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DIY : une table lumineuse

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Fiston s’intéresse aux films d’animation, depuis un certain temps. Et il s’y essaye de temps en temps. Il y a quelques mois, par exemple, il avait patiemment pris environ 80 photos de son circuit de petit train, en bougeant le train entre chaque, en tournant le pied de l’appareil au fur et à mesure, et on en avait fait un gif animé plutôt sympa.

Il tentait d’en faire parfois en dessinant, mais il avait un peu de mal. Il y a une semaine, je l’ai vu s’user les yeux à dessiner sur des feuilles superposées pour réaliser un dessin animé de Flash McQueen et Martin, et du coup je lui ai proposé de lui bricoler une table lumineuse pour qu’il puisse plus facilement voir le dessin de la feuille d’en-dessous.
Ça n’allait pas être une table de pro, mais au moins ça lui faciliterait la vie, et ça ne nous coûterait quasiment rien.

Fiston était partant.

On a décidé d’utiliser pour ce faire son bureau actuel, dont le dessus se soulève.

bureau

Le bureau, avant transformation.

 

On avait déjà une plaque de plexiglass, suffisamment épaisse, quasiment aux bonnes dimensions. Des redécoupes ont quand même été nécessaires (et Fiston a fait un vitrail ensuite en peignant la plus grande des chutes), à l’aide d’un cutteur et d’une scie à métaux.

Plexiglass en cours de découpe.

Plexiglass en cours de découpe.

Ensuite, c’est le moment de découper le bureau : on a choisi d’y faire un trou au format A4 (à la scie sauteuse).

Que de sciure, que de sciure.

Que de sciure, que de sciure !

Une fois la sciure dûment aspirée par un Fiston très motivé, il ne reste plus qu’à installer l’éclairage (on a choisi des lampes à leds qu’on allume en appuyant dessus, et dont le support se fixe simplement avec un adhésif) et la plaque de plexiglass par-dessus le trou.

Essai avec les lampes (pas encore fixées), et Petite Puce qui a sauté sur le plexiglass juste au moment de la photo.

Essai avec les lampes (pas encore fixées), et Petite Puce qui a sauté sur le plexiglass juste au moment de la photo.

 

dessin_table_lumineuse

Test avec 2 feuilles superposées (celle du dessus est orange, ne me demandez pas pourquoi).

La table lumineuse est finie, ou quasiment (je compte y ajouter un système de fixation pour les feuilles, histoire qu’elles risquent moins de bouger au milieu d’un dessin).
À noter que grâce à la grande plaque de plexiglass, toute la surface du bureau reste utilisable pour d’autres activités.

Concrètement, on a juste acheté les lampes, ce qui a dû nous revenir à une quinzaine d’euros. On aurait pu trouver un éclairage pour moins cher, je pense, mais on a choisi celui-ci pour plusieurs raisons :
– ce sont des lampes qui ne chauffent pas ;
– pas besoin de placer le bureau près d’une prise, ce qui aurait pu être problématique dans la chambre de Fiston ;
– on peut très facilement en enlever une ou plusieurs quand Fiston ne se sert pas de sa table en mode lumineux, pour les utiliser ailleurs (par ex Fiston peut en mettre une à côté de son lit pour avoir une lumière à portée de main la nuit quand il a soif ou a perdu une peluche).

Reste maintenant à voir si Fiston trouvera sa table vraiment pratique à l’usage. 🙂

Procès d’intention

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L’autre jour, Fiston me demande à brûle-pourpoint : « Dis, maman ? Pourquoi tu ne m’offres pas beaucoup de jouets ? »

Je reste interloquée quelques secondes, puis me monte aux lèvres une réplique bien acide – parce que quand je vois le bordel que Fiston nous met dans le salon en ce moment avec ses affaires, je le trouve gonflé de me dire ça – que je ravale in extremis (beurk).
Ces derniers temps, peut-être à cause des billets que j’ai écrit sur ce blog, j’essaye de redevenir plus calme et plus attentive, de m’agacer moins facilement.

Je me dis que ça fait longtemps que je n’ai pas pratiqué l’écoute active, alors tiens, c’est l’occasion ou jamais. Après tout, Fiston a bien le droit de penser ce qu’il veut.
Je reformule donc sa question comme je l’ai comprise, pour être sûre de ne pas me tromper : « Tu trouves que je ne t’offre pas assez de jouets ? »
Fiston a l’air surpris : « Non, pas du tout. J’ai dit que tu ne m’en offres pas beaucoup. »

Ah.
Ce n’est pas la même chose, n’est-ce pas ? ^^

Je réfléchis en regardant un peu autour du moi. Je persiste et signe sur le bordel, oh oui, mais il est vrai que beaucoup des jouets de Fiston ne viennent pas de moi ni du Barbu. L’entourage en offre la majeure partie, les enfants s’en échangent entre eux, et surtout Fiston accapare et détourne un paquet de saloperies d’objets plus fascinants les uns que les autres : des prospectus, des boîtes vides, des engrenages, des ficelles, des fils électriques, des tuyaux, etc.
Fiston a raison : son père et moi ne lui offrons pas beaucoup de jouets.

Pourquoi, donc ?

J’explique à Fiston que les jouets ça coûte cher, que ça prend beaucoup de place, et je ne sais plus quelle troisième raison qui fait qu’on lui en offre relativement peu.
Fiston se montre satisfait : « Ah, d’accord, je comprends. »

Curieuse, je lui demande si ça l’embête, s’il aimerait qu’on lui en offre plus.
« Non, maman, je voulais juste savoir pourquoi. »

Et voilà. ^^

J’étais plutôt contente de moi, sur ce coup.
Mais pour un procès d’intention évité, combien d’autres non débusqués ?

Vrai-semblant

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ou l’histoire du petit tracteur rouge qui était vivant.

Connaissez-vous Le Petit Tracteur rouge ? Little Red Tractor, en anglais. Il s’agit d’une série de petits films d’animation (10 minutes par épisode) mettant en scène, ô surprise, un petit tracteur rouge et la flopée de personnages qui l’entourent.

little_red_tractor

C’est très bien foutu, drôle, j’adore l’accent des persos dans la VO mais le doublage français est tout à fait correct également, et l’ambiance globale est vraiment sympathique : une petite communauté rurale où les gens s’entraident volontiers, sans manichéisme outrancier ; Mr Jones est une sorte de Gaston Lagaffe en gros tracteur bleu, un peu imbu de lui-même mais avec un bon fond ; et si Stan, l’heureux propriétaire du petit tracteur rouge, a parfois des allures de Tintin, il est quand même bien moins fade que ce dernier.
Bref, c’est une chouette série que Fiston aime beaucoup, aussi bien en VO (chez nous) qu’en VF (chez les amis qui nous l’ont fait découvrir).

Il se trouve que quelques semaines après la découverte de cette série, un évènement encore inexpliqué à ce jour a eu lieu chez nous. Fiston était déjà possesseur d’un petit tracteur vert à cheminée rouge, doté d’un moteur à friction bien fatigué. Et ce jour-là, dans la caisse des jouets qui roulent, Fiston en découvre un deuxième, rigoureusement identique mis à part que son moteur est bien plus en forme.
Cri de joie : « C’est un petit tracteur rouge ! »
(merci la cheminée ^^)

Comme je ne comprends pas plus que lui d’où vient ce petit tracteur vert rouge, Fiston invente une explication dans la foulée : il vient du Japon (on venait d’envoyer une première lettre à la maison d’Asako), il est venu tout seul jusque chez nous parce que la cabane dans laquelle il habitait venait de s’écrouler.
Bien, bien.

Après plusieurs jours d’enquête auprès de nos amis et de la famille, personne ne sachant à qui est ce tracteur, nous l’adoptons officiellement. Fiston lui invente une fausse main qui tourne une manivelle pour le faire avancer tout seul, il affirme que c’est un dinosaure toujours vivant qui l’a fabriqué le jour où la première maman est née, puis, au bout de quelques semaines, le petit tracteur rouge est déclaré vivant.
Et pas que.
C’était bien la peine de ne pas faire avaler à Fiston le bobard du Père Noël, car le Petit Tracteur Rouge est plus fort que l’égérie de Coca-Cola et Dieu le Père réunis.
Il voit tout, il sait tout, il entend tout, il sait voler, il passe son temps à fabriquer des choses pour tout le monde en général et Fiston en particulier, et même que c’est lui qui a créé l’univers, les gens, les maisons, les routes et tout ça.

Après quelques jours où cette imagination débordante m’amuse plus qu’autre chose, comme je vois que Fiston se crée une mythologie de + en + élaborée en ayant réponse à tout, je commence à me poser des questions.
Le Petit Tracteur Rouge va-t-il concurrencer le Spaghetti Volant ?
Est-ce que Fiston y croit vraiment ?
Si oui, est-ce un problème ?
J’ai toujours pensé que les enfants n’étaient pas dupes ; de la pédagogie Montessori j’ai retenu l’idée qu’ils sont avides de réel et que le rôle des adultes n’est certainement pas de leur faire gober des salades mais bien au contraire d’être les garants de la réalité, même si je ne diabolise pas pour autant l’imaginaire comme le fait – à mon sens – cette philosophie. Par contre je précise toujours, quand on lit une histoire ou regarde un film avec des animaux qui parlent ou autre trucs bizarres, qu’il s’agit de personnages imaginaires, inventés, qui n’existent pas. Ce qui ne gâche en rien le plaisir de rêver.

Après tout, moi quand j’étais gamine, j’avais un cheval en peluche que j’adorais et je nous inventais des histoires dignes de Lucky Luke et Jolly Jumper à longueur de journée. Dans mes histoires il était vivant, et même si intellectuellement je savais bien qu’il s’agissait d’un objet inanimé, la frontière à son égard entre vivant-pas vivant a toujours été assez floue. Même à l’heure actuelle, je ne supporte pas de voir ce cheval – toujours là, toujours en bon état même si un peu pelé, 35 ans au compteur quand même – dans une position non « physiologique », par exemple avec une patte – oui, je sais qu’on est censé dire « jambe » mais j’ai toujours trouvé ça débile et je dis ce que je veux – pliée dans le mauvais sens : ça me fait mal, presque comme si je voyais un animal vivant avec une patte cassée.
Suis-je tarée pour autant ? (qui a dit « oui » ?)
Est-ce grave d’éprouver encore, à bientôt 40 ans, des sentiments pour une peluche ?
Est-ce que je viens de perdre tous mes lecteurs à cause de ce paragraphe ? (Mais qui dit « oui » tout le temps, bon sang ? ^^)

Revenons à Fiston et son tracteur. Mon vrai problème, en fait, c’est qu’il essaye de m’entraîner dans ses délires. Autant je veux bien jouer, autant je ne veux pas qu’il puisse penser que je crois vraiment son petit tracteur rouge vivant. Mais préciser toutes les 10 minutes que « tu sais, moi je ne crois pas à cette histoire », ça va vite me soûler.
Comme souvent, je choisis la solution la plus simple : j’en discute avec lui. Je lui dis que que pour de vrai, son idole du moment n’est pas vivante, mais que je veux bien faire semblant avec lui s’il le veut.
Fiston le veut. « Oui, maman, oui ! », avec un grand sourire.
Du moment que tout est clair entre nous… Allons-y.

Je fais donc semblant.
Beaucoup.
Abondamment semblant, car désormais, Fiston commence une bonne partie de ses phrases par « mon petit tracteur rouge ». Aux gens que nous croisons, il raconte « Tu sais, mon petit tracteur rouge, il est vivant et il m’a fabriqué ceci ou cela ». Les gens ne pigent pas tout, en général, surtout quand Fiston leur brandit ledit tracteur rouge devant le nez (je rappelle qu’à part sa minuscule cheminée, ce tracteur est essentiellement vert), mais cela ne le perturbe pas.

Mais ce que je trouve assez remarquable – et rassurant, quelque part – dans cette histoire, c’est que si depuis maintenant plusieurs mois Fiston est de plus en plus à fond là-dedans, en même temps, il me donne régulièrement des preuves qu’il garde bien les pieds sur terre.
Par exemple, lorsqu’il me demande quelque chose à propos de son tracteur, je lui demande parfois s’il veut la vraie réponse ou la réponse pour faire semblant. En général il demande la deuxième, et parfois ensuite la première, histoire de comparer.
Ces dernières semaines, quand il m’informe que dans la nuit son petit tracteur rouge lui a fabriqué tel jouet parce que celui d’avant était cassé et que je rétorque finement « ah bon ? », il enchaîne en général par un « tu fais semblant, là, hein ? », ce à quoi je réponds par l’affirmative. Tout aussi régulièrement, il me demande si je ne fais pas semblant de croire à telle ou telle chose.
Et il ne se trompe jamais, notez bien. ^^
Parfois même, et c’est tout récent, il avoue à demi-mot qu’il fait semblant lui-même. Par exemple, quand il me dit « mais si un jour tu voyais que mon petit tracteur rouge était vraiment vivant, tu serais bien étonnée, hein, et tu ne ferais plus semblant d’y croire ? » et que je confirme, il lui arrive de me confier tout bas : « moi aussi je serais bien étonné ».

Ces jours-ci il est passé à la vitesse supérieure, et ça devient franchement fendard.

vrai_semblant

Je suis contente de ne pas avoir fait semblant de lui faire confiance. ^^

Le sommeil, l’éternelle question – 3

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Pour lire l’épisode 1, c’est ; le 2 est ici.

Fiston a donc maintenant 2 ans : il a un nouveau lit dans lequel il dort toute la nuit sans se réveiller, c’est formidable.

Évidemment, ça ne dure pas. Quelques semaines plus tard, on repart sur les réveils la nuit. Par contre, il accepte de s’endormir à nouveau seul pour la sieste, ce qui me permet de souffler un peu.

Les mois filent. 2 ans et demi.
Fiston se réveille toujours assez régulièrement la nuit. On en a eu marre de passer du temps à le rendormir, puis à tenter une sortie discrète qui le réveillait une fois sur deux : maintenant, celui qui se lève finit la nuit avec lui.
Et puis finalement, comme on en a marre aussi d’être réveillé et de devoir crapahuter dans le froid (c’est l’hiver et la maison n’est pas hyper bien chauffée) pour aller le rejoindre, on se couche directement avec lui. C’est moi qui m’y colle en semaine (le Barbu se levant très tôt), et le w-e ou pendant les vacances, on alterne.
Donc concrètement, on endort Fiston, on sort de sa chambre, puis au moment de se coucher, y en a un qui va dormir avec lui. Il y a beaucoup moins de réveils comme ça, et de toute façon, globalement, tout le monde est moins crevé.

On arrête de se prendre la tête sur l’âge hypothétique auquel il voudra bien redormir seul. Ça n’est pas l’important.
L’important, en tout cas à mon avis, c’est que Fiston s’est contenté de ce que nous pouvions lui donner à sa naissance ; mais au fur et à mesure que nous progressions en tant que parents et étions enfin capables de lui donner plus, il a demandé plus. Son envie de dormir avec nous, c’est pas pour nous casser les pieds, c’est un besoin qu’il s’est résigné à mettre de côté pendant longtemps. Il sait parfaitement dormir seul, je le sais bien – il le fait toujours sans problème chez ses grands-parents, d’ailleurs. Mais chez nous, il rattrape ce qu’il n’a pas eu les 2 premières années de sa vie.
Mieux vaut tard que jamais.

Les mois filent toujours. 3 ans. 3 ans et demi. 4 ans. 4 ans et 3 mois.
On dort toujours avec Fiston. Il a quand même fallu que Naë me dise « Ben vous faites du cododo, en fait, maintenant » pour que je m’en rende compte (je suis vachement fûtée, parfois).
En revanche, il veut bien s’endormir tout seul maintenant. La plupart du temps. Parfois il redemande à ce qu’on l’endorme (surtout quand c’est son père qui le couche), et puis au bout de quelques jours ou quelques semaines, rassuré (?), il s’endort à nouveau seul.

On ne se prend toujours pas la tête, par contre maintenant cette situation me pose un problème.
Le sommeil de Fiston est devenu vraiment bon. Depuis ses 4 ans et peut-être même un peu avant, il ne se réveille plus du tout la nuit. Du moins tant qu’on ne vient pas se coucher avec lui.
Même si on ne se couche pas avant 4h ou 5h du matin, il ne se réveille plus – ou ne nous appelle plus, en tout cas.
Je n’ai guère de doutes sur le fait que si on le laissait dormir tout seul, il dormirait d’une traite jusqu’au matin. Par contre, entre l’escalier qui craque, la porte et le parquet qui grincent, le fait qu’on retrouve parfois Fiston en travers du lit au moment de s’y glisser et je ne parle pas des fois où j’étais à côté de mes pompes du matelas et me suis pris une poutre en pleine tête, eh bien il est fréquent que notre arrivée le réveille, même à moitié.
Je trouve ça franchement dommage, mais lui s’en fiche.

fiston_meme_adulte

Bon, bon. ^^

Arrive le mois d’octobre. Comme tous les ans, je vais me rendre 3 jours à un festival du livre, dans le sud de la France (youpi !). Comme tous les ans, Fiston passera une partie des 3 jours chez mes parents.
Mais une semaine avant, il chope une bonne crève qu’il refile illico à son père. J’ai beau avoir une immunité bien reboostée depuis que je suis végé, je préfère mettre toutes les chances de mon côté. Un salon du livre qui dure 3 jours – sans oublier les 2x7h de train – c’est déjà fatigant ; alors quand on est malade, je ne vous raconte pas.
Je propose donc à Fiston de dormir sur le clic-clac de sa chambre jusqu’à mon départ pour moins risquer d’attraper son rhume tout en étant avec lui.
Il me répond « Non, tu vas en bas. »

o_O <– ça, c’est ma tête.
Je vérifie que j’ai bien compris. Oui, je suis censée dormir en bas.
Bon, sauf qu’en bas y a le Barbu qui est lui aussi malade. Et puis je me connais, sachant Fiston enrhumé, je tendrai l’oreille de peur de ne pas l’entendre s’il se réveille en toussant ou en ayant besoin de qq chose, donc je ne dormirai pas ou mal.
Je propose donc à Fiston de dormir dans la chambre d’amis, à côté de la sienne.
Deal.
J’entends Fiston tousser de temps en temps, mais la nuit se passe bien ; au matin, il est en pleine forme.

Le reste de la semaine, même topo.
Je reviens de salon, je demande (en me traitant intérieurement de gourde) à Fiston où il veut que je dorme cette nuit. Il me dit « en bas ».
Bon. Je ne lui redemanderai plus (j’ai repris goût à dormir dans mon lit toutes les nuits, héhé) tout en gardant à l’esprit que rien n’est définitivement acquis. Mais depuis bientôt 4 mois que ça dure, Fiston dort comme un loir.

On a trouvé un nouveau rythme qui nous convient à tous : Fiston se couche entre 21h30 et 23h en temps normal, dort toute la nuit et se réveille avant nous (le w-e) ou moi (en semaine). Il sait qu’il ne doit pas nous réveiller avant 9h (on est des couche-tard-lève-tard) sauf si besoin particulier ou urgent, donc il va regarder l’heure. S’il est trop tôt, il joue, il lit, il cause avec les chats, il mange s’il a faim : il vit sa vie. S’il est 9h ou plus tard, il vient nous réveiller en marmonnant l’heure pour ne pas l’oublier : « coucou, alors il est 0 9 deux petits points 3 7 ! » – ça c’était surtout au début, lorsqu’il ne savait pas tellement lire une heure digitale -, ou « coucou, il est 10 h 13 ! » – ça c’est maintenant et dans cet exemple on a du bol, 1h13 de rab ^^.
Parfois je réclame un délai supplémentaire, qu’en général il m’accorde volontiers. Parfois, mais c’est de plus en plus rare, il vient avant 9h.
Quand j’ai vraiment du mal à me réveiller, je lui demande s’il veut venir faire un câlin en attendant. Il refuse presque toujours.

fiston_occupe

Les exceptions, car il y en a :

  • Il y a eu en tout 3 ou 4 réveils nocturnes pour cause de peluche perdue : dans ce cas je monte, je trouve la peluche, je la redonne à Fiston qui se rallonge aussitôt, je lui demande si ça va aller, il me dit « oui » et je redescends tranquillement. Le lendemain, il ne se souvient de rien.
  • Nous cododotons encore un peu. De temps en temps Fiston demande à ce que moi ou son père dormions avec lui. Ce n’est pas toujours possible la nuit demandée (lever tôt, pas en forme, pas envie…), dans ce cas on en propose une autre. Je dirais qu’en moyenne on passe 2 à 3 nuits par mois avec lui. Il adore ça. Le matin, il réclame ma main et se rendort en la tenant. Et au lieu de se lever dès son réveil définitif, il reste à me regarder en souriant, en chuchotant parfois « là je vais voir l’heure mais ensuite je reviens me rallonger avec toi, maman, d’accord ? Tu laisses ta main là ? » 😀
    (Ouais, j’adore aussi :D)

Voilà qui conclut (a priori) cette série sur le sommeil de Fiston.
À noter que pour sa future chambre, Fiston a jeté son dévolu sur un lit mezzanine avec toboggan – soit un lit de 90 de large seulement, contre 140 actuellement. Je lui ai fait remarquer que, si on lui prenait ce lit, nous ne pourrions plus dormir avec lui, faute de place.

Il a eu l’air de s’en ficher pas mal.

Toboggan : 1 / Parents : 0. 😉

Le sommeil, l’éternelle question – 2

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Pour lire l’épisode 1, c’est .

Fiston, 10 mois, ne s’endort donc plus tout seul.
Les premiers jours, le Barbu et moi nous y collons ensemble. Puis l’épuisement aidant (parfois nous mettons 2 heures à endormir Fiston), nous commençons à nous relayer, toujours sans trop comprendre ce qui se passe.
Arrive l’été, chaud. La chambre de Fiston est à l’étage, mansardée. On arrive à la garder à peu près fraîche jusqu’au soir en aérant le matin, mais passer 2 heures à endormir un bébé qui s’agite, rigole ou hurle fait monter la température en flèche. On endort donc Fiston dans notre chambre (au RDC et orientée vers le nord, il y fait toujours froid) puis, une fois endormi, on le monte pour le poser dans son lit. Bien souvent il se réveille dans l’opération et il faut tout reprendre à zéro.

Puis il commence à se réveiller la nuit, parfois. On le rendort et on le recouche, mais c’est comme en soirée, ça peut prendre du temps. Il peut se réveiller dès qu’on le met dans son lit. Ou dès qu’on sort de la chambre. Ou quand on descend l’escalier (qui grince horriblement).
Et même les nuits où il ne se réveille pas, comme je tends l’oreille de peur de ne pas l’entendre appeler (ce qui est débile, on l’entend parfaitement dans toute la maison), de toute façon je ne dors pas bien.

Commence un truc un peu surréaliste, où l’on va tenter de comprendre ce qui fait que Fiston va se réveiller telle nuit et non telle autre. J’essaye d’établir des corrélations entre son sommeil et ce qu’il fait dans la journée, ce qu’il mange, l’heure à laquelle on le couche, la façon dont on le couche, la présence ou non de lumière dans sa chambre et son intensité, la présence ou non d’un tour de lit…
J’en viens même à tenir un fichier pour noter toutes ces âneries.

En plus, Fiston se montre taquin. Quand on change un paramètre (la lumière, par exemple), souvent il va dormir d’une traite pendant quelques nuits. La première, moi je ne dors pas, forcément : je guette. La deuxième, je dors, mais d’un œil. La troisième, alors que je commence à y croire et que je cède à Morphée, il se réveille en pleurant.
Et c’est reparti pour un tour.

À noter que pour la sieste, c’est à peu près le même cirque.

À l’approche de ses 2 ans, le mode opératoire est devenu un rituel. On ne l’endort plus dans nos bras mais sur le clic-clac de sa chambre, allongé à côté de lui. Une fois qu’il dort, il faut donc le prendre dans les bras avant de le poser dans son lit, ce qui rajoute une cause potentielle de réveil. Fatiguée de jouer les Sisyphe de l’endormissement – sans compter que ça pète bien le dos -, un jour, je tente de le laisser dormir sur le clic-clac, en sécurisant l’espace à l’aide de coussins. D’abord pour une sieste. Ça marche. Quelques jours plus tard, à l’occasion d’un réveil nocturne, je tente pour la nuit. Ça marche aussi.
Mais comme la hauteur du clic-clac nous rend quand même un peu nerveux, quelques semaines plus tard, pour les 23 mois de Fiston, on investit dans un grand futon (140×200, histoire de pouvoir s’allonger confortablement à côté de lui pour l’endormir) sur tatamis.

Fiston adooooore son nouveau lit.
D’ailleurs, les premières semaines, même si on l’endort toujours, c’est très rapide, et surtout il ne se réveille plus la nuit. Le matin, il joue une bonne heure dans son lit avant de nous appeler.

Victoire ?

Vous le saurez dans le 3e et dernier – normalement – épisode. 😉

Le cadeau, un cadeau ?

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Il y a 6 mois, j’évoquais les problèmes que rencontrait Fiston à prêter ses jouets, puis quelques jours plus tard les premiers résultats encourageants des aménagements que nous avions mis en place.
Qu’en est-il aujourd’hui ?

Eh bien, que ce soit lié à nos efforts ou non, Fiston s’est bien décrispé sur la question. Non seulement il prête, en général tout à tout le monde, mais il donne maintenant beaucoup : quand on va voir des amis, il emporte souvent des jouets pour les offrir aux enfants ; il fait des cadeaux aux gens qui viennent nous voir ; il nous donne, au Barbu et à moi, régulièrement des stylos, des feutres et autres trésors ; sa grand-mère a reçu 2 de ses petites voitures pour son anniversaire ; notre bien-aimé vétérinaire a hérité lors d’une de nos dernières visites d’une petite bétonnière, que Fiston lui avait mise de côté depuis 2 mois. Et cetera.

Bref, Fiston adore donner – et il ne reprend pas, c’est vraiment donné.

Ce qui m’amuse, c’est qu’il tient dans sa tête un registre parfaitement à jour de ce qu’il a donné à qui – alors que le Barbu et moi nous y perdons depuis longtemps. Ce qui lui permet de nous demander régulièrement si on veut bien lui prêter ce qu’il nous a donné. Parfois, j’ai même l’impression que c’est le but de la manœuvre. « Tiens, maman, je te donne ce ballon. Tu veux bien me le prêter, maintenant ? »
Ou inversement. « Maman, tu veux bien me donner ça ? Je te le prêterai chaque fois que tu voudras. »

Donc, tout roule.
Il reste cependant un point que Fiston va devoir apprendre à gérer, je m’en suis rendu compte le week-end dernier quand il a offert des petits parapluies en papier à tout le monde, adultes comme enfants. Le plus jeune – 2 ans et demi – n’en voulait pas, de son petit parapluie, et s’en est débarrassé en le donnant à son frère, à la grande indignation de Fiston. « Non, je te le donne à toi ! »
Et puis je ne sais plus qui ne s’est pas servi du sien comme il aurait dû, apparemment, et qui l’a abîmé. Ça ne lui a pas plu non plus. ^^

Eh oui, ce n’est pas si facile d’accepter qu’une fois le cadeau fait, son nouveau propriétaire puisse en faire ce qu’il veut. Y compris le laisser en partant ou le casser.
C’est d’ailleurs tellement difficile que bien des adultes n’en sont pas capables, en tout cas vis-à-vis des enfants.

Je ne sais pas vous, mais quand j’étais enfant, il était hors de question, par exemple, que j’écrive sur mes affaires. C’étaient pourtant MES affaires… mais non. Quand ma mère s’est rendu compte que je laissais Fiston dessiner comme il le voulait sur son cheval à bascule en bois ou sur ses petites voitures, elle a failli s’étrangler. Ça ne se faisait pas, ce n’était « pas beau », c’était dommage. Dommage et pas beau pour qui ? Effectivement, de mon point de vue, c’était souvent moche. ^^ Mais Fiston, lui, était enchanté du résultat ! Il adorait encore plus ses jouets ensuite. Il passait des heures et des heures à les décorer.

Fiston, 2 ans et demi, en train de customiser une voiture

Et même plus jeune que sur la photo, il faisait parfaitement la différence entre ses jouets – sur lesquels il pouvait écrire – et ceux des autres, qu’il fallait garder « en bon état ». Parfois, il s’apprêtait à dessiner sur un jouet, puis laissait son geste en suspens et m’adressait un regard interrogateur pour que je lui dise si c’était à lui ou non.
La première fois qu’il a commencé à colorier une de ses peluches, je l’ai laissé faire. Sauf que quelques minutes plus tard, quand j’ai ramassé ladite peluche pour la ranger, je me suis retrouvée avec du feutre plein les mains. Après 1 ou 2 autres expériences de ce genre, nouvelle règle : on ne dessine plus sur les peluches. Règle respectée sans problème, avec juste un rappel de temps en temps.
Remarquez que ce n’est pas venu tout seul, hein ? La première fois que Fiston a brandi un feutre en direction de sa pelleteuse en bois, mon premier réflexe a été d’interdire aussi sec. Mais comme j’avais pris l’habitude de repérer et décoder mes « non » automatiques, je me suis vite rendu compte qu’il n’y avait aucune raison valable derrière, dans mon cas. Seulement une bête reproduction de celui que j’avais reçu moi-même à son âge dans les mêmes circonstances.

Voilà pour le côté « déco » ; intéressons-nous maintenant à l’aspect « casse ». Combien d’enfants se font engueuler (ou pire) lorsqu’ils cassent un de leurs jouets, ou qu’ils l’utilisent de façon trop brutale au goût des adultes ?
Il arrive que Fiston malmène des objets. Parfois c’est volontaire – par colère, par curiosité, le côté petit expérimentateur de l’enfant qui voudrait tester si ce camion de pompier va résister si on le jette dans les escaliers. Parfois non. On essaye d’appliquer grosso modo le même principe qu’avec les feutres. Si le jouet n’est pas à lui, c’est niet. S’il est à lui, on le prévient du risque – je trouverais assez vache de ne rien dire. Mais ensuite, c’est lui qui voit. Alors, oui, bien sûr, il a cassé certains jouets. Et alors ? Il joue toujours avec : de temps en temps on les répare, mais le plus souvent, non. On ne les remplace pas – il n’a d’ailleurs jamais demandé à ce qu’on le fasse. Son camion de pompier, jeté du haut des escaliers malgré nos avertissements et cassé en deux ? C’était il y a 2 ans : il s’en sert depuis comme d’une dépanneuse. Il l’adore.

D’où vient ce besoin de s’assurer que l’enfant va s’amuser de la bonne manière?
« N’écris pas sur ta voiture, c’est pas beau. » « Ne déchire pas ton livre, un livre, ça se respecte. » « Ne tape pas par terre avec ta dînette, tu vas la casser. » « Ne jette pas ton doudou, c’est pas gentil. »
Fais pas ci, fais pas ça.
Je t’offre quelque chose, mais ça n’est pas vraiment à toi.

On a tous déjà vu – et on l’a peut-être fait aussi – des adultes arrachant des mains d’un enfant le jouet tout juste déballé, s’empressant de lui montrer comment on s’en sert, comment ça marche, comment ça se monte – on peut se demander à qui on offre le cadeau, en réalité. Alors que l’enfant se serait très bien débrouillé tout seul, merci, et avec quelle joie ! Peut-être même aurait-il découvert un tout autre usage à cette chose mystérieuse.
Quand Fiston était bébé, c’était souvent le cas. Je me souviens d’une sorte de tortue en plastique, avec un bouton poueteur sur le dos et des pattes texturées qui faisaient un bruit de crécelle quand on les bougeait. Fiston avait 6 mois quand il l’a eue. Je crois qu’il a découvert les bruitages 2 ans plus tard : jusque-là, il s’en servait uniquement comme d’une toupie en la faisant tournoyer sur son bouton. Ça l’amusait beaucoup.

Quant au fait de permettre de donner ses affaires… Passé l’éventuelle euphorie d’avoir enfin un enfant qui ne se cramponne plus à ses jouets comme une moule à son rocher, le refus arrive : « on les a achetés pour toi, tu DOIS en profiter, toi. » Accompagné parfois d’un chantage affectif en filigrane : « Ça me fait de la peine si tu donnes ce que je t’ai offert, ça veut dire que tu n’y tiens pas et donc que tu ne m’aimes pas. Moi, JAMAIS je ne donnerais ce que tu m’offres parce que je t’aime. »
Je mets d’ailleurs cela en lien direct avec la culpabilité que l’on pourra ressentir (avec de l’aide, parfois) une fois adulte quand on tentera de se débarrasser d’objets provenant de notre famille : héritage, cadeaux, souvenirs. Vendre, donner, jeter tel objet qui appartenait à l’arrière-arrière-grand-mère, c’est une trahison, c’est la tuer une deuxième fois.

Le cadeau entraîne ainsi un devoir de gratitude, matérialisé en premier lieu par le « Dis merci. »
Oh, je ne critique pas la politesse. Je la trouve nécessaire à la vie en société. J’ai d’ailleurs découvert, aux alentours des 3 ans de Fiston, que j’y étais plus attachée que ce que j’aurais pensé. C’est effectivement agréable, quand on offre quelque chose ou qu’on rend un service, de recevoir un « merci » en échange. Mais chaque chose en son temps : je ne comprends pas que quelqu’un puisse s’offusquer qu’un enfant ne lui dise pas merci alors qu’il a les yeux pétillants et le sourire jusqu’aux oreilles : il me semblait que le but du cadeau, c’était de faire plaisir à l’autre, alors que demander de plus ?
De plus, le « dis merci » bien souvent s’accompagne d’un « sinon » plus ou moins explicite.
Je me souviens d’une fois, il y a un peu plus d’un an, où Fiston avait passé 2 jours chez ses grands-parents. Ces derniers lui avaient offert un camion le matin du deuxième jour. Je suis arrivée en milieu de soirée, Fiston jouait avec son camion, super heureux. Au moment de partir, il dit au revoir mais sans regarder personne – Fiston a toujours eu, et a encore du mal avec les au revoir ; il déteste les départs, il voudrait que tout le monde reste avec lui, tout le temps – et ma mère lui dit d’aller embrasser son grand-père et de le remercier pour le camion. Fiston refuse, ma mère reprend l’objet du délit. Pleurs, bien entendu ; ma mère lui redonne en lui redisant d’aller dire merci, nouveau refus de Fiston, et hop, reprise du camion, déclenchant cette fois-ci des hurlements. Le temps de surmonter ma stupéfaction devant cette scène surréaliste – cela faisait près de 10 heures qu’il avait reçu ce jouet ! -, j’ai à mon tour pris le camion à ma mère en lui disant que si elle l’avait donné à Fiston maintenant c’était à lui et qu’elle n’avait pas le droit de lui reprendre. Nous avons échangé quelques mots vifs : de son côté, « mais il faut qu’il dise merci », « éducation », etc. ; du mien : « chantage », « menace », blabla. Au bout du compte, je me suis retrouvée seule avec Fiston, qui ne savait plus si le camion était à lui ou non, et le temps que je le rassure, sa grand-mère était revenue un peu calmée, déclarant que ce n’était pas bien grave et que de toute façon comme je prenais sa défense, c’était foutu.
Ça n’était peut-être pas bien grave pour elle ou pour moi, mais Fiston a pleuré tout le reste du temps passé chez ses grands-parents, serrant le camion sur son cœur en craignant qu’on le lui enlève à nouveau.

Le plus drôle, c’est que ce camion était au départ une récompense, ai-je compris ensuite – un truc inconnu chez nous. C’était un cadeau pour récompenser Fiston d’avoir été « aussi adorable ». Si l’on suit la logique de la chose, le fait que Fiston, 10h plus tard, ne veuille pas dire merci annulait donc en 1 seconde son « adorable attitude » des 2 jours précédents…
Ou alors – mais je dois avoir l’esprit tordu – le droit de garder le cadeau-récompense aurait été en réalité la récompense du remerciement pour ledit cadeau ? ^^

Allez, on souffle sur les neurones pour les faire refroidir.
Une chose est sûre : si on regarde tout ce qui se cache derrière un geste en apparence bienveillant et désintéressé – le cadeau à l’enfant -, on trouve du lourd.

Ce cadeau, contrairement aux apparences, est rarement gratuit.

Des animaux, des enfants et des hommes – 2 : F comme Futuroscope, F comme Feria

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Le Futuroscope a eu une idée brillante. Enfin, ses dirigeants, je suppose. Conclure un partenariat avec la Feria de Dax, pour que les « pitchouns » puissent assister à divers entraînements de tauromachie et à leur première (ou pas) corrida*. Yeah.

C’est prévu pour le samedi 11 août, admirez le programme !

Une cliente du Futuroscope, ulcérée qu’un parc d’attraction promeuve auprès des enfants la violence envers les animaux, a lancé une pétition dans l’espoir d’inciter le Futuroscope à revenir sur sa décision.

Si vous êtes contre la corrida ;
Si vous pensez que ce n’est de toute façon pas un spectacle pour les enfants ;
Si comme l’OVEO (Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire), vous pensez que c’est une éducation à la violence, y compris vis-à-vis des humains…

Merci de signer et faire circuler cette pétition.

* Mode humour noir : vous voyez bien qu’il n’y a pas qu’à l’école qu’on apprend.

Frustration

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On est en plein dedans en ce moment, car il pleut toujours. Pas forcément tous les jours, mais quand ça tombe, ça tombe tellement que le terrain est de plus en plus gorgé d’eau.
Admirez ci-dessous les magnifiques couloirs de nage à l’emplacement de notre futur salon. ^^ Il s’agit des ornières laissées par la pelleteuse la semaine dernière, lors d’un essai. Depuis, la pelleteuse est partie voguer vers d’autres chantiers plus cléments, et à l’heure actuelle les ornières sont remplies d’eau à ras-bord.

Mais ceci n’était qu’une introduction (en plus de donner quelques « nouvelles ») pour parler de la frustration chez l’enfant.

Lorsqu’on est parent, si on a le malheur, en public, de répondre positivement à une demande de son enfant, souvent les jugements (exprimés ou non) ne tardent pas. Le spectre de l’enfant-roi (comme si la vie d’un jeune prince était enviable, d’ailleurs) est agité tel un épouvantail devant les malheureux parents, et les bons conseils se mettent à pleuvoir : il faut bien qu’il/elle apprenne la frustration. Comprendre : il faut que vous, parents, lui appreniez la frustration. De force.
Et la raison en est simple : parce que dans la vie, on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut.
Certes. Mais peu de gens se rendent compte de la contradiction inhérente à leurs propos.

Reprenons : dans la vie, on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut. L’enfant, sauf erreur de ma part, est un être vivant. La vie, il est en plein dedans – et pas qu’un peu. Donc le simple fait de vivre devrait suffire à lui apprendre qu’il ne peut pas toujours avoir ce qu’il veut. Point besoin d’adulte en rajoutant une couche exprès pour lui apprendre cela.
Ce qui ne veut pas dire que l’on doit faire passer les demandes de son enfant avant tout le reste, on est bien d’accord. Il ne s’agit pas de s’oublier soi-même. Mais simplement de traiter l’enfant comme un être humain, à part entière, au même titre que n’importe qui d’autre. Si le Barbu me demande un service et que je suis d’accord pour le lui rendre, je ne vais pas lui répondre non pour qu’il se rappelle que hé, oh, il est sur Terre pour en chier, s’il croit qu’il pourra toujours avoir ce qu’il veut il se fourre l’appendice supérieur dans l’organe de vision jusqu’à l’articulation du milieu. Ne confondons pas « on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut » et « on ne peut jamais avoir ce qu’on veut, hahaha ».
C’est pareil pour Fiston.

En fait, cela fait déjà un bon bout de temps que je trouve que Fiston gère la frustration beaucoup mieux que moi. J’oserais même dire que bien des jeunes enfants gèrent leur frustration infiniment mieux que bien des adultes.
Les colères des bambins sont souvent spectaculaires, quand quelque chose ne leur plaît pas. C’est vrai. Mais que dire des nôtres ? Elles sont plus intériorisées, peut-être. Parfois elles sortent sous forme d’injures, d’abus de pouvoir, de punitions, d’humiliations, de cris, de coups. Parfois, elles restent en nous. Mais qui ne s’est jamais senti rempli d’une rage folle, disproportionnée, devant un bébé de 2 ans qui vous regarde en disant « non » fermement, qui ne cède pas à vos caprices (^^), qui vous fout en l’air le planning de l’après-midi parce que non, non, non, il ne veut pas s’habiller, ne veut pas qu’on le change, ne veut pas aller jouer avec les autres enfants, ne veut pas vous tenir la main pour traverser, ne veut pas dormir, ne veut pas manger ?
(Liste non exhaustive, hein.)
Un mioche 2 fois moins haut que nous, qui ne fait même pas 1/5e de notre poids, peut nous faire sortir de nos gonds en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Nous, adultes, censés être en pleine possession de nos moyens, censés savoir nous exprimer, communiquer, gérer nos émotions.
Et on voudrait leur apprendre, à eux, quelque chose que nous-mêmes ne maîtrisons pas ? Ah ! Ah ! Ah ! Rions trois fois, d’un rire franc et gaulois.

Bien sûr, comme tous les enfants, Fiston a traversé des phases durant lesquelles il ne supportait effectivement pas la moindre frustration – et comme à ces époques il ne parlait pas encore, ou très peu, c’était particulièrement difficile de comprendre ce qu’il voulait. Dans la mesure de nos possibilités, nous essayions d’accéder à ses demandes. Quand nous disions non, ce n’était pas dans un but éducatif, pour lui apprendre la frustration alors qu’il était déjà en plein dedans. C’était soit que ce qu’il voulait était impossible, soit qu’on ne comprenait pas, soit qu’on n’avait plus le temps, la disponibilité, la patience… Mais il n’est pas devenu pour autant un enfant-roi qui se roule par terre, la bave aux lèvres, dès qu’on le contrarie.

L’anecdote qui va bien pour illustrer mon propos :

Fiston a fêté ses 4 ans la semaine dernière – sous la pluie, mais passons.
La veille, nous avions célébré l’évènement avec Naë, Druss et Loulou, et Fiston avait reçu une trottinette rouge, qu’il avait beaucoup aimé – toujours sous la pluie.
Le jour J, nous envoyons Fiston dans le garage sous un prétexte fallacieux, et là il tombe nez à guidon avec un vélo. Il le savait, cela faisait 3 mois qu’il l’attendait, ce vélo. 2 mois que j’étais allée le chercher et que Fiston se demandait où j’avais bien pu le planquer. Bref, c’était un cadeau très, très attendu.
Cris de joie. On met le vélo dans la cuisine, Fiston tourne autour, ravi. Il aide le Barbu à regonfler les pneus, et vite, vite, va dehors pour l’essayer. Sauf que ce *censuré* de vélo était trop grand pour lui. Il fallait régler la selle au mini pour qu’il puisse s’asseoir, mais alors il avait les genoux dans le menton s’il pédalait. Comme c’était son premier vélo à pédales (jusque-là il s’éclatait avec une draisienne), c’était complètement impraticable pour lui.
Grosse déception de nous 3.
Mais Fiston a surmonté sa frustration en moins d’1 minute. Après quelques larmes, il a dit « Tant pis, je vais me promener avec ma trottinette. D’accord, maman ? »
Alors que moi, même si j’ai fait des efforts pour ne pas trop le montrer, j’ai eu ce fiasco en travers de la gorge pendant plusieurs heures. Même en voyant Fiston heureux comme tout avec l’autre cadeau qu’on avait heureusement prévu (des perles à repasser, le stock d’avant étant épuisé depuis 2 mois), même en sachant qu’on irait le week-end d’après lui trouver un autre vélo à sa taille, j’ai eu une grosse boule dans le ventre toute la matinée et j’ai bien peur d’avoir quand même un peu beaucoup fait la gueule malgré moi.

Alors, question gestion de la frustration, Fiston : 1 ; Maman : 0 !

La pluie et le beau temps

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Chantier : il pleut tous les jours, et ce matin c’était le déluge. Le chantier n’est pas près de reprendre, et du coup nous changeons de projet : nous sommes maintenant les heureux propriétaires d’une piscine naturelle en cours de remplissage.
On va juste construire une cabane pour ranger les maillots de bain. ^^

Remarquez que ça n’entame pas le moral de tout le monde. Est-ce à force de voir passer les trains que Fiston nous joue les sémaphores en riant aux éclats ?

Ou alors peut-être est-ce la joie de voir que nos petits plants de fraisiers des bois, transplantés de chez nous au jardin de la petite maison, commencent à porter leurs fruits.

En attendant une éclaircie durable, j’avais envie de parler de mensonges.

J’ai déjà parlé des plaisanteries et secrets de Fiston. À noter que depuis la discussion dont je parlais dans ce billet, Fiston continue à faire attention à ne pas en abuser, sans qu’on ait eu besoin de lui rappeler.

(D’ailleurs, en règle générale, je trouve qu’on vit une super chouette période avec Fiston depuis quelques mois : il est un petit compagnon extrêmement agréable, joyeux, inventif, attentionné, plein d’énergie, qui nous épuise toujours autant de questions (quand on lui dit que là, on n’en peut plus et qu’on fait grève, il répond « alors je vais garder mes questions pour demain ! »), mais c’est vraiment l’éclate 99,9% du temps. Et je trouve qu’il grandit à toute allure en ce moment.)

L’autre jour, pourtant, il m’a clairement menti, tout aussi clairement parce que mon attitude envers lui ne lui avait pas plu (à raison).
Contexte : j’étais énervée. Je ne vais pas expliquer pourquoi car ce n’est pas le sujet, mais toujours est-il qu’après toute une journée à être sous pression à cause d’un truc sans aucun rapport avec Fiston, la soupape avait lâché un peu plus fort que prévu et c’était Fiston qui se l’était prise dans la tronche. Oh, pas non plus très fort : bien des gens ne comprendraient même pas qu’un enfant puisse ressentir un sentiment d’injustice pour ça. Mais je lui avais parlé sèchement, en sortant de la pièce avant même d’avoir fini (parce que je me rendais compte que je passais mes nerfs sur lui), et sans le regarder. Le sujet de la conversation était son tracteur, qu’il avait laissé dans un tas de sable sur le chantier, et je lui disais d’aller le récupérer. Il avait répondu en rigolant : « C’est pas moi qui vais le faire », et vlan, il s’était pris ma mauvaise humeur en pleine poire, et que je t’explique bien que ton tracteur va être pété quand les ouvriers reviendront travailler et qu’on n’en rachètera pas d’autre, etc. En temps normal je lui aurais juste dit gentiment que le tracteur risquait de s’abîmer ou d’être perdu s’il n’allait pas le chercher avant qu’on reparte, point. Fiston n’ayant jamais demandé à ce qu’on rachète un jouet cassé ou perdu, mon couplet sur le non-remplacement du tracteur était particulièrement gratuit.
Fiston n’a rien dit. Je l’ai vu mettre ses chaussures, sortir de la maison pour aller chercher son tracteur, et revenir. J’étais quant à moi partie m’isoler un peu au fond du terrain, je l’ai entendu m’appeler mais je n’ai pas répondu, et 5 minutes plus tard, le Barbu et lui me retrouvaient.
Regard noir de Fiston. Toujours énervée mais voulant faire un effort, je lui demande s’il a trouvé son tracteur. Nouveau regard noir : « Non. » Je lui demande : « C’est une plaisanterie ? », il me redit « Non. » Et là le Barbu s’étonne, car Fiston l’a bel et bien rapporté, ce tracteur. Fiston se tait, moi aussi, et je m’éloigne à nouveau en ruminant mon énervement. J’entends Fiston demander au Barbu « La colère de maman, elle va bientôt passer ? ». Je n’écoute pas la réponse, et rentre écouter de la musique pour me calmer.
Fiston me rejoint 10 minutes plus tard, et même si en apparence nous allons mieux tous les 2, je sens bien qu’il est tendu. Il ne tient pas en place, son rire n’est pas joyeux. Comme dirait Coluche, « c’est les nerfs ! ». Je lui demande ce qu’il a, il me dit « Je sais pas. Je veux pas te dire. » Sans aborder le sujet du tracteur, je le prends dans mes bras, toujours tendu comme un élastique prêt à se rompre : « Eh bien moi j’ai quelque chose à te dire : je suis désolée d’avoir été désagréable tout à l’heure. J’étais énervée, mais tu n’y étais pour rien, et je t’ai parlé sèchement. Je suis désolée. »
Je sens son corps se relâcher d’un seul coup. Il demande des précisions, bien entendu, période des « pourquoi ? » oblige, mais ça y est, c’est passé, pardonné, oublié, l’orage s’éloigne, place au soleil.

Cette histoire de tracteur, c’était une broutille, on est bien d’accord. Mais j’ai trouvé cela intéressant. Quand Fiston me répondait « Non », cela voulait dire en fait : « Non, je n’ai pas envie de te dire que je l’ai retrouvé. Pas à toi, pas maintenant. »
Apparemment, pour Fiston, la vérité, ça se mérite. ^^