ! C’est drôlement bon ! Je me régale ! », mais arrivé à la moitié il m’a tendu le gâteau en disant « je n’ai plus faim ». Et pourtant, ce sont de très petites barres, comme je les taille.

À noter cependant que je l’ai restreint sur les gâteaux à un moment. À cause de l’état de ses dents (dysplasie de l’émail, soins pas évidents, pansements tombant au bout de qq semaines, etc). J’avais établi la règle « tant que tes dents ne sont pas réparées, gâteaux 1 fois par jour, et ensuite on brosse tes dents. » Curieusement, c’est pendant cette période-là qu’il a été le plus demandeur et accro au sucré. Il a encore une dent non réparée, mais la règle n’existe plus, et devinez quoi ? Il ne demande plus de gâteaux, cela fait au moins 2 ou 3 mois que je ne lui en ai pas achetés ou faits. L’exemple des barres aux figues ci-dessus, c’était l’exception (1 gâteau et demi !) qui confirme la règle. Pour donner un exemple, cet après-midi, nous sommes allés faire quelques courses dans notre supermarché habituel. Fiston a traversé le rayon « gâteaux » sans un regard pour aller prendre une boîte de haricots verts, et ensuite il a déclaré à la caissière qu’il voulait des haricots pour le goûter – ce qu’il a fait une fois rentré.
Ça ne durera peut-être pas, il est possible qu’à certains moments il redevienne friand de gâteaux : eh bien, soit, il en remangera à sa convenance.

Pour conclure : il y a quelques jours, il m’a donné une belle leçon de sagesse alimentaire, et c’est ce qui a motivé l’écriture de ces 2 billets car je me suis dit qu’il avait vraiment tout compris.
Nous étions en train de manger une compote crue (pomme-pêche) pour le goûter. J’ai dévoré la mienne en un rien de temps. À côté de moi, Fiston prenait son temps, dégustait, trempait à moitié sa cuillère et mangeait en commentant avec enthousiasme. Il a jeté un œil vers mon bol : « Tu as déjà fini, maman ? C’est parce que tu trouvais ça bon ? » J’ai confirmé, et Fiston de déclarer :
« Moi je ne suis pas comme toi. Moi, quand je trouve que quelque chose est très bon, je le mange tout doucement pour que ça reste plus longtemps dans ma bouche. »

À votre avis, qui éduque qui ? 😛

Enfants & alimentation – 1

Par défaut

C’est un sujet angoissant chez bien des parents : comment mangent leurs enfants. Assez ? Trop ? Suffisamment équilibré ?
En toile de fond, des peurs terribles : pourvu que mon enfant ne devienne pas obèse, ou au contraire trop maigre ; pourvu qu’il n’ait pas de carences ; pourvu qu’il ne devienne pas anorexique ou boulimique.
Une certitude, implantée par le discours ambiant : il faut APPRENDRE à (bien) manger aux enfants.
Pourvu que. Il faut que.
La culpabilité est déjà là.

En général, lorsque nous nous retrouvons devant notre premier enfant (et même parfois devant les suivants), nous sommes assez démunis. Entre notre propre expérience d’enfant, les recommandations officielles de l’année et les conseils de l’entourage qui pleuvent, on ne sait plus où donner de la tête. Ça commence dès la naissance, et ça va continuer… allez, pendant toute la vie de l’enfant. Oui, même quand il sera adulte, il n’y a qu’à voir la difficulté qu’ont certain(e)s à faire accepter – sans même parler de comprendre – leur végéta*isme à leur famille. Bien des gays végétariens disent que leur coming out à propos de leur sexualité a été beaucoup plus facile que celui à propos de leur alimentation.

Bref. Commençons par le commencement, par ce nouveau-né qui hurle de faim, ou au contraire qui est un peu stone après l’accouchement. Suivant les époques et les lieux, on a conseillé – ou carrément ordonné :

– de le faire jeûner pendant 2 jours (oui oui, vous imaginez l’horreur ? un nouveau-né, nourri 9 mois non-stop jusque-là, et brusquement un jeûne de 2 jours. Bienvenue sur Terre) ;
– de lui donner de l’eau sucré ;
– de le mettre au sein d’une autre, le lait de sa maman étant le pire pour lui (yep) ;
– de lui faire boire tant de ml d’un biberon, et ne pas s’arrêter tant qu’il n’a pas tout bu ;
– de le mettre au sein (de sa mère, cette fois) quand il réclame ;
– …

Liste non exhaustive.

Pour les mois suivants, on a (eu) droit à la supériorité du biberon sur l’allaitement, ou l’inverse, à la culpabilisation dans les 2 cas, à l’allaitement – naturel ou artificiel – à la demande, à heure fixe, ou un mix des 2. À tel âge il faut les passer à tant de biberons / tétées par jour. Diversification le plus tôt possible, ou au contraire pas avant 6 mois, et un nouvel aliment à la fois.
Quand moi et mes frères étions bébés, ma mère suivait les recommandations de l’époque. Elle a retrouvé les cahiers sur lesquels elle notait (!) nos repas : à 4 mois, on enfournait des repas jambon-purée-épinards, assis dans notre chaise haute. Elle trouvait étrange qu’il ne soit pas question de diversifier Fiston dès 3 mois.

À l’heure actuelle, on recommande le début de la diversification vers 6 mois, il me semble (ça a pu changer en 4 ans). En tout cas, peu importe que l’enfant soit demandeur ou non, ça commence à cet âge-là, pas plus tôt, pas plus tard. On a un joli tableau coloré, avec quels aliments à introduire dans quel ordre. Gaffe aux allergies. Et bien sûr, le tout mouliné. Enfin, de nos jours on dit « mixé ». Moulinons, mixons, peu importe, mais tout le monde est d’accord : sus aux morceaux !
Ce qui fait qu’il va falloir ensuite batailler avec les bébés, une fois qu’ils seront bien habitués aux purées lisses, pour introduire ces fameux morceaux qu’on avait éliminés avec tant de soin jusque-là. Eh bien oui, pensons à leur futur : ils seraient quand même bien ridicules si une fois ados ils ne mangeaient toujours que des purées, n’est-ce pas ? Donc donnons-leur des morceaux, forçons-les, c’est pour leur bien – à côté de ça, en dehors des repas, on va s’ingénier à les empêcher de porter tout et n’importe quoi à leur bouche ; peut-être qu’ils auraient pu, pour la plupart, se débrouiller tout seuls dès le départ avec des morceaux de trucs qui se mangent, finalement.
Et il va falloir qu’ils goûtent à tout, au moins une bouchée ou une cuillerée, même s’ils n’aiment pas : on appelle ça l’éducation au goût – au passage, réalisons que les bébés nourris au lait maternisé pendant leurs 6 premiers mois n’ont eu droit qu’à un seul et unique goût, une seule et unique texture depuis leur naissance : ça ne facilite certainement pas les choses pour la suite et on ne peut guère leur reprocher de bouder la nouveauté pour certains.

Faut-il absolument du lait de vache pour que l’enfant grandisse (bien) ? Le fameux lait de croissance, vous savez. Les yaourts, comment faire pour que mon enfant en mange alors qu’il ne les aime pas ?
À ce propos, dans le célèbre J’élève mon enfant de Laurence Pernoud, édition 2008 (cadeau non demandé ^^), j’avais lu quelque chose qui m’avait bien fait rigoler alors même qu’à l’époque je n’avais pas encore remis en cause le sacro-saint dogme du lait bovin indispensable et que j’en consommais moi-même beaucoup. On nous affirmait que le lait (de vache, donc) était indispensable. In-dis-pen-sa-ble. Quelques lignes plus loin se trouvait un petit encart sur les enfants intolérants aux lactoses et le fait qu’il allait alors trouver une alternative au lait de vache.
Indispensable, mais finalement on arrive à s’en passer. Curieux. ^^

Faut-il qu’ils finissent leur assiette – version 1 culpabilisante : pense aux enfants du Tiers-Monde qui n’ont rien à manger ; version 2 façon chantage affectif : une cuillère pour papa, une cuillère pour maman, si tu dis non c’est que tu n’aimes pas ton papa ou ta maman – ou non ? Doit-on les forcer ? Les restreindre s’ils réclament plus ? S’ils sautent un repas, vont-ils mourir d’inanition ou est-ce normal ? Faut-il les ralentir s’ils s’empiffrent ? Les speeder s’ils lambinent ?
Il faut que leur alimentation soit équilibrée. Mais équilibrée comment ? Sur un repas ? Sur la journée ? Sur la semaine ?
Équilibrée selon les recommandations de quelle année ? 2012 ? 2002 ? 1982 ? 2022 ?
Et selon qui ?

Que de questions, n’est-ce pas ? Et tellement de réponses différentes, dont aucune ne fonctionnera pour tous les enfants… Il y a de quoi se noyer.

Le deuxième billet sera consacré à mon expérience personnelle avec Fiston.

Les cadeaux

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Les cadeaux.
Noël est enfin passé. Je ne sais pas comment vous faites pour les cadeaux, mais pour moi c’est chaque année plus difficile. D’en faire mais aussi d’en recevoir.
Pour ce qui est d’en faire, j’ai toujours adoré faire des cadeaux : pour moi, trouver exactement le bon, celui qui surprend, qui fait briller les yeux, voire couler une petite larme, c’était le Graal. Et chaque année je faisais de mon mieux pour parvenir à ce résultat. Mais plusieurs choses ont émoussé mon enthousiasme.
Outre (dans le désordre) le manque de temps, la multiplicité de choix qui tue le choix, les conditions de fabrication, la crise économique, la crise écologique,… il y a aussi :
La baisse de mes propres envies de « choses », qui rend de plus en plus difficile l’identification au plaisir que je procure en achetant un cadeau pour autrui.
La quasi-impossibilité de faire plaisir à certaines personnes, combinée à un désir fort de descendre du grand huit de la consommation pour rejoindre le petit train de la simplicité volontaire. C’est vrai, quoi, dans certains cas, ça revient à acheter un bien dont on sait qu’il ne servira à rien, même pas à faire plaisir. Tout juste à remplir une obligation sociale. Dans le genre gâchis, ça se pose là.
Et j’en passe…
Mais le conditionnement a la vie dure, aussi si je n’offre pas un beau cadeau à Druss, j’aurai peur de lui donner l’impression que je l’aime moins. Même si je sais qu’il sait.
Pour Loulou, je ne me sens pas le droit de le « priver » de Noël alors que je ne suis pas encore en mesure de bien lui expliquer nos choix et nos convictions, vu que je ne suis pas encore complètement au clair avec moi-même.
Ce n’est pas que je n’ai plus envie de fêter Noël, mais j’aimerais le faire différemment. Ne pas acheter du neuf, mais de l’occasion, du beau, du vieux, du solide, du qui a vécu… mais ça ne se fait pas. Nous essayons de dire autour de nous que l’occasion, ça ne nous dérange pas, au contraire, mais ça ne passe pas auprès de tout le monde. À part ma mère qui adore fouiner, chiner et trouver des bonnes affaires, et Mely qui est sur la même longueur d’onde que nous. Même si on n’a pas trop à se plaindre quand même (on a échappé aux énormes jouets plastiques qui font plein de bruit et on ne désespère pas d’éradiquer le Made in China.)

Une des trouvailles de la grand-mère de Loulou

Bref, le plaisir d’offrir tourne au calvaire. Et le plaisir de recevoir se perd.
Mais j’ai quand même eu LE cadeau dont j’avais envie de la part de Druss, et j’ai réussi à 90 % à trouver des choses en accord avec mes convictions et qui ont fait plaisir pour tout le reste de la famille :
Pas si mal, et puis mes recherches m’ont permis de tomber sur ça.

Je sens que je n’ai pas fini d’acheter chez eux, ou au moins de m’inspirer de leurs créations pour Loulou et Fiston.
Reste que le but pour les années à venir est de s’orienter pour les cadeaux vers l’immatériel (vous allez trouver ça cucul, mais le temps partagé vaut tous les cadeaux), l’occasion et le fait-maison.