Comment l’IEF – 6. Mais comment vous lui avez appris à écrire ?

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Hier matin je suis allée chez l’ostéopathe, pour moi, accompagnée d’un Fiston qui avait promis de rester tranquille et de ne pas passer l’heure à me chatouiller comme la fois précédente. ^^

Il a tenu parole : il a beaucoup parlé avec l’ostéo (qu’il connaît depuis toujours), a monté et descendu la table quand elle le lui demandait, il a colorié, dessiné, fait des grimaces à la Charlot (son idole du moment) et regardé par la fenêtre les gendarmes qui passaient à cheval.
Quant à moi, je me suis super bien détendue, mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est qu’après avoir fini un coloriage, Fiston l’a donné à l’ostéo, puis lui a repris aussitôt en disant qu’il avait l’habitude de mettre son prénom et son nom de famille sur les dessins, mais aussi le prénom des gens à qui il les offrait.

Il lui a donc demandé d’épeler son prénom, l’a écrit au-dessus du coloriage, puis a « signé » comme d’habitude. Et l’ostéo de s’extasier sur son écriture, tant sur la forme des lettres que la vitesse à laquelle il avait écrit.
Elle sait qu’il n’est pas scolarisé : c’est d’ailleurs une des rares personnes avec qui je peux en parler tranquillement, car si elle a mis son propre enfant (âgé de bientôt 6 ans à présent) à la Maternelle, c’était seulement parce qu’il en avait envie. Elle n’aurait eu aucun problème à ne pas le scolariser aussi tôt, elle-même n’étant entrée à l’école qu’à 5 ans. Bref, c’est donc un sujet de non-débat entre nous, le fait que les enfants apprennent très bien sans école ; toujours est-il qu’elle était étonnée par l’écriture de Fiston vu son âge (4,5 ans).

Elle m’a demandé : « Mais comment vous lui avez appris à écrire ? »
La question m’a surprise. J’ai répondu machinalement : « Il a appris tout seul. »

Puis j’ai dû farfouiller dans ma mémoire, car les choses se sont faites tellement progressivement que je ne me rappelais plus vraiment comment il avait appris à écrire. Je ne me suis pas dit un jour : Tiens, il écrit.

Et donc, comment Fiston a-t-il appris de lui-même à écrire ?
Il est depuis toujours passionné par les lettres. Tout bébé encore, bien avant de savoir parler, il montrait les lettres (dans les livres, sur un panneau quand on en croisait un – toutes les occasions étaient bonnes à prendre) et m’adressait un « hmmm ? » interrogateur jusqu’à ce que je lui dise le nom de la lettre.
Vers 18-20 mois, il les connaissait toutes (alors qu’il n’a parlé que vers 3 ans).

Avant ses 2 ans, il était capable de les repérer sans se tromper : je m’en suis aperçue alors qu’il faisait un puzzle en forme de girafe et composé de 26 pièces portant une lettre d’un côté et un chiffre de l’autre. Il avait choisi le côté « lettres » et quand il ne trouvait pas la bonne pièce à encastrer, il m’adressait son fameux « hmmm ? » : il suffisait que je lui dise la lettre pour qu’il trouve immédiatement le morceau qu’il cherchait.

Entre 2 et 3 ans, je n’ai pas souvenir de progression particulière, mis à part qu’il arrivait à prononcer le son de quelques voyelles et consonnes et que je l’entendais parfois « s’entraîner » juste avant de s’endormir : « A ! O ! I ! T ! K ! »
Oui, il avait de drôles de berceuses. ^^

Un peu après ses 3 ans, j’en avais parlé aux débuts de ce blog, il s’était mis à tenir ses stylos correctement, entre 3 doigts, et avait passé des heures et des heures à « écrire » en inventant des lettres et les sons pour aller avec. Puis il avait découvert le stylo-plume, et cela n’avait fait qu’accentuer sa boulimie de graphisme. De temps en temps, par le plus grand des hasards, une lettre de l’alphabet français surgissait au milieu de ses tracés tarabiscotés. Il la repérait aussitôt et, tout joyeux, nous en faisait part : « Regarde, là, j’ai écrit un N ! » « Et là c’est un V ! »
Petit à petit, de sa propre initiative, il s’est mis à les dessiner exprès, ces lettres. Parfois approximatives, parfois en miroir (très courant chez la plupart des enfants et absolument normal), parfois impeccables.
Parfois avec des enjolivures de son cru, qui me faisaient bien rire.
Souvent, il nous demandait comment on dessinait d’autres lettres, alors on lui montrait. Je lui ai donné des pochoirs avec les lettres et les chiffres pour qu’il puisse écrire tout ce qu’il voulait sans être obligé d’attendre qu’on soit disponible – il s’en est assez peu servi, à vrai dire : de temps en temps il en prenait un et nous écrivait l’alphabet dans son intégralité, mais c’était rare.
Puis il a commencé à nous demander comment tel ou tel mot s’écrivait. Parfois c’était à nous de l’écrire, parfois c’était lui qui voulait le faire. Parfois il s’énervait car il n’arrivait plus à écrire une lettre – qui ne lui posait pourtant pas de problème quelques jours plus tôt – au point de ne « plus jamais » vouloir écrire. 2 heures ou 2 jours après, il y revenait et cette fois-ci c’était dans le sac.

Il y a eu aussi les perles à repasser : j’avais trouvé des plaques alphabet et chiffres, et il a fabriqué des tonnes de chiffres et de lettres en perles, pour les assembler ensuite et me demander de lire ce qu’il avait écrit – en général un infâme charabia qui le faisait rire aux larmes, et moi m’étrangler à essayer de le prononcer.
Il en a fabriqué en pâte à modeler. En tips.
Avec des haricots.
On en a sculpté dans des pommes de terre pour faire des tampons.
Il a regardé je ne sais combien de fois le « C’est pas sorcier » sur l’écriture.

Et surtout il a écrit, écrit, quasiment tous les jours, et toujours à sa demande. À la main, beaucoup. Sur l’ordinateur, pour envoyer des mails. Sur les machines à écrire de son père.
Nous étions là, bien sûr, pour répondre à ses questions. Mais nul besoin de le pousser ou de le récompenser, ni même de le féliciter : il le faisait très bien tout seul. 😉

Voilà comment Fiston a appris à écrire les lettres (majuscules : il connaît les minuscules mais ne semble pas pressé de s’y mettre).
C’est notre expérience, ceci n’est valable que pour nous. D’autres apprendront plus tôt, ou plus tard, et de toute façon différemment. Mais ils apprendront. 🙂

À noter que pour le moment, Fiston n’est pas du tout intéressé par la lecture : il fait semblant de lire parfois, en racontant n’importe quoi, du style « là il y a marqué gribaolititutulou tiripou kador, ça veut dire radiateur en anglais. » Inutile de répondre autre chose que « si tu le dis, mon chéri », le jeune linguiste n’en démordra pas. ^^
Il nous demande souvent de lire pour lui, aussi. Mais l’assemblage des lettres pour former des sons lui passe manifestement à 10 bornes au-dessus de la tête : il s’en fiche.

Il dit qu’il lira quand il sera maçon.
J’en reparlerai quand même probablement ici avant. 😉

bonne_annee_2013

Voilà, ça c’est fait.
Bonne année, les gens 🙂

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  1. Je crois que ce blog m’a convaincu des bienfaits de l’IEF, merci. C’est nouveau, curieux et stupéfiant, ce R qui a une âme !…

  2. Je crois que ton article, même s’il colle surtout à votre cas particulier montre quelquechose de plus général: se montrer attentif au développement naturel de l’enfant sans venir piétiner avec de gros sabotspour imposer un programme pré-établi dans son « jardin intime »,d’apprentissage, cela permet à des choses très riches et très bonnes d’apparaître. Je crois aussi que l’importance de l’environnement est capital: on aime lire et écrire chez Mely et le Barbu, et c’est un plaisir qu’on ne cherche pas à imposer, on en témoigne simplement en le vivant, on y trouvé aussi des puzzles girafe avec des chiffres et des lettres…
    Pour mon zazou qui vient doucement mais sûrement à l’écriture en ce moment, on prend un autre chemin, celui du dessin et de la bd. Il choisit de dessiner tel ou tel personnage de dessin animé puis un autre et leur fait se dire des choses. Il invente ainsi des dialogues qu’on écrit en lettre bâton, moi dictant les lettres, accompagnant sa main s’il le demande. Ce n’est pas moi qui ait inventé ça. Peut-être qu’il n’aurait pas eu l’idée des bulles de bd tout seul non plus, ce qui est sûr, c’est que c’est venu naturellement et que c’est un moyen qui lui va pour l’instant.
    Voilà, voilà , restons toujours attentif à l’inventivité parfois discrète de nos enfants.
    Et sur ce bonne année à tous aussi!

  3. fanet > On en a déjà discuté depuis, mais merci pour ton commentaire et des gros bisous à ton zazou 🙂

    VetG > Merci à toi ! C’était sympa, les « Râmes », hein 😉

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