Archives de Tag: alimentation

Enfants & alimentation – 3

Par défaut

Pour lire le premier billet, c’est ici. Le deuxième, c’est .

Je ne comptais pas faire de 3e volet à la série « Enfants & alimentation », mais une visite sur le site de Blédina m’a laissée tellement consternée qu’il fallait que ça sorte. Promis, c’est le dernier. ^^

Blédina, je vais m’adresser directement à toi. Tout d’abord, excuse-moi de te prendre comme cible, je suis convaincue que la plupart des autres ne valent pas mieux que toi, mais voilà, c’est ton site que j’ai visité, ça tombe sur toi. Et puis avec tes 50% de parts de marché dans le domaine de l’alimentation infantile en France, je suis sûre que tu t’en remettras fort bien.

Ça a mal commencé entre nous, dès la page d’accueil.

Ton logo, qui annonce fièrement : « Du côté des mamans ». Tu m’excuses, j’ai pas la télé ; et j’ai beau avoir utilisé quelques-uns de tes produits il y a 3 ou 4 ans, ça m’a surprise.
Effectivement, si l’on en croit ton site, Blédina, le père n’existe quasiment pas. Pourtant un certain nombre de bébés en ont un – ou même deux, parfois -, d’ordinaire pourvu de 2 mains, parfois même d’une main gauche et d’une main droite, et tout à fait apte à leur donner à manger, fût-ce tes petits pots, non ? Aurais-tu déjà entendu parler du sexisme ? du partage des tâches ? du féminisme ? de l’homoparentalité ? du XXIe siècle ? du…
Bon, laisse tomber.

Venons-en aux choses sérieuses, et pour commencer la prise par les sentiments. Tu ne parles pas juste de « votre bébé » ou « votre enfant », non. Blédina, tu es le meilleur ami des mamans, alors tu le leur montres en utilisant le bon vocabulaire. Dans tout le site nous retrouverons savammant distillés les « votre petit bout », « votre petit trésor », « votre bout de chou ».
Et alors, moi qui pensais que tu te contentais de fabriquer et vendre de la nourriture infantile, profonde était mon erreur et je m’en repends. En fait, Blédina, tu es un vrai club de pédiatres à toi tout seul, une encyclopédie de la puériculture. C’est bien simple, une fois qu’on a mis les pieds chez toi, inutile d’aller voir ailleurs, tout y est : la grossesse, le développement de l’enfant, son éveil, sa socialisation, son sommeil, le « transport » et j’en passe, sans oublier les conseils aux mamans (hein ? les papas ? qui ça ?) : tu nous parles même de rééducation du périnée. Ah, Blédina, comment ne pas t’aimer ? Comment ne pas te rester fidèle ?
Bon, pour le périnée, je t’avouerais que j’ai eu des doutes sur le fait que tu saches où ça se trouve ou comment ça se rééduque vu la photo que tu as choisie pour illustrer la page en question. Puis je me suis dit que c’était par délicatesse : un peu comme dans les pubs pour les serviettes hygiéniques où on utilise toujours un liquide bleu pour faire la démonstration de l’incroyable pouvoir absorbant de la chose, on nous montre ici une rééducation périnéale grâce à un massage du haut du dos – le rouge, le sang, c’est sale, et le périnée se situe juste sous les omoplates, comme c’est pratique.
On comprendra facilement qu’au sujet des maux de la grossesse, c’est pas toi qui vas nous parler des hémorroïdes. Ni du probable vidage d’intestins pendant l’accouchement.
Bref, Blédina : complet, rassurant et délicat, les mamans n’ont besoin que de toi.

Enfin… à condition de correspondre à l’image d’Épinal de la femme enceinte puis de la maman que tu nous présentes : heureuse, épanouie, comblée, éventuellement quelques vergétures et kilos en trop – temporairement -, éventuellement les omoplates tombantes le périnée affaissé et fatiguée, mais heureuse. Ainsi, dans la page sur les examens du premier trimestre, tu affirmes :

L’échographie est un grand moment d’émotion. Pour vous, c’est un instant privilégié de découverte où vous pouvez voir ce qui se passe dans votre corps… Vous pouvez d’ailleurs entendre battre le cœur de votre bébé. Quel moment magique ! le futur papa peut assister à cet examen majeur.

Dans celle concernant le développement du foetus, bien entendu, à la 20e semaine, on trouve :

vous devriez maintenant le sentir bouger dans votre ventre, si ça n’était pas déjà le cas. Un grand moment d’émotion !

Et ce ne sont que 2 exemples parmi d’autres. Une fois remise du choc éprouvé à voir le mot « papa » sur ton site et à comprendre qu’une page entière lui était consacrée – j’avais fini par l’oublier, celui-là -, j’étais assez en rogne. Non, Blédina, toutes les femmes ne fondent pas d’émotion pendant la première échographie, ni au premier coup de pied. Non, elles ne ressentent pas toute de la plénitude une fois qu’elles ont leur bébé dans les bras. Arrête de parler pour elles, de leur dire ce qu’elles doivent ressentir, veux-tu ? Arrête de faire comme si LA femme enceinte était unique, arrête de confondre les mères avec un troupeau de clones. Tu n’imagines pas le nombre de femmes qui souffrent de ne pas coller à cette image. Qui n’osent pas en parler. Qui se croient anormales. Qui se sentent jugées. Qui dépriment devant leur gros ventre ou devant leur petit trésor – et je ne parle pas du baby blues – tout en souriant vaillamment pour la galerie. Va faire un tour sur le site et le forum de Maman-Blues si tu ne me crois pas : tu vas découvrir un nouveau monde, l’underground de ton BisounoursBlédiLand.
Je vais te confier un secret : il y a 4 ans et demi, tu aurais pu m’y lire, et je n’y parlais pas de grands moments d’émotion pendant les échographies (surtout la première écho officielle, merci Pétasse), ni d’attendrissement en sentant les premiers mouvements de Fiston (j’avais l’impression d’un surcroît d’aérophagie), ni de quoi que ce soit de « magique ». L’attendrissement n’est venu qu’à la naissance, chez moi, et je m’estime chanceuse par rapport à certaines.

Continuons la visite : j’en parlais dans le volet n°1, les parents doivent bien se mettre dans le crâne que l’alimentation de leur petit trésor ne peut être confiée qu’à des spécialistes. Ainsi, tout du long de mon exploration, tu m’as balancé de gros encarts : « Entre 6 mois et 3 ans, un bébé à besoin de deux fois plus d’énergie qu’un adulte en rapport de son poids corporel. » « Entre 6 mois et 3 ans, un bébé a besoin de trois fois plus de lipides qu’un adulte en rapport de son poids corporel. » « A 6 mois, bébé a besoin de près de 13 fois moins de sel qu’un adulte » « Entre 6 mois et 3 ans, un bébé à besoin de cinq à six fois moins de proteines qu’un adulte. »
Après tout ça, comment oser donner autre chose que tes petits pots à mon petit bout ? Une pensée émue pour toutes les femmes qui ont su se débrouiller sans toi depuis l’aube de l’humanité. Les pauvres. Heureusement que cette époque barbare est révolue. L’Homo sapiens est mort, vive l’Homo bledinens.

Je l’avoue encore une fois, Blédina, je me suis trompée sur ton compte. C’est pas tellement la nourriture infantile pour les petits trésors, ton créneau ; c’est surtout l’infantilisation des parents – enfin, des mères. Y a qu’à voir les jolies couleurs des slogans de chacune de tes rubriques et les points d’exclamation à gogo, on se croirait à la Maternelle – mon préféré, c’est celui de la rubrique 4-6 mois. Une couleur par mot, et surtout c’est bô comme dans un livre en tissu :

Les incroyables changements de Mr Bébé.

(Et les filles, alors ?)
En tout cas, ça marche bien, l’infantilisation : j’en veux pour preuve certaines astuces qu’on s’échange « entre mamans » sur toutes tes pages : depuis celle qui conseille aux autres de faire du sport comme elle qui soulève son « petit bout » – quand je vous disais que ça marchait – de 6kg490 à bout de bras – attention, si votre bébé ne pèse que 6kg485, les résultats ne sont pas garantis, demandez un remboursement – à celle qui intitule son astuce « viiite pipi » et obtient 66 remerciements pour l’incroyable scoop « Ne pas attendre la dernière minute car alors c’est trop tard le vase à débordé! », en passant par la probable titulaire de la médaille d’or de la Blédinaute avec 351 remerciements au compteur pour l' »astuce » « le jour des c 10 mois ma petite *** a fais ses premier pas », sans oublier les 65 mamans pleines de gratitude pour l’ingénieuse consœur qui leur indique : « quand bébé fait pôpô, je mets tous ses jouets autour de lui ».
Ouaip. Et je vous en cite in extenso une dernière pour la route, pas tellement pour le côté neuneu mais parce qu’il n’y a pas de raison que je sois la seule à perdre un œil :

le docteur vou di ke vou ete de pluse touletan
le docteur vou dit que vou ete de pluse paske il compte les amenorer mai bon c facile a faite il vou di par exemple ke vou ete de 9 semaine mai vou etes de 7 semaine il fo enlever 2 semainne de se kil vou di ..

… 28 remerciements.

Allez, arrachons-nous à grand-peine aux astuces de ta communauté, Blédina, et revenons au domaine que tu proclames maîtriser : l’alimentation infantile. Et pour commencer, intéressons-nous à ta rubrique Tout savoir sur les propriétés des aliments. Outre la propagande classique à la PNNS (viande, poisson ou oeuf 1 à 2 fois par jour, 3 produits laitiers par jour, etc.), tu nous gratifies de magnifiques perles.
Ainsi, pour la viande ou le poisson :

Les petits pots pour bébés constituent un bon repère : ils contiennent la juste dose de protéines* pour chaque tranche d’âge. »

Mais puisqu’on vous dit que c’est beaucoup plus simple et sûr d’acheter des petits pots, hein, les mamans ? Papas, vos gueules, et d’abord qu’est-ce que vous foutez là ?
Passons sur la pub, présente partout : après tout c’est ton site, c’est de bonne guerre, et c’est quand même l’objectif, de vendre tes produits.
Mais, « la juste dose pour chaque tranche d’âge » ? M’enfin, Blédina, figure-toi que tous les enfants n’ont pas la même taille, le même poids, ni les mêmes besoins au même âge. Fiston, à 4 mois, était aussi grand et plus lourd que certains bébés de ma connaissance à 10 mois. C’était pas forcément une bonne chose, mais c’était comme ça. La juste dose, dis-tu ? T’es trop fort.

Jusqu’à 3 ans, un excès de protéines n’est pas souhaitable.

Blédina, tss tsss… Dis-moi donc à quel âge un excès de protéines est souhaitable, s’il te plaît ? Hmmm ? Oui, c’est bien ce que je pensais. Jamais.

Les bonnes habitudes alimentaires doivent être prise très tôt. Pour ne pas habituer votre enfant au goût sucré, proposez-lui des produits naturellement ou peu sucrés

Le gras est d’origine, la fôte aussi. Mais, Blédina, figure-toi que le lait maternel est naturellement très, très sucré, et que le nouveau-né est déjà attiré par le goût sucré. C’est inné. Toi qui vantes l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois (obligé par la législation, faut dire) sur ton site, tu devrais le savoir, non ?

Tiens, au rayon chocolat, d’ailleurs, je vois que tu le savais déjà, en fait.

Les bébés manifestent une préférence pour les goûts sucrés dès leur naissance. Le chocolat va donc vite devenir l’un de leurs aliments favoris.

C’était donc pour voir si on suivait ? Petit farceur, va.

Passons maintenant à Tout savoir sur les nutriments indispensables à votre bébé. Et là, Blédina, j’ai filé directement au rayon « protéines », certaine d’y trouver de quoi rigoler. Ça n’a pas raté.

Il existe 2 catégories de protéines : animales (dans le lait, la viande, le poisson, les œufs) et végétales (dans les céréales et les légumes secs notamment). Les protéines végétales ne présentent cependant pas les mêmes qualités que les protéines animales, notamment en ce qui concerne les acides aminés essentiels (que l’organisme ne peut pas synthétiser). C’est pourquoi il est important de varier les sources de protéines, et d’apporter tous les jours des protéines d’origine animale. Les petits pots et les plats pour bébé contiennent la juste dose de protéines, adaptée à chaque tranche d’âge.

Pfff. Blédina, je te renvoie à cette fiche de l’AVF, tiens, je n’ai pas le courage de t’expliquer le coup de la qualité des protéines végétales versus animales. J’espère juste que tu sais que les protéines ne sont pas utilisées telles quelles mais d’abord découpées en acides aminés et que, pour le corps de nos petits trésors comme pour celui de n’importe qui, que les acides aminés essentiels proviennent d’une seule source (une viande, du soja, du quinoa, du sarrasin par exemple) ou de plusieurs (céréales + légumineuses, par exemple), d’animaux ou de végétaux, d’un repas ou de plusieurs, c’est kif-kif-bout de bourricot-pareil.

Allez, tentons le calcium. Et là, c’est pas mieux. Pour toi, Blédina, il n’y a du calcium que dans les produits laitiers, ou quasiment. Tu mentionnes bien à la fin sa présence dans certaines eaux minérales et les légumes, « mais en petite quantité ». Concentre-toi un peu, Blédina, tu me fatigues. Il y a des végétaux bien plus riches en calcium que les produits laitiers, et surtout dont le calcium est bien plus assimilable par l’organisme (ça va jusqu’à 70% pour certains végétaux, contre 30 à 35% maximum pour celui du lait de vache).
Sans parler de l’énorme mais classique surestimation des besoins des petits bouts (d’après toi : 500 mg / j, de 0 à 3 ans). Parce que, Blédina, toi qui vantes l’allaitement maternel exclusif dans les 6 premiers mois de la vie du petit bout à sa maman, as-tu eu la curiosité de calculer combien ce petit bout devrait boire pour arriver à ces 500 mg / j ? À raison de 300 mg / L de lait maternel en moyenne, fais le calcul, allez… Voilà, c’est ça : 1,66 litres de lait par jour. Tu imagines ce nouveau-né de 3 kg – ou même ce bébé de 5 ou 6 kg – ingurgiter plus d’1 kilo et demi de lait par jour ? Toi qui aimes les comparaisons avec les adultes, ça correspondrait à une ration alimentaire quotidienne de 16 à 32 kg pour un adulte de 60 kg. Voilà un nouvel encart pour toi :

Entre 0 et 6 mois, un bébé ingurgite une ration alimentaire quotidienne de 10 à 20 fois supérieure à celle d’un adulte en rapport de son poids corporel.

Ne me remercie pas, c’est cadeau. Bon courage aux petits trésors, à leurs mamans (surtout celles qui allaitent), et n’oublie pas d’ajouter à ta boutique des entonnoirs pour le gavage et des couches giga-absorbantes.
Au passage, puisqu’on est dans le lait, je me permets de t’indiquer un oubli : si l’intolérance au gluten est mentionnée à plusieurs endroits, nulle part je n’ai trouvé celle aux protéines de lait de vache, pourtant fréquente et responsable de douloureuses coliques et/ou RGO chez les petits bouts – y compris nourris au sein vu que les PLV passent dans le lait maternel. Comment se fait-ce donc que tu n’en parles pas, Blédina ? Un moment d’étourderie ? Une page mal référencée ?

Pour finir et tenter de mieux te comprendre, un petit tour s’impose sur ce que tu dis de toi :

La passion de Blédina : faire grandir les bébés et simplifier la vie des mamans.

Merci de faire grandir les bébés – on a échappé de justesse à une génération d’enfants à la verticalité contrariée.
Qu’appelles-tu « simplifier la vie des mamans », au juste ? Voilà la réponse d’une directrice marketing :

Je sais que quand on est une jeune maman, on a vraiment besoin d’aide, d’information, de se sentir tout simplement comprise, mais parfois on est assaillie d’informations et de conseils contradictoires, pas facile de se dire qu’on a fait les bons choix !
C’est pourquoi je m’assure que Blédina mérite la confiance des mamans, grâce à des produits qui répondent parfaitement aux besoins spécifiques de leurs bébés de 0 à 3 ans, mais aussi en apportant des réponses à leurs questions sur le site, sur notre ligne téléphonique 3240, sur facebook, demain via les live chats, pour qu’elles soient plus sereines.

Et voilà, on est d’accord. On n’a besoin que de Blédina. On y est, on y reste. Plus la peine de se fatiguer les neurones à recouper des infos contradictoires, à chercher par soi-même, à se poser des questions, à réfléchir, à lire, à observer – au risque de douter, d’évoluer dans ses opinions et ses pratiques, de remettre en cause certaines idées toutes faites.
Blédina se charge de tout. De fournir du tout-cuit, du prémâché, voire du prédigéré aux parents mamans aussi bien qu’aux bébés.

Alors, toutes en chœur : merci qui ? Merci Blédi !

Publicités

Enfants & alimentation – 2

Par défaut

Pour lire le premier billet, c’est ici.

Personnellement, avec Fiston, je dirais que j’ai mal commencé mais bien continué.

Mal commencé parce que biberon depuis la naissance, et qu’à la maternité où j’étais on devait respecter 3h minimum entre chaque repas et ne pas dépasser les doses prescrites (les mêmes qu’on ait affaire à un bébé de 2,5 kg ou de 4 kg). Fiston était grand, et il avait faim. Je n’osais pas passer outre les recommandations des puéricultrices, de peur de commettre un infanticide involontaire (ouaip, carrément). Une fois rentrée à la maison, j’ai pris plus d’assurance et laissé tomber ces normes-là.
Diversification entamée à 6 mois, vaillamment, comme une brave petite maman-soldat de 2008. Armée d’une cuillère, de purées, de sourires, de chansons, de courage pour cette nécessaire corvée. Dévorée d’inquiétude quand Fiston refusait une saveur (OMG, il ne va JAMAIS vouloir manger de la carotte) ou ne finissait pas son petit pot. Pleine d’allégresse quand il attaquait la cuillère en rigolant, boulottait tout et faisait ensuite une grosse sieste, digestion aidant (oué, j’ai trouvé un moyen de le faire dormir !).

Et puis j’en ai eu marre. Marre de suivre des recommandations à la noix, qui changeaient plus ou moins radicalement toutes les décennies (entre-temps, ma mère m’avait montré ses fameux cahiers). Marre de ne pas manger en même temps que Fiston (ben oui, fallait que je tienne la cuillère, que je chante, que j’encourage, que je fasse le pitre, et quand ça s’éternisait, je finissais par avoir faim). Marre de craindre tout et son contraire. Marre, marre, marre.
Je me suis mise à table avec Fiston, j’ai mangé, il a voulu goûter à tout. Le Barbu a lu alors les recommendations de Bledina sur une pub, quelque chose du genre : jusqu’à 3 ans, l’enfant a des besoins bien spécifiques (sous-entendu VOUS, pauvres parents, n’êtes pas foutus de savoir quoi lui donner), et seuls des petits pots étudiés par des spécialistes (ce que VOUS, pauvres parents, n’êtes pas) sont en mesure de lui fournir tous les nutriments si importants (souligné 3 fois) à son âge.
En gros, libre à vous de donner à votre enfant autre chose que des petits pots Bledina (ou autre Nestlé), mais c’est risqué et c’est votre enfant qui va en faire les frais. Bande de criminels.
J’ai haussé les épaules (les messages publicitaires ont rarement plus d’effet chez moi) et nous avons basculé du côté obscur de la parentalité. Fiston buvait toujours quelques biberons, mangeait toujours les purées et compotes qu’il aimait, et le reste du temps on lui donnait ce qu’il réclamait en provenance de nos assiettes. Il a avalé son dernier biberon à 14 mois, et à partir de là a mangé grosso modo la même chose que nous.

En fait, j’en avais parlé dans un de mes premiers billets sur ce blog, à propos de l’IEF et de l’apprentissage : « Après le début de la marche en solo de Fiston, j’ai balancé aux orties tous les chiffres, les mesures, les normes et cie. » La marche en solo, c’était pour ses 15 mois. Et les chiffres, les mesures, les normes, ça a valu aussi pour la nourriture, que ce soit ce qu’il mangeait que la façon dont il la mangeait.

Concrètement, à partir de là, comment ça s’est passé ?

Qu’a-t-il mangé ? Ce qu’il a voulu. Je ne me souciais pas de préparer des repas équilibrés. Comme je le disais dans le billet n°1, équilibrés selon qui, et selon quelle norme, de quelle époque ? Ça change tout le temps, alors… Inspirée, il est vrai, par le Dr Zermati (dont la méthode ne s’adresse qu’aux adultes, précisons, pour les reconnecter avec leurs sensations et besoins alimentaires bousillés par quoi, je vous le donne en mille ? Eh oui, leur éducation, justement. Je vous conseille la rubrique Zermati et moi du blog Pensées de ronde pour en savoir plus – évidemment, qui dit blog dit ordre anti-chronologique et il vous faudra retrouver vous-mêmes les premiers billets pour y comprendre quelque chose), je faisais confiance à Fiston pour sentir ce dont il avait besoin et m’en faire part. Ce qui veut dire que lorsque, pendant des mois, son régime a été essentiellement constitué de pâtes, saucisses soja et fruits, sans aucun légume, j’ai laissé faire, sans stresser (j’en parlais déjà ici, ainsi que de la tenue à table : pour ce dernier point, je complète simplement en indiquant que 5 mois plus tard, Fiston ne mange plus qu’assis, et ne se lève que lorsqu’il a fini sans qu’on ait eu besoin d’intervenir). Attention, je pouvais me permettre de ne pas stresser car Fiston débordait d’énergie, ne tombait pas plus malade qu’un autre – et même plutôt moins -, bref, affichait une santé éclatante.

Précision importante : lorsqu’il y a un an, toute la maisonnée est devenue végétarienne, bien évidemment cela a demandé des ajustements. Fiston me réclamait du jambon, je disais non en expliquant pourquoi. On a trouvé des alternatives qui lui plaisaient (jambon végétal, les fameuses saucisses soja) et qui répondaient manifestement aussi bien à ses besoins. Son corps s’adaptant aux nouveaux choix qui lui étaient offerts, ses goûts ont évolué – les nôtres aussi.

Autre précision, non moins importante : ni le Barbu ni moi-même ne sommes des modèles de comportement alimentaire. Pour parler de ma pomme, j’ai été éduquée à finir mon assiette et à manger parce que c’était l’heure, faim ou non. Question poids, j’ai fait le yo-yo toute ma vie, avec une fourchette de 5 à 10 kg lorsque j’étais ado, et de 20 kg plus tard. J’ai mangé sans faim ; j’ai fait des régimes à la con, même si moins cons que Dukan ; j’ai navigué de comportements boulimiques en pesée minutieuse de tous mes aliments ; j’ai connu une période où je faisais un repas tous les 2 jours tout en me trouvant trop grosse, alors que les autres me qualifiaient de « menue » – à ma grande surprise et incrédulité -, période s’étant finie par une tachycardie et des attaques de crampes dans tout le corps, des pieds à la gorge, dues à de graves carences en magnésium et B6 (détail amusant, on m’a prescrit pendant des mois du Magné-B6 et des bêta-bloquants en pagaille, mais sans une seule critique au sujet de mon alimentation : il faut dire que je n’étais à l’époque pas végé, donc elle ne pouvait pas poser problème, n’est-ce pas ?) ; à d’autres moments, au contraire, je mangeais tout le temps. Fiston m’a beaucoup plus vue grignoter en cachette, m’empiffrer devant mon écran sans prêter attention à ce que je mangeais et bouffer en réponse au stress ou à des émotions négatives que prêter attention à mes sensations de faim et à mes besoins – même si le passage au végétalisme a fait évoluer les choses dans le bon sens.
Bref, vous voyez le tableau.

Revenons à nos marrons.
Sur un des forums que je fréquente, une intervenante avait été très surprise par cette façon de faire. Elle pensait pour sa part que le goût, ça s’éduque forcément. Que si on les laissait faire, les enfants développeraient des addictions au sucre et cie, ne mangeraient que des bonbons ou des gâteaux, et que hors du contrôle parental, point de salut concernant l’équilibre alimentaire.
Fiston avait 2 ans et demi à l’époque. Et il montrait déjà une aptitude tout à fait naturelle à la régulation. S’il avait envie de ne manger que des gâteaux un jour, pas de pb, il ne mangeait que ça. En général le lendemain il se jetait sur les fruits et inutile de lui proposer un gâteau, il n’en voulait pas. C’était possible car il n’y avait pas d’interdit sur les gâteaux, pas de diabolisation. Attention, je les achetais en fonction de certains critères, bien entendu (bio et / ou végétaliens, par exemple), mais ensuite ils étaient à sa disposition et il pouvait en manger autant qu’il le voulait. Je l’aurais laissé sans sourciller en manger à se rendre malade s’il l’avait voulu, convaincue qu’une bonne indigestion sans gravité est bien plus parlante que tous les discours et qu’il n’aurait pas recommencé. Il n’a jamais été jusque-là.
Chez ses grands-parents, il mangeait beaucoup de cochonneries industrielles. J’avais d’ailleurs dit à ma mère de ne pas le limiter. J’aurais préféré qu’elle lui propose autre chose comme gâteaux, mais puisqu’elle lui donnait ça, autant le laisser en manger autant qu’il en voulait. Après 2 jours chez mes parents, de retour à la maison, pendant 2 ou 3 jours il réclamait du pain, de la pomme, des saucisses soja… Tout sauf des gâteaux !
Idem pour l’appétit, il y avait des jours où il ne mangeait quasi rien. La semaine d’après, il dévorait. Et il avait une pêche d’enfer dans tous les cas.
J’avais conclu par : « Mon seul boulot, de mon point de vue, c’est de mettre sur la table des aliments suffisamment sains et variés pour que mon fils puisse y trouver ce dont il a besoin et lui ficher la paix pour le reste. »
La forumeuse avait rebondi sur « des aliments suffisamment sains et variés » en m’opposant un exemple de famille-malbouffe où l’idéal de repas serait un macdo-chips. Clairement, dans ce cas, je ne pouvais pas défendre une alimentation « à la zermati » pour les enfants. Non ?
Eh bien si. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ce point est revenu plusieurs fois dans la discussion, comme si les adeptes de « l’adulte doit apprendre à l’enfant comment bien manger » ne parvenaient pas à digérer l’argument. Une famille chips & macdo, c’était pas l’environnement rêvé pour « zermatiser », effectivement. Mais je ne voyais pas en quoi « le libre choix entre chips et macdo » ou « l’obligation chips et macdo » étaient vraiment différents. L’enfant ne boufferait que des chips et du macdo dans les 2 cas, donc en fait où se situait le problème du libre choix dans ce contexte ? Il n’était pas pire que l’autre option.

Bref, on a « zermatisé » avec Fiston. On ne l’a jamais forcé à goûter quelque chose (honnêtement, même si je comprends l’intention, je trouve ça violent d’obliger par principe un enfant à goûter sous prétexte qu’il ne peut pas savoir s’il aime ou pas sans goûter. Déjà, où est le problème s’il ne se rend pas compte à 3 ou 4 ans qu’en fait il aime les petits pois ? C’est vraiment si grave ? Ensuite et surtout, il n’y a pas que le goût qu’on sent sur nos papilles qui fait qu’on aime ou non un aliment. La couleur, la texture, l’aspect, l’odeur, la provenance, ça joue aussi. J’ai jamais eu besoin de goûter le foie de veau, étant ado, pour détester ça. Rien que l’odeur suffisait à me donner envie de vomir. Qu’on m’en serve toutes les semaines n’a fait que confirmer ce que je savais déjà), à finir son assiette, à manger ses légumes avant son dessert. Il a mangé ce qu’il voulait, dans l’ordre qu’il voulait, il s’est resservi comme il a voulu. S’il voulait s’enfiler un grand bocal de petits pois-carottes au goûter, ok. Si au dîner il demandait des céréales sucrées, ok aussi. Certains jours, il ne faisait qu’un petit repas. D’autres jours, il mangeait toutes les 2 heures. Les limites, c’était celles de la vie en société, par exemple : il faut en laisser pour les autres ; s’il me dit qu’il veut des pâtes et qu’ensuite, quand elles sont prêtes, finalement il veut du riz, ce sera probablement niet. Il ne sera pas obligé de manger les pâtes, par contre moi je ne me remets pas aux fourneaux, qu’il se débrouille avec ce qu’il trouve dans les placards ou le frigo. Ce genre de choses.

Le « résultat » ? Je mets des guillemets parce que je n’aime pas trop ce terme : je trouve un peu présomptueux d’affirmer que le comportement alimentaire de Fiston est dû à 100% à notre façon de faire – mais une chose est sûre : ce n’est pas de l’imitation :P.

Fiston mange maintenant de tout. Cela correspond rarement à la quantité exacte qu’il a dans son assiette. Soit il en laisse, soit il en redemande, et je trouve ça super. Il est complètement connecté à sa faim, et ne laisse pas des portions arbitraires lui dicter son appétit. C’est valable pour tout, y compris les gâteaux ou ses tartines du matin. Du gâchis, selon certains. C’est un point de vue que je ne partage pas (plus). Déjà, parfois, il finit sa part plus tard. S’il laisse des pâtes dans son assiette, je les remets dans la casserole avec les autres si on est entre nous. Idem pour les céréales qui restent dans son bol – il les mange « à sec » -, je les remets dans le paquet. Ensuite, quand bien même on doive jeter ce qu’il ne finit pas… Nos corps ne sont pas des poubelles. Je pense que c’est ce que j’ai lu de plus important chez Zermati, alors je le répète, et en gras : mon corps n’est pas une poubelle. Ni celui de Fiston. Ni celui des autres. Ni le vôtre, au cas où vous en douteriez. Manger sans faim pour finir une assiette, que ce soit la sienne ou non, parce qu’on n’aime pas gâcher, c’est autant du gâchis que jeter la nourriture. On n’en retire aucun plaisir, notre corps n’en tire aucun bienfait : dans le meilleur des cas après quelques heures ça se retrouvera dans les toilettes, et plus probablement en cellulite sur les hanches ou en dépôt dans les artères. Je préfère la poubelle, merci – qui chez nous, de plus, avec une alimentation presque à 100% végétale, est en général le tas de compost.
Je ne sais pas à quel point c’est lié à sa liberté alimentaire, mais Fiston ne s’empiffre pas de sucreries. À Pâques, s’il mange un œuf entier, c’est le bout du monde – et il va le faire en plusieurs fois. L’autre jour, j’avais préparé des barres à la figue (qui déchirent) pour le Barbu, et Fiston les avait trouvées super bonnes. Il en a pris une, puis en a réclamé une autre mais il n’en restait plus : j’en ai refait. Il a entamé la deuxième en poussant des « mmmh ! C’est drôlement bon ! Je me régale ! », mais arrivé à la moitié il m’a tendu le gâteau en disant « je n’ai plus faim ». Et pourtant, ce sont de très petites barres, comme je les taille.

À noter cependant que je l’ai restreint sur les gâteaux à un moment. À cause de l’état de ses dents (dysplasie de l’émail, soins pas évidents, pansements tombant au bout de qq semaines, etc). J’avais établi la règle « tant que tes dents ne sont pas réparées, gâteaux 1 fois par jour, et ensuite on brosse tes dents. » Curieusement, c’est pendant cette période-là qu’il a été le plus demandeur et accro au sucré. Il a encore une dent non réparée, mais la règle n’existe plus, et devinez quoi ? Il ne demande plus de gâteaux, cela fait au moins 2 ou 3 mois que je ne lui en ai pas achetés ou faits. L’exemple des barres aux figues ci-dessus, c’était l’exception (1 gâteau et demi !) qui confirme la règle. Pour donner un exemple, cet après-midi, nous sommes allés faire quelques courses dans notre supermarché habituel. Fiston a traversé le rayon « gâteaux » sans un regard pour aller prendre une boîte de haricots verts, et ensuite il a déclaré à la caissière qu’il voulait des haricots pour le goûter – ce qu’il a fait une fois rentré.
Ça ne durera peut-être pas, il est possible qu’à certains moments il redevienne friand de gâteaux : eh bien, soit, il en remangera à sa convenance.

Pour conclure : il y a quelques jours, il m’a donné une belle leçon de sagesse alimentaire, et c’est ce qui a motivé l’écriture de ces 2 billets car je me suis dit qu’il avait vraiment tout compris.
Nous étions en train de manger une compote crue (pomme-pêche) pour le goûter. J’ai dévoré la mienne en un rien de temps. À côté de moi, Fiston prenait son temps, dégustait, trempait à moitié sa cuillère et mangeait en commentant avec enthousiasme. Il a jeté un œil vers mon bol : « Tu as déjà fini, maman ? C’est parce que tu trouvais ça bon ? » J’ai confirmé, et Fiston de déclarer :
« Moi je ne suis pas comme toi. Moi, quand je trouve que quelque chose est très bon, je le mange tout doucement pour que ça reste plus longtemps dans ma bouche. »

À votre avis, qui éduque qui ? 😛

Enfants & alimentation – 1

Par défaut

C’est un sujet angoissant chez bien des parents : comment mangent leurs enfants. Assez ? Trop ? Suffisamment équilibré ?
En toile de fond, des peurs terribles : pourvu que mon enfant ne devienne pas obèse, ou au contraire trop maigre ; pourvu qu’il n’ait pas de carences ; pourvu qu’il ne devienne pas anorexique ou boulimique.
Une certitude, implantée par le discours ambiant : il faut APPRENDRE à (bien) manger aux enfants.
Pourvu que. Il faut que.
La culpabilité est déjà là.

En général, lorsque nous nous retrouvons devant notre premier enfant (et même parfois devant les suivants), nous sommes assez démunis. Entre notre propre expérience d’enfant, les recommandations officielles de l’année et les conseils de l’entourage qui pleuvent, on ne sait plus où donner de la tête. Ça commence dès la naissance, et ça va continuer… allez, pendant toute la vie de l’enfant. Oui, même quand il sera adulte, il n’y a qu’à voir la difficulté qu’ont certain(e)s à faire accepter – sans même parler de comprendre – leur végéta*isme à leur famille. Bien des gays végétariens disent que leur coming out à propos de leur sexualité a été beaucoup plus facile que celui à propos de leur alimentation.

Bref. Commençons par le commencement, par ce nouveau-né qui hurle de faim, ou au contraire qui est un peu stone après l’accouchement. Suivant les époques et les lieux, on a conseillé – ou carrément ordonné :

– de le faire jeûner pendant 2 jours (oui oui, vous imaginez l’horreur ? un nouveau-né, nourri 9 mois non-stop jusque-là, et brusquement un jeûne de 2 jours. Bienvenue sur Terre) ;
– de lui donner de l’eau sucré ;
– de le mettre au sein d’une autre, le lait de sa maman étant le pire pour lui (yep) ;
– de lui faire boire tant de ml d’un biberon, et ne pas s’arrêter tant qu’il n’a pas tout bu ;
– de le mettre au sein (de sa mère, cette fois) quand il réclame ;
– …

Liste non exhaustive.

Pour les mois suivants, on a (eu) droit à la supériorité du biberon sur l’allaitement, ou l’inverse, à la culpabilisation dans les 2 cas, à l’allaitement – naturel ou artificiel – à la demande, à heure fixe, ou un mix des 2. À tel âge il faut les passer à tant de biberons / tétées par jour. Diversification le plus tôt possible, ou au contraire pas avant 6 mois, et un nouvel aliment à la fois.
Quand moi et mes frères étions bébés, ma mère suivait les recommandations de l’époque. Elle a retrouvé les cahiers sur lesquels elle notait (!) nos repas : à 4 mois, on enfournait des repas jambon-purée-épinards, assis dans notre chaise haute. Elle trouvait étrange qu’il ne soit pas question de diversifier Fiston dès 3 mois.

À l’heure actuelle, on recommande le début de la diversification vers 6 mois, il me semble (ça a pu changer en 4 ans). En tout cas, peu importe que l’enfant soit demandeur ou non, ça commence à cet âge-là, pas plus tôt, pas plus tard. On a un joli tableau coloré, avec quels aliments à introduire dans quel ordre. Gaffe aux allergies. Et bien sûr, le tout mouliné. Enfin, de nos jours on dit « mixé ». Moulinons, mixons, peu importe, mais tout le monde est d’accord : sus aux morceaux !
Ce qui fait qu’il va falloir ensuite batailler avec les bébés, une fois qu’ils seront bien habitués aux purées lisses, pour introduire ces fameux morceaux qu’on avait éliminés avec tant de soin jusque-là. Eh bien oui, pensons à leur futur : ils seraient quand même bien ridicules si une fois ados ils ne mangeaient toujours que des purées, n’est-ce pas ? Donc donnons-leur des morceaux, forçons-les, c’est pour leur bien – à côté de ça, en dehors des repas, on va s’ingénier à les empêcher de porter tout et n’importe quoi à leur bouche ; peut-être qu’ils auraient pu, pour la plupart, se débrouiller tout seuls dès le départ avec des morceaux de trucs qui se mangent, finalement.
Et il va falloir qu’ils goûtent à tout, au moins une bouchée ou une cuillerée, même s’ils n’aiment pas : on appelle ça l’éducation au goût – au passage, réalisons que les bébés nourris au lait maternisé pendant leurs 6 premiers mois n’ont eu droit qu’à un seul et unique goût, une seule et unique texture depuis leur naissance : ça ne facilite certainement pas les choses pour la suite et on ne peut guère leur reprocher de bouder la nouveauté pour certains.

Faut-il absolument du lait de vache pour que l’enfant grandisse (bien) ? Le fameux lait de croissance, vous savez. Les yaourts, comment faire pour que mon enfant en mange alors qu’il ne les aime pas ?
À ce propos, dans le célèbre J’élève mon enfant de Laurence Pernoud, édition 2008 (cadeau non demandé ^^), j’avais lu quelque chose qui m’avait bien fait rigoler alors même qu’à l’époque je n’avais pas encore remis en cause le sacro-saint dogme du lait bovin indispensable et que j’en consommais moi-même beaucoup. On nous affirmait que le lait (de vache, donc) était indispensable. In-dis-pen-sa-ble. Quelques lignes plus loin se trouvait un petit encart sur les enfants intolérants aux lactoses et le fait qu’il allait alors trouver une alternative au lait de vache.
Indispensable, mais finalement on arrive à s’en passer. Curieux. ^^

Faut-il qu’ils finissent leur assiette – version 1 culpabilisante : pense aux enfants du Tiers-Monde qui n’ont rien à manger ; version 2 façon chantage affectif : une cuillère pour papa, une cuillère pour maman, si tu dis non c’est que tu n’aimes pas ton papa ou ta maman – ou non ? Doit-on les forcer ? Les restreindre s’ils réclament plus ? S’ils sautent un repas, vont-ils mourir d’inanition ou est-ce normal ? Faut-il les ralentir s’ils s’empiffrent ? Les speeder s’ils lambinent ?
Il faut que leur alimentation soit équilibrée. Mais équilibrée comment ? Sur un repas ? Sur la journée ? Sur la semaine ?
Équilibrée selon les recommandations de quelle année ? 2012 ? 2002 ? 1982 ? 2022 ?
Et selon qui ?

Que de questions, n’est-ce pas ? Et tellement de réponses différentes, dont aucune ne fonctionnera pour tous les enfants… Il y a de quoi se noyer.

Le deuxième billet sera consacré à mon expérience personnelle avec Fiston.

Végétalisme évolutif

Par défaut

Ma façon de m’alimenter n’a pas cessé d’évoluer depuis mon passage au végétarisme puis au végétalisme (bientôt 1 an pour ce dernier).

Au début, j’ai fait beaucoup d’essais, de tests, j’ai pris des kilos avec gourmandise, j’ai aussi beaucoup tapé dans certains produits tout faits, certains simili-carnés, que ce soit pour le Barbu, pour Fiston, ou pour moi, par curiosité personnelle. Ou juste pour des questions de manque de temps. À une époque, il était impensable pour moi de ne pas avoir en permanence dans le frigo des saucisses soja Taifun, du tofu fumé, du fauxmage Vegusto (qui fond) ou autre, de la crème (soja, avoine, riz), du seitan maison,.. Je faisais beaucoup de gâteaux, de tartes, de muffins… Bref, j’étais dans une optique de découverte mais aussi de remplacement (flammenkueches, pizzas, bouchées à la reine, bolognaise, croque-monsieurs…), doublée sans doute d’une volonté plus ou moins consciente de prouver que les végétaliens ne mangent pas que des graines.
Non mais. 😛

L’évolution s’est faite doucement et naturellement, mais je constate qu’aujourd’hui, je ne mange plus du tout comme aux débuts de ce blog. Je me régale toujours, je teste toujours des recettes, mais je n’utilise quasiment plus que des produits frais, dont beaucoup que j’ai cueillis moi-même, et non transformés (je mange encore de temps en temps des trucs à base de soja, quand même, mais beaucoup moins souvent et en quantités bien inférieures). Beaucoup de légumes (et souvent crus), de fruits, de noix, de légumineuses. Petit à petit, j’ai arrêté la pâtisserie. Il m’arrive encore d’en faire, pour le Barbu ou pour Fiston, ou quand on reçoit des amis, mais en général je n’y touche même pas, l’envie n’y est plus. J’ai laissé tomber les gâteaux végétaux dont j’étais friande (comme par exemple ceux-ci ou ceux-là).
Le seul dessert dont j’avais encore envie jusque récemment, c’était des fruits. Et du chocolat. ^^

Depuis quelques semaines, je constate une nouvelle évolution : je mange toujours des fruits, plus qu’avant d’ailleurs, mais plus en dessert. Je savais depuis longtemps que c’était meilleur pour la digestion de les manger avant ou à distance des repas, mais je ne comptais pas spécialement adopter cette manière de faire : c’est venu tout seul. En ce moment je mange uniquement des fruits frais au petit déjeuner, parfois additionnés de noix (cajou, amandes…) et de fruits secs. Souvent, je me fais aussi un copieux goûter de fruits vers 17h, avec Fiston. Le midi et le soir, je mange souvent un plat unique, parfois une entrée, et ensuite je m’arrête : plus faim.
Le chocolat, je l’aime toujours, mais ma consommation s’est également effondrée. Avant, j’avais toujours 2 ou 3 tablettes d’avance dans mes placards. J’en ai racheté une il y a 10 jours (après plusieurs semaines de stock épuisé, je n’y pensais tout bonnement pas), j’ai dû en manger un carré depuis, avec plaisir, mais voilà, je ne suis plus droguée comme avant. Confitures, pareil.
En général, on peut dire que le sucre de betterave ou de canne – dont je n’étais déjà pas très fan auparavant – se fait très, très rare, voire inexistant.
Crème végétale et margarine, fidèles alliées de mes débuts, ont elles aussi disparu de mon assiette. Sans regrets. Par contre je fais appel avec bonheur à toute une panoplie d’huiles végétales : olive, noix, chanvre, pépins de raisin, argan, sésame pour mes préférées à l’heure actuelle.

Question boisson, j’aime toujours les laits végétaux mais il est vrai que j’en fais moins qu’avant. Je repasse de plus en plus à l’eau. Le jus de fruits, à moins qu’il soit fait maison, ne me tente plus.

Ça a l’air un peu austère, dit comme ça. Pourtant, non seulement je me régale encore plus qu’avant, mais je me sens une pêche phénoménale. 🙂

Bonus de ces derniers jours, que j’aimerais bien voir confirmer : mon asthme a l’air de bien mieux se porter lorsque je vire le gluten. Je ne serais pas la première chez qui les 2 sont liés, mais je n’avais jamais eu le « courage » jusque-là de tenter le coup. Mais comme j’apprécierais grandement de ne plus devoir m’envoyer une bouffée de corticoïdes dans les bronches tous les soirs, je vais essayer une éviction complète pendant quelques semaines pour voir si cela se confirme.

Mais concrètement, me direz-vous, ça donne quoi ? Quand on vire la viande, le poisson, les oeufs, le lait, le miel, le fromage, et les simili-carnés/fromagés, et en plus tout ce qui contient du gluten, il reste quoi ? o_O

Je termine donc ce billet avec quelques exemples de repas.

Petits déjeuners : fruits, donc, souvent en salade, à composer en piochant dans les pêches, abricots, fraises, framboises, cerises, groseilles de saison…

Goûters : le plus souvent des fruits, donc, parfois des légumes (radis, tomates) ou un verre de soupe de concombre froide à la menthe s’il fait très chaud. Mais aussi parfois :

  • pain sans gluten et pesto de radis ou d’orties / tartinade au brocoli.
  • tofu aux olives vertes, sandwich pain sans gluten-purée de noix de cajou-tomates séchées (une tuerie).
  • pain des fleurs au quinoa (sans gluten) et caviar d’aubergine.

Déjeuners / dîners :

  • haricots cornille cuits dans du bouillon de légumes + ail + échalote + qq morceaux de gingembre confit + 2 clous de girofle + tomates séchées (maison, yeah, c’est à nouveau la saison et j’en abuse un peu en ce moment) + riz, + levure maltée au moment de servir.
  • poêlée de tofu fumé + ail + tomates, suivie d’un sandwich purée de cajou-tomates séchées (eh oui, encore).
  • 2 tomates fraîches en rondelles avec un filet d’huile de sésame + graines de sésame + basilic frais, suivies d’une poêlée de tempeh (4 tranches) + 1 grosse échalote + qq raisins sec + amandes + noix de cajou, à l’orange (jus de 2 oranges). J’en bave encore, tellement le goût était explosif.
  • salade composée de dés de courgette et concombre, rondelles de radis, queue d’oignon ciselée (chez moi ça remplace la ciboulette), dés de tofu fumé, boutons de pissenlit au vinaigre, feuilles d’oseille ciselées, petits pois, sauce yaourt soja maison, vinaigre balsalmique, un chouia d’huile d’olive, sel, poivre, levure maltée, et des graines de sésame pour couronner le tout. (NB : tous les légumes sont crus).
  • riz avec curry de pois chiches (pois chiches, curcuma, pâte de curry jaune, tomates fraîches et séchées, oignons blancs et leurs queues, 1 gousse d’ail, un peu d’huile de sésame, 1/4 de concombre en dés, quelques morceaux de céleri-branche, gingembre confit, lait de riz, bouillon de légumes, poivre).
  • radis + pesto de radis, poêlée de légumes (oignons blancs et rouges, ail, chou-fleur, tomates, concombre, haricots « beurre », aubergine, pommes de terre, huile olive), basilic.
  • brocoli cru avec sauce cajou-tomates (noix de cajou, tomates séchées, ail, huile de chanvre, moutarde à l’ancienne, yaourt de soja : le Barbu a tellement aimé que j’ai cru un moment qu’il n’allait rien me laisser), suivi d’une laitue au vinaigre balsalmique et huile d’olive.
  • un reste de lentilles corail – oignons blanc – brocoli – tomates – gingembre – curcuma en salade avec de la feuille-de-chêne rouge, tomate Andine cornue (variété que j’adore) et concombre, assaisonnement huile de sésame et d’argan, vinaigre balsalmique, ail et oignon blanc, le tout saupoudré de graines de sésame.

La consommation sur la planète en un clin d’œil

Par défaut

Impressionnant, non ?

2 remarques :

1/ Je ne sais pas vous, mais il y a des familles qui me font peur. Et pourtant, je sais qu’à certaines périodes de ma vie, j’ai mangé et bu un peu pareil : beaucoup de saloperies industrielles dans des emballages à gogo. Contente d’en être sortie.
En revanche, les tables du Guatemala et de l’Inde me mettent l’eau à la bouche 🙂

2/ Je trouve que cette série de photographies oppose un beau démenti à l’argument : « oui, mais être végé, ça coûte cher / c’est un problème de bobos ». ^^

Documentaire Arte : Vers un crash alimentaire

Par défaut

La récente flambée des prix agricoles a été un coup de semonce : jamais le monde n’avait affronté une crise alimentaire d’une telle ampleur. Mais comme le montre l’enquête d’Yves Billy et Richard Prost, les difficultés ne font que commencer. Les stocks mondiaux de céréales baissent depuis huit années consécutives et n’assurent plus à la population mondiale qu’une avance de vingt jours d’alimentation, bien en deçà du niveau officiel de sécurité fixé à soixante-dix jours. Aujourd’hui, rappellent-ils, 925 millions de personnes souffrent de la faim sur la planète et leur nombre croît de plus en plus vite. À la hausse du prix des matières premières, à la raréfaction de l’eau et des surfaces arables et aux ravages causés par les dérèglements climatiques se sont ajoutés deux phénomènes ré-cents : au moment même où la demande chinoise en céréales s’accélérait brutalement, les biocarburants ont commencé à redessiner la carte de l’agriculture mondiale. Par exemple, la production américaine d’éthanol à base de maïs, qui engloutit le tiers des récoltes du pays, devrait passer de 80 millions de tonnes en 2007 à 120 millions cette année. Quant au productivisme agricole, qui en un demi-siècle a épuisé les sols et pollué l’environnement, il a atteint ses limites. Tout comme le dogme néolibéral, qui a poussé les pays du Sud à tout miser sur des cultures d’exportation, mettant la survie des populations locales à la merci des cours mondiaux.

Documentaire disponible pour quelques jours ici.

Le pourquoi du décret concernant la restauration scolaire

Par défaut

Suite au relais de la pétition dont je vous parlais récemment, en cherchant des infos pour répondre à certaines personnes, je suis tombée sur le pourquoi de ce décret : soutenir la politique agricole. Ce qui n’est pas très étonnant vu que c’est le ministre de l’agriculture qui s’est lancé dans cette « politique de l’alimentation » et que son job à lui, c’est de soutenir l’agriculture.
Pas grand-chose à voir avec un souci de la santé des enfants, rassurez-vous.

J’en veux pour preuvre le compte-rendu du débat à l’Assemblée nationale, première séance du 1er juillet 2010, consultable dans son intégralité ici, où, en réponse à Yves Cochet qui proposait un amendement à cette politique à des fins d’information sur les conséquences de la présence excessive de produits carnés dans l’alimentation, Bruno Le Maire justifiait ainsi son opposition (et admirez ce que j’ai mis en gras, ce serait à pleurer de rire si on ne pleurait pas déjà pour de vrai) :

[…]Deuxième remarque : nous sommes ici pour défendre les paysans et les pêcheurs français ; or il n’y a rien dont ils souffrent davantage que de la stigmatisation de leur activité et de leurs produits. […] Quand on leur explique que la consommation de viande est mauvaise pour la santé et l’environnement, ou que la consommation de poisson est mauvaise pour l’environnement, ils se sentent à juste titre stigmatisés, surtout quand ils veillent à la qualité de leurs produits.
[…] Troisième remarque : l’article repose sur le principe d’équilibre nutritionnel, lequel est le propre du patrimoine culinaire français. Mme Massat, on le verra, a d’ailleurs déposé un très bon amendement sur le sujet. Stigmatiser des produits tels que la viande et le poisson, c’est stigmatiser ce modèle d’équilibre nutritionnel.

En gros, on s’en fout que ce soit mauvais pour la santé de manger de la viande tous les jours, ou que ça pollue beaucoup plus que de manger des végétaux. Si on dit aux éleveurs que ce qu’ils font polluent, ils vont être tout tristes, alors on va pas leur dire ! Et même, tiens, une idée, on va faire passer des lois pour obliger les gens à manger ce qu’ils produisent, comme ça ils seront heureux.

Je vous conseille également la lecture de 2e séance du même jour, consultable également dans son intégralité ici, où Yves Cochet propose la journée hebdomadaire sans viande. Ses opposants qualifient son discours d’anti-constitutionnel et anti-liberté, dicté par des considérations sectaires (!), l’accusent de diaboliser la viande… et le plus risible à mes yeux, c’est un de ses opposants qui lui reproche de « faire du mal à son pays ».

Examinons à nouveau la réponse du ministre de l’agriculture :

Mme la présidente. Quel est l’avis du Gouvernement ?

M. Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture. Défavorable. Je n’ai pas grand-chose à ajouter à ce que vient de dire M. le rapporteur [Note de moi-même : M. le rapporteur étant l’opposant accusant Y. Cochet de faire du mal à son pays] et me contenterai de tenter de rappeler M. Cochet à la raison, en soulignant les amalgames qu’il fait avec son amendement.
D’abord, le végétarisme est un choix et non une obligation légale : vous ne pouvez imposer une pratique nutritionnelle à l’ensemble des jeunes Français. (« Très bien ! » sur les bancs du groupe UMP.)

Une journée sans viande par semaine, c’est imposer une pratique nutritionnelle à l’ensemble des jeunes Français, et ça, non, on peut pas, c’est pas légal, liberticide, anticonstitutionnel même.
Mais imposer tous les jours à ces mêmes jeunes Français des produits laitiers + de la viande, du poisson, des œufs ou du fromage, ça, on peut, puisque ça rend les éleveurs et les pêcheurs heureux…

LOL, comme disent les jeunes, Français ou pas.

Et maintenant, un petit appel : quelqu’un m’a parlé d’une vidéo des années 50 où le ministre (de l’agriculture, je suppose) de l’époque, voulant relancer le secteur laitier, annonce qu’il faut que les enfants soutiennent l’économie de leur pays en prenant l’habitude de consommer beaucoup de laitages, habitude qui leur restera à l’âge adulte.
Ça a pas trop mal marché, je dirais, non ?
J’aimerais beaucoup mettre la main sur cette vidéo ^^, alors si vous avez une info pouvant m’aider à la retrouver, je vous saurais gré de m’en faire part.
Merci d’avance 🙂