Enfants & alimentation – 1

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C’est un sujet angoissant chez bien des parents : comment mangent leurs enfants. Assez ? Trop ? Suffisamment équilibré ?
En toile de fond, des peurs terribles : pourvu que mon enfant ne devienne pas obèse, ou au contraire trop maigre ; pourvu qu’il n’ait pas de carences ; pourvu qu’il ne devienne pas anorexique ou boulimique.
Une certitude, implantée par le discours ambiant : il faut APPRENDRE à (bien) manger aux enfants.
Pourvu que. Il faut que.
La culpabilité est déjà là.

En général, lorsque nous nous retrouvons devant notre premier enfant (et même parfois devant les suivants), nous sommes assez démunis. Entre notre propre expérience d’enfant, les recommandations officielles de l’année et les conseils de l’entourage qui pleuvent, on ne sait plus où donner de la tête. Ça commence dès la naissance, et ça va continuer… allez, pendant toute la vie de l’enfant. Oui, même quand il sera adulte, il n’y a qu’à voir la difficulté qu’ont certain(e)s à faire accepter – sans même parler de comprendre – leur végéta*isme à leur famille. Bien des gays végétariens disent que leur coming out à propos de leur sexualité a été beaucoup plus facile que celui à propos de leur alimentation.

Bref. Commençons par le commencement, par ce nouveau-né qui hurle de faim, ou au contraire qui est un peu stone après l’accouchement. Suivant les époques et les lieux, on a conseillé – ou carrément ordonné :

– de le faire jeûner pendant 2 jours (oui oui, vous imaginez l’horreur ? un nouveau-né, nourri 9 mois non-stop jusque-là, et brusquement un jeûne de 2 jours. Bienvenue sur Terre) ;
– de lui donner de l’eau sucré ;
– de le mettre au sein d’une autre, le lait de sa maman étant le pire pour lui (yep) ;
– de lui faire boire tant de ml d’un biberon, et ne pas s’arrêter tant qu’il n’a pas tout bu ;
– de le mettre au sein (de sa mère, cette fois) quand il réclame ;
– …

Liste non exhaustive.

Pour les mois suivants, on a (eu) droit à la supériorité du biberon sur l’allaitement, ou l’inverse, à la culpabilisation dans les 2 cas, à l’allaitement – naturel ou artificiel – à la demande, à heure fixe, ou un mix des 2. À tel âge il faut les passer à tant de biberons / tétées par jour. Diversification le plus tôt possible, ou au contraire pas avant 6 mois, et un nouvel aliment à la fois.
Quand moi et mes frères étions bébés, ma mère suivait les recommandations de l’époque. Elle a retrouvé les cahiers sur lesquels elle notait (!) nos repas : à 4 mois, on enfournait des repas jambon-purée-épinards, assis dans notre chaise haute. Elle trouvait étrange qu’il ne soit pas question de diversifier Fiston dès 3 mois.

À l’heure actuelle, on recommande le début de la diversification vers 6 mois, il me semble (ça a pu changer en 4 ans). En tout cas, peu importe que l’enfant soit demandeur ou non, ça commence à cet âge-là, pas plus tôt, pas plus tard. On a un joli tableau coloré, avec quels aliments à introduire dans quel ordre. Gaffe aux allergies. Et bien sûr, le tout mouliné. Enfin, de nos jours on dit « mixé ». Moulinons, mixons, peu importe, mais tout le monde est d’accord : sus aux morceaux !
Ce qui fait qu’il va falloir ensuite batailler avec les bébés, une fois qu’ils seront bien habitués aux purées lisses, pour introduire ces fameux morceaux qu’on avait éliminés avec tant de soin jusque-là. Eh bien oui, pensons à leur futur : ils seraient quand même bien ridicules si une fois ados ils ne mangeaient toujours que des purées, n’est-ce pas ? Donc donnons-leur des morceaux, forçons-les, c’est pour leur bien – à côté de ça, en dehors des repas, on va s’ingénier à les empêcher de porter tout et n’importe quoi à leur bouche ; peut-être qu’ils auraient pu, pour la plupart, se débrouiller tout seuls dès le départ avec des morceaux de trucs qui se mangent, finalement.
Et il va falloir qu’ils goûtent à tout, au moins une bouchée ou une cuillerée, même s’ils n’aiment pas : on appelle ça l’éducation au goût – au passage, réalisons que les bébés nourris au lait maternisé pendant leurs 6 premiers mois n’ont eu droit qu’à un seul et unique goût, une seule et unique texture depuis leur naissance : ça ne facilite certainement pas les choses pour la suite et on ne peut guère leur reprocher de bouder la nouveauté pour certains.

Faut-il absolument du lait de vache pour que l’enfant grandisse (bien) ? Le fameux lait de croissance, vous savez. Les yaourts, comment faire pour que mon enfant en mange alors qu’il ne les aime pas ?
À ce propos, dans le célèbre J’élève mon enfant de Laurence Pernoud, édition 2008 (cadeau non demandé ^^), j’avais lu quelque chose qui m’avait bien fait rigoler alors même qu’à l’époque je n’avais pas encore remis en cause le sacro-saint dogme du lait bovin indispensable et que j’en consommais moi-même beaucoup. On nous affirmait que le lait (de vache, donc) était indispensable. In-dis-pen-sa-ble. Quelques lignes plus loin se trouvait un petit encart sur les enfants intolérants aux lactoses et le fait qu’il allait alors trouver une alternative au lait de vache.
Indispensable, mais finalement on arrive à s’en passer. Curieux. ^^

Faut-il qu’ils finissent leur assiette – version 1 culpabilisante : pense aux enfants du Tiers-Monde qui n’ont rien à manger ; version 2 façon chantage affectif : une cuillère pour papa, une cuillère pour maman, si tu dis non c’est que tu n’aimes pas ton papa ou ta maman – ou non ? Doit-on les forcer ? Les restreindre s’ils réclament plus ? S’ils sautent un repas, vont-ils mourir d’inanition ou est-ce normal ? Faut-il les ralentir s’ils s’empiffrent ? Les speeder s’ils lambinent ?
Il faut que leur alimentation soit équilibrée. Mais équilibrée comment ? Sur un repas ? Sur la journée ? Sur la semaine ?
Équilibrée selon les recommandations de quelle année ? 2012 ? 2002 ? 1982 ? 2022 ?
Et selon qui ?

Que de questions, n’est-ce pas ? Et tellement de réponses différentes, dont aucune ne fonctionnera pour tous les enfants… Il y a de quoi se noyer.

Le deuxième billet sera consacré à mon expérience personnelle avec Fiston.

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