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Comment l’IEF – 8. D, é : Dé ; c, l, i, c : clic ; Déclic !

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Un billet bref, histoire de ne pas laisser passer avril sans rien écrire sur ce blog, déjà, mais aussi pour signaler le grand évènement de ces derniers jours : Fiston commence à lire (et il en est très fier) ! 🙂

Le Barbu et moi n’avons rien vu venir.
Il faut dire que ces temps-ci, nous sommes très occupés. Le projet de maison se terminant enfin, nous sommes dans les peintures, la pose des sols, le jardinage. Les journées sont longues et chargées, les nuits sont courtes (mais ça fait du bien d’en être enfin là).
Du coup, Fiston passe en moyenne 3 jours par semaine chez mes parents. Le reste du temps, il nous aide, il joue avec Loulou ou d’autres copains/copines, il jardine, il dessine et écrit à côté de nous, il chantonne et sautille, il profite du soleil quand il y en a, et surtout il s’occupe beaucoup beaucoup tout seul – ce qui nous aide bien et nous permet d’avancer vite, mais heureusement qu’il trouve l’attention dont il a besoin chez mes parents en ce moment.

Lors de son avant-dernier séjour chez eux, il y a 15 14 jours, ma mère m’annonce au téléphone que Fiston commence à lire quelques mots. Il savait déjà reconnaître et écrire « papa », « maman », son nom, son prénom et 2 ou 3 autres mots depuis longtemps – peut-être 2 ans – mais il n’avait jusque-là jamais pu établir le lien entre telle association de lettres et tel son.
Du coup, lorsque ma mère m’annonce la grande nouvelle, je suis étonnée mais aussi sceptique, et pour tout dire légèrement ennuyée. De ce que je comprends de la situation (de ce que j’imagine), elle est en train de me dire que Fiston reconnaît des nouveaux mots, mais ne les déchiffre pas. Éternel combat méthode globale vs méthode syllabique. Et pour ma part, je suis une partisane de la lecture syllabique, déchiffrage à la clef.
Bref, embêtée je suis. D’un autre côté, j’ai appris depuis longtemps à faire confiance à Fiston dans ses apprentissages et à remettre en cause certaines certitudes, et aussi qu’une méthode peut ne pas convenir à la majorité des enfants, mais très bien à quelques-uns. Je prends donc la résolution de ne pas intervenir si la démarche vient de lui. Je veux juste vérifier que sa grand-mère n’est pas en train de précipiter les choses. Parce que, comme je le disais plus haut, je suis étonnée : je ne m’y attendais pas si tôt. Il est de notoriété publique (enfin, à l’échelle de la communauté nonsco ^^) que la majorité des enfants, lorsqu’on pratique l’apprentissage informel, apprendra à lire bien plus tard que ce qui est demandé dans l’Éducation Nationale : 2 ou 3 ans plus tard en moyenne. Et comme Fiston jusque-là ne manifestait pas la moindre inclination pour la lecture – écrire, que ce soit sous la dictée ou des suites de lettres plus ou moins aléatoires, suffisait à son bonheur -, je n’étais pas préparée à ce qu’il l’aborde maintenant.

À la fin des 3 jours, le Barbu et moi allons rechercher Fiston. Et là, c’est un vrai festival : Fiston nous raconte et nous montre tout ce qu’il sait faire, mes parents aussi, on ne peut plus en placer une. ^^
La demande vient de lui, et il déchiffre bel et bien. Des mots simples, évidemment, avec de l’aide pour le moment – B et O ça fait ? « BO », B et I ça fait ? « BI, BOBI ! » – qui lui permettent quand même de lire des phrases complètes au final, comme « Fiston va à Paris avec papa, maman et Bobi ».

On revient chez nous tout électrisés et, une fois arrivés, le temps de décharger la voiture, on retrouve Fiston sur le canapé, plongé dans le dictionnaire.
Le  soir, dans son lit, quand je lui lis une histoire, il en déchiffre quelques mots et il adore ça. Moi aussi.

Tous les enfants passent par là un jour ou l’autre. Je ne sais pas si cela fait le même effet à tous les parents mais personnellement, être témoin de cette (soudaine) étape, voir Fiston aborder ce monde merveilleux de la lecture, cela m’a rendue et me rend encore toute chose.
Très, très euphorique. 🙂

faire_gaffe

Comment l’IEF – 7. Leave them kids alone

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jeu_2Aujourd’hui, Fiston a inventé un jeu multifacettes.

Il a ressorti une boîte de cubes que Naë lui avait offerte il y a longtemps, contenant 27 cubes en bois, chacun portant sur ses 6 faces des lettres, des chiffres ou des dessins.

Jusque-là, quand Fiston jouait avec les cubes, c’était pour construire des tours ou des maisons.

Ce matin midi, quand je me suis levée, il avait commencé à colorier certains dessins pour faire plus joli.

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Puis il a eu envie qu’on joue ensemble à un nouveau jeu dont il a inventé les règles dans la foulée.

Voici donc comment on joue au « Rigolo du monde » – c’est le nom qu’il lui a donné :

On choisit un cube, rebaptisé « dé » pour l’occasion, et on le lance chacun son tour.
Si on tire une lettre, on doit trouver – ou inventer, ça marche aussi – un mot commençant par cette lettre.
Si on tire le chiffre x, on doit frapper dans ses mains x fois.
Si on tire un dessin d’animal, il faut imiter son cri et/ou sa façon de se déplacer.
Si on tire un objet, eh bien on demande à Fiston ce qu’il faut faire et il nous trouve quelque chose. ^^

Par exemple, si on tombe sur un dessin de cerises, on fait semblant de les manger. Sur une fleur, on fait semblant de l’offrir à l’autre. Sur un hélicoptère, on imite son bruit. Sur une télé, on dit que c’est un ordinateur portable qu’on fait mine d’ouvrir et de refermer. Sur des lunettes, on va chercher les anciennes lunettes du Barbu, « celles pour voir flou », comme les appelle Fiston, et on regarde à travers 1 seconde. Si on tire le bateau, on le fait naviguer en disant « cuicuicui » – cherchez pas, j’ai pas compris le rapport non plus.

Quand on en a marre, on change de dé. Il s’agit donc d’un jeu multijoueurs à 27 dés, dont les règles sont aux cinq sixièmes fixes et, pour le sixième restant, aléatoires.
Provençal le Gaulois apprécierait sûrement. ^^

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On y a joué une bonne heure aujourd’hui.

Le « zéro » a eu beaucoup de succès. Fiston a beau le connaître et le comprendre depuis longtemps, quand l’un de nous tirait le zéro et devait donc frapper « zéro fois » dans ses mains, cela déclenchait chez lui un gros fou rire. À noter que lorsque c’était son tour, il ne pouvait s’empêcher d’amorcer le geste mais s’arrêtait avant que ses mains se touchent en disant : « Ça y est, zéro fois ! »

Et je ne m’y attendais pas du tout, mais plusieurs fois Fiston a trouvé tout seul et du premier coup des mots commençant par la lettre qu’il avait tirée – jusqu’à maintenant ça n’avait pas du tout fait tilt, le fait que tel mot commence par tel son.

Par exemple, après avoir inventé plusieurs mots commençant réellement par le son « i », il a de nouveau tiré un « I » et m’a dit : « iiiii… mmeuble ! »
Pour le « P », après avoir casé « ppp… papa », il m’a sorti : « ppp…pelleteuse ! »

Il s’est trompé parfois, surtout quand il faisait l’andouille ou sur la fin, quand il commençait à avoir l’estomac dans les talons, mais beaucoup moins que d’habitude et j’ai eu l’impression qu’un déclic commençait à se faire dans sa tête.
On verra si ça se confirme prochainement.
Ou dans plusieurs mois, ou dans un an, ou plus tard encore : une notion peut mettre très longtemps à se décanter quand on ne cherche pas à coller à un programme arbitraire.

Je ne sais pas si vous vous souvenez mais il y a un peu plus d’un an, dans le premier billet de la série « Comment l’IEF », j’avais indiqué que Fiston commençait à aborder de son propre chef la multiplication. Eh bien, en fait, il ne m’en a plus jamais parlé pendant une bonne année. C’est seulement en novembre dernier qu’il a recommencé à s’y intéresser – ou en tout cas à le montrer.

Je me suis fait avoir en beauté la première fois. ^^

2x7

Depuis, Fiston manie régulièrement la multiplication en général et beaucoup la table de 2 en particulier. Pour l’instant, ça a l’air bien (re)parti, mais s’il l’oublie à nouveau pendant 1 an, je ne m’en inquiéterai pas.

Les apprentissages (qu’on soit enfant ou adulte) sont rarement réguliers. Il y a des paliers, il y a des régressions, il y a des bonds en avant et des progrès insensibles. La plupart des parents et des professionnels l’admettent lorsqu’il s’agit des acquisitions des premières années (notamment la marche, la parole et la continence), mais quasiment tout le monde l’oublie dès que l’enfant arrive à l’âge dit scolaire.

Pourtant, qu’on ait 1, 3 ou 30 ans, nous ne sommes pas des machines. Nous sommes des êtres vivants, et la vie par essence est changeante et malicieuse. Elle passe par des phases d’éveil et de sommeil, elle alterne entre effort et réconfort, activité et paresse, faim et satiété, sans compter qu’elle offre parfois des visages bien trompeurs.

C’est lorsqu’il dort profondément que l’enfant grandit le plus ; c’est parfois lorsqu’il se tait qu’il intègre une notion.
En silence, en profondeur.
En privé.

De même que je n’irais pas réveiller Fiston au beau milieu de la nuit pour le mesurer, je n’ai – de mon point de vue – pas à interférer dans ses apprentissages.
Mon boulot : lui faire confiance, être là « au caillou » (merci à Loulou pour l’expression :)) et… le laisser tranquille.

Comment l’IEF – 6. Mais comment vous lui avez appris à écrire ?

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Hier matin je suis allée chez l’ostéopathe, pour moi, accompagnée d’un Fiston qui avait promis de rester tranquille et de ne pas passer l’heure à me chatouiller comme la fois précédente. ^^

Il a tenu parole : il a beaucoup parlé avec l’ostéo (qu’il connaît depuis toujours), a monté et descendu la table quand elle le lui demandait, il a colorié, dessiné, fait des grimaces à la Charlot (son idole du moment) et regardé par la fenêtre les gendarmes qui passaient à cheval.
Quant à moi, je me suis super bien détendue, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est qu’après avoir fini un coloriage, Fiston l’a donné à l’ostéo, puis lui a repris aussitôt en disant qu’il avait l’habitude de mettre son prénom et son nom de famille sur les dessins, mais aussi le prénom des gens à qui il les offrait.

Il lui a donc demandé d’épeler son prénom, l’a écrit au-dessus du coloriage, puis a « signé » comme d’habitude. Et l’ostéo de s’extasier sur son écriture, tant sur la forme des lettres que la vitesse à laquelle il avait écrit.
Elle sait qu’il n’est pas scolarisé : c’est d’ailleurs une des rares personnes avec qui je peux en parler tranquillement, car si elle a mis son propre enfant (âgé de bientôt 6 ans à présent) à la Maternelle, c’était seulement parce qu’il en avait envie. Elle n’aurait eu aucun problème à ne pas le scolariser aussi tôt, elle-même n’étant entrée à l’école qu’à 5 ans. Bref, c’est donc un sujet de non-débat entre nous, le fait que les enfants apprennent très bien sans école ; toujours est-il qu’elle était étonnée par l’écriture de Fiston vu son âge (4,5 ans).

Elle m’a demandé : « Mais comment vous lui avez appris à écrire ? »
La question m’a surprise. J’ai répondu machinalement : « Il a appris tout seul. »

Puis j’ai dû farfouiller dans ma mémoire, car les choses se sont faites tellement progressivement que je ne me rappelais plus vraiment comment il avait appris à écrire. Je ne me suis pas dit un jour : Tiens, il écrit.

Et donc, comment Fiston a-t-il appris de lui-même à écrire ?
Il est depuis toujours passionné par les lettres. Tout bébé encore, bien avant de savoir parler, il montrait les lettres (dans les livres, sur un panneau quand on en croisait un – toutes les occasions étaient bonnes à prendre) et m’adressait un « hmmm ? » interrogateur jusqu’à ce que je lui dise le nom de la lettre.
Vers 18-20 mois, il les connaissait toutes (alors qu’il n’a parlé que vers 3 ans).

Avant ses 2 ans, il était capable de les repérer sans se tromper : je m’en suis aperçue alors qu’il faisait un puzzle en forme de girafe et composé de 26 pièces portant une lettre d’un côté et un chiffre de l’autre. Il avait choisi le côté « lettres » et quand il ne trouvait pas la bonne pièce à encastrer, il m’adressait son fameux « hmmm ? » : il suffisait que je lui dise la lettre pour qu’il trouve immédiatement le morceau qu’il cherchait.

Entre 2 et 3 ans, je n’ai pas souvenir de progression particulière, mis à part qu’il arrivait à prononcer le son de quelques voyelles et consonnes et que je l’entendais parfois « s’entraîner » juste avant de s’endormir : « A ! O ! I ! T ! K ! »
Oui, il avait de drôles de berceuses. ^^

Un peu après ses 3 ans, j’en avais parlé aux débuts de ce blog, il s’était mis à tenir ses stylos correctement, entre 3 doigts, et avait passé des heures et des heures à « écrire » en inventant des lettres et les sons pour aller avec. Puis il avait découvert le stylo-plume, et cela n’avait fait qu’accentuer sa boulimie de graphisme. De temps en temps, par le plus grand des hasards, une lettre de l’alphabet français surgissait au milieu de ses tracés tarabiscotés. Il la repérait aussitôt et, tout joyeux, nous en faisait part : « Regarde, là, j’ai écrit un N ! » « Et là c’est un V ! »
Petit à petit, de sa propre initiative, il s’est mis à les dessiner exprès, ces lettres. Parfois approximatives, parfois en miroir (très courant chez la plupart des enfants et absolument normal), parfois impeccables.
Parfois avec des enjolivures de son cru, qui me faisaient bien rire.
Souvent, il nous demandait comment on dessinait d’autres lettres, alors on lui montrait. Je lui ai donné des pochoirs avec les lettres et les chiffres pour qu’il puisse écrire tout ce qu’il voulait sans être obligé d’attendre qu’on soit disponible – il s’en est assez peu servi, à vrai dire : de temps en temps il en prenait un et nous écrivait l’alphabet dans son intégralité, mais c’était rare.
Puis il a commencé à nous demander comment tel ou tel mot s’écrivait. Parfois c’était à nous de l’écrire, parfois c’était lui qui voulait le faire. Parfois il s’énervait car il n’arrivait plus à écrire une lettre – qui ne lui posait pourtant pas de problème quelques jours plus tôt – au point de ne « plus jamais » vouloir écrire. 2 heures ou 2 jours après, il y revenait et cette fois-ci c’était dans le sac.

Il y a eu aussi les perles à repasser : j’avais trouvé des plaques alphabet et chiffres, et il a fabriqué des tonnes de chiffres et de lettres en perles, pour les assembler ensuite et me demander de lire ce qu’il avait écrit – en général un infâme charabia qui le faisait rire aux larmes, et moi m’étrangler à essayer de le prononcer.
Il en a fabriqué en pâte à modeler. En tips.
Avec des haricots.
On en a sculpté dans des pommes de terre pour faire des tampons.
Il a regardé je ne sais combien de fois le « C’est pas sorcier » sur l’écriture.

Et surtout il a écrit, écrit, quasiment tous les jours, et toujours à sa demande. À la main, beaucoup. Sur l’ordinateur, pour envoyer des mails. Sur les machines à écrire de son père.
Nous étions là, bien sûr, pour répondre à ses questions. Mais nul besoin de le pousser ou de le récompenser, ni même de le féliciter : il le faisait très bien tout seul. 😉

Voilà comment Fiston a appris à écrire les lettres (majuscules : il connaît les minuscules mais ne semble pas pressé de s’y mettre).
C’est notre expérience, ceci n’est valable que pour nous. D’autres apprendront plus tôt, ou plus tard, et de toute façon différemment. Mais ils apprendront. 🙂

À noter que pour le moment, Fiston n’est pas du tout intéressé par la lecture : il fait semblant de lire parfois, en racontant n’importe quoi, du style « là il y a marqué gribaolititutulou tiripou kador, ça veut dire radiateur en anglais. » Inutile de répondre autre chose que « si tu le dis, mon chéri », le jeune linguiste n’en démordra pas. ^^
Il nous demande souvent de lire pour lui, aussi. Mais l’assemblage des lettres pour former des sons lui passe manifestement à 10 bornes au-dessus de la tête : il s’en fiche.

Il dit qu’il lira quand il sera maçon.
J’en reparlerai quand même probablement ici avant. 😉

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Voilà, ça c’est fait.
Bonne année, les gens 🙂

L’apprentissage informel expliqué à mon inspecteur

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Je signale ce petit livre, actuellement en souscription chez les Éditions l’Instant Présent au prix de 4,50€ au lieu de 5€.

Parmi les familles qui ont opté pour l’instruction hors école, un certain nombre pratique la pédagogie des apprentissages autonomes et informels. Lors des contrôles auxquels les familles sont soumises, les inspecteurs ont parfois des difficultés à appréhender la richesse de ces modalités d’apprentissage. Une ancienne enseignante de l’Éducation Nationale traduit ces modalités à leur intention dans un petit livre concret et documenté qui va à l’essentiel.

Sortie prévue en juin 2012.

À noter qu’une souscription est également ouverte chez le même éditeur pour la traduction française de Instead of education, de John Holt (l’auteur des Apprentissages autonomes, très très bon livre), au prix de 18€ au lieu de 23€.

À travers cette étude approfondie, Holt démontre pourquoi ne plus se soumettre à l’école obligatoire est un moyen salutaire de s’approprier ses propres chemins d’apprentissages et de mener une vie plus créative. Instead of Education est rempli d’exemples sur les opportunités d’apprentissage en dehors des structures éducatives établies, ainsi que de récits passionnants d’apprentissages informels.

Sortie prévue en juin 2012 itou.

Comment l’IEF – 5. Des haricots et des lettres

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L’avantage de l’IEF, c’est qu’on peut pratiquer l’apprentissage informel (ce vers quoi je me dirige de plus en plus), et qu’on ne se préoccupe pas de séparer les domaines d’apprentissages (français d’un côté, maths de l’autre), ni d’ailleurs de démarquer les apprentissages des activités quotidiennes. Non, on se contente de vivre, de répondre aux questions, et de laisser jouer Fiston.

Fiston qui, après une période assez longue où peu d’aliments trouvaient grâce à ses yeux, est entré depuis quelques semaines dans une phase où il veut goûter à tout et, s’il aime, en manger (car avant cela nous avions eu pendant quelques mois un Fiston curieux, léchant les aliments, disant « c’est bon » mais s’arrêtant là).
Un après-midi, pendant les courses, il a réclamé des haricots verts, et nous en avons tous mangé le soir-même.
Fiston, attablé avec nous, mange donc ses haricots de bon appétit, en redemande, puis lâche sa fourchette et commence à rigoler en prenant un haricot tordu  : « Regarde, maman, il est en forme de U ! » Il en croque un morceau, et rit de plus belle : « Maintenant c’est un J ! » Encore un morceau, et le haricot redevient un U, puis un petit J… Et puis il n’en reste plus, et Fiston s’écrie « Zéro J ! »
Le haricot suivant est droit, mais Fiston le recourbe pour lui donner une forme de P. Il court dans la cuisine, son haricot vert à la main, pour le montrer à son père : « Regarde, papa, c’est un P ! », et puis il revient en défaisant / refaisant son P et en chantonnant : « 1 P, 2 P, 3 P, 4 P … »
Et puis il mange son P, revient à table, reprend sa fourchette et termine gaiement son repas.
Le lendemain, ce sera avec des petits pois qu’il jouera : « 1, 2, 3, 4 petits pois sur ma fourchette, regarde, papa, ça fait un carré ! »
Et caetera.

Dans mon premier billet de la série « Comment l’IEF », je concluais ainsi : « Tout ce que je veux dire, c’est : faites-leur confiance. Ils apprennent, de toute façon. »

Cette anecdote illustre cela sur au moins 3 points – qui ne concernent pas tous l’instruction, d’ailleurs.

1er point : la tenue à table. Mes parents louent souvent la façon de se tenir à table de Fiston. Et nous n’y sommes pour rien. Si Fiston a commencé ses repas à table de façon très classique dans une chaise haute, dès son premier anniversaire, c’est devenu problématique pour des raisons de maux de ventre chroniques : nous avons fini par migrer sur le canapé pour nos repas (nous avons toujours mangé en même temps que lui). Ce qui fait que pendant plus de 2 ans, Fiston a mangé couché, vautré, debout, à genoux… Très rarement assis. La seule règle était de ne pas en mettre trop partout, donc pas question de courir dans le salon avec de la nourriture dans la main, par exemple. Mais la course pendant le repas entre 2 bouchées, c’était ok, et il ne s’en privait pas. Cela ne fait que quelques mois (depuis que les problèmes de maux de ventre sont réglés) que nous sommes repassés sur la table. Alors il y a encore des fois où Fiston court entre 2 bouchées, il mange parfois allongé sur le banc : il se lève de toute façon quand il le veut. Mais la majeure partie du temps, il mange assis, tranquille, ne se levant que lorsqu’il n’a plus faim.
Pour être honnête, au cours des 2 années de repas folkloriques, il y a eu quelques fois où j’ai eu des doutes sur notre façon de faire, même si de toute façon je ne voyais pas trop quel autre choix nous avions. Mais c’était rare : globalement j’avais confiance.

2e point : la diversité de l’alimentation. Fiston est donc à nouveau dans une phase de découverte, on en profite pendant que ça dure. La phase d’avant – où lorsque je lui demandais ce qu’il voulait manger, sa réponse était invariablement « des pâtes en forme de lettres avec des saucisses soja et de la crème soja » le midi et le soir, et « une tartine margarine-miel » le matin – m’a parfois un peu soûlée, il est vrai, mais je ne me suis jamais inquiétée. Il ne mangeait pas que ça quand même : il faisait parfois des cures de fruits, par exemple, crus ou en compote. Il mangeait volontiers des œufs et du fromage. Par contre, côté légumes – que pourtant il cueillait avec moi à la ferme -, c’était un zéro pointé depuis très longtemps, au moins 2 ans (même la sauce tomate ne trouvait pas grâce à ses yeux).
Je suis toujours partie du principe que pour ce domaine aussi, c’était à lui d’initier, de nous faire comprendre lorsqu’il serait prêt à tenter autre chose. Charge à nous alors d’être réactifs et de répondre à ses demandes. Il nous voyait manger des aliments inconnus (ou pas, d’ailleurs, il y a eu des périodes où il mangeait de tout) avec plaisir, c’était à peu près certain qu’un jour il voudrait les goûter à son tour et que certains lui plairaient.

3e point : « français » , « calcul », « géométrie »… la liste est longue, de ce que Fiston aborde spontanément lors de ses activités quotidiennes – ici, les repas. On partage sa joie, on répond à ses questions, et c’est tout. C’est suffisant.
Comme le dit fort justement Daniel Quinn dans un discours déjà évoqué sur ce blog à propos de l’école et en particulier la Maternelle et le CP :

Dans ces classes, les enfants passent la plupart de leur temps à apprendre des choses que pas un seul, qui ne grandisse dans notre culture, ne pourrait éventuellement éviter d’apprendre.

C’est le pari que nous prenons avec Fiston.
À noter que, je l’ai déjà dit, cela fait belle lurette que Fiston connaît et sait écrire toutes les lettres (majuscules). Mais savoir reconnaître et dessiner un U et un J, c’est bien différent que de constater par hasard qu’en enlevant un morceau d’un U, on obtient un J. Et qu’en enlevant un autre morceau au J, on obtient un nouveau U, plus petit, etc.
Bien, bien différent.
Et, apparemment, très drôle. 😛