Archives Mensuelles: décembre 2012

Des animaux, des enfants et des hommes – 3 : M comme Manifeste, M comme Moitié (l’autre)

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Un grand merci à Karine, du blog Une sorcière comme les autres, de m’avoir fait découvrir ce texte remarquable que je partage ici à mon tour (source : Les Cahiers antispécistes, n°22).

L’autre moitié
Manifeste de Loen
(collectif)

Nous tous les animaux

avons le don magique de sentir que nous existons.

Les cailloux et les trains, les tubercules et les fruits, ne savent rien de la douceur de l’air et de la caresse de l’eau, ni n’éprouvent l’émotion de se frotter les uns aux autres.

Mais pour nous, les animaux, la vie peut être belle.

Ce sera bientôt notre fête ?

Les guirlandes sont prêtes, et les couteaux, les cages, les gourdins, les cadeaux. Bientôt on goûtera plus fort qu’à l’habitude la joie d’être réunis. Bientôt pleuvront les coups plus fort qu’à l’habitude. Et les « paix sur la terre » et les « vœux de bonheur » vogueront tranquillement sur une mer de sang plus large qu’à l’habitude.

Beaucoup des animaux iront au grand festin : les vivants autour de la table et les morts posés au milieu. Car le monde, dit-on, est fait de deux moitiés, l’une née pour régner et l’autre pour périr.

Joyeux Noël, pour qui ?

Il y aura des sapins, des gentils Pères Noëls, des crèches avec un bœuf et un petit enfant. Le bœuf ne humera ni sapins ni paille. Il aura le souffle rauque de la bête qui s’affale ; la vie s’échappera par sa gorge tranchée ; ensuite les Pères Noël partageront sa dépouille avec les petits enfants.

Pour qui, la bonne année ?

Bientôt la Saint Sylvestre, la nuit des bons vivants aux ventres de cimetière.

Porcelets qu’on ampute de la queue et des dents, veaux traînés à genoux vers le dernier voyage, vous tous les mutilés, les emprisonnés, les asphyxiés, les gavés, les électrocutés, les éventrés, à quoi bon vous débattre ? Les bons vivants à la voix mélodieuse couvrent déjà vos cris. Ils parlent de terroir et de nappes à carreaux, chantent les bonnes mains calleuses (qui tiennent les tenailles, les embucs, les filets), et le talent immense d’exciter les papilles en cuisinant des morts. Ou tu parles comme eux ou tu es un peine-à-jouir. Pour être de la famille, il faut organiser…

…la communion dans le sang !

Noël ou Nouvel an sans dinde, sans foie gras, sans saumon, sans homard, sans huîtres, sans gibier, sans mousse de canard, sans langouste, sans boudin blanc, sans caviar… il manquerait l’essentiel ! Avoir des invités et n’offrir point de viande, cela ne se fait pas. Voyons ce sont nos hôtes, il faut leur faire honneur, leur prouver notre estime, se montrer accueillants !

Macabre communion au prix d’un sacrifice. Vois combien je t’honore, j’ai immolé pour toi des victimes sans compter. Tu es bien mon égal, tu es digne comme moi de moissonner les vies de ceux de l’autre moitié.

En ces temps généreux, les plus pauvres des élus ne seront pas oubliés. Aux réveillons humanitaires, eux aussi recevront leur rondelle de foie gras. Puis on les renverra se geler dans les rues, tout oints de dignité.

Et moi, je me mets où ?

Moi qui n’ai ni plumes, ni fourrure, ni écailles, je suis par ma figure de la race des saigneurs. Comme je voulais leur plaire, qu’ils m’acceptent parmi eux, j’ai fait mine de croire la fable des deux moitiés. Je savais tout comme eux savourer le goût du meurtre et rire grassement des cadavres exquis. Mais c’est trop cher payer ma place parmi les leurs.

J’aimerais encore qu’ils m’aiment et pouvoir les aimer, mais je vois trop clairement qu’ils écrasent de sang froid ceux de l’autre moitié, qui sont aussi les miens. Plus jamais je ne serai du côté des bourreaux. Le jour du grand festin, s’il n’y a que deux camps, je choisis l’autre côté.

Éventrez-moi vivante comme les autres esturgeonnes. Explosez-moi le foie comme aux autres canards. Arrachez mes testicules comme aux autres chapons. Ecartelez-moi comme les autres grenouilles. Ébouillantez-moi comme les autres homards. Que vos dents souriantes mettent ma chair en lambeaux comme celle des autres dindes, veaux, chevreuils et saumons.

Faut-il vraiment choisir entre le pire et le pire ? Rejoindre les suppliciés qui vont agoniser, abandonnés de tous ; ou bien les assassins qui poussent vers l’abattoir, la face ricanante qui déjà se pourlèche ?

Non, non, non, non !

Je dénonce !

Je dénonce le médiocre et lâche procédé de mépriser autrui pour mieux se rassurer sur sa propre importance. Je dénonce la communauté bâtie sur l’exclusion. On peut créer des liens autrement qu’en étant complices des mêmes crimes. Oublions l’odieux mythe du monde à deux moitiés, la sinistre machine à fabriquer le malheur.

Je veux qu’existent en vrai les Pères Noëls gentils, et la paix sur la terre, et la fraternité. Que puisse s’épanouir la chaleur animale et la joie d’exister des porcelets joueurs, des canards amoureux et des humains bavards.

Pour nous tous, les animaux, la vie peut être plus belle. Que commence enfin la fête pour de vrai,

la fête sans sacrifices !

IEF & préjugés – 3

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Un article sur Le Plus du Nouvel Obs sur l’école à la maison, écrit par une psychologue clinicienne, fait couler pas mal d’encre virtuelle depuis 2 jours dans le monde des familles nonscos.
Pourquoi donc ? Tout simplement parce que c’est l’article le plus impressionnant, en terme de conneries débitées à la ligne, sans doute jamais écrit sur l’IEF. Si si. Promis.
Lisez plutôt.

Déjà, le titre :

Votre enfant s’ennuie à l’école ? L’enseignement à domicile n’est pas une bonne idée

Notez le « s’ennuie à l’école ». C’est important pour la suite.

Contrairement aux idées reçues, en France, ce n’est pas la scolarisation qui est obligatoire mais l’instruction qui est strictement réglementée jusqu’à l’âge de 16 ans. La loi de 1936 autorise les parents à éduquer eux-mêmes leur progéniture à la maison. En échange, l’Éducation nationale exige que l’enfant ait acquis un panel de connaissances et de compétences communs à tous.

Un grand mystère que cette loi de 1936, vu que les parents ont toujours été autorisés à éduquer eux-mêmes leur progéniture, et ce depuis l’obligation d’instruction instaurée en 1882 par Jules Ferry (cf le texte intégral de la loi de 1882, article 4). Pour connaître l’historique de l’IEF, mieux vaut se renseigner sur le site de LAIA, par exemple, que sur celui du Nouvel Obs.

Pourquoi les parents retirent-ils les enfants des écoles ? Quelles sont les conséquences d’une déscolarisation et d’une confrontation à un parent devenu… professeur ?

Alors, bon, l’IEF ne concerne pas que les enfants « retirés » des écoles, hein. Et puis dans le titre, ça avait l’air indiqué : parce que leur enfant s’ennuie à l’école. Non ?
Notez les points de suspension dramatiques avant le mot « professeur ». J’espère que vous sentez une mortelle inquiétude vous étreindre, devant ce parent devenu… professeur.

Qu’est-ce que le homeschooling ? Littéralement, c’est un terme utilisé pour signifier « école à domicile ». Ce mouvement vient des États Unis où il représente plus de 2 millions des enfants en âge scolaire. Un des parents se transforme en professeur. C’est un rôle pris souvent à coeur, allant jusqu’à en faire un « métier ».

L’école à la maison vient des États-Unis. Ah bon. La loi française prévoit l’instruction en famille depuis le tout début, mais ça nous vient des USA. Depuis 1936, sans doute ?
Une nouvelle fois, nous sommes pris de frissons devant la transformation du parent en professeur, là, juste devant nos yeux. En plus il prend son rôle à cœur, l’animal, rendez-vous compte.

En France, l’école à la maison est basée sur le même principe : le professeur est un parent. Les leçons sont apprises au gré des envies de l’enfant. C’est lui qui construit le planning de sa journée et qui peut « décider » s’il a envie d’étudier ou non.

Allez, on s’accroche. Après un démarrage un peu mou, mon-amie-la-psy passe à la vitesse supérieure. À partir de maintenant, ça va dépoter.
Elle commence très fort, en confondant d’emblée « homeschooling » et « unschooling », et il en sera de même jusqu’à la fin.
Il y a autant de façons de faire l’école à la maison qu’il y a de parents, le « unschooling », qu’on traduit généralement par « apprentissage informel » en français, ne représentant qu’une possibilité adoptée par une minorité de familles. Même au sein de ce mouvement, on trouvera difficilement 2 familles procédant exactement de la même façon. Ou même, au sein d’une famille adepte de l’apprentissage informel, 2 enfants instruits de la même façon.
C’est ce que je pratique avec Fiston pour le moment, à ma façon, et sans que cela signifie que nous ne changerons jamais de cap.
Dans l’IEF, on trouve de tout, y compris des parents qui imposent une discipline quasiment militaire à leurs enfants, avec un programme mis en œuvre dès leur naissance.
Qu’importe. Trop de subtilités noieraient le lecteur, il faut simplifier et encore simplifier : homeschooling = unschooling, et tout le monde procède exactement de la même manière.
C’était bien la peine d’enlever les enfants de l’école, tiens.
Au passage, petit conseil à ceux qui voudraient causer un peu intelligemment de l’unschooling ou apprentissage informel : si on veut être pris au sérieux et avoir l’air de connaître un chouia son sujet, il vaut mieux laisser tomber les termes scolaires tels que « professeur », « leçon », « planning », « étudier »…

Constatation inquiétante : l’enfant décide ! Cette notion est en inadéquation totale avec le développement même de l’enfant. Il est au contraire dans une recherche de limites, de cadre stabilisant. Il est dans cette quête auprès de ses parents la plupart du temps.

Ah, quelle horreur : un enfant qui décide de ce qui le concerne. Sachez-le : laisser un enfant décider, c’est MAL.

Dans le cas du homeschooling, c’est le parent qui lui demande de se débrouiller seul. C’est à s’interroger sur la « pseudo liberté » qu’offre le parent à son enfant : un cadeau empoisonné ! Les limites ne sont donc pas posées et l’enfant risque de se perdre.

Quel bel étalage de préjugés. L’apprentissage informel, ou unschooling (et non homeschooling, je rappelle), ne signifie en aucun cas que l’enfant « se débrouille seul ».
De toute façon, je croyais que le parent s’était transformé en professeur et qu’il prenait son rôle à cœur (ce qui avait l’air d’être mal, d’ailleurs), jusqu’à en faire un métier. Faudrait savoir. On commence à se sentir un peu embrouillé, mais hélas, ça ne va pas aller en s’arrangeant.

Ce n’est pas parce que votre enfant dit s’ennuyer à l’école ou qu’il n’a « pas envie », que le homeschooling est une solution. Un très grand nombre d’enfants traine des pieds sur le chemin de l’école.

J’adore les gens qui trouvent tout à fait normal qu’un très grand nombre d’enfants ne veuillent pas aller à l’école. Mais gardez cette phrase en tête, parce que mon-amie-la-psy, elle, a eu l’air de l’oublier quelques paragraphes plus bas.
Notez également la tournure « dit s’ennuyer » et les guillemets autour du « pas envie ». On sent bien que ce n’est pas une raison valable, au moins chez un enfant, de ne pas avoir envie, et que c’est pas parce qu’il dit s’ennuyer qu’il s’ennuie vraiment. Si ça tombe, il est super heureux mais il ne s’en rend pas compte. Quel âne.
Du coup on comprend mieux qu’il soit ultra-dangereux qu’un enfant puisse décider de quoi que ce soit.

Le risque, en retour, c’est que l’enfant n’ait pas de limites et qu’il se retrouve dans une situation de toute puissance. Il endosse alors le rôle de l’enfant roi avec, surtout, ses inconvénients : intransigeant, intolérant à la frustration, agressif et souffrant.

On tourne un peu en rond, là, non ? Et puis je croyais que c’était sûr et certain, que les limites n’étaient pas posées (cf 2 citations au-dessus), finalement c’est juste un risque ?
Et blam, le poncif de l’enfant-roi est agité comme un épouvantail.
Au passage, je serais curieuse de connaître les avantages du « rôle » de l’enfant-roi…

Aux États Unis, le homeschooloing est très répandu à tel point qu’il existe des communautés très organisées. En France, cette particularité reste encore rare. Les parents, et surtout les enfants, sont souvent stigmatisés par l’Éducation nationale, même si officiellement le homeschooling est légal.
Par ailleurs, les résultats scolaires de l’enfant ne sont pas vraiment contrôlés. Est-ce faute de moyens ou un désintérêt général pour ceux qui choisissent l’école à la maison ? En effet, l’enfant a seulement l’obligation d’avoir les mêmes connaissances que les autres adolescents de son âge à la fin de la scolarité. Mais aucun test n’est passé, aucune évaluation.
Le seul contrôle se matérialise par la visite d’une assistante sociale, tous les deux ans, afin de contrôler les conditions générales d’apprentissage. Je reste personnellement sceptique.

Et moi, je suis restée personnellement sur le cul, la première fois que j’ai lu ça. Et puis après je me suis bidonnée pendant quelques heures.
Pondre, en tant que professionnelle, un article sur l’école à la maison sans même s’être renseignée sur les lois et les pratiques qui l’encadrent, c’est fort.
« Aucun test n’est passé, aucune évaluation ». Y a des parents qui l’ont eu sévère en travers de la gorge, là.
Mon-amie-la-psy apprendra que l’instruction délivrée par les parents est bel et bien contrôlée tous les ans par des inspecteurs de l’Éducation Nationale. Et bien souvent par des tests et évaluations, même s’il est illégal de les imposer aux parents. Il arrive, effectivement, que certaines familles ne soient pas contrôlées tous les ans, peut-être faute de moyen ou d’intérêt (j’en connais une dans ce cas), mais c’est extrêmement rare.
Quant à la visite d’une assistante sociale, c’est pour le moins simplifié – mais pas complètement faux, pour une fois, saluons l’effort.

L’enfant qui fait l’école à la maison est confronté à un dilemme : comment appeler le parent qui fait la leçon ? Maman ou maîtresse ? C’est quasiment schizophrénique : le matin je suis ta mère, et l’après-midi ta maîtresse. Et interdiction de mélanger !

C’est du lourd, hein ? ^^
Déjà, c’est forcément la mère qui s’occupe de l’instruction. Bravo. Ensuite, je croyais que l’enfant n’avait pas de limites et que c’était grave. Maintenant, il semblerait qu’on lui en pose une et que c’est grave aussi.
Faut qu’elle se sorte un peu les neurones du moule scolaire, mon-amie-la-psy. Je ne connais aucun parent IEF qui ordonne à ses enfants de l’appeler « maîtresse » ou « maître ». Je ne dis pas que ça n’existe pas (puisqu’on trouve de tout dans l’IEF), mais lier cela à l’apprentissage informel, c’est particulièrement ridicule.
Et quand bien même : les enfants scolarisés qui se retrouvent dans la classe de leurs parents, ils deviennent schyzo ? Perso, quand j’étais au collège, tous les ans j’avais au moins un prof dont le gamin ou la gamine était dans ma classe. Personne n’avait l’air spécialement perturbé.
Mais remarquez, j’ai eu vent d’un de ces gamins devenu végé, alors si ça tombe, ça vient de là. ^^

Ce choix de la part des parents n’est pas anodin. Nous pouvons nous interroger sur les liens parent-enfant. Le parent peut-il se détacher de son enfant ? Pourquoi ce besoin de contrôler sa scolarité ?

Ça devient lassant. Le « unschooling », puisque c’est de cela qu’elle parle sans le savoir, ce n’est pas un besoin de contrôler la scolarité de l’enfant, c’est autre chose que la scolarité. C’est une non-scolarité. Un-schooling. Les autres choix d’IEF ne sont pas non plus, en général, un moyen de contrôler la scolarité de l’enfant. Il y a autant de raisons de pratiquer l’IEF que de familles nonscos.
Et puis tout à l’heure l’enfant n’avait pas de limites, maintenant on le contrôle trop. Huhu.

Jusqu’ici, un parent classique pouvait observer la vie de son enfant à la maison mais lorsqu’il se rend à l’école, tout lui échappe ! Désormais, avec ce choix, la porte de tous les possibles est ouverte.
Ce qui est pathologique et mortifère au sens psychanalytique, pour l’enfant. Il est privé de la vie extérieure, de confrontation à ses pairs et de sociabilisation.
En effet, ce dernier ne peut pas accéder à une autonomisation, phase cruciale de développement de l’enfant pour son bien être psychique et son estime de soi. En allant à l’école, il se compare aux autres et peut être fier de lui ou bien mécontent. Il peut également prendre conscience de l’existence d’autres univers que celui de sa famille et à acquérir ainsi des repères qui construisent sa personnalité.

Aaaaah 🙂 Bienvenue dans le bingo du nonsco avec une belle liste de clichés, et le mot-joker « socialisation » est enfin lâché. On se demande comment diable l’être humain a pu se construire psychiquement avant la démocratisation de l’école.
J’adore particulièrement : « la porte de tous les possibles est ouverte ». Effectivement. Moi j’aime ça, que la porte des possibles soit ouverte. Y en a qui la préfèrent fermée, manifestement. Et apparemment, c’est en gardant la porte ouverte qu’on prive l’enfant de vie extérieure. Rien que ça.
École à la maison = unschooling = placard. ^^

Les puristes du homeschooling affirment pourtant que leur enfant n’est pas coupé du monde et qu’il a beaucoup de copains. Peut être. Mais l’amitié est forcément plus superficielle lorsqu’on rencontre quelqu’un au parc une fois de temps en temps. La vie en communauté à l’école tisse des attaches plus approfondies. La connaissance d’autrui est plus précise. Des souvenirs se construisent et ils sont importants. Priver l’enfant de relations sociales, c’est l’isoler dangereusement de la réalité.

Question : c’est quoi, un « puriste » du homeschooling ? Et un non-puriste ?
De ce que je comprends, les puristes sortent de temps en temps l’enfant du placard pour l’emmener au parc. Pour l’hygiène, sans doute. La vitamine D les jours de soleil. Mais sans que l’enfant soit autorisé à construire des souvenirs, quand même, faut pas charrier. Sinon ils arriveraient peut-être à rivaliser avec les 2×15 minutes de récré par jour des enfants scolarisés.
J’adore aussi le « peut-être ». L’enfant qui dit s’ennuyer peut se tromper, le parent qui dit que son enfant a des copains aussi. Ça doit être génétique, la connerie.
Ou alors… un doute affreux m’étreint. Mais non, ce n’est pas possible, mon-amie-la-psy n’insinuerait quand même pas que les enfants et leurs parents puristes mentent ? Ah, les fourbes !

Autre point important : la pédagogie. Les enfants sont très sensibles à la personne ayant une autorité de savoir. Il se crée des affinités avec les professeurs qu’ils rencontrent tout au long de leur scolarité. Ensuite, les parents ne suivent aucune formation préalable.

Ah, le 2e joker : la pédagogie. Rappelez-vous, les parents ne sont pas aptes à apprendre quoi que ce soit à leurs enfants, ni les enfants à apprendre quoi que ce soit tout seul.
Tu veux apprendre à parler ? Va voir le prof, il va te montrer comment positionner ta langue. Tu veux apprendre à marcher ? Va voir le prof, il va t’expliquer comment mettre un pied devant l’autre. Tu veux apprendre à faire pipi dans le pot ? Va voir le prof licencié ès-enlevage-de-couches, moi je ne suis que ton parent, je ne peux rien pour toi.
Non, mais sérieusement…
Et puis mon-amie-la-psy ne doit pas savoir qu’une bonne proportion des parents choisissant d’instruire eux-mêmes leurs enfants sont instits, ou profs. Ni que les instits ne sont plus tellement formés.
Elle n’a pas dû non plus réaliser qu’il pouvait y avoir une légère différence entre s’occuper de l’instruction de son ou ses enfant(s), et de celle d’une trentaine d’enfants.

Chacun doit rester à sa place de parent et de professeur. Un parent n’a pas à rentrer dans la pédagogie comme un professeur ne s’occupe pas du privé. Pour cela, remémorez vous les longues soirées où vous tentiez de faire apprendre à votre enfant une poésie. Vous étiez à bout de nerfs parce qu’il n’écoutait pas. Les professeurs enseignent comment leur apprendre et comment les faire aimer apprendre. Pourquoi les priver de cela?

Chacun sa place. Cf plus haut. Et du coup, je me demande pourquoi diable les parents devraient passer des longues soirées à tenter de faire apprendre à leur enfant une poésie – mais je ne vais pas non plus relever toutes les contradictions de l’article, sinon on n’est pas couchés.
On va plutôt méditer une minute sur la sublime phrase : « les professeurs enseignent comment leur apprendre et comment les faire aimer apprendre. »
C’est beau. C’est pas français, mais c’est beau.
Et comme c’est pas français, je m’interroge sur la phrase suivante : « pourquoi les priver de cela ? »
« les » désigne les enfants ou les profs ? Faut pas priver les profs « d’enseigner comment leur apprendre » ? ^^
C’est aussi le moment de se rappeler du titre : « votre enfant s’ennuie à l’école », et de l’affirmation comme quoi un grand nombre d’enfants n’aimaient pas l’école. Qu’est-ce qu’on ferait sans la pédagogie et la formation, dites donc.

Le homeschooling implique un isolement social. L’enfant est seul, chez lui ou au mieux avec sa famille. Il se construira l’image d’un monde unilatéral, uniculturel, sans surprise car la famille est prévisible, contrairement aux copains.
Ceci crée un vide et un handicap par rapport au savoir se comporter avec les autres, à tisser des liens.

Retour à la case socialisation. Retour à l’enfant seul, qui ne rencontre personne – sauf parfois au parc pour les enfants de puristes, mais en mode amnésique donc ça ne compte pas.

Si un jour, l’enfant décide de retourner dans un système dit classique, le choc risque d’être très difficile. Il sera forcément étiqueté, plus fragilisé par l’absence de confrontation aux autres et plus démuni face aux réactions courantes à avoir dans la société.

Et voilà le spectre attendu du : « il va en baver plus tard ».

strip_en_baver

Apparemment, mieux vaut un enfant qui s’ennuie à l’école pendant des années (c’est terrible, pour un enfant, d’avoir le sentiment de perdre son temps plusieurs heures par jour, plusieurs jours par semaine, pendant des années, non ?) plutôt qu’un enfant épanoui qui risque de subir un choc plus tard. Alors même que c’est lui qui aura décidé de retourner dans le système classique, ce qui indiquerait une certaine motivation. Mais c’est vrai que décider, c’est mal, alors il y a une justice en ce bas monde : qu’il en bave.
Notons aussi que d’après elle l’enfant sera « forcément étiqueté ». Si elle le dit. Et étiqueté par qui, sinon par les autres, ceux qui sont dans le système scolaire depuis le début ? Et c’est l’enfant non-sco qui aurait « un handicap par rapport au savoir se comporter avec les autres, à tisser des liens » ?

Jusqu’à présent, j’ai parlé de l’enfant sans pathologie. Il en est tout autre concernant la phobie scolaire qui est un trouble envahissant empêchant tout mode de pensée logique. L’origine est variable. L’enfant est dans l’incapacité absolue de retourner à l’école.

Attention, phobie scolaire en vue. Au fait, refuser de retourner dans un endroit où l’on souffre, c’est pas un mode de pensée logique ?

Ce cas exceptionnel nécessite de prendre des cours par correspondance au CNED et d’entamer un suivi psychologique approfondi. L’encadrement dans une phobie scolaire est très strict, il fonctionne en parallèle avec un service hospitalier ou un praticien privé.

Ouh la. Que d’informations d’un seul coup. On apprend brusquement qu’il y aurait une autre option pour le « homeschooling » : les cours par correspondance au CNED. Mais ils sembleraient qu’ils soient réservés aux enfants souffrant de phobie scolaire, c’est vraiment trop injuste.
Heureusement pour ces enfants-là, ils seront très strictement encadrés – bien obligé, de toute façon, ils ne peuvent plus penser logiquement. Ils ne décideront de rien (peut-être, du coup, ne seront-ils pas obligés d’appeler leurs parents « maîtresse »), auront des limites, ne perdront pas leurs repères, et ne deviendront donc pas des enfants rois. Ouf. Sauvés.
C’est carré-carré, chez mon-amie-la-psy, hein.

L’autre différence clé, c’est que le phobique a connu l’école, les échanges sociaux et l’autorité représentée par les professeurs. Situation que ne connaissent pas ceux qui sont pris en charge par leurs parents dès le plus jeune âge via le homeschooling.

Vrai, le phobique ne connaît pas sa chance.
Mais revenons une nouvelle fois au titre de l’article : « votre enfant s’ennuie à l’école ». S’il s’ennuie à l’école, c’est qu’il y est. Non ? Enfin, c’est ce que j’avais compris. Mais en fait, mon amie-la-psy parlait depuis le début des enfants jamais scolarisés, apparemment. Zut, il va falloir que je relise l’article à la lumière de cette nouvelle information.
Que je relise…
Euh, non, en fait. Tant pis.

En conclusion, il me semble plus sain de faire connaître le monde parfois rude de l’école à l’enfant, de le confronter à autrui pour qu’il puisse se défendre dans la vie professionnelle qui n’est qu’une copie adulte du monde enfantin.
Par ailleurs, il est déjà difficile pour un parent d’assumer son rôle éducatif et de tenter de faire le moins d’erreur possible, alors pourquoi vouloir, en plus, vouloir jouer les apprentis professeurs ?

La bonne nouvelle, c’est le mot « conclusion ». Le calvaire est bientôt terminé.
La mauvaise, c’est tout le reste. « La vie professionnelle qui n’est qu’une copie adulte du monde enfantin », c’est particulièrement gratiné. o_O
Quant à sa solicitude pour les parents et leurs difficultés présumées à assumer leur rôle éducatif, elle est gentille, mais on ne lui a rien demandé. Qu’elle fasse ses crises de nerf en faisant réciter ses poésies à sa fille et qu’elle nous fiche la paix.

Ma conclusion à moi :

1. J’ai parcouru d’autres articles de mon-amie-la-psy, toujours publiés par le Nouvel Obs : c’est une habituée des raccourcis trompeurs et de la désinformation. 2 exemples parmi d’autres :

  • L’article sur l' »oubli » par David Cameron de sa fille dans un pub : il y aurait déjà beaucoup à dire sur le discours, mais en prime et surtout, quand on lit l’article que la psy donne elle-même en lien, on s’aperçoit qu’il ne s’agit pas du tout d’un oubli. Il pensait que sa fille était avec sa femme, et vice-versa.
  • L’article sur l’éducation des filles et des garçons : quand on se donne la peine de lire les 2 références qu’elle donne (clic et clac), on se rend compte qu’elle mélange tout. Elle affirme à propos de la crèche que les enfants n’ont pas le droit de dire « il » ou « elle » pour se désigner entre eux, alors que ce sont les enseignants qui s’interdisent ces mots-là. Et surtout elle a je ne sais comment généralisé l’histoire de Storm (le bébé canadien, dont les parents refusent de dévoiler le sexe) à l’ensemble de la crèche suédoise (!) en affirmant que les parents n’ont pas le droit (!) de révéler l’appartenance sexuelle de leurs enfants (faudrait d’ailleurs m’expliquer comment il serait possible de ne pas connaître l’appartenance sexuelle d’un enfant en bas âge dont on s’occupe toute la journée, rapport au change, tout ça…).

Bref, l’hypothèse la plus gentille est que mon-amie-la-psy ne sait pas lire.
Ni réfléchir.
Ni se documenter.
Une bien bonne publicité pour le système scolaire dont elle est issue.

2. Coment le Nouvel Obs peut-il publier des inepties pareilles ? Un bandeau proclame fièrement en haut de l’article de mon-amie-la-psy « Félicitations, vous voilà sur le Plus ! Ici, le nouvel Observateur met en avant le meilleur des idées, analyses, opinions et découvertes grâce à la participation active de ses membres. »
Quand on voit le meilleur, on frémit en pensant au pire.

3. Pour finir, mon conseil à mon amie-la-psy, c’est gratuit :

–edit du 2/12/2012 : d’autres réactions (outre les 166 commentaires sur « Le Moins Plus ! ») sur le blog d’une autre mère castratrice et sur celui d’une pauvre schyzophrène asociale victime de l’IEF.