Des animaux, des enfants et des hommes – 8 : S comme SamSam, S comme SuperSexiste

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L’autre jour, j’ai acheté pour Fiston un cahier de jeux. Un cahier SamSam, ce petit super-héros parfaitement insupportable à mes yeux mais que Fiston aime bien.

Dedans, des jeux, donc, que Fiston se régale à faire, mais aussi des histoires – hélas.

La première que Fiston m’a demandé de lui lire m’a foutue en rogne. Ouais, vraiment.

Ce chef-d’œuvre s’appelle « Il faut sauver SuperJulie ! ».
Oui, bon, déjà rien qu’avec ça on se doute bien que ça ne va pas voler très haut, mais après tout SamSam est le héros de ces histoires donc ce n’est pas une surprise non plus.
Venons-en maintenant au scénario.

SuperJulie (toute de rose vêtue bien entendu, pour ceux qui auraient le bonheur de ne pas la connaître) et SamSam se promènent en soucoupe, SuperJulie en a marre que SamSam commande tout le temps et veut prendre son chemin à elle pour rentrer (oh, la rébellion gronde), SamSam propose de faire la course et chacun part de son côté.
Bien évidemment, si SamSam arrive sans encombres jusqu’au trou noir (oui, il y a des notions très poussées d’astrophysique dans cet univers ^^), cette andouille de SuperJulie se fait aspirer dans le vaisseau des piratroces et SamSam décide d’aller la sauver.
Soupir, yeux qui roulent, tout ça.
Et puis là, d’un seul coup, on reprend presque espoir. Parce que dans SuperJulie il y a Julie mais aussi Super, elle utilise son rayon de persuasion (c’est quand même bien pratique) pour obliger les piratroces à lui obéir.
Évidemment, tout ce qu’elle trouve à leur faire faire, c’est repeindre la grande salle. En rose, of course. Dans SuperJulie, y a Super, mais y a aussi 2 chromosomes X, il ne faudrait pas que les lecteurs l’oublient.

C’est alors que SamSam déboule en criant « Je suis venu te sauver ! » mais SuperJulie n’en a rien à secouer, et d’aileurs si on a autre chose que de la vase dans le cerveau on voit bien qu’elle n’a absolument pas BESOIN d’être sauvée. Elle s’amuse très bien, de manière certes puérile et frivole puisque c’est une nana, mais elle s’amuse et on se doute bien qu’avec son rayon de persuasion, elle peut repartir quand elle veut. Quand ELLE le veut.

Mais SamSam ne l’entend pas de cette oreille. Il triture la vase qui lui sert de cerveau et utilise un miroir pour retourner le rayon de persuasion de SuperJulie contre elle-même. Et là, je vais citer in extenso la fin de l’histoire, parce que c’est quand même grave grandiose.

SuperJulie devient alors toute bizarre…
— Maintenant, obéis-moi ! On rentre ! lui dit SamSam.
SuperJulie redevient toute mimi et se dirige vers sa soucoupe.

Les deux amis reprennent la route de chez eux.
Et cette fois, SuperJulie n’a plus du tout envie de faire la course !
Ouf !

Eh ouais. SuperMec sauve de force PauvreFille, en la rendant docile et « toute mimi » et en l’obligeant à rentrer chez elle alors qu’elle n’en avait pas la moindre envie et se débrouillait fort bien toute seule. Et, morale de l’histoire, elle n’aura plus envie de recommencer à se débrouiller très bien toute seule. Wouf !

Les enfants, retenez bien ceci : les filles doivent obéir aux garçons, qui doivent empêcher les filles de se débrouiller seules en les parquant ramenant fissa à leur maison dont elles n’auraient jamais dû sortir.

Le plus triste dans l’histoire ? Si j’en crois les noms, le scénario a été pondu et adapté par deux femmes.

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  1. Les femmes vivant dans la même société sexiste que les hommes, y a pas de raison qu’elles soient épargnées.
    De mon côté, je refuse les achats de livres/histoires prônant le sexisme. Mais y a du boulot…

  2. Le pire ennemi de la femme est la femme. Surtout quand elle a trop bien intégré les codes de la domination masculine. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Bourdieu…

  3. Ce que j’aimerais beaucoup savoir c’est si ces femmes qui ont écris l’histoire se rendent compte de ce qu’elles racontent ???? Le font-elles sciemment?? Ou ne se rendent-elles compte de rien ?? je serais vraiment curieuse de savoir… je ne connaissais pas SuperJulie, mais j’ai bien de la peine pour elle… :-s

  4. J’ai entendu ma fille de 4 ans dire à son frère de 2 ans : » je suis forte, même si je suis une fille » et je lui ai demandé pourquoi elle disait: »même si je suis une fille… »
    Elle m’a répondu »-bah c’est SamSam qui dit que les garçons sont les plus forts! »
    S’en est suivi une longue énumération lui prouvant que les sont fortes au même titre que les garçons. Grrr Samsam!

  5. Pingback: Des animaux, des enfants et des hommes – 9 : P comme peigne, P comme poux | Le blog de MelyNaë

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