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Comment l’IEF – 8. D, é : Dé ; c, l, i, c : clic ; Déclic !

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Un billet bref, histoire de ne pas laisser passer avril sans rien écrire sur ce blog, déjà, mais aussi pour signaler le grand évènement de ces derniers jours : Fiston commence à lire (et il en est très fier) ! 🙂

Le Barbu et moi n’avons rien vu venir.
Il faut dire que ces temps-ci, nous sommes très occupés. Le projet de maison se terminant enfin, nous sommes dans les peintures, la pose des sols, le jardinage. Les journées sont longues et chargées, les nuits sont courtes (mais ça fait du bien d’en être enfin là).
Du coup, Fiston passe en moyenne 3 jours par semaine chez mes parents. Le reste du temps, il nous aide, il joue avec Loulou ou d’autres copains/copines, il jardine, il dessine et écrit à côté de nous, il chantonne et sautille, il profite du soleil quand il y en a, et surtout il s’occupe beaucoup beaucoup tout seul – ce qui nous aide bien et nous permet d’avancer vite, mais heureusement qu’il trouve l’attention dont il a besoin chez mes parents en ce moment.

Lors de son avant-dernier séjour chez eux, il y a 15 14 jours, ma mère m’annonce au téléphone que Fiston commence à lire quelques mots. Il savait déjà reconnaître et écrire « papa », « maman », son nom, son prénom et 2 ou 3 autres mots depuis longtemps – peut-être 2 ans – mais il n’avait jusque-là jamais pu établir le lien entre telle association de lettres et tel son.
Du coup, lorsque ma mère m’annonce la grande nouvelle, je suis étonnée mais aussi sceptique, et pour tout dire légèrement ennuyée. De ce que je comprends de la situation (de ce que j’imagine), elle est en train de me dire que Fiston reconnaît des nouveaux mots, mais ne les déchiffre pas. Éternel combat méthode globale vs méthode syllabique. Et pour ma part, je suis une partisane de la lecture syllabique, déchiffrage à la clef.
Bref, embêtée je suis. D’un autre côté, j’ai appris depuis longtemps à faire confiance à Fiston dans ses apprentissages et à remettre en cause certaines certitudes, et aussi qu’une méthode peut ne pas convenir à la majorité des enfants, mais très bien à quelques-uns. Je prends donc la résolution de ne pas intervenir si la démarche vient de lui. Je veux juste vérifier que sa grand-mère n’est pas en train de précipiter les choses. Parce que, comme je le disais plus haut, je suis étonnée : je ne m’y attendais pas si tôt. Il est de notoriété publique (enfin, à l’échelle de la communauté nonsco ^^) que la majorité des enfants, lorsqu’on pratique l’apprentissage informel, apprendra à lire bien plus tard que ce qui est demandé dans l’Éducation Nationale : 2 ou 3 ans plus tard en moyenne. Et comme Fiston jusque-là ne manifestait pas la moindre inclination pour la lecture – écrire, que ce soit sous la dictée ou des suites de lettres plus ou moins aléatoires, suffisait à son bonheur -, je n’étais pas préparée à ce qu’il l’aborde maintenant.

À la fin des 3 jours, le Barbu et moi allons rechercher Fiston. Et là, c’est un vrai festival : Fiston nous raconte et nous montre tout ce qu’il sait faire, mes parents aussi, on ne peut plus en placer une. ^^
La demande vient de lui, et il déchiffre bel et bien. Des mots simples, évidemment, avec de l’aide pour le moment – B et O ça fait ? « BO », B et I ça fait ? « BI, BOBI ! » – qui lui permettent quand même de lire des phrases complètes au final, comme « Fiston va à Paris avec papa, maman et Bobi ».

On revient chez nous tout électrisés et, une fois arrivés, le temps de décharger la voiture, on retrouve Fiston sur le canapé, plongé dans le dictionnaire.
Le  soir, dans son lit, quand je lui lis une histoire, il en déchiffre quelques mots et il adore ça. Moi aussi.

Tous les enfants passent par là un jour ou l’autre. Je ne sais pas si cela fait le même effet à tous les parents mais personnellement, être témoin de cette (soudaine) étape, voir Fiston aborder ce monde merveilleux de la lecture, cela m’a rendue et me rend encore toute chose.
Très, très euphorique. 🙂

faire_gaffe

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Vrai-semblant

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ou l’histoire du petit tracteur rouge qui était vivant.

Connaissez-vous Le Petit Tracteur rouge ? Little Red Tractor, en anglais. Il s’agit d’une série de petits films d’animation (10 minutes par épisode) mettant en scène, ô surprise, un petit tracteur rouge et la flopée de personnages qui l’entourent.

little_red_tractor

C’est très bien foutu, drôle, j’adore l’accent des persos dans la VO mais le doublage français est tout à fait correct également, et l’ambiance globale est vraiment sympathique : une petite communauté rurale où les gens s’entraident volontiers, sans manichéisme outrancier ; Mr Jones est une sorte de Gaston Lagaffe en gros tracteur bleu, un peu imbu de lui-même mais avec un bon fond ; et si Stan, l’heureux propriétaire du petit tracteur rouge, a parfois des allures de Tintin, il est quand même bien moins fade que ce dernier.
Bref, c’est une chouette série que Fiston aime beaucoup, aussi bien en VO (chez nous) qu’en VF (chez les amis qui nous l’ont fait découvrir).

Il se trouve que quelques semaines après la découverte de cette série, un évènement encore inexpliqué à ce jour a eu lieu chez nous. Fiston était déjà possesseur d’un petit tracteur vert à cheminée rouge, doté d’un moteur à friction bien fatigué. Et ce jour-là, dans la caisse des jouets qui roulent, Fiston en découvre un deuxième, rigoureusement identique mis à part que son moteur est bien plus en forme.
Cri de joie : « C’est un petit tracteur rouge ! »
(merci la cheminée ^^)

Comme je ne comprends pas plus que lui d’où vient ce petit tracteur vert rouge, Fiston invente une explication dans la foulée : il vient du Japon (on venait d’envoyer une première lettre à la maison d’Asako), il est venu tout seul jusque chez nous parce que la cabane dans laquelle il habitait venait de s’écrouler.
Bien, bien.

Après plusieurs jours d’enquête auprès de nos amis et de la famille, personne ne sachant à qui est ce tracteur, nous l’adoptons officiellement. Fiston lui invente une fausse main qui tourne une manivelle pour le faire avancer tout seul, il affirme que c’est un dinosaure toujours vivant qui l’a fabriqué le jour où la première maman est née, puis, au bout de quelques semaines, le petit tracteur rouge est déclaré vivant.
Et pas que.
C’était bien la peine de ne pas faire avaler à Fiston le bobard du Père Noël, car le Petit Tracteur Rouge est plus fort que l’égérie de Coca-Cola et Dieu le Père réunis.
Il voit tout, il sait tout, il entend tout, il sait voler, il passe son temps à fabriquer des choses pour tout le monde en général et Fiston en particulier, et même que c’est lui qui a créé l’univers, les gens, les maisons, les routes et tout ça.

Après quelques jours où cette imagination débordante m’amuse plus qu’autre chose, comme je vois que Fiston se crée une mythologie de + en + élaborée en ayant réponse à tout, je commence à me poser des questions.
Le Petit Tracteur Rouge va-t-il concurrencer le Spaghetti Volant ?
Est-ce que Fiston y croit vraiment ?
Si oui, est-ce un problème ?
J’ai toujours pensé que les enfants n’étaient pas dupes ; de la pédagogie Montessori j’ai retenu l’idée qu’ils sont avides de réel et que le rôle des adultes n’est certainement pas de leur faire gober des salades mais bien au contraire d’être les garants de la réalité, même si je ne diabolise pas pour autant l’imaginaire comme le fait – à mon sens – cette philosophie. Par contre je précise toujours, quand on lit une histoire ou regarde un film avec des animaux qui parlent ou autre trucs bizarres, qu’il s’agit de personnages imaginaires, inventés, qui n’existent pas. Ce qui ne gâche en rien le plaisir de rêver.

Après tout, moi quand j’étais gamine, j’avais un cheval en peluche que j’adorais et je nous inventais des histoires dignes de Lucky Luke et Jolly Jumper à longueur de journée. Dans mes histoires il était vivant, et même si intellectuellement je savais bien qu’il s’agissait d’un objet inanimé, la frontière à son égard entre vivant-pas vivant a toujours été assez floue. Même à l’heure actuelle, je ne supporte pas de voir ce cheval – toujours là, toujours en bon état même si un peu pelé, 35 ans au compteur quand même – dans une position non « physiologique », par exemple avec une patte – oui, je sais qu’on est censé dire « jambe » mais j’ai toujours trouvé ça débile et je dis ce que je veux – pliée dans le mauvais sens : ça me fait mal, presque comme si je voyais un animal vivant avec une patte cassée.
Suis-je tarée pour autant ? (qui a dit « oui » ?)
Est-ce grave d’éprouver encore, à bientôt 40 ans, des sentiments pour une peluche ?
Est-ce que je viens de perdre tous mes lecteurs à cause de ce paragraphe ? (Mais qui dit « oui » tout le temps, bon sang ? ^^)

Revenons à Fiston et son tracteur. Mon vrai problème, en fait, c’est qu’il essaye de m’entraîner dans ses délires. Autant je veux bien jouer, autant je ne veux pas qu’il puisse penser que je crois vraiment son petit tracteur rouge vivant. Mais préciser toutes les 10 minutes que « tu sais, moi je ne crois pas à cette histoire », ça va vite me soûler.
Comme souvent, je choisis la solution la plus simple : j’en discute avec lui. Je lui dis que que pour de vrai, son idole du moment n’est pas vivante, mais que je veux bien faire semblant avec lui s’il le veut.
Fiston le veut. « Oui, maman, oui ! », avec un grand sourire.
Du moment que tout est clair entre nous… Allons-y.

Je fais donc semblant.
Beaucoup.
Abondamment semblant, car désormais, Fiston commence une bonne partie de ses phrases par « mon petit tracteur rouge ». Aux gens que nous croisons, il raconte « Tu sais, mon petit tracteur rouge, il est vivant et il m’a fabriqué ceci ou cela ». Les gens ne pigent pas tout, en général, surtout quand Fiston leur brandit ledit tracteur rouge devant le nez (je rappelle qu’à part sa minuscule cheminée, ce tracteur est essentiellement vert), mais cela ne le perturbe pas.

Mais ce que je trouve assez remarquable – et rassurant, quelque part – dans cette histoire, c’est que si depuis maintenant plusieurs mois Fiston est de plus en plus à fond là-dedans, en même temps, il me donne régulièrement des preuves qu’il garde bien les pieds sur terre.
Par exemple, lorsqu’il me demande quelque chose à propos de son tracteur, je lui demande parfois s’il veut la vraie réponse ou la réponse pour faire semblant. En général il demande la deuxième, et parfois ensuite la première, histoire de comparer.
Ces dernières semaines, quand il m’informe que dans la nuit son petit tracteur rouge lui a fabriqué tel jouet parce que celui d’avant était cassé et que je rétorque finement « ah bon ? », il enchaîne en général par un « tu fais semblant, là, hein ? », ce à quoi je réponds par l’affirmative. Tout aussi régulièrement, il me demande si je ne fais pas semblant de croire à telle ou telle chose.
Et il ne se trompe jamais, notez bien. ^^
Parfois même, et c’est tout récent, il avoue à demi-mot qu’il fait semblant lui-même. Par exemple, quand il me dit « mais si un jour tu voyais que mon petit tracteur rouge était vraiment vivant, tu serais bien étonnée, hein, et tu ne ferais plus semblant d’y croire ? » et que je confirme, il lui arrive de me confier tout bas : « moi aussi je serais bien étonné ».

Ces jours-ci il est passé à la vitesse supérieure, et ça devient franchement fendard.

vrai_semblant

Je suis contente de ne pas avoir fait semblant de lui faire confiance. ^^

Comment l’IEF – 7. Leave them kids alone

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jeu_2Aujourd’hui, Fiston a inventé un jeu multifacettes.

Il a ressorti une boîte de cubes que Naë lui avait offerte il y a longtemps, contenant 27 cubes en bois, chacun portant sur ses 6 faces des lettres, des chiffres ou des dessins.

Jusque-là, quand Fiston jouait avec les cubes, c’était pour construire des tours ou des maisons.

Ce matin midi, quand je me suis levée, il avait commencé à colorier certains dessins pour faire plus joli.

jeu_1

Puis il a eu envie qu’on joue ensemble à un nouveau jeu dont il a inventé les règles dans la foulée.

Voici donc comment on joue au « Rigolo du monde » – c’est le nom qu’il lui a donné :

On choisit un cube, rebaptisé « dé » pour l’occasion, et on le lance chacun son tour.
Si on tire une lettre, on doit trouver – ou inventer, ça marche aussi – un mot commençant par cette lettre.
Si on tire le chiffre x, on doit frapper dans ses mains x fois.
Si on tire un dessin d’animal, il faut imiter son cri et/ou sa façon de se déplacer.
Si on tire un objet, eh bien on demande à Fiston ce qu’il faut faire et il nous trouve quelque chose. ^^

Par exemple, si on tombe sur un dessin de cerises, on fait semblant de les manger. Sur une fleur, on fait semblant de l’offrir à l’autre. Sur un hélicoptère, on imite son bruit. Sur une télé, on dit que c’est un ordinateur portable qu’on fait mine d’ouvrir et de refermer. Sur des lunettes, on va chercher les anciennes lunettes du Barbu, « celles pour voir flou », comme les appelle Fiston, et on regarde à travers 1 seconde. Si on tire le bateau, on le fait naviguer en disant « cuicuicui » – cherchez pas, j’ai pas compris le rapport non plus.

Quand on en a marre, on change de dé. Il s’agit donc d’un jeu multijoueurs à 27 dés, dont les règles sont aux cinq sixièmes fixes et, pour le sixième restant, aléatoires.
Provençal le Gaulois apprécierait sûrement. ^^

jeu_3

On y a joué une bonne heure aujourd’hui.

Le « zéro » a eu beaucoup de succès. Fiston a beau le connaître et le comprendre depuis longtemps, quand l’un de nous tirait le zéro et devait donc frapper « zéro fois » dans ses mains, cela déclenchait chez lui un gros fou rire. À noter que lorsque c’était son tour, il ne pouvait s’empêcher d’amorcer le geste mais s’arrêtait avant que ses mains se touchent en disant : « Ça y est, zéro fois ! »

Et je ne m’y attendais pas du tout, mais plusieurs fois Fiston a trouvé tout seul et du premier coup des mots commençant par la lettre qu’il avait tirée – jusqu’à maintenant ça n’avait pas du tout fait tilt, le fait que tel mot commence par tel son.

Par exemple, après avoir inventé plusieurs mots commençant réellement par le son « i », il a de nouveau tiré un « I » et m’a dit : « iiiii… mmeuble ! »
Pour le « P », après avoir casé « ppp… papa », il m’a sorti : « ppp…pelleteuse ! »

Il s’est trompé parfois, surtout quand il faisait l’andouille ou sur la fin, quand il commençait à avoir l’estomac dans les talons, mais beaucoup moins que d’habitude et j’ai eu l’impression qu’un déclic commençait à se faire dans sa tête.
On verra si ça se confirme prochainement.
Ou dans plusieurs mois, ou dans un an, ou plus tard encore : une notion peut mettre très longtemps à se décanter quand on ne cherche pas à coller à un programme arbitraire.

Je ne sais pas si vous vous souvenez mais il y a un peu plus d’un an, dans le premier billet de la série « Comment l’IEF », j’avais indiqué que Fiston commençait à aborder de son propre chef la multiplication. Eh bien, en fait, il ne m’en a plus jamais parlé pendant une bonne année. C’est seulement en novembre dernier qu’il a recommencé à s’y intéresser – ou en tout cas à le montrer.

Je me suis fait avoir en beauté la première fois. ^^

2x7

Depuis, Fiston manie régulièrement la multiplication en général et beaucoup la table de 2 en particulier. Pour l’instant, ça a l’air bien (re)parti, mais s’il l’oublie à nouveau pendant 1 an, je ne m’en inquiéterai pas.

Les apprentissages (qu’on soit enfant ou adulte) sont rarement réguliers. Il y a des paliers, il y a des régressions, il y a des bonds en avant et des progrès insensibles. La plupart des parents et des professionnels l’admettent lorsqu’il s’agit des acquisitions des premières années (notamment la marche, la parole et la continence), mais quasiment tout le monde l’oublie dès que l’enfant arrive à l’âge dit scolaire.

Pourtant, qu’on ait 1, 3 ou 30 ans, nous ne sommes pas des machines. Nous sommes des êtres vivants, et la vie par essence est changeante et malicieuse. Elle passe par des phases d’éveil et de sommeil, elle alterne entre effort et réconfort, activité et paresse, faim et satiété, sans compter qu’elle offre parfois des visages bien trompeurs.

C’est lorsqu’il dort profondément que l’enfant grandit le plus ; c’est parfois lorsqu’il se tait qu’il intègre une notion.
En silence, en profondeur.
En privé.

De même que je n’irais pas réveiller Fiston au beau milieu de la nuit pour le mesurer, je n’ai – de mon point de vue – pas à interférer dans ses apprentissages.
Mon boulot : lui faire confiance, être là « au caillou » (merci à Loulou pour l’expression :)) et… le laisser tranquille.

Comment l’IEF – 6. Mais comment vous lui avez appris à écrire ?

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Hier matin je suis allée chez l’ostéopathe, pour moi, accompagnée d’un Fiston qui avait promis de rester tranquille et de ne pas passer l’heure à me chatouiller comme la fois précédente. ^^

Il a tenu parole : il a beaucoup parlé avec l’ostéo (qu’il connaît depuis toujours), a monté et descendu la table quand elle le lui demandait, il a colorié, dessiné, fait des grimaces à la Charlot (son idole du moment) et regardé par la fenêtre les gendarmes qui passaient à cheval.
Quant à moi, je me suis super bien détendue, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est qu’après avoir fini un coloriage, Fiston l’a donné à l’ostéo, puis lui a repris aussitôt en disant qu’il avait l’habitude de mettre son prénom et son nom de famille sur les dessins, mais aussi le prénom des gens à qui il les offrait.

Il lui a donc demandé d’épeler son prénom, l’a écrit au-dessus du coloriage, puis a « signé » comme d’habitude. Et l’ostéo de s’extasier sur son écriture, tant sur la forme des lettres que la vitesse à laquelle il avait écrit.
Elle sait qu’il n’est pas scolarisé : c’est d’ailleurs une des rares personnes avec qui je peux en parler tranquillement, car si elle a mis son propre enfant (âgé de bientôt 6 ans à présent) à la Maternelle, c’était seulement parce qu’il en avait envie. Elle n’aurait eu aucun problème à ne pas le scolariser aussi tôt, elle-même n’étant entrée à l’école qu’à 5 ans. Bref, c’est donc un sujet de non-débat entre nous, le fait que les enfants apprennent très bien sans école ; toujours est-il qu’elle était étonnée par l’écriture de Fiston vu son âge (4,5 ans).

Elle m’a demandé : « Mais comment vous lui avez appris à écrire ? »
La question m’a surprise. J’ai répondu machinalement : « Il a appris tout seul. »

Puis j’ai dû farfouiller dans ma mémoire, car les choses se sont faites tellement progressivement que je ne me rappelais plus vraiment comment il avait appris à écrire. Je ne me suis pas dit un jour : Tiens, il écrit.

Et donc, comment Fiston a-t-il appris de lui-même à écrire ?
Il est depuis toujours passionné par les lettres. Tout bébé encore, bien avant de savoir parler, il montrait les lettres (dans les livres, sur un panneau quand on en croisait un – toutes les occasions étaient bonnes à prendre) et m’adressait un « hmmm ? » interrogateur jusqu’à ce que je lui dise le nom de la lettre.
Vers 18-20 mois, il les connaissait toutes (alors qu’il n’a parlé que vers 3 ans).

Avant ses 2 ans, il était capable de les repérer sans se tromper : je m’en suis aperçue alors qu’il faisait un puzzle en forme de girafe et composé de 26 pièces portant une lettre d’un côté et un chiffre de l’autre. Il avait choisi le côté « lettres » et quand il ne trouvait pas la bonne pièce à encastrer, il m’adressait son fameux « hmmm ? » : il suffisait que je lui dise la lettre pour qu’il trouve immédiatement le morceau qu’il cherchait.

Entre 2 et 3 ans, je n’ai pas souvenir de progression particulière, mis à part qu’il arrivait à prononcer le son de quelques voyelles et consonnes et que je l’entendais parfois « s’entraîner » juste avant de s’endormir : « A ! O ! I ! T ! K ! »
Oui, il avait de drôles de berceuses. ^^

Un peu après ses 3 ans, j’en avais parlé aux débuts de ce blog, il s’était mis à tenir ses stylos correctement, entre 3 doigts, et avait passé des heures et des heures à « écrire » en inventant des lettres et les sons pour aller avec. Puis il avait découvert le stylo-plume, et cela n’avait fait qu’accentuer sa boulimie de graphisme. De temps en temps, par le plus grand des hasards, une lettre de l’alphabet français surgissait au milieu de ses tracés tarabiscotés. Il la repérait aussitôt et, tout joyeux, nous en faisait part : « Regarde, là, j’ai écrit un N ! » « Et là c’est un V ! »
Petit à petit, de sa propre initiative, il s’est mis à les dessiner exprès, ces lettres. Parfois approximatives, parfois en miroir (très courant chez la plupart des enfants et absolument normal), parfois impeccables.
Parfois avec des enjolivures de son cru, qui me faisaient bien rire.
Souvent, il nous demandait comment on dessinait d’autres lettres, alors on lui montrait. Je lui ai donné des pochoirs avec les lettres et les chiffres pour qu’il puisse écrire tout ce qu’il voulait sans être obligé d’attendre qu’on soit disponible – il s’en est assez peu servi, à vrai dire : de temps en temps il en prenait un et nous écrivait l’alphabet dans son intégralité, mais c’était rare.
Puis il a commencé à nous demander comment tel ou tel mot s’écrivait. Parfois c’était à nous de l’écrire, parfois c’était lui qui voulait le faire. Parfois il s’énervait car il n’arrivait plus à écrire une lettre – qui ne lui posait pourtant pas de problème quelques jours plus tôt – au point de ne « plus jamais » vouloir écrire. 2 heures ou 2 jours après, il y revenait et cette fois-ci c’était dans le sac.

Il y a eu aussi les perles à repasser : j’avais trouvé des plaques alphabet et chiffres, et il a fabriqué des tonnes de chiffres et de lettres en perles, pour les assembler ensuite et me demander de lire ce qu’il avait écrit – en général un infâme charabia qui le faisait rire aux larmes, et moi m’étrangler à essayer de le prononcer.
Il en a fabriqué en pâte à modeler. En tips.
Avec des haricots.
On en a sculpté dans des pommes de terre pour faire des tampons.
Il a regardé je ne sais combien de fois le « C’est pas sorcier » sur l’écriture.

Et surtout il a écrit, écrit, quasiment tous les jours, et toujours à sa demande. À la main, beaucoup. Sur l’ordinateur, pour envoyer des mails. Sur les machines à écrire de son père.
Nous étions là, bien sûr, pour répondre à ses questions. Mais nul besoin de le pousser ou de le récompenser, ni même de le féliciter : il le faisait très bien tout seul. 😉

Voilà comment Fiston a appris à écrire les lettres (majuscules : il connaît les minuscules mais ne semble pas pressé de s’y mettre).
C’est notre expérience, ceci n’est valable que pour nous. D’autres apprendront plus tôt, ou plus tard, et de toute façon différemment. Mais ils apprendront. 🙂

À noter que pour le moment, Fiston n’est pas du tout intéressé par la lecture : il fait semblant de lire parfois, en racontant n’importe quoi, du style « là il y a marqué gribaolititutulou tiripou kador, ça veut dire radiateur en anglais. » Inutile de répondre autre chose que « si tu le dis, mon chéri », le jeune linguiste n’en démordra pas. ^^
Il nous demande souvent de lire pour lui, aussi. Mais l’assemblage des lettres pour former des sons lui passe manifestement à 10 bornes au-dessus de la tête : il s’en fiche.

Il dit qu’il lira quand il sera maçon.
J’en reparlerai quand même probablement ici avant. 😉

bonne_annee_2013

Voilà, ça c’est fait.
Bonne année, les gens 🙂

Le mélange des âges

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Une anecdote récente, racontée par ma mère, qui m’a fait réaliser à nouveau à quel point le fait de trier les enfants par âge dans l’immense majorité des écoles est débile.

Fiston (4 ans, pour rappel) était parti à sa demande passer « 3 jours et 3 nuits » chez ses grands-parents, dont les premières 24h avec un de ses cousins de 9 ans et demi.
Fiston et Cousin ont passé tout leur temps ensemble à jouer, à dessiner et… à écrire.

Pour poser le contexte, Cousin est un garçon adorable qui déteste lire et écrire (je précise qu’il est scolarisé « normalement »). Écrire ou lire ne serait-ce q’une phrase lui demande de gros efforts. Ma mère arrive en général à lui proposer des exercices plus ludiques que ceux de l’école, mais ce n’est quand même jamais facile.
Fiston, pour sa part, adore écrire sous la dictée.

Et donc pendant toute une matinée, paraît-il, les 2 garçons ont dessiné ensemble. Fiston ensuite décrivait ses dessins à Cousin, qui transcrivait et allait vérifier l’orthographe auprès de ma mère. Une fois les fautes corrigées, il revenait et épelait pour que Fiston puisse écrire à son tour. Et ainsi de suite.
Fiston a ainsi triomphalement rapporté à la maison une chemise contenant plusieurs dessins légendés au dos sous la dictée de Cousin.

Et tout cela sans la moindre incitation de la part d’un adulte.

Parce qu’il était en présence d’un plus petit ne sachant pas lire mais adorant écrire sous la dictée, un garçon de presque 10 ans, d’ordinaire allergique à tout ce qui a trait à l’écrit, a spontanément lu et écrit des phrases entières, et en s’amusant qui plus est.
Il est évidemment bien plus gratifiant et motivant de lire et d’écrire pour quelqu’un qui n’en est pas capable, qui a vraiment besoin de vos compétences, que de se faire contrôler par un adulte maîtrisant tout ça bien mieux que vous… et qui vous attend au tournant à la moindre faute.

Ceci n’est qu’un exemple ponctuel, concernant 2 enfants. Imaginez l’énorme synergie qui pourrait se produire dans toutes les écoles si on arrêtait d’y classer les enfants par date de naissance mais si, au contraire, on mélangeait allègrement tout ce petit monde.
Si on adoptait les classes uniques.
Ces écoles, Bernard Collot les appelle « écoles du 3e type » : elles existent déjà mais elles sont rares…

Cadavre exquis

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En ce moment, Fiston aime bien raconter n’importe quoi. Des phrases sans queue ni tête, des mots les uns après les autres, qui n’ont aucun sens. Ça le fait se bidonner.

L’autre jour, en l’écoutant raconter ses salades, ça m’a rappelé un jeu que mes frères et moi aimions beaucoup quand nous étions enfants. Le cadavre exquis. On se met d’accord une structure de phrase, et chaque participant écrit sa partie sur un bout de papier, sans concertation avec les autres. Par exemple, s’il y a 2 joueurs qui décident de partir sur la structure la plus simple possible, sujet-verbe, l’un écrira un sujet, l’autre un verbe, et le résultat sera probablement assez marrant.
Il me semble d’ailleurs me souvenir qu’à cette époque, mettons il y a une trentaine d’années, on trouvait dans certains produits alimentaires (boîtes de céréales, peut-être ?) des petits cartons déjà écrits, à collectionner. Plus on en avait, bien sûr, et plus le jeu était intéressant, les possibilités se multipliant.

Revenons-en à Fiston : je lui ai proposé de découvrir ce jeu, ou du moins une adaptation : il a été partant, bien sûr ! 🙂
2 ou 3 jours plus tard, il y a repensé en se réveillant, et donc allons-y pour le jeu. Au départ, je pensais simplement qu’on trouverait quelques phrases tous les 2, que je les écrirais, les découperais, les mélangerais, qu’on jouerait ensuite, moi lisant son tirage, évidemment, et qu’on se marrerait bien. Point final.

Mais en fait, il a voulu tout écrire lui-même. Il a voulu que je lui trace des lignes pour écrire bien droit, on a trouvé des phrases – on était partis sur le classique sujet-verbe-complément – chacun son tour, et il m’a demandé de lui dicter tous les mots. Comme j’avais prévu de distinguer les 3 catégories par des couleurs, il m’a demandé pourquoi, et ce fut l’occasion d’aborder ces notions grammaticales. Je n’ai pas spécialement poussé les explications sur le complément, mais il a bien compris l’histoire du sujet – qui ? – et du verbe – qu’est-ce qu’il fait ? -, qu’il a retrouvés assez facilement dans toutes nos phrases.
On a joué un peu avec certains phonèmes, aussi. Il me disait que « FAIT », c’était comme « la fée », donc je lui ai fait écouter la différence entre le son « é » et le son « è » (ou si on veut se la péter, entre les phonèmes /e/ et /ɛ/).
Finalement, le fait que ses feutres bavent un peu lorsqu’il les laissait trop longtemps sur le papier lui a remis en mémoire l’histoire de la capillarité, des fibres du papier, et il m’a fait un cours sur la différence entre les feutres et les stylo-billes (merci au C’est pas sorcier sur l’écriture !).

Une fois la page remplie, place au découpage, puis au mélange dans chaque catégorie et enfin au tirage. Fiston a bien rigolé devant certaines combinaisons :

Le bourdon agite un câlin – olé !

Brownie vole jaune (Brownie, c’est le nom d’un de nos compagnons à 4 pattes. Je vous explique pour que vous compreniez mieux le sens de la phrase. Non ? ^^)

L’abeille fleurit en rond – Fiston aime beaucoup les insectes, les fleurs et les ronds, alors il était content avec celle-là ^^

Au passage, vous remarquerez que pour Fiston, écrire sur les lignes, c’est vraiment écrire sur les lignes. ^^

La partie terminée, il a tout rangé soigneusement dans une boîte, en attendant d’écrire d’autres sujets/verbes/compléments/et-plus-si-affinité pour enrichir ce jeu.
Le plus merveilleux jeu du monde, puisque son but est de raconter n’importe quoi. 😉

Pschhhhittt !

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J’ai déjà parlé de la façon dont Fiston gérait la frustration. C’est toujours d’actualité… quand elle vient de l’extérieur (de quelqu’un d’autre, par exemple).

Cela peut paraître paradoxal, mais en ce moment, il a beaucoup de mal à supporter l’autre type de frustration, celle qui vient de ses propres limitations. Quand il rate quelque chose, souvent il s’énerve, pleure qu’il n’y arrive « plus jamais », réessaye quelques fois sans réussir du fait qu’il pleure en même temps, et se met pour finir dans des états pas possibles… ou renonce carrément pour plusieurs semaines. La plupart du temps, cela concerne des activités physiques (shooter dans un ballon pour l’envoyer très haut ou derrière lui, renvoyer une balle avec une raquette, démarrer tout seul en vélo…).

Lui gère ça très mal, donc. Et moi ? Eh bien, pas beaucoup mieux. Quand je vois Fiston se décourager aussi vite – alors qu’en plus il fait d’énormes progrès dans plein de domaines ces derniers temps -, j’ai du mal. Du mal à accepter ce manque de confiance en lui que je vois dans ces moments-là, alors qu’il a reçu une éducation sans comparaisons désobligeantes, sans pression, sans concurrence.
Ouaip, je me sens en échec sur ce coup-là, j’en suis frustrée et je m’énerve vite. Rigolo, non ? ^^
Dit comme ça, c’est évident. Mais quand on a la tête dans le guidon, ça l’est moins : j’ai mis du temps à me rendre compte de l’incohérence de mon attitude.

J’ai donc tenté de lâcher prise de mon côté, d’accepter que, indépendamment de moi, cela puisse être – ou pas – dans le caractère de Fiston. Ou juste une phase.
De me dire qu’après tout, c’est SON problème à lui, je n’ai pas à en faire le mien et à le répercuter sur lui via mon attitude (en général, quand je suis exaspérée, ça se voit, même si je ne dis rien ; et alors l’effet « maman pas contente » s’enclenche et on n’en sort plus), alors qu’il a déjà sa propre frustration à gérer. Quand Fiston s’énerve « pour un rien » (à mes yeux), je suis là pour lui s’il le veut, j’essaye de relativiser éventuellement (en lui montrant qu’il arrive déjà beaucoup mieux à faire ceci ou cela qu’il y a quelques jours, par exemple, ou en lui rappelant qu’à 22h, après une longue journée, c’est normal qu’il n’arrive plus très bien à envoyer le ballon plus haut que le toit à tous les coups), mais c’est tout.
Bon, ça c’est l’objectif à atteindre, hein ? C’est loin d’être le cas tous les jours.

Fiston, de son côté, est en train de mettre en œuvre quelques astuces de son cru pour se calmer plus rapidement. Parce qu’il a bien analysé son problème : « Quand je suis contrarié ça me rend triste et du coup ça me contrarie encore plus et je n’arrive plus à me calmer. »
Les deux dernières tactiques en date sont assez efficaces, je trouve.

La première, c’est, quand il rate quelque chose, de dire « Presque ! » au lieu de « Oh, j’ai raté ! » / « J’y arrive pas ! »
Eh ouais. Positiver, ça change tout. Résultat, dans les bons jours, là où il crisait dès le premier échec, il peut tenir maintenant beaucoup plus longtemps, une bonne dizaine de « Presque ! » d’affilée avant de commencer à se décourager.

La deuxième, elle me fait m’écrouler de rire à tous les coups. Il me l’a expliquée il y a quelques jours : « Maintenant, quand je suis contrarié et triste et que j’arrive pas à me calmer, je dis « pschhhitttt ! » et ça m’aide à me calmer. »
Effectivement. Ça marche.
Ces jours-ci, pas systématiquement mais quand même plusieurs fois, alors qu’il était énervé, presque en pleurs de ne pas arriver à faire quelque chose, j’ai entendu un petit « pschhhhittt ! »… et c’était fini. Et comme moi ça me fait éclater de rire, il rigole aussi.

Essayez d’imaginer la scène, c’est fendard : en 5 secondes, on part d’un Fiston tout énervé, en pleurs -> « pschhhitt ! » -> éclat de rire général.

J’adore la vie avec Fiston. 😀

Engrenages

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Fiston est fasciné par les engrenages, depuis longtemps. Que ce soient ceux des vélos, ceux des petites voitures qu’il admire quand on les démonte, ceux des machines à coudre… Il adore.

Il y a 6 mois environ, je lui avais dégoté ce jeu : Kaleido Gears.

Fiston était très content. Il a pu faire des expériences : un engrenage en entraîne un autre en sens inverse. Si on fait un circuit fermé avec 3, 5, 7…  engrenages, ça bloque. Avec 4, 6, 8…, ça fonctionne. Mais à l’époque, il avait souvent besoin de notre aide pour les fixer (les grands, notamment, ne sont pas hyper évidents à installer, pour un petit. Même pour un adulte, parfois).
Cerise sur le gâteau, sur les grands engrenages sont collés des autocollants pour créer des illusions d’optique lorsqu’ils tournent.

Fiston a joué avec ses engrenages pendant 2 ou 3 semaines, puis les a rangés.

Le mois dernier, je lui ai montré des vidéos des machines d’Arthur Ganson – si vous ne connaissez pas ce monsieur dont je suis fan, je vous conseille sa présentation sur TED. Il a adoré. Et, je suppose qu’il y a un lien de cause à effets, quelques jours plus tard il a ressorti le fameux jeu des engrenages.
Depuis, quasiment tous les jours il fait de nouveaux circuits, plus ou moins sophistiqués. Il s’éclate, il fait tourner ses machines infernales en décrivant ce qui se passe et en expliquant aux chats qu’il a fabriqué ça pour leur faire de l’air parce qu’ils ont trop chaud (explication du jour).

Un jeu à conseiller.

Frustration

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On est en plein dedans en ce moment, car il pleut toujours. Pas forcément tous les jours, mais quand ça tombe, ça tombe tellement que le terrain est de plus en plus gorgé d’eau.
Admirez ci-dessous les magnifiques couloirs de nage à l’emplacement de notre futur salon. ^^ Il s’agit des ornières laissées par la pelleteuse la semaine dernière, lors d’un essai. Depuis, la pelleteuse est partie voguer vers d’autres chantiers plus cléments, et à l’heure actuelle les ornières sont remplies d’eau à ras-bord.

Mais ceci n’était qu’une introduction (en plus de donner quelques « nouvelles ») pour parler de la frustration chez l’enfant.

Lorsqu’on est parent, si on a le malheur, en public, de répondre positivement à une demande de son enfant, souvent les jugements (exprimés ou non) ne tardent pas. Le spectre de l’enfant-roi (comme si la vie d’un jeune prince était enviable, d’ailleurs) est agité tel un épouvantail devant les malheureux parents, et les bons conseils se mettent à pleuvoir : il faut bien qu’il/elle apprenne la frustration. Comprendre : il faut que vous, parents, lui appreniez la frustration. De force.
Et la raison en est simple : parce que dans la vie, on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut.
Certes. Mais peu de gens se rendent compte de la contradiction inhérente à leurs propos.

Reprenons : dans la vie, on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut. L’enfant, sauf erreur de ma part, est un être vivant. La vie, il est en plein dedans – et pas qu’un peu. Donc le simple fait de vivre devrait suffire à lui apprendre qu’il ne peut pas toujours avoir ce qu’il veut. Point besoin d’adulte en rajoutant une couche exprès pour lui apprendre cela.
Ce qui ne veut pas dire que l’on doit faire passer les demandes de son enfant avant tout le reste, on est bien d’accord. Il ne s’agit pas de s’oublier soi-même. Mais simplement de traiter l’enfant comme un être humain, à part entière, au même titre que n’importe qui d’autre. Si le Barbu me demande un service et que je suis d’accord pour le lui rendre, je ne vais pas lui répondre non pour qu’il se rappelle que hé, oh, il est sur Terre pour en chier, s’il croit qu’il pourra toujours avoir ce qu’il veut il se fourre l’appendice supérieur dans l’organe de vision jusqu’à l’articulation du milieu. Ne confondons pas « on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut » et « on ne peut jamais avoir ce qu’on veut, hahaha ».
C’est pareil pour Fiston.

En fait, cela fait déjà un bon bout de temps que je trouve que Fiston gère la frustration beaucoup mieux que moi. J’oserais même dire que bien des jeunes enfants gèrent leur frustration infiniment mieux que bien des adultes.
Les colères des bambins sont souvent spectaculaires, quand quelque chose ne leur plaît pas. C’est vrai. Mais que dire des nôtres ? Elles sont plus intériorisées, peut-être. Parfois elles sortent sous forme d’injures, d’abus de pouvoir, de punitions, d’humiliations, de cris, de coups. Parfois, elles restent en nous. Mais qui ne s’est jamais senti rempli d’une rage folle, disproportionnée, devant un bébé de 2 ans qui vous regarde en disant « non » fermement, qui ne cède pas à vos caprices (^^), qui vous fout en l’air le planning de l’après-midi parce que non, non, non, il ne veut pas s’habiller, ne veut pas qu’on le change, ne veut pas aller jouer avec les autres enfants, ne veut pas vous tenir la main pour traverser, ne veut pas dormir, ne veut pas manger ?
(Liste non exhaustive, hein.)
Un mioche 2 fois moins haut que nous, qui ne fait même pas 1/5e de notre poids, peut nous faire sortir de nos gonds en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Nous, adultes, censés être en pleine possession de nos moyens, censés savoir nous exprimer, communiquer, gérer nos émotions.
Et on voudrait leur apprendre, à eux, quelque chose que nous-mêmes ne maîtrisons pas ? Ah ! Ah ! Ah ! Rions trois fois, d’un rire franc et gaulois.

Bien sûr, comme tous les enfants, Fiston a traversé des phases durant lesquelles il ne supportait effectivement pas la moindre frustration – et comme à ces époques il ne parlait pas encore, ou très peu, c’était particulièrement difficile de comprendre ce qu’il voulait. Dans la mesure de nos possibilités, nous essayions d’accéder à ses demandes. Quand nous disions non, ce n’était pas dans un but éducatif, pour lui apprendre la frustration alors qu’il était déjà en plein dedans. C’était soit que ce qu’il voulait était impossible, soit qu’on ne comprenait pas, soit qu’on n’avait plus le temps, la disponibilité, la patience… Mais il n’est pas devenu pour autant un enfant-roi qui se roule par terre, la bave aux lèvres, dès qu’on le contrarie.

L’anecdote qui va bien pour illustrer mon propos :

Fiston a fêté ses 4 ans la semaine dernière – sous la pluie, mais passons.
La veille, nous avions célébré l’évènement avec Naë, Druss et Loulou, et Fiston avait reçu une trottinette rouge, qu’il avait beaucoup aimé – toujours sous la pluie.
Le jour J, nous envoyons Fiston dans le garage sous un prétexte fallacieux, et là il tombe nez à guidon avec un vélo. Il le savait, cela faisait 3 mois qu’il l’attendait, ce vélo. 2 mois que j’étais allée le chercher et que Fiston se demandait où j’avais bien pu le planquer. Bref, c’était un cadeau très, très attendu.
Cris de joie. On met le vélo dans la cuisine, Fiston tourne autour, ravi. Il aide le Barbu à regonfler les pneus, et vite, vite, va dehors pour l’essayer. Sauf que ce *censuré* de vélo était trop grand pour lui. Il fallait régler la selle au mini pour qu’il puisse s’asseoir, mais alors il avait les genoux dans le menton s’il pédalait. Comme c’était son premier vélo à pédales (jusque-là il s’éclatait avec une draisienne), c’était complètement impraticable pour lui.
Grosse déception de nous 3.
Mais Fiston a surmonté sa frustration en moins d’1 minute. Après quelques larmes, il a dit « Tant pis, je vais me promener avec ma trottinette. D’accord, maman ? »
Alors que moi, même si j’ai fait des efforts pour ne pas trop le montrer, j’ai eu ce fiasco en travers de la gorge pendant plusieurs heures. Même en voyant Fiston heureux comme tout avec l’autre cadeau qu’on avait heureusement prévu (des perles à repasser, le stock d’avant étant épuisé depuis 2 mois), même en sachant qu’on irait le week-end d’après lui trouver un autre vélo à sa taille, j’ai eu une grosse boule dans le ventre toute la matinée et j’ai bien peur d’avoir quand même un peu beaucoup fait la gueule malgré moi.

Alors, question gestion de la frustration, Fiston : 1 ; Maman : 0 !