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Le cadeau, un cadeau ?

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Il y a 6 mois, j’évoquais les problèmes que rencontrait Fiston à prêter ses jouets, puis quelques jours plus tard les premiers résultats encourageants des aménagements que nous avions mis en place.
Qu’en est-il aujourd’hui ?

Eh bien, que ce soit lié à nos efforts ou non, Fiston s’est bien décrispé sur la question. Non seulement il prête, en général tout à tout le monde, mais il donne maintenant beaucoup : quand on va voir des amis, il emporte souvent des jouets pour les offrir aux enfants ; il fait des cadeaux aux gens qui viennent nous voir ; il nous donne, au Barbu et à moi, régulièrement des stylos, des feutres et autres trésors ; sa grand-mère a reçu 2 de ses petites voitures pour son anniversaire ; notre bien-aimé vétérinaire a hérité lors d’une de nos dernières visites d’une petite bétonnière, que Fiston lui avait mise de côté depuis 2 mois. Et cetera.

Bref, Fiston adore donner – et il ne reprend pas, c’est vraiment donné.

Ce qui m’amuse, c’est qu’il tient dans sa tête un registre parfaitement à jour de ce qu’il a donné à qui – alors que le Barbu et moi nous y perdons depuis longtemps. Ce qui lui permet de nous demander régulièrement si on veut bien lui prêter ce qu’il nous a donné. Parfois, j’ai même l’impression que c’est le but de la manœuvre. « Tiens, maman, je te donne ce ballon. Tu veux bien me le prêter, maintenant ? »
Ou inversement. « Maman, tu veux bien me donner ça ? Je te le prêterai chaque fois que tu voudras. »

Donc, tout roule.
Il reste cependant un point que Fiston va devoir apprendre à gérer, je m’en suis rendu compte le week-end dernier quand il a offert des petits parapluies en papier à tout le monde, adultes comme enfants. Le plus jeune – 2 ans et demi – n’en voulait pas, de son petit parapluie, et s’en est débarrassé en le donnant à son frère, à la grande indignation de Fiston. « Non, je te le donne à toi ! »
Et puis je ne sais plus qui ne s’est pas servi du sien comme il aurait dû, apparemment, et qui l’a abîmé. Ça ne lui a pas plu non plus. ^^

Eh oui, ce n’est pas si facile d’accepter qu’une fois le cadeau fait, son nouveau propriétaire puisse en faire ce qu’il veut. Y compris le laisser en partant ou le casser.
C’est d’ailleurs tellement difficile que bien des adultes n’en sont pas capables, en tout cas vis-à-vis des enfants.

Je ne sais pas vous, mais quand j’étais enfant, il était hors de question, par exemple, que j’écrive sur mes affaires. C’étaient pourtant MES affaires… mais non. Quand ma mère s’est rendu compte que je laissais Fiston dessiner comme il le voulait sur son cheval à bascule en bois ou sur ses petites voitures, elle a failli s’étrangler. Ça ne se faisait pas, ce n’était « pas beau », c’était dommage. Dommage et pas beau pour qui ? Effectivement, de mon point de vue, c’était souvent moche. ^^ Mais Fiston, lui, était enchanté du résultat ! Il adorait encore plus ses jouets ensuite. Il passait des heures et des heures à les décorer.

Fiston, 2 ans et demi, en train de customiser une voiture

Et même plus jeune que sur la photo, il faisait parfaitement la différence entre ses jouets – sur lesquels il pouvait écrire – et ceux des autres, qu’il fallait garder « en bon état ». Parfois, il s’apprêtait à dessiner sur un jouet, puis laissait son geste en suspens et m’adressait un regard interrogateur pour que je lui dise si c’était à lui ou non.
La première fois qu’il a commencé à colorier une de ses peluches, je l’ai laissé faire. Sauf que quelques minutes plus tard, quand j’ai ramassé ladite peluche pour la ranger, je me suis retrouvée avec du feutre plein les mains. Après 1 ou 2 autres expériences de ce genre, nouvelle règle : on ne dessine plus sur les peluches. Règle respectée sans problème, avec juste un rappel de temps en temps.
Remarquez que ce n’est pas venu tout seul, hein ? La première fois que Fiston a brandi un feutre en direction de sa pelleteuse en bois, mon premier réflexe a été d’interdire aussi sec. Mais comme j’avais pris l’habitude de repérer et décoder mes « non » automatiques, je me suis vite rendu compte qu’il n’y avait aucune raison valable derrière, dans mon cas. Seulement une bête reproduction de celui que j’avais reçu moi-même à son âge dans les mêmes circonstances.

Voilà pour le côté « déco » ; intéressons-nous maintenant à l’aspect « casse ». Combien d’enfants se font engueuler (ou pire) lorsqu’ils cassent un de leurs jouets, ou qu’ils l’utilisent de façon trop brutale au goût des adultes ?
Il arrive que Fiston malmène des objets. Parfois c’est volontaire – par colère, par curiosité, le côté petit expérimentateur de l’enfant qui voudrait tester si ce camion de pompier va résister si on le jette dans les escaliers. Parfois non. On essaye d’appliquer grosso modo le même principe qu’avec les feutres. Si le jouet n’est pas à lui, c’est niet. S’il est à lui, on le prévient du risque – je trouverais assez vache de ne rien dire. Mais ensuite, c’est lui qui voit. Alors, oui, bien sûr, il a cassé certains jouets. Et alors ? Il joue toujours avec : de temps en temps on les répare, mais le plus souvent, non. On ne les remplace pas – il n’a d’ailleurs jamais demandé à ce qu’on le fasse. Son camion de pompier, jeté du haut des escaliers malgré nos avertissements et cassé en deux ? C’était il y a 2 ans : il s’en sert depuis comme d’une dépanneuse. Il l’adore.

D’où vient ce besoin de s’assurer que l’enfant va s’amuser de la bonne manière?
« N’écris pas sur ta voiture, c’est pas beau. » « Ne déchire pas ton livre, un livre, ça se respecte. » « Ne tape pas par terre avec ta dînette, tu vas la casser. » « Ne jette pas ton doudou, c’est pas gentil. »
Fais pas ci, fais pas ça.
Je t’offre quelque chose, mais ça n’est pas vraiment à toi.

On a tous déjà vu – et on l’a peut-être fait aussi – des adultes arrachant des mains d’un enfant le jouet tout juste déballé, s’empressant de lui montrer comment on s’en sert, comment ça marche, comment ça se monte – on peut se demander à qui on offre le cadeau, en réalité. Alors que l’enfant se serait très bien débrouillé tout seul, merci, et avec quelle joie ! Peut-être même aurait-il découvert un tout autre usage à cette chose mystérieuse.
Quand Fiston était bébé, c’était souvent le cas. Je me souviens d’une sorte de tortue en plastique, avec un bouton poueteur sur le dos et des pattes texturées qui faisaient un bruit de crécelle quand on les bougeait. Fiston avait 6 mois quand il l’a eue. Je crois qu’il a découvert les bruitages 2 ans plus tard : jusque-là, il s’en servait uniquement comme d’une toupie en la faisant tournoyer sur son bouton. Ça l’amusait beaucoup.

Quant au fait de permettre de donner ses affaires… Passé l’éventuelle euphorie d’avoir enfin un enfant qui ne se cramponne plus à ses jouets comme une moule à son rocher, le refus arrive : « on les a achetés pour toi, tu DOIS en profiter, toi. » Accompagné parfois d’un chantage affectif en filigrane : « Ça me fait de la peine si tu donnes ce que je t’ai offert, ça veut dire que tu n’y tiens pas et donc que tu ne m’aimes pas. Moi, JAMAIS je ne donnerais ce que tu m’offres parce que je t’aime. »
Je mets d’ailleurs cela en lien direct avec la culpabilité que l’on pourra ressentir (avec de l’aide, parfois) une fois adulte quand on tentera de se débarrasser d’objets provenant de notre famille : héritage, cadeaux, souvenirs. Vendre, donner, jeter tel objet qui appartenait à l’arrière-arrière-grand-mère, c’est une trahison, c’est la tuer une deuxième fois.

Le cadeau entraîne ainsi un devoir de gratitude, matérialisé en premier lieu par le « Dis merci. »
Oh, je ne critique pas la politesse. Je la trouve nécessaire à la vie en société. J’ai d’ailleurs découvert, aux alentours des 3 ans de Fiston, que j’y étais plus attachée que ce que j’aurais pensé. C’est effectivement agréable, quand on offre quelque chose ou qu’on rend un service, de recevoir un « merci » en échange. Mais chaque chose en son temps : je ne comprends pas que quelqu’un puisse s’offusquer qu’un enfant ne lui dise pas merci alors qu’il a les yeux pétillants et le sourire jusqu’aux oreilles : il me semblait que le but du cadeau, c’était de faire plaisir à l’autre, alors que demander de plus ?
De plus, le « dis merci » bien souvent s’accompagne d’un « sinon » plus ou moins explicite.
Je me souviens d’une fois, il y a un peu plus d’un an, où Fiston avait passé 2 jours chez ses grands-parents. Ces derniers lui avaient offert un camion le matin du deuxième jour. Je suis arrivée en milieu de soirée, Fiston jouait avec son camion, super heureux. Au moment de partir, il dit au revoir mais sans regarder personne – Fiston a toujours eu, et a encore du mal avec les au revoir ; il déteste les départs, il voudrait que tout le monde reste avec lui, tout le temps – et ma mère lui dit d’aller embrasser son grand-père et de le remercier pour le camion. Fiston refuse, ma mère reprend l’objet du délit. Pleurs, bien entendu ; ma mère lui redonne en lui redisant d’aller dire merci, nouveau refus de Fiston, et hop, reprise du camion, déclenchant cette fois-ci des hurlements. Le temps de surmonter ma stupéfaction devant cette scène surréaliste – cela faisait près de 10 heures qu’il avait reçu ce jouet ! -, j’ai à mon tour pris le camion à ma mère en lui disant que si elle l’avait donné à Fiston maintenant c’était à lui et qu’elle n’avait pas le droit de lui reprendre. Nous avons échangé quelques mots vifs : de son côté, « mais il faut qu’il dise merci », « éducation », etc. ; du mien : « chantage », « menace », blabla. Au bout du compte, je me suis retrouvée seule avec Fiston, qui ne savait plus si le camion était à lui ou non, et le temps que je le rassure, sa grand-mère était revenue un peu calmée, déclarant que ce n’était pas bien grave et que de toute façon comme je prenais sa défense, c’était foutu.
Ça n’était peut-être pas bien grave pour elle ou pour moi, mais Fiston a pleuré tout le reste du temps passé chez ses grands-parents, serrant le camion sur son cœur en craignant qu’on le lui enlève à nouveau.

Le plus drôle, c’est que ce camion était au départ une récompense, ai-je compris ensuite – un truc inconnu chez nous. C’était un cadeau pour récompenser Fiston d’avoir été « aussi adorable ». Si l’on suit la logique de la chose, le fait que Fiston, 10h plus tard, ne veuille pas dire merci annulait donc en 1 seconde son « adorable attitude » des 2 jours précédents…
Ou alors – mais je dois avoir l’esprit tordu – le droit de garder le cadeau-récompense aurait été en réalité la récompense du remerciement pour ledit cadeau ? ^^

Allez, on souffle sur les neurones pour les faire refroidir.
Une chose est sûre : si on regarde tout ce qui se cache derrière un geste en apparence bienveillant et désintéressé – le cadeau à l’enfant -, on trouve du lourd.

Ce cadeau, contrairement aux apparences, est rarement gratuit.

Les cadeaux

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Les cadeaux.
Noël est enfin passé. Je ne sais pas comment vous faites pour les cadeaux, mais pour moi c’est chaque année plus difficile. D’en faire mais aussi d’en recevoir.
Pour ce qui est d’en faire, j’ai toujours adoré faire des cadeaux : pour moi, trouver exactement le bon, celui qui surprend, qui fait briller les yeux, voire couler une petite larme, c’était le Graal. Et chaque année je faisais de mon mieux pour parvenir à ce résultat. Mais plusieurs choses ont émoussé mon enthousiasme.
Outre (dans le désordre) le manque de temps, la multiplicité de choix qui tue le choix, les conditions de fabrication, la crise économique, la crise écologique,… il y a aussi :
La baisse de mes propres envies de « choses », qui rend de plus en plus difficile l’identification au plaisir que je procure en achetant un cadeau pour autrui.
La quasi-impossibilité de faire plaisir à certaines personnes, combinée à un désir fort de descendre du grand huit de la consommation pour rejoindre le petit train de la simplicité volontaire. C’est vrai, quoi, dans certains cas, ça revient à acheter un bien dont on sait qu’il ne servira à rien, même pas à faire plaisir. Tout juste à remplir une obligation sociale. Dans le genre gâchis, ça se pose là.
Et j’en passe…
Mais le conditionnement a la vie dure, aussi si je n’offre pas un beau cadeau à Druss, j’aurai peur de lui donner l’impression que je l’aime moins. Même si je sais qu’il sait.
Pour Loulou, je ne me sens pas le droit de le « priver » de Noël alors que je ne suis pas encore en mesure de bien lui expliquer nos choix et nos convictions, vu que je ne suis pas encore complètement au clair avec moi-même.
Ce n’est pas que je n’ai plus envie de fêter Noël, mais j’aimerais le faire différemment. Ne pas acheter du neuf, mais de l’occasion, du beau, du vieux, du solide, du qui a vécu… mais ça ne se fait pas. Nous essayons de dire autour de nous que l’occasion, ça ne nous dérange pas, au contraire, mais ça ne passe pas auprès de tout le monde. À part ma mère qui adore fouiner, chiner et trouver des bonnes affaires, et Mely qui est sur la même longueur d’onde que nous. Même si on n’a pas trop à se plaindre quand même (on a échappé aux énormes jouets plastiques qui font plein de bruit et on ne désespère pas d’éradiquer le Made in China.)

Une des trouvailles de la grand-mère de Loulou

Bref, le plaisir d’offrir tourne au calvaire. Et le plaisir de recevoir se perd.
Mais j’ai quand même eu LE cadeau dont j’avais envie de la part de Druss, et j’ai réussi à 90 % à trouver des choses en accord avec mes convictions et qui ont fait plaisir pour tout le reste de la famille :
Pas si mal, et puis mes recherches m’ont permis de tomber sur ça.

Je sens que je n’ai pas fini d’acheter chez eux, ou au moins de m’inspirer de leurs créations pour Loulou et Fiston.
Reste que le but pour les années à venir est de s’orienter pour les cadeaux vers l’immatériel (vous allez trouver ça cucul, mais le temps partagé vaut tous les cadeaux), l’occasion et le fait-maison.