Des animaux, des enfants et des hommes – 4 : T comme Tintin, T comme Tel (en tant que)

Par défaut

tintin_congo

L’autre matin, Fiston vient me trouver avec Tintin au Congo en me demandant de le lui lire.
Niet.
« Pourquoi ? » demande Fiston.
« Parce que ce livre est raciste et que je n’ai pas du tout envie de le lire. »
Je lui précise quand même que le jour où on parlera du racisme, du colonialisme et de tous les trucs en « isme », ça fera un très bon support.

Sans insister, Fiston pose le livre et va en chercher un autre.

Mais ce soir-là, alors que je lui demande s’il peut descendre dans 5 minutes pour le brossage de dents, il me répond « Milou, il a cassé la queue du lion. C’est pas bien, hein ? »

C’est comme ça que j’ai compris qu’il s’était plongé dans Tintin au Congo. Et que je me suis rappelé, outre le racisme ambiant – et le ridicule absolu du scénario -, l’omniprésence du spécisme avec notamment les safaris et l’obsession de Tintin tout au long du livre à tirer sur tout ce qui bouge (ou pas), histoire de se la péter avec ses trophées. Lions, antilopes, rhinocéros (à la dynamite, quand même), éléphants… Tout  y passe.

Et puis 5 minutes plus tard, quand Fiston arrive dans la salle de bain, toujours plongé dans sa BD, il me sort une phrase que je ne pige pas bien sur le coup, où il est question d’une machine et de je ne sais qui n’arrivant pas à s’en servir.
Je regarde l’image correspondante, soupire intérieurement en comprenant à retardement, et lui demande de répéter pour être sûre.
« Maman, pourquoi les singes, ils font exploser la machine ? »

C’est bien ce que j’avais entendu.
Sauf que ce ne sont pas des singes.
Ce sont des Noirs. Dessinés, effectivement, grosso modo comme des singes.

À gauche, ces couillons de N oirs. À droite, ce crétin de singe.

2 cases tirées de Tintin au Congo. À gauche, ces couillons de Noirs. À droite, ce crétin de singe.

Et voilà, tout est dit.
Je ne vais pas vous faire un couplet sur le pourquoi du racisme et du colonialisme de cet album, contexte de l’époque et blablabanania, Wikipedia en parle fort bien.

Mais simplement, je voudrais souligner la chose suivante, en laissant à un billet ultérieur le soin de développer :

Toutes les discriminations sont basées sur une conviction ou du moins une affirmation : NOUS > eux.
Et tout au long de l’Histoire, des catégories d’êtres humains ont justifié les discriminations envers d’autres catégories d’êtres humains en les déshumanisant, en les assimilant à des animaux.

Que ce soit les Noirs, les Indiens d’Amérique, les femmes, les enfants, les esclaves, les Juifs, les homosexuels, l’ennemi en temps de guerre, les criminels et j’en passe, on a toujours justifié ainsi leur oppression ou leur extermination.
Ce ne sont pas des êtres humains : ce sont des singes, du bétail, des cochons de Juifs, des cafards (exemple récent issu de la guerre en Irak), de la vermine, des monstres… Et à peu de choses près, leur sort est le même que celui des animaux au rang duquel on les ramène : castrés, aveuglés, enfermés, enchaînés, exploités, mis à mort (mais attention, parfois de manière humaine ^^), exhibés, massacrés, mutilés, marqués au fer, vendus, torturés, gavés (cf le documentaire Arte sur les Suffragettes où l’on voit une femme se faire gaver (documentaire visible ici, la scène de gavage commence à 29:25) comme une oie pour l’empêcher de faire la grève de la faim), victimes d’expérimentations, d’eugénisme (pudiquement appelé « sélection » dans l’univers de l’élevage animal)…
On trouve aussi de la discrimination plus « soft ». Pour en revenir à l’époque du colonialisme si bien dépeint dans Tintin au Congo, les Noirs étaient représentés comme des hybrides de singes pas bien dégourdis et de grands enfants un peu attardés : heureusement que les Blancs étaient là pour les aider – le lien pointe vers la version Tintin au Congo à poil, histoire de rigoler un peu, mais je précise que l’absence d’habits chez Tintin constitue la seule différence avec l’album original. Les femmes en 1946 – mais c’est encore vrai aujourd’hui dans l’esprit de bien des gens – n’étaient pas fichues de garder leur sang-froid. Quant aux enfants, chacun sait bien qu’il ne faut surtout pas les laisser décider de quoi que ce soit les concernant. On peut d’ailleurs toujours les baffer en toute impunité, en France, au XXIe siècle.

Discrimination soft ou hard, présente ou passée, on en revient toujours à la même raison : parce que ce n’étaient, ce ne sont pas tout à fait des êtres humains.
C’étaient, ce sont des sous-êtres humains.
Des animaux, quoi. Un peu évolués pour certains, mais des animaux quand même.
On peut donc les traiter en tant que tels (même pas honte).

Bien sûr, le sort du york nain est en général plus enviable que celui du cochon, mais la discrimination envers les animaux non humains, la conviction que l’homo sapiens est supérieur et que par conséquent nous avons tous les droits sur les autres espèces, constitue la base de toutes les discriminations envers les autres groupes d’individus humains.

Alors, que faudrait-il faire pour éradiquer toute forme de discrimination ?
Hmmmm ?
Une petite idée ? 😉

Publicités

"

  1. Tu as bien raison de penser à Un éternel Treblinka, car c’est ce livre qui m’a vraiment ouvert les yeux sur le sujet violence envers les animaux -> violence envers les humains. Et à ma 3e lecture, j’ai relu en parallèle « Oui, la nature humaine est bonne » d’Olivier Maurel et c’était hyper intéressant (et flippant, et écoeurant et plein d’autres trucs en « ant »). J’en reparlerai.
    Dans les séries BD ou DA issus de BD, il y a quelques mois j’ai regardé un Lucky Luke, et ma foi, en entendant tous ces « coyotes » dont Lucky Luke qualifie les bandits qu’il recherche à longueur de temps, j’ai frissonné, et c’était pas de nostalgie. :/
    Entièrement d’accord avec ta critique de Tintin au Congo, sinon.

  2. Tiens j’écrivais ça presque mot pour mot il y a peu, que la discrimination envers les animaux est la premère étape vers la discrimination envers les êtres humains. Cet article me parle, donc (et merci pour le lien vers le documentaire à propos des suffragettes, je sais ce que je vais regarder dans mon lit ce soir !).

  3. Pingback: Des animaux, des enfants et des hommes – 7 : L comme loups, L comme Lions | Le blog de MelyNaë

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s