Archives Mensuelles: février 2013

Manger cru en hiver

Par défaut

Comme cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé bouffe (sur ce blog, en tout cas, car sinon j’en parle très souvent, comme beaucoup de végés paraît-il ^^), je résume les épisodes précédents : cela fait maintenant + de 2 ans que je suis végétaRienne (c-à-d pas de chair animale), 1 an et demi que je suis végétaLienne (c-à-d rien qui provienne des animaux : produits laitiers, oeufs, et miel), et bientôt 8 mois que je suis passée au mode sans gluten et crudivore (c-à-d que je mange majoritairement cru, pas à 100% non plus). Le gluten, c’était pour l’asthme et ça marche toujours pas mal. Le cru, c’était venu tout seul, et ça reste parce que j’en ai toujours envie. Je ne mange pas cru pour obtenir la vie éternelle (à lire certains crudivores, on pourrait le croire) ; je mange cru parce que je me régale ainsi et que, lorsque pendant 1 ou 2 jours mon pourcentage d’aliments crus dégringole, que ce soit par envie de me taper un plat mijoté ou parce que je n’ai pas eu la possibilité de faire autrement, je me sens moins bien, lourde, et les jours suivants je n’ai qu’une envie, me gaver de fruits.
Bref, à vue de nez, je dirais que je mange en moyenne à 70-80% cru depuis ces 8 mois, avec des pics fréquents à 100% (surtout à la belle saison) et des creux rares à 0%.

Si c’est facile en été, en hiver se pose parfois le problème de la chaleur. Il y a des fois où j’ai envie de manger chaud, après m’être gelée sur le chantier pendant plusieurs heures, ou juste parce qu’il fait tellement pourri dehors que si je mange froid par-dessus le marché, je vais me transformer en glaçon déprimé.
Donc, le but est de manger cru mais chaud. Pour cela, j’ai trouvé qq astuces que je vous livre ici.

1. Les soupes crues chaudes

La sauce/soupe de poivrons au coriandre dont j’avais déjà mis la recette sur ce blog, mixée plus longtemps (avec un bon mixeur), donne une soupe quasi chaude et délicieuse. À noter que pour le mode « soupe chaude et nourrissante », je rajoute 2 càs d’huile d’olive (oui, carrément) et 1 ou 2 dattes.

Vous trouverez d’excellentes recettes sur le superbe blog Tout Cru Dans le Bec. Tout le blog est éminemment recommandable, mais en l’occurrence la section qui nous intéresse s’intitule « Soupes chaudes et froides. » Bien souvent, la même recette s’accomode fort bien des deux : froides en été, quitte à rajouter 1 ou 2 glaçons au moment de mixer, et chaude en hiver en remplaçant l’eau froide de la recette par de l’eau chaude et en mixant juste avant de servir. Dans la catégorie « aussi bon chaud que froid », je vous recommande notamment la crème de champignons express, le potage de chou-fleur à l’indienne (ça fonctionne très bien avec d’autres choux aussi) et la crème de brocolis.

2. Les sauces crues ou quasi crues

À utiliser sans modération dans un plat de riz ou de pâtes, par exemple. Si ce ne sont pas quelques cuillérées de sauce crue qui vont vous faire devenir crudivore, c’est toujours bon à prendre, surtout qu’elles sont excellentes et ultra-rapides à préparer.
Outre la sauce poivrons-coriandre évoquée plus haut, vous pourrez, lorsque c’est la saison, consommer avec bonheur la fabuleuse sauce aux tomates crues de Julie Belzil (l’auteure de Tout Cru Dans le Bec).
Les pestos (de basilic, d’ortie, de fanes de radis…) seront aussi les bienvenus dans vos assiettes..

Comme je suis dans un bon jour, je vous livre généreusement ma recette de sauce curry express : 1 bon mixeur, 2 poignées de noix de cajou (mises à tremper la veille si possible, sinon tant pis, ça marchera très bien quand même, un tronçon d’1 cm de gingembre frais, 1 càc de pâte de curry (jaune, verte ou rouge selon vos goûts : attention pour les végéta*iens, certaines pâtes rouges contiennent des crevettes), 1 petite gousse d’ail (facultatif), 1 pincée de sel, du poivre, et on recouvre de lait de riz avant de mixer violemment. Cela donne une sauce majoritairement crue, délicieusement parfumée, plébiscitée par tous ceux qui l’ont goûtée pour le moment – y compris par le Barbu qui n’est pourtant pas très curry – et parfaite sur du riz.

Une autre sauce express, parfaite pour accompagner des PdT fumantes : le même mixeur, 2 poignées de noix de cajou (même blabla), 1 pincée de sel, poivre, 1 gousse d’ail, 1 oignon blanc, 3 càs de levure maltée ou plus selon vos goûts, 1 càs d’huile de sésame, une pincée de muscade, on recouvre d’eau et on mixe bien fort. On transvase dans un récipient, on ajoute une bonne dose de ciboulette (fraîche si possible), et c’est prêt.

3. Les galettes fourrées

Sans gluten oblige, j’utilise des galettes de sarrasin (maison ou non) que je fourre d’une macédoine crue marinée quelques instants dans une sauce relevée.
Les légumes et autres végétaux choisis pour la macédoine, c’est au gré de mes envies mais aussi du moment et de la région. Ce genre de recette est un très bon moyen de manger des produits locaux, alors j’en profite (même si dans la liste ci-dessous se sont glissés quelques intrus).

Vous pourrez choisir parmi carottes, courgettes, brocolis, choux-fleurs, choux de bruxelles (oui, crus : coupés en fines lamières, ils sont très bons), choux chinois, poivrons, topinambours, radis roses, radis noirs, navets, champignons de Paris, céleri (rave et branche), épinards, divers potirons ou courges, patates douces, avocats, tomates séchées, ail, oignons blancs, échalotes, pois chiches germés, pois cassés, fèves fraîches, lentilles germées, sans oublier les persils et autres aromates… Liste non exhaustive, bien entendu.

Pour la marinade, chez nous cela va être souvent un mélange de tamari et d’huile de sésame, ou de pâte de curry et d’huile de pépin de courge parfois additionné d’1/2 yaourt de soja. Quand il y a des pois chiches germés au menu, j’utilise plutôt de l’huile d’olive et du cumin, avec beaucoup de persil et/ou d’origan. Bref, chacun fait sa sauce, et moi je mets de l’huiiiile (sans prendre 1g, pour ceux que ça inquièterait). ^^

melange_cru_marine

Ici, des pois chiches germés, une demi-carotte et 2 choux de bruxelles mis à mariner avec du persil dans de l’huile d’olive additionnée de cumin, persil et sel.

Reste ensuite à faire réchauffer ou cuire la galette de sarrasin (dans 1 càs d’huile d’olive, chez moi) et, une fois le feu coupé ou au minimum, disposer la marinade au centre et replier la galette à votre convenance. Le temps de laisser la garniture se réchauffer au contact de la galette et de la poêle encore chaude, et hop, voilà un plat consistant, chaud, et très majoritairement cru (seule la galette et une partie de l’huile sont cuites).

galette_fourree

La marinade de la photo d’avant, prise au piège d’une galette gourmande.

4. Dans un Truc Chaud

(TC pour les intimes)

La première étape va être la même que précédemment : préparer un mélange de crudités. Mettez-le à mariner dans ce qu’il vous plaît (facultatif, surtout si vous ajoutez ensuite à votre plat une sauce crue, cf point n°2).

Pendant ce temps, mettez à cuire ou à réchauffer des céréales et/ou légumineuses : riz, pâtes, haricots, lentilles… Ce sera votre TC. Quand tout est prêt, coupez le feu et disposez les crudités sur le TC. Couvrez et laissez reposer quelques minutes, le temps que les crudités se réchauffent tranquillement. Juste avant de servir, mélangez pour que le tout soit uniformément chaud.
Question proportions, à titre indicatif, je prépare environ 3 volumes de crudités pour 1 volume de TC.

haricots_rouges

Haricots rouges cuits dans un bouillon au gingembre, avec un mélange de céleri-branche, courgettes, carottes rapées, champignons, avocat, graines de sésame. La photo est moche, mais c’est très bon. ^^

Bon appétit !
Et si vous connaissez d’autres astuces ou recettes rapides (je ne suis pas fan du déshydrateur pour ce genre de choses) pour manger cru et chaud à poil dans la neige en plein hiver, je suis preneuse 😉

Vrai-semblant

Par défaut

ou l’histoire du petit tracteur rouge qui était vivant.

Connaissez-vous Le Petit Tracteur rouge ? Little Red Tractor, en anglais. Il s’agit d’une série de petits films d’animation (10 minutes par épisode) mettant en scène, ô surprise, un petit tracteur rouge et la flopée de personnages qui l’entourent.

little_red_tractor

C’est très bien foutu, drôle, j’adore l’accent des persos dans la VO mais le doublage français est tout à fait correct également, et l’ambiance globale est vraiment sympathique : une petite communauté rurale où les gens s’entraident volontiers, sans manichéisme outrancier ; Mr Jones est une sorte de Gaston Lagaffe en gros tracteur bleu, un peu imbu de lui-même mais avec un bon fond ; et si Stan, l’heureux propriétaire du petit tracteur rouge, a parfois des allures de Tintin, il est quand même bien moins fade que ce dernier.
Bref, c’est une chouette série que Fiston aime beaucoup, aussi bien en VO (chez nous) qu’en VF (chez les amis qui nous l’ont fait découvrir).

Il se trouve que quelques semaines après la découverte de cette série, un évènement encore inexpliqué à ce jour a eu lieu chez nous. Fiston était déjà possesseur d’un petit tracteur vert à cheminée rouge, doté d’un moteur à friction bien fatigué. Et ce jour-là, dans la caisse des jouets qui roulent, Fiston en découvre un deuxième, rigoureusement identique mis à part que son moteur est bien plus en forme.
Cri de joie : « C’est un petit tracteur rouge ! »
(merci la cheminée ^^)

Comme je ne comprends pas plus que lui d’où vient ce petit tracteur vert rouge, Fiston invente une explication dans la foulée : il vient du Japon (on venait d’envoyer une première lettre à la maison d’Asako), il est venu tout seul jusque chez nous parce que la cabane dans laquelle il habitait venait de s’écrouler.
Bien, bien.

Après plusieurs jours d’enquête auprès de nos amis et de la famille, personne ne sachant à qui est ce tracteur, nous l’adoptons officiellement. Fiston lui invente une fausse main qui tourne une manivelle pour le faire avancer tout seul, il affirme que c’est un dinosaure toujours vivant qui l’a fabriqué le jour où la première maman est née, puis, au bout de quelques semaines, le petit tracteur rouge est déclaré vivant.
Et pas que.
C’était bien la peine de ne pas faire avaler à Fiston le bobard du Père Noël, car le Petit Tracteur Rouge est plus fort que l’égérie de Coca-Cola et Dieu le Père réunis.
Il voit tout, il sait tout, il entend tout, il sait voler, il passe son temps à fabriquer des choses pour tout le monde en général et Fiston en particulier, et même que c’est lui qui a créé l’univers, les gens, les maisons, les routes et tout ça.

Après quelques jours où cette imagination débordante m’amuse plus qu’autre chose, comme je vois que Fiston se crée une mythologie de + en + élaborée en ayant réponse à tout, je commence à me poser des questions.
Le Petit Tracteur Rouge va-t-il concurrencer le Spaghetti Volant ?
Est-ce que Fiston y croit vraiment ?
Si oui, est-ce un problème ?
J’ai toujours pensé que les enfants n’étaient pas dupes ; de la pédagogie Montessori j’ai retenu l’idée qu’ils sont avides de réel et que le rôle des adultes n’est certainement pas de leur faire gober des salades mais bien au contraire d’être les garants de la réalité, même si je ne diabolise pas pour autant l’imaginaire comme le fait – à mon sens – cette philosophie. Par contre je précise toujours, quand on lit une histoire ou regarde un film avec des animaux qui parlent ou autre trucs bizarres, qu’il s’agit de personnages imaginaires, inventés, qui n’existent pas. Ce qui ne gâche en rien le plaisir de rêver.

Après tout, moi quand j’étais gamine, j’avais un cheval en peluche que j’adorais et je nous inventais des histoires dignes de Lucky Luke et Jolly Jumper à longueur de journée. Dans mes histoires il était vivant, et même si intellectuellement je savais bien qu’il s’agissait d’un objet inanimé, la frontière à son égard entre vivant-pas vivant a toujours été assez floue. Même à l’heure actuelle, je ne supporte pas de voir ce cheval – toujours là, toujours en bon état même si un peu pelé, 35 ans au compteur quand même – dans une position non « physiologique », par exemple avec une patte – oui, je sais qu’on est censé dire « jambe » mais j’ai toujours trouvé ça débile et je dis ce que je veux – pliée dans le mauvais sens : ça me fait mal, presque comme si je voyais un animal vivant avec une patte cassée.
Suis-je tarée pour autant ? (qui a dit « oui » ?)
Est-ce grave d’éprouver encore, à bientôt 40 ans, des sentiments pour une peluche ?
Est-ce que je viens de perdre tous mes lecteurs à cause de ce paragraphe ? (Mais qui dit « oui » tout le temps, bon sang ? ^^)

Revenons à Fiston et son tracteur. Mon vrai problème, en fait, c’est qu’il essaye de m’entraîner dans ses délires. Autant je veux bien jouer, autant je ne veux pas qu’il puisse penser que je crois vraiment son petit tracteur rouge vivant. Mais préciser toutes les 10 minutes que « tu sais, moi je ne crois pas à cette histoire », ça va vite me soûler.
Comme souvent, je choisis la solution la plus simple : j’en discute avec lui. Je lui dis que que pour de vrai, son idole du moment n’est pas vivante, mais que je veux bien faire semblant avec lui s’il le veut.
Fiston le veut. « Oui, maman, oui ! », avec un grand sourire.
Du moment que tout est clair entre nous… Allons-y.

Je fais donc semblant.
Beaucoup.
Abondamment semblant, car désormais, Fiston commence une bonne partie de ses phrases par « mon petit tracteur rouge ». Aux gens que nous croisons, il raconte « Tu sais, mon petit tracteur rouge, il est vivant et il m’a fabriqué ceci ou cela ». Les gens ne pigent pas tout, en général, surtout quand Fiston leur brandit ledit tracteur rouge devant le nez (je rappelle qu’à part sa minuscule cheminée, ce tracteur est essentiellement vert), mais cela ne le perturbe pas.

Mais ce que je trouve assez remarquable – et rassurant, quelque part – dans cette histoire, c’est que si depuis maintenant plusieurs mois Fiston est de plus en plus à fond là-dedans, en même temps, il me donne régulièrement des preuves qu’il garde bien les pieds sur terre.
Par exemple, lorsqu’il me demande quelque chose à propos de son tracteur, je lui demande parfois s’il veut la vraie réponse ou la réponse pour faire semblant. En général il demande la deuxième, et parfois ensuite la première, histoire de comparer.
Ces dernières semaines, quand il m’informe que dans la nuit son petit tracteur rouge lui a fabriqué tel jouet parce que celui d’avant était cassé et que je rétorque finement « ah bon ? », il enchaîne en général par un « tu fais semblant, là, hein ? », ce à quoi je réponds par l’affirmative. Tout aussi régulièrement, il me demande si je ne fais pas semblant de croire à telle ou telle chose.
Et il ne se trompe jamais, notez bien. ^^
Parfois même, et c’est tout récent, il avoue à demi-mot qu’il fait semblant lui-même. Par exemple, quand il me dit « mais si un jour tu voyais que mon petit tracteur rouge était vraiment vivant, tu serais bien étonnée, hein, et tu ne ferais plus semblant d’y croire ? » et que je confirme, il lui arrive de me confier tout bas : « moi aussi je serais bien étonné ».

Ces jours-ci il est passé à la vitesse supérieure, et ça devient franchement fendard.

vrai_semblant

Je suis contente de ne pas avoir fait semblant de lui faire confiance. ^^