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4 ans, toujours pas d’école

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Pour la 2e année consécutive, Fiston ne fera pas sa rentrée. 🙂

Au départ, nous pensions réfléchir tous les ans et reprendre une décision tous les ans : école ou pas école ? Mais pour cette année du moins, ça n’a pas été le cas. C’est une telle évidence pour tout le monde que Fiston s’épanouit en liberté – en ce moment il nous dit souvent qu’il est heureux d’exister -, découvre le monde à son rythme, apprend plein de choses, que nous n’avons même pas abordé la question.
De plus, avec la construction de la maison qui avance enfin, c’est un bonheur pour lui de découvrir tous les jours les avancées des travaux, de voir les maçons travailler, de leur poser des questions.
De toute façon, dès qu’on lui parle école, Fiston rétorque aussi net qu’il n’ira jamais, jamais-jamais-jamais. Pourtant nous n’avons pas cherché à le braquer contre cette institution ; d’ailleurs à un moment avec une amie nous réfléchissions à créer notre propre école parentale, et Fiston ne voulait pas plus y aller.

Nous remettons donc le couvert pour un an, dans la joie et l’allégresse, sans stress, toujours en éducation informelle, et toujours sans contraintes légales pour le moment puisque Fiston n’a pas atteint l’âge de 6 ans – ce qui doit aider à se sentir détendu, j’imagine.

Je pense aujourd’hui à tous les parents d’enfants en âge d’être scolarisés. Que l’année à venir soit riche et heureuse pour vous tous. Que vos enfants soient scolarisés ou non, dans une école publique ou privée, dans une pédagogie classique ou alternative.

Mais je pense en particulier à ceux qui n’ont pas pu choisir selon leurs convictions, quelles qu’en soient les raisons, ou qui doivent se battre au quotidien pour faire respecter leur choix, pourtant parfaitement légal.

À ceux qui voudraient ne pas scolariser leurs enfants, ou qui voudraient les déscolariser, mais qui ne peuvent ou n’osent pas. Ceux qui, aujourd’hui, ont la boule au ventre parce qu’ils ont laissé leur enfant en train de pleurer, qui n’ont qu’une hâte, le retrouver ce midi ou ce soir. Parmi eux, certains peut-être auront la bonne surprise de découvrir que finalement, ça s’est bien passé. Je leur souhaite !

À ceux qui pratiquent l’IEF, qui s’épanouissent avec cette façon de faire, mais qui se heurtent à la mauvaise foi de quelques inspecteurs académiques et continuent néanmoins à se battre pour leurs droits jusqu’à parfois se retrouver au tribunal.

Mais je pense aussi à ceux qui voudraient scolariser leurs enfants, et qui ne peuvent pas. Parce qu’il y en a. Qui ont un enfant handicapé et qui galèrent à monter des dossiers, à qui on refuse un(e) AVS, ou dont l’instituteur ne croit pas au handicap de leur enfant – certains sont apparents ; d’autres, comme l’autisme, invisibles, sont allègrement niés par bien des gens. Ou ceux, une fois leur enfant enfin scolarisé avec un(e) AVS, contre qui les parents des enfants non handicapés vont se liguer, parce qu’apparemment, avoir un enfant autiste dans sa classe pendant 2 ou 3 heures par jour, c’est le pire qui puisse arriver à un enfant « normal ».
À ceux dont l’enfant a développé une phobie scolaire face aux harcèlements de ses camarades ou de ses profs, sans parfois que personne ne lève le petit doigt pour prendre en compte ses problèmes et redresser la situation pendant qu’il est encore temps, et qui n’ont comme seul recours que la déscolarisation pour un temps indéfini – déscolarisation à laquelle ils ne sont pas préparés.
Ou à ceux qui, par exemple, se voient refuser l’accès à l’école pour leurs enfants à cause d’un défaut de vaccination, assorti pourtant d’une contre-indication médicale comme le prévoit la loi.

Bref. Concernant l’instruction obligatoire des enfants de 6 à 16 ans, la liberté de choix de l’instruction et l’accès garanti à l’école publique, pour encore pas mal de gens, c’est une douce utopie.

Le 15 septembre aura lieu la Journée Internationale Pour la Liberté de l’Instruction (JIPLI).
Même si elle est en général plus connue par ceux qui pratiquent l’IEF, elle est ouverte à tous. Profitez-en, organisez un évènement avec des amis, parlez haut et fort de vos problèmes, informez les gens autour de vous.

Cette journée est la vôtre. Faites qu’elle vous ressemble !

Parents, rebellez-vous ! – la pétition

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Suite de l’action dont je parlais dans un billet précédent : une pétition adressée aux candidats à l’élection présidentielle, présentant une synthèse des commentaires des parents ayant répondu à l’appel de Catherine Dumonteil-Kremer, a été mise en ligne ici.
Si vous vous retrouvez dans ces revendications, n’hésitez pas à signer et à faire circuler le lien !

Parents, rebellez-vous !

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Je relaie ici une initiative de Catherine Dumonteil-Kremer :

Voilà qui n’est pas facile, mais chacun d’entre vous porte un peu de la responsabilité de ce qui se passe à l’école. Quelles sont les solutions ? Avez-vous des idées ?

[…]

Seriez-vous partants pour élaborer un document à envoyer à tous les candidats aux élections présidentielles ?

Et le billet suivant sur son blog propose déjà quelques pistes de réflexion.

Si cela vous intéresse et que vous souhaitez participer à l’élaboration de ce document, rdv sur son blog dans les commentaires. 🙂

Documentaire + débat : L’école à bout de souffle

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Je suis en train de regarder le début du documentaire, qui a été diffusé hier sur France 5. Présentation :

L’école à bout de souffle

DOCUMENTAIRE
AUTEURE-REALISATRICE MARINA JULIENNE
PRODUCTION CINETEVE / CNRS IMAGES AVEC LA PARTICIPATION DE FRANCE TELEVISIONS / PUBLIC SENAT / CNC
DURÉE 52’ ANNÉE 2011

Les élèves sont-ils tous égaux devant la réussite ? Telle est la question à laquelle tente de répondre ce documentaire de Marina Julienne. Tourné en France et à l’étranger, il donne la parole aux acteurs clés du monde éducatif.
Professeurs, parents, sociologues… tous reconnaissent que l’école accomplit sa mission pour la majorité des élèves, mais qu’un trop grand nombre d’entre eux sont encore laissés sur le bas-côté de la route.

Le système éducatif français est confronté à l’accroissement de l’échec scolaire. Ce film se propose d’en identifier les causes. Pour développer tous ces aspects, les sociologues François Dubet et Agnès Van Zanten, le pédagogue Philippe Meirieu, le psychanalyste et professeur de linguistique Laurent Danon-Boileau, la graphothérapeute Marie-Christine Foy, des enseignants, parents d’élèves et professionnels de l’éducation, font part de leur vécu, de leurs réflexions et de leurs critiques.
En contrepoint, l’approche des méthodes pédagogiques utilisées en Finlande permet de comprendre qu’il existe d’autres façons d’aborder l’enseignement, l’école, la formation des maîtres….

Les liens :

 

 

Pourquoi l’Instruction En Famille (IEF) – 3

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Un article de liens.
Liens vers des discours, des conférences, des textes qui tous m’ont aidée dans ma démarche de nonsco, m’ont bousculée, fait réfléchir.

  • Sir Ken Robinson : je l’ai découvert il y a maintenant 2 ou 3 ans avec l’une de ses conférences TED (site à connaître également), sur le sujet de l’école tuant la créativité. J’ai été littéralement éblouie par ce monsieur, par son intelligence, son humour, son charisme, ses idées et sa façon de les présenter.
    Les vidéos sont en anglais, mais, quand on les regarde sur le site de TED, sous-titrées en plein de langues.

  • Dan Meyer, un prof de maths comme j’aurais aimé en avoir (pourtant j’adorais les maths). Je l’ai découvert toujours grâce au site TED, dans une conférence où il expliquait sa manière d’enseigner les maths à des lycéens (high school). Comme il le dit au début de son intervention pour faire mesurer à son auditoire la difficulté de l’exercice, il doit vendre un produit à des gens qui n’en veulent pas, mais sont légalement obligés de l’acheter. Et il tourne le dos à la manière traditionnelle d’enseigner, en s’appuyant sur des manuels où le problème est formulé, toutes les données disponibles, ainsi que les formules, et où la réponse se trouve au dos du manuel du prof. Il considère qu’il est bien plus intéressant d’amener les étudiants à formuler eux-mêmes le problème et à définir ce dont ils ont besoin pour le résoudre.

  • On reste dans les alentours de l’école avec Dave Eggers, toujours découvert grâce à TED (quand je vous dis que c’est une mine, ce site !) et sa vision originale et hilarante du soutien scolaire. La vidéo est longue, dans les 25 minutes, mais ça vaut vraiment le coup, et le site qu’il a créé, qui a pour but de répertorier les initiatives du même genre, est également à visiter.
  • Et maintenant, toujours sur TED, mais il n’y a plus d’école, plus de profs, juste des enfants qui apprennent par eux-mêmes, et c’est formidable pour reprendre confiance en la capacité à apprendre des enfants quand on doute.
    Sugata Mitra a conduit tout un tas d’expériences fascinantes en Inde et ailleurs. Son mode opératoire est simple : il place un ordinateur quelque part (encastré dans un mur, parfois, d’où le nom « Hole in the wall » donnée à sa méthode), s’en va et revient voir ce que ça a donné. Les résultats sont ahurissants, comme dans l’expérience où les enfants, 4 heures après avoir vu pour la première fois un ordinateur, s’en servent pour enregistrer et jouer leur propre musique. Ou comme dans celle où il laisse pendant 2 mois un ordinateur équipé d’un logiciel de reconnaissance vocale à des enfants parlant anglais avec un très fort accent, que le logiciel ne reconnait pas au départ, en leur donnant comme instruction d’arriver à se faire comprendre de l’ordinateur. 2 mois plus tard, les enfants ont un accent irréprochable. Il y a encore beaucoup plus fort, mais je ne veux pas vous gâcher le plaisir de le découvrir par vous-même.

  • On arrête 2 minutes les vidéos, voici le texte d’un discours prononcé par Daniel Quinn en 2000 à propos de l’école et de la non-scolarisation. J’ai découvert ce texte il y a très peu de temps, je n’ai pas encore eu le temps de chercher des infos sur l’auteur. Mais son discours est vraiment à lire. Petit extrait :

En travaillant sur les programmes de maternelle et de CP, j’ai observé quelque chose que je pense être vraiment remarquable. Dans ces classes, les enfants passent la plupart de leur temps à apprendre des choses que pas un seul, qui ne grandisse dans notre culture, ne pourrait éventuellement éviter d’apprendre. Par exemple, ils apprennent le nom des couleurs primaires. Wow, imaginez manquer l’école le jour où on apprend bleu. Vous passez le reste de votre vie vous demandant de quelle couleur est le ciel. Ils apprennent à dire l’heure, à compter, et à additionner et à soustraire, comme si quelqu’un pouvait manquer d’apprendre ces choses dans notre culture.[…] Il m’a semblé évident à l’époque de poser cette question : au lieu de passer deux à trois ans à enseigner aux enfants ce qu’ils vont inévitablement apprendre de toute façon, pourquoi pas leur apprendre des choses qu’ils n’apprendront pas forcément et qu’ils aimeraient effectivement apprendre à cet âge ?

  • Retour à l’école, mais une école différente, avec Bernard Collot et sa pédagogie de la mouche. Évidemment, en tant que vegan, je n’approuve pas tout dans l’exemple choisi, mais je le suis à 100% sur le fond. Ce monsieur est un militant des mouvements pédagogiques, notamment Freinet, et a enseigné dans des classes uniques, sans tri des élèves par âge, dites aussi « écoles du 3e type ». On peut trouver pas mal d’autres liens intéressants en relation avec Bernard Collot, en voici quelques-uns :
  • Pour finir ce billet, je vous indique une vidéo, longue (2h30) mais visible par tranche de 30 minutes si besoin, d’un spectacle de Franck Lepage : conférence gesticulée
    Cette vidéo est à mes yeux incontournable, qu’on soit nonsco ou pas, qu’on soit parent ou non. Ça parle d’éducation populaire, des mots, de la manipulation par les mots, du formatage de la pensée par les mots qu’on nous dit d’employer.
    Et en faisant des recherches pour ce billet, je découvre que la coopérative d’éducation populaire « Le Pavé », dont Franck Lepage est l’un des cofondateurs, a maintenant un site bien plus fourni qu’il y a encore quelques mois, et qu’il présente plein d’autres conférences gesticulées, de Franck Lepage mais pas seulement.
    Pendant que je termine ce billet, je suis en train d’écouter celle sur l’école. 🙂
    — ajout du 17/09 : je vous conseille également la conférence gesticulée de Pauline Christophe sur l’école primaire !

Voilà pour aujourd’hui, j’espère que vous trouverez de quoi cogiter dans tout ça.
N’hésitez pas à me signaler en commentaires vos liens préférés, je vous en remercie par avance 🙂

Quand il sera à l’école…

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La première fois qu’on m’a parlé d’école pour Fiston, il avait… 3 mois.

Je l’avais dans les bras, mon bonhomme, je sortais de chez le médecin et je demande à la secrétaire un RDV pour lui la semaine suivante. Elle me propose 9h du matin. Hum, trop tôt. Elle me propose 10h. Je passe aux aveux : Fiston se réveille à 11h. Elle me regarde, effarée :

« Mais enfin, quand il ira à l’école, il faudra qu’il se lève beaucoup plus tôt ! »

J’ai rien trouvé d’intelligent – ni de bête – à répondre tellement j’étais sur le cul. o_O

Depuis, évidemment, c’est revenu très souvent, et encore plus depuis ses 18 mois. Fiston étant plutôt grand pour son âge, cela fait 1 an et demi que lorsqu’on se balade un jour de semaine en période scolaire, les gens qui ne nous connaissent pas demandent : « Alors, tu n’es pas à l’école ? » ou quelque chose du genre.
En prime comme il a les cheveux longs, on le prend souvent pour une fille, ce qui le fait paraître encore plus « âgé ».

Dès que le printemps arrive fleurissent les : « Alors, en septembre c’est la rentrée ? »

Et maintenant que la rentrée est passée, quand on se balade le matin en semaine, on se croirait parfois au zoo. Du mauvais côté des barreaux.
Ou plutôt échappés du zoo : au secours, un enfant de 3 ans est en liberté…
Gare au gori-i-i-i-iiille nonsco-o-o-o-ooo…

Pourquoi l’Instruction En Famille (IEF) ? – 2

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Dans la première partie de cette série, j’ai abordé (en m’emballant quelque peu sur la fin, je l’avoue ^^) nos raisons premières, au Barbu et à moi, d’envisager l’IEF pour Fiston.

Aujourd’hui, je vais parler apprentissage, que ce soit à l’école ou en dehors.

Il y a quand même un sacré mythe autour de l’école : c’est que sans elle, les enfants n’apprendraient, ne sauraient rien.

Une anecdote rapide pour illustrer ce mythe : il y a quelques mois, mon bonhomme de bientôt 3 ans à l’époque était chez ses grands-parents, et un enchaînement de circonstances a fait qu’il a été confié à une voisine pendant quelques heures. Il s’agit d’une jeune fille tout à fait charmante, que Fiston et moi-même aimons beaucoup.

Le soir, après avoir récupéré mon loustic, j’ai ma mère au téléphone qui me dit que la jeune fille en question est en admiration devant mon fils, qu’elle le trouve surdoué (ahum), et surtout qu’elle est impressionnée de voir tout ce qu’il savait déjà alors qu’il n’allait pas encore à l’école. o_O

Bon, d’un côté ça m’a fait rire. Et puis c’était sympa de sa part, c’est toujours plus agréable que de s’entendre dire que ça s’est très mal passé.
De l’autre… Waw. C’est étonnant qu’un enfant apprenne des choses en dehors de l’école ?? Hors de l’école, point de salut ?
Les parents et les enfants sont si cons que ça ?

Bon, cela dit, c’était l’avis du ministre de l’Éducation Nationale il y a encore quelques mois, apparemment. Il y avait un Guide pratique des parents sur le site du ministère, guide qui n’a plus l’air d’exister aujourd’hui (en tout cas je ne l’ai pas retrouvé) : quand on lisait « le mot du ministre », c’était assez édifiant.

Petit extrait (le gras est de moi) :

[L’école maternelle] est beaucoup plus qu’une structure d’accueil : elle est le lieu des premiers apprentissages. Sous la conduite de leurs professeurs […], nos enfants s’approprient progressivement le langage […] et découvrent l’univers de l’écrit. C’est aussi à l’école maternelle qu’ils commencent à observer et à découvrir le monde qui les entoure […]
Vous le voyez, le rôle de l’école maternelle, c’est d’aider votre enfant à devenir un élève[…]
Ça me met toujours très très en pétard quand je repense à ce mot.

Les enfants apprennent des choses à l’école, bien sûr, mais… « premiers apprentissages » ??
Prenez un nouveau-né (je passe l’étape de la vie foetale, où les apprentissages sont pourtant nombreux également). Mettez-le à côté d’un enfant de 3 ans, ou même de 2 ans, qui n’est jamais allé à l’école, et venez me dire que l’enfant de 2 ou 3 ans n’a rien appris jusque-là, qu’il attend d’aller à l’école pour ses premiers apprentissages.
Je ne savais pas, j’avoue, que c’était l’école qui apprenait à tous les enfants à tourner et supporter leur tête, à affiner leur vision et à suivre du regard, à attraper des objets, à explorer leur environnement en utilisant tous leurs sens, à sourire puis à rire, à maîtriser leur corps jusqu’à se retourner, s’asseoir, se déplacer, marcher, sauter, courir, danser ; je ne savais pas que c’était l’école qui apprenait aux enfants à comprendre leur langue maternelle, à la parler (beaucoup d’enfants de 3 ans parlent fort bien), et même à en comprendre et parler plus d’une pour certains, à chanter, à découvrir l’humour, à entrer en relation avec les autres, humains et animaux, à s’affirmer, à tenir un crayon pour gribouiller ou dessiner, à colorier, à vouloir être autonome, à tenir une fourchette, une cuillère, un couteau, à manger tout seul, à s’habiller parfois, à empiler des cubes, à jouer au ballon ; je ne savais pas qu’avant l’école, aucun enfant n’avait jamais vu un livre, qu’aucun enfant n’aimait qu’on lui raconte les histoires ; je ne savais pas que sans école, aucun enfant ne regardait autour de lui quand il se promenait, que c’était l’école qui leur apprenait à tous à ramasser des bâtons, des pommes de pin, des feuilles, des cailloux, à cueillir des fleurs, à observer les fourmis, à demander « Pourquoi… ? » et « C’est quoi ? »… Liste ô combien non exhaustive !

Dites, monsieur le ministre, vous ne vous payeriez pas un peu notre fiole, par hasard ?
Ou alors vous n’avez jamais vu un enfant de près ?

À votre décharge, vous n’êtes pas le seul à croire, ou au moins à dire, que subitement, dès l’âge de 3 ans, un enfant n’apprendra plus tout seul, n’aura plus envie d’apprendre si on ne l’y oblige pas. Bien des parents le pensent, y compris dans mon entourage proche.
C’est le mythe de l’école.

De même que des générations de parents ont cru, car des experts le leur affirmaient, qu’un nouveau-né ne voyait rien, ou qu’un bébé ne ressentait pas la douleur – alors que lorsqu’un nouveau-né ne lâche pas sa mère du regard ou qu’un bébé de quelques mois se met à hurler parce qu’il a les gencives en feu,  cela semble quand même plus qu’évident que le premier voit, même imparfaitement, et que le deuxième a mal -, de nos jours, on croit, car on nous l’affirme en haut lieu, qu’il faut obliger les enfants à apprendre.
On nous formate à croire que les enfants sont paresseux par nature : si on ne les force pas, ils n’apprendront RIEN.
Et ils gâcheront leur vie, se retrouveront au chômage et délinquants multirécidivistes, ce qui nous flanque une culpabilité terrible, à nous parents, pensez donc – surtout maintenant avec les peines planchers, la rétention de sûreté et tout ce qui va encore être inventé d’ici que nos enfants aient l’âge d’être condamnés.

Il est d’ailleurs à noter que la plupart des pédagogies alternatives fonctionnent tout à fait différemment : les écoles Montessori, Freinet, Steiner et bien d’autres considèrent, elles, que l’enfant est mû par le besoin d’apprendre. Je reparlerai sans doute de ces différentes pédagogies qui sont toutes extrêmement intéressantes..

Un autre point commun des pédagogies alternatives est le respect, dans la mesure du possible, du rythme individuel.

Chaque enfant est différent. Ça a l’air évident, dit comme ça, mais dans un monde où la standardisation et la mesure sont reines, où bien avant leur naissance, grâce aux échographies, les enfants sont déjà mesurés, pesés, examinés à la loupe, comparés à une « norme » ; où le poids et la taille, juste après le sexe, du bébé à sa naissance sont les informations les plus importantes, où nous sommes habitués à faire confiance à des experts pour tout, experts qui nous disent comment faire faire à nos enfants quelque chose qu’ils feraient naturellement et à leur rythme si on leur fichait la paix (un bon exemple est la diversification menée la plupart du temps par les parents et source de guerres et d’angoisses sans fin, alors que le bébé a les capacités pour la mener lui-même quand il y est prêt, pour peu qu’on le laisse faire), il est nécessaire de le dire, de le redire et de le marteler.

Les forums consacrés aux parents fourmillent de questions de jeunes mères (en général) angoissées : « mon enfant ne tient pas encore sa tête à 10 jours, est-ce normal ? », « mon enfant ne tient pas assis à 6 mois, au secours », « mon enfant a 8 mois et n’a pas encore de dents », « mon enfant a 1 an et ne marche pas », « mon enfant a 2 ans et ne parle pas »… Quand on parcourt ces forums, on en vient à se demander si l’humanité va réussir à survivre à cette génération.
Je ne me moque pas. La première année de Fiston, j’étais comme elles. Quand il avait 4 semaines, je me demandais quand il allait réussir à attraper des objets, j’avais peur qu’il n’y arrive jamais. Oui, JAMAIS. Pourtant il n’était pas « en retard », mais je stressais. Pareil pour le fait de se retourner. Pareil pour le 4 pattes (il s’y est mis après la marche finalement). Pareil pour le 2 pattes sans se tenir (Fiston a marché 5 mois en nous tenant le main ou le doigt avant de se lâcher). Pareil pour le passage à la nourriture solide. Et moi je stressais. À croire que je m’imaginais, d’ici une petite trentaine d’années, mère d’une sorte de Tanguy qui non seulement ne décollerait pas de chez papa-maman mais qui en plus ne marcherait pas et ne se nourrirait qu’au biberon – sans arriver à l’attraper tout seul.
Imaginez l’angoisse.

Objectivement, c’est ahurissant, non ? J’avais un bébé parfaitement normal, aucun signe que quoi que ce soit cloche, et je stressais.

Et puis j’ai fini par intégrer que chaque enfant est différent. Pas juste le comprendre intellectuellement, mais vraiment le sentir, l’accepter, le savoir. Après le début de la marche en solo de Fiston, j’ai balancé aux orties tous les chiffres, les mesures, les normes et cie.
Et ça tombait bien, car, pour certaines choses, Fiston n’avait pas un rythme très habituel, dirons-nous. Je ne m’en suis pas aperçu tout de suite, mais à force que sa baby-sitter, ses grands-parents, d’autres encore nous disent : « Oh la la, il sait faire ceci ou cela, à son âge c’est vraiment étonnant », parfois j’allais piocher quelques infos et je me disais « ah oui, tiens. » Mais voilà, sans en tirer de fierté, c’était un constat. Inversement, mais ça les gens, poliment, nous le disaient moins, il était « en retard » pour d’autres. Je le constatais également, mais sans inquiétude, sans honte.  Je m’en fichais. Je me disais : « il a bien le temps. Dans une vie, quelle importance qu’on apprenne ceci ou cela à 2 ans ou à 4 ans ? »

Lorsque j’ai tenu Loulou dans mes bras pour la première fois, il avait 3 ou 4 jours. Il était du même gabarit que Fiston à sa naissance, à quelques grammes près, aussi chevelu que lui, et sur le moment j’ai vraiment eu l’impression de faire un bond en arrière de 15 mois.
Je me souviens que 5 ou 6 mois plus tard, Naë m’a demandé si je revoyais Fiston au même âge quand je venais voir Loulou. J’ai réfléchi quelques secondes avant de lui répondre que non, ce n’était plus le cas du tout. Loulou ne suivait pas le même rythme ni le même ordre d’apprentissage que Fiston 15 mois plus tôt. Ils étaient très différents. Et tant mieux.
Mais ils avaient bien sûr un point commun, qu’ils partageaient avec tous les autres enfants : ils passaient leur temps à apprendre, chacun à sa façon.

Maria Montessori, il y a déjà un bon paquet de décennies, a mis en évidence chez l’enfant l’existence de périodes sensibles. Ce sont des périodes, propres à chaque enfant, pendant lesquelles ce dernier va éprouver une sensibilité particulière vis-à-vis d’un apprentissage. S’il trouve dans son environnement de quoi satisfaire cette sensibilité, il va apprendre très vite et profondément. Une fois l’apprentissage effectué, la sensibilité s’estompe et finit par disparaître, pour faire place à une nouvelle période sensible pour un autre apprentissage, et ainsi de suite.
Bien évidemment, un apprentissage en dehors de la période sensible sera possible, mais bien plus long et pénible pour l’enfant.

Certaines périodes sensibles sont faciles à reconnaître : l’enfant devient véritablement monomaniaque. Je me souviens ainsi de Fiston, vers l’âge de 2 ans, passant pendant 2 ou 3h de suite la serpillère dans la maison, et cela plusieurs fois par jour. La maison n’avait jamais été aussi propre 😛
En ce moment, il est sensible au graphisme. Depuis quelques jours il tient son stylo entre son pouce, son index et son majeur – et non plus à pleine main -, et après 2 jours à me demander à chaque changement de feutre de l’aider à le « tiendre comme maman », il y arrive maintenant tout seul, c’est intégré sans efforts (alors que j’avais essayé de temps en temps de l’y intéresser avant cela : rien à faire. Mais comme j’ai fait des progrès depuis ses 1 an, je ne me projetais pas avec angoisse dans un futur où un Fiston Tanguy de 30 ans gribouillerait en tenant le feutre comme un bébé – entre 2 biberons).
Depuis peu, il a délaissé ses feutres pour un stylo-bille à pointe fine, et il est tellement enchanté de pouvoir faire des tracés minuscules et précis qu’il y passe des heures. Le matin, dès le lever, il court vers sa chaise en disant « je veux dessiner / je veux écrire, moi », sans même penser à manger. Il s’installe, et remplit des pages de pattes de mouche. Le soir, au moment de se coucher, dans son lit, il a encore une feuille de papier qu’il noircit avec acharnement. Un midi, il n’a avalé que 2 bouchées puis il est retourné dessiner. La seule véritable interruption a été décidée par moi, lorsque nous sommes allés à la ferme pour cueillir quelques fruits et légumes. Le reste du temps, il était le stylo à la main, à « écrire ». « Là, j’écris une lettre à papa pour lui dire je t’aime, papa. »  « Regarde, maman, j’ai fait un « v » ! »
Ce jour-là, au total, il a dû y passer dans les 8h !

Fiston, 3 ans, en pleine boulimie spontanée de graphisme.

Comme il est très intéressé par tout ce qui est lettres depuis très longtemps mais particulièrement en ce moment et que je sens qu’il aimerait bien savoir lire et écrire pour de vrai, j’ai voulu savoir s’il était prêt à distinguer les sons dans un mot. Il y a un jeu, dans la pédagogie Montessori, qui s’appelle « je devine ». On présente 3 objets à l’enfant et on lui demande lequel commence par tel son. J’ai essayé avec un rhinocéros, une chenille et une libellule. J’ai dit les 3 noms en exagérant beaucoup la première lettre. « Rrrrrrrrhinocéros, chhhhhhhhhhenille et llllllllllibellule. Peux-tu me dire lequel commence par le son ‘chhhhhhh’ ? »
Il s’en est montré incapable, ne comprenant pas du tout ce que j’attendais de lui – ce qui ne m’a pas tellement étonnée, mais je voulais en avoir le cœur net. Je n’ai pas insisté. Ce n’est pas encore le moment pour lui. Le jour où il sera prêt, je suis sûre que tout ira très vite. Charge à moi d’être attentive et de ne pas laisser passer ce moment.

Dans quelle école à pédagogie classique pourrait-on respecter ainsi le rythme de chaque enfant ? Dans quelle école classique laisserait-on un enfant répéter une activité encore et encore, pendant toute une journée, pendant plusieurs journées, sans l’interrompre, sans l’obliger à aller en récré, sans lui demander autre chose ?
Bien sûr, il y a des instituteurs formidables dans ces écoles, et heureusement. J’en ai eu. Imaginez seulement ce que ces mêmes instituteurs pourraient accomplir dans un environnement officiellement respectueux du rythme des enfants.
C’est ce que je reproche à la pédagogie classique (à l’inverse des pédagogies alternatives ou de l’IEF) : elle est faite pour l’enfant moyen, qui n’existe pas. En règle générale, elle ne nourrit pas les périodes sensibles des enfants, qui vont devoir apprendre à grand-peine (pour oublier aussitôt) des choses qui ne les intéressent pas, pour lesquelles ils ne sont pas prêts, alors que, plus tôt ou plus tard, ces  mêmes choses les passionneraient et seraient intégrées avec une facilité déconcertante.
Ils apprennent à contretemps. Ils comprennent qu’étudier, c’est pénible, c’est fastidieux, et que ce qui est su un jour est oublié le lendemain.
Comment s’étonner qu’au bout de quelques années, voire moins, beaucoup n’aient plus aucun goût pour apprendre ?

En passant

Ce n’est pas de l’IEF, mais si plus d’écoles ressemblaient à cela…

Une voisine m’a signalé un reportage dans l’émission « 66 minutes » sur M6, sur une école allemande gérée en grande partie par les élèves : ce sont eux qui décident quels profs ils engagent (et pour combien de temps), s’ils vont en cours ou non, qui gèrent les conflits entre eux, qui votent le budget, etc. Pas de notes, très peu d’obligations, mais des résultats supérieurs à la moyenne au Brevet.
Inconvénient, comme beaucoup d’écoles privées, c’est très cher.

C’est visible sur M6 replay pour quelques jours seulement, ici, chapitre 4 de l’émission, à partir de la minute 45.
Enjoy.

Une école gérée par les élèves en Allemagne

Pourquoi l’Instruction En Famille (IEF) ? – 1

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Préambule : L’école, en France, n’est pas obligatoire. L’instruction l’est, de 6 à 16 ans.

« Les parents ont par priorité le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants »
Article 26-3 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, 1948.

« L’instruction est obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, entre six ans et seize ans. »
Extrait de l’article L131-1 du Code de l’Éducation.

« L’instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l’un d’entre eux, ou toute personne de leur choix. »
Extrait de l’article L131-2 du Code de l’Éducation.

Partant, les parents qui choisissent l’IEF pour leurs enfants n’ont théoriquement pas à se justifier, puisqu’il s’agit de l’un des choix légaux et constitutionnels qui s’offrent à eux, au même titre que celui de se tourner vers l’Éducation Nationale.
En pratique, il en va bien autrement.

Pourquoi les parents choisissent-ils l’IEF ?

On trouve en gros 2 cas de figures :
– ceux qui choisissent l’IEF par défaut, par conviction ;
– ceux qui se tournent vers l’IEF lorsque l’un de leurs enfants rencontre de trop gros problèmes à l’école (phobie scolaire, précocité, ennui, violences, enseignement inadapté, etc.).

Dans ces deux cas, rien n’est figé dans le marbre. Un enfant peut tout à fait commencer son instruction en famille (enfant non scolarisé), puis quelques années plus tard intégrer le système scolaire (demande de sa part, manque de disponibilité des parents…), quitte à en repartir plus tard si le contexte change à nouveau. De même, un enfant déscolarisé (c-à-d qui est d’abord allé à l’école, puis en a été retiré) peut très bien, une fois le problème réglé, réintégrer l’école (la même ou une autre).

Je développerai sans doute un jour ou l’autre ces points, à moins que Naë s’en charge, mais parlons plutôt de NOTRE motivation, au Barbu et à moi, pour ne pas scolariser Fiston.

Alors, déjà, je rappelle que Fiston a 3 ans seulement à l’heure actuelle : il n’est donc pas encore concerné par l’instruction obligatoire et nous n’avons aucune démarche à effectuer. C’est juste qu’il ne fera pas sa rentrée à la Maternelle cette année, nous ne l’avons inscrit nulle part, cela s’arrête là.
Mais pour le moment nous n’envisageons pas non plus de l’inscrire dans une école quand il aura 6 ans.

Pourquoi mouaaa nous ?

Je ne garde pas un si mauvais souvenir de ma scolarité, dans le sens où j’étais une très bonne élève et que j’aimais beaucoup la plupart de mes instituteurs / profs (mon coeur d’artichaut enfantin a même eu le béguin pour un certain nombre d’entre eux).
J’ai d’ailleurs fait de longues études (Bac + 7) : je suis passée par des classes Préparatoires, j’ai fait une école nationale d’ingénieur, un DEA, 2 ans de thèse, ce qui tendrait à prouver que je n’étais pas si mal sur les bancs de l’école.
Ou alors que j’avais peur de les quitter parce que je ne savais pas quoi faire d’autre.

Du point de vue de la fameuse socialisation dont on nous rabat les oreilles dès qu’on parle d’IEF, c’était un zéro pointé jusqu’à mes 15 ans. Si j’ai joué 10 fois (en cumulé) avec mes petits camarades pendant les récréations pendant mes 5 années de primaire, c’est le bout du monde. Et en général c’était parce qu’il manquait quelqu’un pour tenir un élastique (je ne sais pas si les enfants y jouent encore, à ça ??).
Mes premières vraies copines datent de mon année de 3e. Mon premier vrai ami (qui l’est toujours) date de la Terminale. Et c’est tout.

Ce passage de l’autobio pour expliquer ma conviction (fondée également sur d’autres témoignages et études quand même) qu’école et socialisation n’ont pas grand-chose à voir à mes yeux. Il s’agit avant tout de la combinaison du caractère de l’enfant et de la façon de vivre de sa famille. Une famille repliée sur elle-même + un enfant au caractère solitaire ou timide + IEF en ermite là-haut dans la montagne pourrait ne pas donner des résultats très heureux (m’enfin faut bien des gardiens de phare). Mais remplacez l’IEF en ermite par un poste de souffre-douleur à l’école, et ça sera peut-être pire.

Bref.

Tout d’abord, quand Fiston est né, je suis tombée par hasard sur l’information que l’école n’était pas obligatoire. Stupeur de ma part. On m’aurait donc menti ?
Ensuite, comme mon mari et moi-même avons choisi l’AR pour notre fils, que je travaille chez moi aux horaires que je veux, je me suis dit : pourquoi pas ? Cela faisait déjà pas mal d’années que je m’étais attelée à une lourde tâche : me débarrasser de la majeure partie de ce que m’avait inculqué l’école (comme l’obéissance automatique à l’autorité, par exemple, une espèce de pétrification même quand tout en moi me criait le contraire), tout ce qui n’était pas moi et qui m’encombrait. Et plus je lisais, plus je réfléchissais, plus je sentais au fond de moi que l’école classique n’était pas adaptée aux enfants.
Restait la question d’une école alternative : Montessori, Freinet, Steiner… Mais c’était cher, aucune des pédagogies ne m’emballait à 100% non plus, et de toute façon il n’y en avait pas là où nous vivions.
Bref, pour des raisons à la fois positives (envie et disponibilité pour le faire) et négatives (pas envie de mettre mon fils dans un milieu que je considère comme violent et inadapté par nature, même si bien sûr tout n’est pas noir), j’ai pris ma décision et le Barbu m’a appuyée.

Et puis durant les 3 années qui se sont écoulées, tout n’a fait que me conforter en ce sens, et je suis devenue peu à peu consciente de certaines choses.

Que celui qui a déjà vu un adulte interagir 5 minutes avec un enfant de plus de 3 ans sans mentionner l’école, sans même en faire l’essentiel de son discours, lève le doigt. (Ou pas, on n’est pas à l’école, ici, justement.)
Non, mais sérieusement, je crois que la plupart des gens (dont moi il n’y a encore pas si longtemps, mais j’avais l’excuse de ne pas aimer les enfants :P) ne savent tout bonnement pas quoi dire à un enfant, à part : « Alors, tu es en quelle classe ? Tu travailles bien ? » C’est affolant, non ? Franchement, si on ne sait pas quoi dire d’autre, autant se taire.

Quand mes frères ont appris que le Barbu et moi-même ne scolariserions pas Fiston à la rentrée, ce fut la curée. Et notamment, mais comment allait-il s’intégrer en société ?
Ah ben oui, tiens, comment ?
Apparemment, le fait d’ôter les enfants de la société 4 ou 5 jours par semaine pour les placer dans un milieu artificiel et fermé (souvent par un grillage ou une grille), où ils sont triés par date de naissance et ne peuvent interagir librement entre eux que 2 fois 15 minutes par jour, entre 2 coups de sifflet ; sous la férule d’un adulte le reste du temps et le cul sur une chaise en général, sans aucune possibilité d’évolution autre que de passer dans la classe supérieure et de remettre ça pour un an, ça leur apprend à vivre en société.
Tiens, et si au lieu de ça, on les gardait dans la société ? La vraie, avec les vrais gens ? Et pendant qu’on y est, si on arrêtait de parquer les gens, les bébés à la crèche dès 3 mois, les enfants à l’école (derrière des barreaux), les ados au collège et au lycée, les adultes au travail – sauf les parents au foyer qui sont super isolés car quasiment rien n’est prévu pour les adultes accompagnés par des enfants dans la vie de tous les jours -, les vieux en maison de retraite, les mourants à l’hôpital (même quand leur état ne le réclame pas) et les morts à la morgue à peine le dernier soupir envolé pour libérer le lit ?
Si au contraire on mélangeait tout le monde, si on en prenait le temps ? Les bébés adorent les vieux, et souvent réciproquement. Les ados aiment souvent s’occuper des enfants, qui n’ont pas peur des malades ou des mourants.
Si on arrêtait ce culte de la séparation ?
Si on arrêtait d’avoir peur ?