Archives de Catégorie: Droits des animaux (humains ou non)

Documentaire Arte : la table verte de Michael Hoffmann – avec Patrik Baboumian

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Michael Hoffmann doit relever un défi de taille : rassasier cet athlète d’origine iranienne qui engloutit quotidiennement jusqu’à 7 000 calories ! Dans la cuisine de la mère de l’invité, tous deux préparent un ragout de légumes d’hiver aux saveurs orientales et aux fruits secs, accompagné d’une crème de pois chiches qui apportera les protéines indispensables à notre sportif. Le chef étoilé nous présentera également l’une de ses spécialités : les oignons confits.

Petite précision : Patrik Baboumian est un athlète de très haut niveau, « l’homme le plus fort d’Allemagne 2011 », végétarien depuis 2005 et maintenant végétalien. Le repas préparé pour lui dans ce documentaire est donc un repas 100% végétal.
Michael Hoffmann n’est pas végé, d’après ce que j’ai compris, mais préfère cuisiner les végétaux, surtout ceux provenant de son immense potager.

Documentaire disponible pour quelques jours ici.

Comment l’IEF – 10. Pensée télévidée

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Hier, avec Fiston, nous sommes passés à notre ancien domicile et avons discuté quelques minutes avec un voisin, actif retraité, comme on dit, qui connaît Loïc depuis sa naissance et l’aime beaucoup – c’est réciproque.

Après avoir échangé quelques nouvelles, il demande à Fiston s’il ne va toujours pas à l’école. Non, répond Fiston, et le voisin d’enchaîner en souriant : « Ah ben c’est pas plus mal, au fond, ils en parlaient à la télé l’autre jour. »

Je sais quel reportage il a vu : c’est celui-ci, passé sur TF1 au journal de 20h il y a qq jours. Un reportage globalement très positif, montrant des enfants épanouis et intégrant au final, en terminale ou plus tard, des circuits classiques.

Les années précédentes, le voisin se montrait nettement plus sceptique. Pas jugeant ou quoi que ce soit d’agressif quand il s’étonnait que Fison n’aille pas à l’école, mais sceptique. Pensant manifestement que c’était une drôle d’idée, et sans doute s’imaginait-il que la seule raison plausible pour ne pas scolariser Fiston était qu’on voulait le garder pour nous.

Un reportage de même pas 4 minutes sur TF1 a complètement changé son opinion envers l’IEF et son attitude envers nous sur ce sujet, alors qu’il nous connaît depuis des années.

Bien sûr que je m’en réjouis, d’un côté. Plus les gens seront bienveillants envers l’IEF, plus facile sera notre vie – et celle de nombreux autres.

Mais de l’autre, je trouve édifiant et effarant cet exemple de l’influence de certains médias sur certaines personnes.
Le reportage aurait été réalisé par qq’un d’autre, avec un regard – ou même juste un montage – différent, pour arriver à une conclusion beaucoup moins positive, le regard du voisin aurait sans doute été tout autre.

Si vous pensez être sous influence, vous aussi, pas de panique.
Il existe une solution.

Recycler une vieille télé maison pour son chat

J’en profite pour signaler une très bonne nouvelle : la famille Deveaux, qui avait écopé de 15 mois d’AEMO (Assistance éducative en milieu ouvert) pour Léo, 10 ans, instruit en famille, a gagné en appel ce 15 octobre, et la mesure d’assistance éducative est levée.
Bravo à Cécile et Sylvain pour leur courage et leur ténacité !

Plus d’infos sur leur site.

Des animaux, des enfants et des hommes – 9 : P comme peigne, P comme poux

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Il y a quelques jours, j’ai acheté un peigne anti-poux.
Pour Fiston et ses cheveux longs, histoire de vérifier qu’il n’en avait pas. De poux.

Je me suis rendue dans une pharmacie, j’ai demandé un peigne anti-poux. Logique.

Le voici, beau, brillant et rose.

peigne

Et voilà l’inscription sur l’emballage.

peigne_emballage

Attendez, je zoome.

emballage_zoom

Je ne sais pas si ça vous fait le même effet qu’à moi.

J’avoue à ma grande honte que j’ai cru y voir un sexisme de bas étage – et en plusieurs langues. Genre, c’est forcément la femme – chez elle – qui donne des petits pots bledina et qui enlève les poux pendant que l’homme gagne des sous et allume le barbecue.

Mais bon, comme je voulais quand même vérifier les cheveux de Fiston sans attendre le retour du Barbu, bon gré mal gré j’ai sauté à pieds joints dans le cliché.
Ce fut difficile au début.

Mais… Au fil des minutes j’ai pu apprécier – bien malgré moi – comme annoncé sur l’emballage les dents longues et la prise en main aisée de la chose.
Une sensation étrange m’envahissait pendant que je peignais les cheveux de Fiston et examinais le peigne après chaque mèche.

Étonnamment, je me sentais plus femme. Une vraie. Une MAMAN.

Je n’avais JAMAIS ressenti cela auparavant !!!!!!! Même pas avec le stylo bille pour elle !!
J’ai commencé à regretter amèrement mon emportement premier !!! Et une fois mes œillères féministes tombées, mon esprit scientifique intuition féminine a refait surface.
Et si, en fait, c’était vrai ????
S’il n’y avait que les mamans qui pouvaient utiliser ce peigne anti-poux ???!?!?!??

N’écoutant que mon courage et sans peur du ridicule, je me suis lancée dans une enquête dont les premiers résultats n’ont fait que confirmer mon lumineux pressentiment !!!!!!!
En quelques jours, j’ai pu faire tester ce peigne à 25 personnes : 6 mamans, 4 femmes sans progéniture, 5 papas, 5 hommes sans descendance (connue, en tout cas).

Voilà les résultats !

6 mamans sur 6 ont enlevé avec succès (90% à 100% de poux enlevés) des poux sur les cheveux de leurs enfants !!!!! En revanche, sur les enfants des autres, le pourcentage baissait fortement (15 à 20%) !!

Sur les 4 femmes sans enfants, 3 ont réussi à peigner des enfants, avec un succès variable, mais sans parvenir à récolter le moindre pou ou la moindre lente !!! La quatrième quant à elle s’est obstinée à utiliser le peigne anti-poux comme une fourchette !!!!!! lol !!!!

Le groupe des 5 papas s’est comporté sensiblement comme celui des 4 femmes sans enfants : 3 ont pu peigner leurs enfants, mais sans efficacité aucune ou quasiment (0 à 10% de poux récoltés !!!) ; les deux autres ont réussi à utiliser le peigne comme un décapsuleur (ce qui en soi n’était pas évident, saluons l’exploit !!!!) et l’un d’eux s’en est servi en sus pour se gratter peigner béatement les couilles devant un match de foot, sa bière dans l’autre main !!!!!!!! lololol !!!

Quant aux 5 hommes non papas, sans surprise, aucun n’a pu refermer les doigts plus de quelques secondes sur le manche du peigne !!! Ils ont justifié cette incapacité à le tenir par un inconfort extrême couplé à une peur « phobique » de ses grandes dents qui leur rappelaient, pour 3 d’entre eux, les Dents de la mer !!!!

Si vous aussi vous avez testé le peigne anti-poux, votre témoignage est le bienvenu !!!!

Ensemble, battons en brèche l’idée que le sexisme est partout !!!!! Prenons enfin conscience avec humilité que non, les hommes et les femmes n’ont réellement pas les mêmes capacités et que les peignes à poux ne poussent que sur Vénus, continent Maternité !!!!!!!!!!

Des animaux, des enfants et des hommes – 8 : S comme SamSam, S comme SuperSexiste

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L’autre jour, j’ai acheté pour Fiston un cahier de jeux. Un cahier SamSam, ce petit super-héros parfaitement insupportable à mes yeux mais que Fiston aime bien.

Dedans, des jeux, donc, que Fiston se régale à faire, mais aussi des histoires – hélas.

La première que Fiston m’a demandé de lui lire m’a foutue en rogne. Ouais, vraiment.

Ce chef-d’œuvre s’appelle « Il faut sauver SuperJulie ! ».
Oui, bon, déjà rien qu’avec ça on se doute bien que ça ne va pas voler très haut, mais après tout SamSam est le héros de ces histoires donc ce n’est pas une surprise non plus.
Venons-en maintenant au scénario.

SuperJulie (toute de rose vêtue bien entendu, pour ceux qui auraient le bonheur de ne pas la connaître) et SamSam se promènent en soucoupe, SuperJulie en a marre que SamSam commande tout le temps et veut prendre son chemin à elle pour rentrer (oh, la rébellion gronde), SamSam propose de faire la course et chacun part de son côté.
Bien évidemment, si SamSam arrive sans encombres jusqu’au trou noir (oui, il y a des notions très poussées d’astrophysique dans cet univers ^^), cette andouille de SuperJulie se fait aspirer dans le vaisseau des piratroces et SamSam décide d’aller la sauver.
Soupir, yeux qui roulent, tout ça.
Et puis là, d’un seul coup, on reprend presque espoir. Parce que dans SuperJulie il y a Julie mais aussi Super, elle utilise son rayon de persuasion (c’est quand même bien pratique) pour obliger les piratroces à lui obéir.
Évidemment, tout ce qu’elle trouve à leur faire faire, c’est repeindre la grande salle. En rose, of course. Dans SuperJulie, y a Super, mais y a aussi 2 chromosomes X, il ne faudrait pas que les lecteurs l’oublient.

C’est alors que SamSam déboule en criant « Je suis venu te sauver ! » mais SuperJulie n’en a rien à secouer, et d’aileurs si on a autre chose que de la vase dans le cerveau on voit bien qu’elle n’a absolument pas BESOIN d’être sauvée. Elle s’amuse très bien, de manière certes puérile et frivole puisque c’est une nana, mais elle s’amuse et on se doute bien qu’avec son rayon de persuasion, elle peut repartir quand elle veut. Quand ELLE le veut.

Mais SamSam ne l’entend pas de cette oreille. Il triture la vase qui lui sert de cerveau et utilise un miroir pour retourner le rayon de persuasion de SuperJulie contre elle-même. Et là, je vais citer in extenso la fin de l’histoire, parce que c’est quand même grave grandiose.

SuperJulie devient alors toute bizarre…
— Maintenant, obéis-moi ! On rentre ! lui dit SamSam.
SuperJulie redevient toute mimi et se dirige vers sa soucoupe.

Les deux amis reprennent la route de chez eux.
Et cette fois, SuperJulie n’a plus du tout envie de faire la course !
Ouf !

Eh ouais. SuperMec sauve de force PauvreFille, en la rendant docile et « toute mimi » et en l’obligeant à rentrer chez elle alors qu’elle n’en avait pas la moindre envie et se débrouillait fort bien toute seule. Et, morale de l’histoire, elle n’aura plus envie de recommencer à se débrouiller très bien toute seule. Wouf !

Les enfants, retenez bien ceci : les filles doivent obéir aux garçons, qui doivent empêcher les filles de se débrouiller seules en les parquant ramenant fissa à leur maison dont elles n’auraient jamais dû sortir.

Le plus triste dans l’histoire ? Si j’en crois les noms, le scénario a été pondu et adapté par deux femmes.

Des animaux, des enfants et des hommes – 7 : L comme loups, L comme Lions

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Ou la belle histoire de Richard-cœur-aux-lions vs l’esprit Tintin au Congo

 

Il était une fois, dans un lointain pays, un valeureux Masaï de 13 ans qui voulait protéger le bétail de son père et de sa communauté.

En effet, de temps en temps, des lions attaquaient les troupeaux, et des vaches mouraient.

Alors, les guerriers partaient tuer les lions.

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Mais Richard – c’est son nom – n’était pas comme Tintin : il n’aimait pas que les lions meurent.

Tuer, était-ce vraiment la seule issue possible ? N’était-il pas envisageable de faire autrement ?

Il réfléchit, réfléchit encore ; et ne sachant pas que c’était impossible, il finit par trouver une solution.

À partir d’une batterie de voiture, d’un clignotant de moto et d’une lampe torche cassée, il réussit à bricoler quelque chose qui faisait peur aux lions et les tenait éloignés des troupeaux.

Peu après, fort de l’efficacité de son invention, il l’installa chez ses voisins, puis chez d’autres encore…

Deux ans plus tard, son idée s’était répandue dans tout le pays.

empecheur

Quant à Richard-cœur-aux-lions, son invention lui valut une bourse dans la meilleure école du pays, où il fut très heureux et eu beaucoup d’autres idées.

FIN

¨¨°ºo§oº°¨¨

Cette histoire est parfaitement véridique. Elle se passe au Kenya, et Richard a retracé son parcours lors du rassemblement TED2013 en février dernier.

Si l’on récapitule :

Combien de cerveaux pour plancher sur le problème ? 1.
Comment Richard a-t-il appris l’électronique ? En autodidacte.
Combien le système coûte-t-il à fabriquer et à installer ? Que dalle, c’est essentiellement de la récup’.
Combien de vaches tuées par les lions depuis 2 ans dans sa communauté ? 0.
Avec combien de lions tués dans le même laps de temps ? 0 aussi.

Efficacité du système : 100%.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans son intervention, Richard ne fait allusion à aucun obstacle humain. À aucun moment il ne raconte qu’il a été difficile de convaincre les chasseurs de sa communauté que ça marchait, qu’il n’était plus nécessaire de tuer les lions.

On imagine aisément qu’en France la situation serait bien différente et qu’un Richard serait la risée de certains groupes.

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L’un des arguments souvent rebattus en faveur de la chasse est que c’est la seule solution pour protéger les intérêts des chasseurs les cultures, les troupeaux, les gens, rayez la mention véridique inutile.

Petit rappel de l’hypocrisie absolue de l’argument : en France près de 50% du gibier est en réalité élevé puis relâché pour le plaisir des chasseurs – et pas seulement les faisans – ; dans le reste, on trouve aussi des espèces considérées comme nuisibles mais que l’on a pourtant réintroduites nous-mêmes comme des grands cons, ou que l’on nourrit pour favoriser son développement – comme les sangliers.

Mais dans les autres cas, pourrait-on se demander. Est-ce que, dans le cas d’animaux vraiment sauvages et commettant des dégâts, on a vraiment d’autres choix que de les tuer ?

La réponse française officielle est simple : « Pourquoi vouloir changer une méthode qui ne fonctionne pas ? »

Ainsi en est-il de la chasse aux loups qui s’est récemment durcie dans la région Côte d’Azur.

Je ne vais pas rentrer dans des considérations éthiques ou philososphiques ici. Comme dire que les loups ont le droit de vivre, que ceux qui seront tués ne seront pas forcément ceux qui ont tué ; comme demander perfidement aux éleveurs qui, eux aussi, considèrent leurs brebis comme leurs enfants ce que deviennent en général leurs « petits-enfants » mâles, ou aborder carrément l’abolition de l’élevage.
Non, non, j’ai bien conscience que ce serait totalement déplacé.

Je vais donc seulement m’ébahir devant la puissance déployée pour se débarrasser des indésirables loups : 20 pièges-photos, 2 carabines équipées d’une lunette de vision nocturne, et 380 chasseurs armés, je suppose, de 380 fusils.

Rien que ça.

loup_danger

Allez, tentons un récapitulatif, là aussi :

Combien de cerveaux boîtes cranniennes impliquées ? Plusieurs centaines.
Disposant de quelle instruction ? Je suppose que tous ces brillants esprits ont bénéficié des bienfaits de l’Éducation Nationale française pendant au moins 10 ans. De l’argent et du temps bien employés.
Combien ça coûte, ce matos ? Compter au moins 500€ pour 1 piège-photo, soit minimum 10 000€ pour 20 pièges. Plus les lunettes et le pinard les cartouches. On parle aussi d’un retour des capsules de cyanure. Ah, la région niçoise, sa salade, ses chasseurs, son cyanure…
Combien de loups seront tués ? Un bon paquet. Combien d’humains ? Probablement quelques-uns aussi, comme lors de toute saison de chasse.

Et que celui ou celle qui pense qu’il n’y aura plus d’attaques de troupeaux se couvre de ridicule en levant le doigt.
Oui, Tintin ?

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Une idée, comme ça : et si, au lieu de sauter sur nos fusils et de dégommer tout ce qui bouge dès que quelque chose nous dérange, on faisait plutôt fonctionner nos méninges ?

Je sais, c’est plus fatigant et moins rigolo. Ça fait mal à la tête.

Mais si on s’inspirait de Richard plutôt que de Tintin au Congo et qu’on partait du principe que non, tuer n’est pas une réponse acceptable ?

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Si on partait de ce principe de non-violence, alors seulement on serait vraiment motivés pour réfléchir et trouver comment faire autrement.

Et nous aussi, qui disposons d’infiniment plus de moyens que Richard n’en avait, nous pourrions enfin mettre au point des solutions préservant à la fois les troupeaux et les loups.

Sans zigouiller personne.

Ça fait bizarre rien que d’y penser, hein ?

À signaler cette pétition sur Change.org pour demander l’annulation de la nouvelle mesure d’abattage massif de loups.

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Des animaux, des enfants et des hommes – 6 : C comme Cirque, C comme C’est cela, oui

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Une bonne nouvelle en provenance de nos voisins belges : les animaux sauvages devraient bientôt être interdits dans les cirques.
Bien entendu, il y en a qui ne sont pas contents. Extrait de l’article en lien ci-dessus :

Le secteur du cirque compte réagir avant l’officialisation de l’interdiction des animaux sauvages lors des spectacles. Il faudrait faire une « distinction entre les cirques qui traitent effectivement mal ces animaux » et ceux qui respectent les règles déjà très strictes en la matière et dont les dompteurs traitent les animaux comme leurs propres enfants. « Ils sont régulièrement en mouvement, s’amusent et se reproduisent même mieux que dans les zoos.« 

cirque

Témoignage d’une étudiante en médecine vétérinaire en stage dans un abattoir

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Au fil de mes pérégrinations sur le Net, je suis tombée sur ce témoignage que je partage ici.
À lire absolument.

« Seuls les animaux transportés conformément à la Loi sur la protection des animaux (LPA) et possédant une marque d’identification en règle sont acceptés ». C’est l’inscription qui figure au-dessus de la rampe en béton. Au bout de cette rampe gît raide et blafard un cochon mort. « Oui, certains meurent déjà durant le transport. Par collapsus cardiaque ».

J’ai emporté une vieille veste ; bien m’en a pris. Pour un début d’octobre, il fait un froid glacial. Ce n’est pourtant pas pour cette seule raison que je frissonne.

J’enfonce les mains dans mes poches, m’efforce de montrer un visage avenant pour écouter le directeur de l’abattoir m’expliquer qu’on ne procède plus depuis longtemps à un examen complet de chaque bête, seulement à une inspection. Avec 700 cochons par jour, comment cela serait-il possible ?

« Ici, il n’y a aucun animal malade. Si c’est le cas, nous le renvoyons tout de suite, avec une amende salée pour le livreur. S’il le fait une fois, il ne le fera pas une deuxième ». Je baisse la tête comme pour m’excuser- tenir, simplement tenir, tu dois tenir ces six semaines- que deviennent les porcs malades ?

« Il y a un abattoir tout à fait spécial ». Je possède une certaine expérience concernant les règlements relatifs au transport et sais à quel niveau la protection des animaux est à présent reconnue. Ce mot, prononcé dans un tel endroit, a une résonance macabre. Dans l’intervalle, un gros camion d’où s’échappent des cris stridents et de lugubres grognements est venu se ranger face à la rampe. Dans la pénombre du matin, on distingue mal les détails ; toute la scène revêt un aspect irréel et rappelle quelque sinistre reportage de guerre montrant des rangées de wagons gris et les visages blêmes et terrorisés d’une masse de gens humiliés, sur la rampe de chargement, embarqués par des hommes en armes. Tout d’un coup, je m’y trouve en plein cœur, et c’est comme quand on fait un cauchemar dont on se réveille couvert de sueurs froides : au milieu de ce brouillard, par un froid glacial, dans ce demi-jour sale du bâtiment immonde, bloc anonyme de béton, d’acier et de catelles blanches, tout derrière, à la lisière du bois recouvert d’une légère gelée ; ici se passe l’indicible, ce dont personne ne veut rien savoir.

Les cris, c’est la première chose que j’entends chaque matin lorsque j’arrive pour obtenir mon certificat de stage de pratique. Un refus de ma part d’y participer aurait signifié pour moi cinq années d’études perdues et l’abandon de tous mes projets d’avenir. Mais tout en moi- chaque fibre, chaque pensée- n’est que refus, répulsion et effroi, et la conscience d’une insurmontable impuissance : devoir regarder, ne rien pouvoir faire, et ils vont te forcer à coopérer et te souiller de sang. De loin déjà, quand je descends du bus, les cris des cochons me transpercent comme un poignard. Pendant six semaines, des heures durant, sans répit, ces cris retentiront à mes oreilles. Tenir. Pour toi, cela aura une fin. Pour les animaux, jamais.

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Des animaux, des enfants et des hommes – 5 : C comme civet, C comme Cage

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La dernière enquête en date de L214.
Bon appétit.

Ce mercredi 27 mars, L214 rend public un film d’enquête réalisé dans 8 élevages français de lapins de chair, commercialisant notamment la viande dans les grandes surfaces.

L’enquête réalisée dans la plus grande zone productrice de France montre les conditions d’élevage exécrables des lapins élevés pour leur viande et l’état de santé très dégradé de nombreux animaux. Les poubelles y sont remplies de cadavres et de flacons d’antibiotiques.

Les images ont été filmées entre novembre 2012 et janvier 2013 en Bretagne et Poitou-Charente.

Des animaux, des enfants et des hommes – 4 : T comme Tintin, T comme Tel (en tant que)

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tintin_congo

L’autre matin, Fiston vient me trouver avec Tintin au Congo en me demandant de le lui lire.
Niet.
« Pourquoi ? » demande Fiston.
« Parce que ce livre est raciste et que je n’ai pas du tout envie de le lire. »
Je lui précise quand même que le jour où on parlera du racisme, du colonialisme et de tous les trucs en « isme », ça fera un très bon support.

Sans insister, Fiston pose le livre et va en chercher un autre.

Mais ce soir-là, alors que je lui demande s’il peut descendre dans 5 minutes pour le brossage de dents, il me répond « Milou, il a cassé la queue du lion. C’est pas bien, hein ? »

C’est comme ça que j’ai compris qu’il s’était plongé dans Tintin au Congo. Et que je me suis rappelé, outre le racisme ambiant – et le ridicule absolu du scénario -, l’omniprésence du spécisme avec notamment les safaris et l’obsession de Tintin tout au long du livre à tirer sur tout ce qui bouge (ou pas), histoire de se la péter avec ses trophées. Lions, antilopes, rhinocéros (à la dynamite, quand même), éléphants… Tout  y passe.

Et puis 5 minutes plus tard, quand Fiston arrive dans la salle de bain, toujours plongé dans sa BD, il me sort une phrase que je ne pige pas bien sur le coup, où il est question d’une machine et de je ne sais qui n’arrivant pas à s’en servir.
Je regarde l’image correspondante, soupire intérieurement en comprenant à retardement, et lui demande de répéter pour être sûre.
« Maman, pourquoi les singes, ils font exploser la machine ? »

C’est bien ce que j’avais entendu.
Sauf que ce ne sont pas des singes.
Ce sont des Noirs. Dessinés, effectivement, grosso modo comme des singes.

À gauche, ces couillons de N oirs. À droite, ce crétin de singe.

2 cases tirées de Tintin au Congo. À gauche, ces couillons de Noirs. À droite, ce crétin de singe.

Et voilà, tout est dit.
Je ne vais pas vous faire un couplet sur le pourquoi du racisme et du colonialisme de cet album, contexte de l’époque et blablabanania, Wikipedia en parle fort bien.

Mais simplement, je voudrais souligner la chose suivante, en laissant à un billet ultérieur le soin de développer :

Toutes les discriminations sont basées sur une conviction ou du moins une affirmation : NOUS > eux.
Et tout au long de l’Histoire, des catégories d’êtres humains ont justifié les discriminations envers d’autres catégories d’êtres humains en les déshumanisant, en les assimilant à des animaux.

Que ce soit les Noirs, les Indiens d’Amérique, les femmes, les enfants, les esclaves, les Juifs, les homosexuels, l’ennemi en temps de guerre, les criminels et j’en passe, on a toujours justifié ainsi leur oppression ou leur extermination.
Ce ne sont pas des êtres humains : ce sont des singes, du bétail, des cochons de Juifs, des cafards (exemple récent issu de la guerre en Irak), de la vermine, des monstres… Et à peu de choses près, leur sort est le même que celui des animaux au rang duquel on les ramène : castrés, aveuglés, enfermés, enchaînés, exploités, mis à mort (mais attention, parfois de manière humaine ^^), exhibés, massacrés, mutilés, marqués au fer, vendus, torturés, gavés (cf le documentaire Arte sur les Suffragettes où l’on voit une femme se faire gaver (documentaire visible ici, la scène de gavage commence à 29:25) comme une oie pour l’empêcher de faire la grève de la faim), victimes d’expérimentations, d’eugénisme (pudiquement appelé « sélection » dans l’univers de l’élevage animal)…
On trouve aussi de la discrimination plus « soft ». Pour en revenir à l’époque du colonialisme si bien dépeint dans Tintin au Congo, les Noirs étaient représentés comme des hybrides de singes pas bien dégourdis et de grands enfants un peu attardés : heureusement que les Blancs étaient là pour les aider – le lien pointe vers la version Tintin au Congo à poil, histoire de rigoler un peu, mais je précise que l’absence d’habits chez Tintin constitue la seule différence avec l’album original. Les femmes en 1946 – mais c’est encore vrai aujourd’hui dans l’esprit de bien des gens – n’étaient pas fichues de garder leur sang-froid. Quant aux enfants, chacun sait bien qu’il ne faut surtout pas les laisser décider de quoi que ce soit les concernant. On peut d’ailleurs toujours les baffer en toute impunité, en France, au XXIe siècle.

Discrimination soft ou hard, présente ou passée, on en revient toujours à la même raison : parce que ce n’étaient, ce ne sont pas tout à fait des êtres humains.
C’étaient, ce sont des sous-êtres humains.
Des animaux, quoi. Un peu évolués pour certains, mais des animaux quand même.
On peut donc les traiter en tant que tels (même pas honte).

Bien sûr, le sort du york nain est en général plus enviable que celui du cochon, mais la discrimination envers les animaux non humains, la conviction que l’homo sapiens est supérieur et que par conséquent nous avons tous les droits sur les autres espèces, constitue la base de toutes les discriminations envers les autres groupes d’individus humains.

Alors, que faudrait-il faire pour éradiquer toute forme de discrimination ?
Hmmmm ?
Une petite idée ? 😉