Archives Mensuelles: mai 2013

Le 10 14

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Témoignage d’une étudiante en médecine vétérinaire en stage dans un abattoir

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Au fil de mes pérégrinations sur le Net, je suis tombée sur ce témoignage que je partage ici.
À lire absolument.

« Seuls les animaux transportés conformément à la Loi sur la protection des animaux (LPA) et possédant une marque d’identification en règle sont acceptés ». C’est l’inscription qui figure au-dessus de la rampe en béton. Au bout de cette rampe gît raide et blafard un cochon mort. « Oui, certains meurent déjà durant le transport. Par collapsus cardiaque ».

J’ai emporté une vieille veste ; bien m’en a pris. Pour un début d’octobre, il fait un froid glacial. Ce n’est pourtant pas pour cette seule raison que je frissonne.

J’enfonce les mains dans mes poches, m’efforce de montrer un visage avenant pour écouter le directeur de l’abattoir m’expliquer qu’on ne procède plus depuis longtemps à un examen complet de chaque bête, seulement à une inspection. Avec 700 cochons par jour, comment cela serait-il possible ?

« Ici, il n’y a aucun animal malade. Si c’est le cas, nous le renvoyons tout de suite, avec une amende salée pour le livreur. S’il le fait une fois, il ne le fera pas une deuxième ». Je baisse la tête comme pour m’excuser- tenir, simplement tenir, tu dois tenir ces six semaines- que deviennent les porcs malades ?

« Il y a un abattoir tout à fait spécial ». Je possède une certaine expérience concernant les règlements relatifs au transport et sais à quel niveau la protection des animaux est à présent reconnue. Ce mot, prononcé dans un tel endroit, a une résonance macabre. Dans l’intervalle, un gros camion d’où s’échappent des cris stridents et de lugubres grognements est venu se ranger face à la rampe. Dans la pénombre du matin, on distingue mal les détails ; toute la scène revêt un aspect irréel et rappelle quelque sinistre reportage de guerre montrant des rangées de wagons gris et les visages blêmes et terrorisés d’une masse de gens humiliés, sur la rampe de chargement, embarqués par des hommes en armes. Tout d’un coup, je m’y trouve en plein cœur, et c’est comme quand on fait un cauchemar dont on se réveille couvert de sueurs froides : au milieu de ce brouillard, par un froid glacial, dans ce demi-jour sale du bâtiment immonde, bloc anonyme de béton, d’acier et de catelles blanches, tout derrière, à la lisière du bois recouvert d’une légère gelée ; ici se passe l’indicible, ce dont personne ne veut rien savoir.

Les cris, c’est la première chose que j’entends chaque matin lorsque j’arrive pour obtenir mon certificat de stage de pratique. Un refus de ma part d’y participer aurait signifié pour moi cinq années d’études perdues et l’abandon de tous mes projets d’avenir. Mais tout en moi- chaque fibre, chaque pensée- n’est que refus, répulsion et effroi, et la conscience d’une insurmontable impuissance : devoir regarder, ne rien pouvoir faire, et ils vont te forcer à coopérer et te souiller de sang. De loin déjà, quand je descends du bus, les cris des cochons me transpercent comme un poignard. Pendant six semaines, des heures durant, sans répit, ces cris retentiront à mes oreilles. Tenir. Pour toi, cela aura une fin. Pour les animaux, jamais.

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Procès d’intention

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L’autre jour, Fiston me demande à brûle-pourpoint : « Dis, maman ? Pourquoi tu ne m’offres pas beaucoup de jouets ? »

Je reste interloquée quelques secondes, puis me monte aux lèvres une réplique bien acide – parce que quand je vois le bordel que Fiston nous met dans le salon en ce moment avec ses affaires, je le trouve gonflé de me dire ça – que je ravale in extremis (beurk).
Ces derniers temps, peut-être à cause des billets que j’ai écrit sur ce blog, j’essaye de redevenir plus calme et plus attentive, de m’agacer moins facilement.

Je me dis que ça fait longtemps que je n’ai pas pratiqué l’écoute active, alors tiens, c’est l’occasion ou jamais. Après tout, Fiston a bien le droit de penser ce qu’il veut.
Je reformule donc sa question comme je l’ai comprise, pour être sûre de ne pas me tromper : « Tu trouves que je ne t’offre pas assez de jouets ? »
Fiston a l’air surpris : « Non, pas du tout. J’ai dit que tu ne m’en offres pas beaucoup. »

Ah.
Ce n’est pas la même chose, n’est-ce pas ? ^^

Je réfléchis en regardant un peu autour du moi. Je persiste et signe sur le bordel, oh oui, mais il est vrai que beaucoup des jouets de Fiston ne viennent pas de moi ni du Barbu. L’entourage en offre la majeure partie, les enfants s’en échangent entre eux, et surtout Fiston accapare et détourne un paquet de saloperies d’objets plus fascinants les uns que les autres : des prospectus, des boîtes vides, des engrenages, des ficelles, des fils électriques, des tuyaux, etc.
Fiston a raison : son père et moi ne lui offrons pas beaucoup de jouets.

Pourquoi, donc ?

J’explique à Fiston que les jouets ça coûte cher, que ça prend beaucoup de place, et je ne sais plus quelle troisième raison qui fait qu’on lui en offre relativement peu.
Fiston se montre satisfait : « Ah, d’accord, je comprends. »

Curieuse, je lui demande si ça l’embête, s’il aimerait qu’on lui en offre plus.
« Non, maman, je voulais juste savoir pourquoi. »

Et voilà. ^^

J’étais plutôt contente de moi, sur ce coup.
Mais pour un procès d’intention évité, combien d’autres non débusqués ?