Archives Mensuelles: août 2012

Cadavre exquis

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En ce moment, Fiston aime bien raconter n’importe quoi. Des phrases sans queue ni tête, des mots les uns après les autres, qui n’ont aucun sens. Ça le fait se bidonner.

L’autre jour, en l’écoutant raconter ses salades, ça m’a rappelé un jeu que mes frères et moi aimions beaucoup quand nous étions enfants. Le cadavre exquis. On se met d’accord une structure de phrase, et chaque participant écrit sa partie sur un bout de papier, sans concertation avec les autres. Par exemple, s’il y a 2 joueurs qui décident de partir sur la structure la plus simple possible, sujet-verbe, l’un écrira un sujet, l’autre un verbe, et le résultat sera probablement assez marrant.
Il me semble d’ailleurs me souvenir qu’à cette époque, mettons il y a une trentaine d’années, on trouvait dans certains produits alimentaires (boîtes de céréales, peut-être ?) des petits cartons déjà écrits, à collectionner. Plus on en avait, bien sûr, et plus le jeu était intéressant, les possibilités se multipliant.

Revenons-en à Fiston : je lui ai proposé de découvrir ce jeu, ou du moins une adaptation : il a été partant, bien sûr ! 🙂
2 ou 3 jours plus tard, il y a repensé en se réveillant, et donc allons-y pour le jeu. Au départ, je pensais simplement qu’on trouverait quelques phrases tous les 2, que je les écrirais, les découperais, les mélangerais, qu’on jouerait ensuite, moi lisant son tirage, évidemment, et qu’on se marrerait bien. Point final.

Mais en fait, il a voulu tout écrire lui-même. Il a voulu que je lui trace des lignes pour écrire bien droit, on a trouvé des phrases – on était partis sur le classique sujet-verbe-complément – chacun son tour, et il m’a demandé de lui dicter tous les mots. Comme j’avais prévu de distinguer les 3 catégories par des couleurs, il m’a demandé pourquoi, et ce fut l’occasion d’aborder ces notions grammaticales. Je n’ai pas spécialement poussé les explications sur le complément, mais il a bien compris l’histoire du sujet – qui ? – et du verbe – qu’est-ce qu’il fait ? -, qu’il a retrouvés assez facilement dans toutes nos phrases.
On a joué un peu avec certains phonèmes, aussi. Il me disait que « FAIT », c’était comme « la fée », donc je lui ai fait écouter la différence entre le son « é » et le son « è » (ou si on veut se la péter, entre les phonèmes /e/ et /ɛ/).
Finalement, le fait que ses feutres bavent un peu lorsqu’il les laissait trop longtemps sur le papier lui a remis en mémoire l’histoire de la capillarité, des fibres du papier, et il m’a fait un cours sur la différence entre les feutres et les stylo-billes (merci au C’est pas sorcier sur l’écriture !).

Une fois la page remplie, place au découpage, puis au mélange dans chaque catégorie et enfin au tirage. Fiston a bien rigolé devant certaines combinaisons :

Le bourdon agite un câlin – olé !

Brownie vole jaune (Brownie, c’est le nom d’un de nos compagnons à 4 pattes. Je vous explique pour que vous compreniez mieux le sens de la phrase. Non ? ^^)

L’abeille fleurit en rond – Fiston aime beaucoup les insectes, les fleurs et les ronds, alors il était content avec celle-là ^^

Au passage, vous remarquerez que pour Fiston, écrire sur les lignes, c’est vraiment écrire sur les lignes. ^^

La partie terminée, il a tout rangé soigneusement dans une boîte, en attendant d’écrire d’autres sujets/verbes/compléments/et-plus-si-affinité pour enrichir ce jeu.
Le plus merveilleux jeu du monde, puisque son but est de raconter n’importe quoi. 😉

Taboulé de pois chiches crus

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J’adore les pois chiches. Aussi, depuis que je mange essentiellement cru, je cherche un moyen de cuisiner le pois chiche cru germé.
J’avais trouvé une recette d’houmous cru sur un blog : c’était pas mal comme accompagnement de crudités ou en tartinade. Le Barbu avait remarqué que ça ne ressemblait « à rien de connu » la première fois, tout en ajoutant un « mais ça ne veut pas dire que c’est pas bon » précipité devant ma tête. Il en avait finalement boulotté une bonne quantité. La deuxième fois, il avait dit que c’était meilleur, tout en en mangeant beaucoup moins – les voies du Barbu sont parfois impénétrables. La troisième fois… Il n’y en a pas eu, car il n’en voulait pas, et en fait je n’en avais plus tellement envie moi non plus.

L’avantage de bosser chez soi à l’heure qu’on veut tout en étant parent à temps plein, c’est qu’on est souvent éveillé à des heures indues. Cette nuit, à 4h du matin, j’ai eu une grosse fringale : envie d’un truc bien calorique, et l’houmous cru aurait fait un bon candidat. Mais impensable de faire fonctionner mon mixeur infernal à cette heure-là – et croyez moi, les pois chiches crus, même germés, faut y aller de bon coeur pour en faire une purée lisse. Affamée, prête à tout, j’ai tenté d’assassiner quelques pois chiches à la fourchette. Pas évident : un bon quart a fini sur le carrelage en rigolant.
Ce fut sauvage : la scène du meurtre au pic à glace de Basic Instinct, à côté, c’était de la rigolade. Et je les ai tous eus. Écrabouillés, assaisonnés, dévorés dans la foulée.
Je me suis dit : là, ça déchire.

J’en ai refait ce midi (avec le mixeur à basse vitesse, cette fois-ci, beaucoup plus rapide), et le Barbu en a repris 2 fois. Moi aussi. Victoire ^^

Ingrédients :

– 100g de pois chiches secs ;
– 2 càs d’huile de sésame ;
– 1 càc de graines de sésame ;
– 1 càc de cumin moulu ;
– 3 càs de persil frais haché ;
– 1/2 càs d’origan séché ;
– sel, poivre à votre convenance.

Préparation :

– Mettre les pois chiches à tremper pendant 24 à 48h en les rinçant de temps en temps. Cette étape active leur germination, les rend plus digestes, plus tendres aussi. Vous pouvez les utiliser ensuite tels quels ou continuer à les faire germer pendant quelques jours à l’air libre, toujours en les rinçant régulièrement.
– Hacher grossièrement les pois chiches (pré-)germés (à l’aide d’un mixeur si possible, sinon cela vous fera une séance de muscu gratuite).
– Mélanger les pois chiches et le reste des ingrédients.

C’est prêt, vous pouvez déguster immédiatement ou laisser reposer quelques instants le taboulé au réfrigérateur.

Le cadeau, un cadeau ?

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Il y a 6 mois, j’évoquais les problèmes que rencontrait Fiston à prêter ses jouets, puis quelques jours plus tard les premiers résultats encourageants des aménagements que nous avions mis en place.
Qu’en est-il aujourd’hui ?

Eh bien, que ce soit lié à nos efforts ou non, Fiston s’est bien décrispé sur la question. Non seulement il prête, en général tout à tout le monde, mais il donne maintenant beaucoup : quand on va voir des amis, il emporte souvent des jouets pour les offrir aux enfants ; il fait des cadeaux aux gens qui viennent nous voir ; il nous donne, au Barbu et à moi, régulièrement des stylos, des feutres et autres trésors ; sa grand-mère a reçu 2 de ses petites voitures pour son anniversaire ; notre bien-aimé vétérinaire a hérité lors d’une de nos dernières visites d’une petite bétonnière, que Fiston lui avait mise de côté depuis 2 mois. Et cetera.

Bref, Fiston adore donner – et il ne reprend pas, c’est vraiment donné.

Ce qui m’amuse, c’est qu’il tient dans sa tête un registre parfaitement à jour de ce qu’il a donné à qui – alors que le Barbu et moi nous y perdons depuis longtemps. Ce qui lui permet de nous demander régulièrement si on veut bien lui prêter ce qu’il nous a donné. Parfois, j’ai même l’impression que c’est le but de la manœuvre. « Tiens, maman, je te donne ce ballon. Tu veux bien me le prêter, maintenant ? »
Ou inversement. « Maman, tu veux bien me donner ça ? Je te le prêterai chaque fois que tu voudras. »

Donc, tout roule.
Il reste cependant un point que Fiston va devoir apprendre à gérer, je m’en suis rendu compte le week-end dernier quand il a offert des petits parapluies en papier à tout le monde, adultes comme enfants. Le plus jeune – 2 ans et demi – n’en voulait pas, de son petit parapluie, et s’en est débarrassé en le donnant à son frère, à la grande indignation de Fiston. « Non, je te le donne à toi ! »
Et puis je ne sais plus qui ne s’est pas servi du sien comme il aurait dû, apparemment, et qui l’a abîmé. Ça ne lui a pas plu non plus. ^^

Eh oui, ce n’est pas si facile d’accepter qu’une fois le cadeau fait, son nouveau propriétaire puisse en faire ce qu’il veut. Y compris le laisser en partant ou le casser.
C’est d’ailleurs tellement difficile que bien des adultes n’en sont pas capables, en tout cas vis-à-vis des enfants.

Je ne sais pas vous, mais quand j’étais enfant, il était hors de question, par exemple, que j’écrive sur mes affaires. C’étaient pourtant MES affaires… mais non. Quand ma mère s’est rendu compte que je laissais Fiston dessiner comme il le voulait sur son cheval à bascule en bois ou sur ses petites voitures, elle a failli s’étrangler. Ça ne se faisait pas, ce n’était « pas beau », c’était dommage. Dommage et pas beau pour qui ? Effectivement, de mon point de vue, c’était souvent moche. ^^ Mais Fiston, lui, était enchanté du résultat ! Il adorait encore plus ses jouets ensuite. Il passait des heures et des heures à les décorer.

Fiston, 2 ans et demi, en train de customiser une voiture

Et même plus jeune que sur la photo, il faisait parfaitement la différence entre ses jouets – sur lesquels il pouvait écrire – et ceux des autres, qu’il fallait garder « en bon état ». Parfois, il s’apprêtait à dessiner sur un jouet, puis laissait son geste en suspens et m’adressait un regard interrogateur pour que je lui dise si c’était à lui ou non.
La première fois qu’il a commencé à colorier une de ses peluches, je l’ai laissé faire. Sauf que quelques minutes plus tard, quand j’ai ramassé ladite peluche pour la ranger, je me suis retrouvée avec du feutre plein les mains. Après 1 ou 2 autres expériences de ce genre, nouvelle règle : on ne dessine plus sur les peluches. Règle respectée sans problème, avec juste un rappel de temps en temps.
Remarquez que ce n’est pas venu tout seul, hein ? La première fois que Fiston a brandi un feutre en direction de sa pelleteuse en bois, mon premier réflexe a été d’interdire aussi sec. Mais comme j’avais pris l’habitude de repérer et décoder mes « non » automatiques, je me suis vite rendu compte qu’il n’y avait aucune raison valable derrière, dans mon cas. Seulement une bête reproduction de celui que j’avais reçu moi-même à son âge dans les mêmes circonstances.

Voilà pour le côté « déco » ; intéressons-nous maintenant à l’aspect « casse ». Combien d’enfants se font engueuler (ou pire) lorsqu’ils cassent un de leurs jouets, ou qu’ils l’utilisent de façon trop brutale au goût des adultes ?
Il arrive que Fiston malmène des objets. Parfois c’est volontaire – par colère, par curiosité, le côté petit expérimentateur de l’enfant qui voudrait tester si ce camion de pompier va résister si on le jette dans les escaliers. Parfois non. On essaye d’appliquer grosso modo le même principe qu’avec les feutres. Si le jouet n’est pas à lui, c’est niet. S’il est à lui, on le prévient du risque – je trouverais assez vache de ne rien dire. Mais ensuite, c’est lui qui voit. Alors, oui, bien sûr, il a cassé certains jouets. Et alors ? Il joue toujours avec : de temps en temps on les répare, mais le plus souvent, non. On ne les remplace pas – il n’a d’ailleurs jamais demandé à ce qu’on le fasse. Son camion de pompier, jeté du haut des escaliers malgré nos avertissements et cassé en deux ? C’était il y a 2 ans : il s’en sert depuis comme d’une dépanneuse. Il l’adore.

D’où vient ce besoin de s’assurer que l’enfant va s’amuser de la bonne manière?
« N’écris pas sur ta voiture, c’est pas beau. » « Ne déchire pas ton livre, un livre, ça se respecte. » « Ne tape pas par terre avec ta dînette, tu vas la casser. » « Ne jette pas ton doudou, c’est pas gentil. »
Fais pas ci, fais pas ça.
Je t’offre quelque chose, mais ça n’est pas vraiment à toi.

On a tous déjà vu – et on l’a peut-être fait aussi – des adultes arrachant des mains d’un enfant le jouet tout juste déballé, s’empressant de lui montrer comment on s’en sert, comment ça marche, comment ça se monte – on peut se demander à qui on offre le cadeau, en réalité. Alors que l’enfant se serait très bien débrouillé tout seul, merci, et avec quelle joie ! Peut-être même aurait-il découvert un tout autre usage à cette chose mystérieuse.
Quand Fiston était bébé, c’était souvent le cas. Je me souviens d’une sorte de tortue en plastique, avec un bouton poueteur sur le dos et des pattes texturées qui faisaient un bruit de crécelle quand on les bougeait. Fiston avait 6 mois quand il l’a eue. Je crois qu’il a découvert les bruitages 2 ans plus tard : jusque-là, il s’en servait uniquement comme d’une toupie en la faisant tournoyer sur son bouton. Ça l’amusait beaucoup.

Quant au fait de permettre de donner ses affaires… Passé l’éventuelle euphorie d’avoir enfin un enfant qui ne se cramponne plus à ses jouets comme une moule à son rocher, le refus arrive : « on les a achetés pour toi, tu DOIS en profiter, toi. » Accompagné parfois d’un chantage affectif en filigrane : « Ça me fait de la peine si tu donnes ce que je t’ai offert, ça veut dire que tu n’y tiens pas et donc que tu ne m’aimes pas. Moi, JAMAIS je ne donnerais ce que tu m’offres parce que je t’aime. »
Je mets d’ailleurs cela en lien direct avec la culpabilité que l’on pourra ressentir (avec de l’aide, parfois) une fois adulte quand on tentera de se débarrasser d’objets provenant de notre famille : héritage, cadeaux, souvenirs. Vendre, donner, jeter tel objet qui appartenait à l’arrière-arrière-grand-mère, c’est une trahison, c’est la tuer une deuxième fois.

Le cadeau entraîne ainsi un devoir de gratitude, matérialisé en premier lieu par le « Dis merci. »
Oh, je ne critique pas la politesse. Je la trouve nécessaire à la vie en société. J’ai d’ailleurs découvert, aux alentours des 3 ans de Fiston, que j’y étais plus attachée que ce que j’aurais pensé. C’est effectivement agréable, quand on offre quelque chose ou qu’on rend un service, de recevoir un « merci » en échange. Mais chaque chose en son temps : je ne comprends pas que quelqu’un puisse s’offusquer qu’un enfant ne lui dise pas merci alors qu’il a les yeux pétillants et le sourire jusqu’aux oreilles : il me semblait que le but du cadeau, c’était de faire plaisir à l’autre, alors que demander de plus ?
De plus, le « dis merci » bien souvent s’accompagne d’un « sinon » plus ou moins explicite.
Je me souviens d’une fois, il y a un peu plus d’un an, où Fiston avait passé 2 jours chez ses grands-parents. Ces derniers lui avaient offert un camion le matin du deuxième jour. Je suis arrivée en milieu de soirée, Fiston jouait avec son camion, super heureux. Au moment de partir, il dit au revoir mais sans regarder personne – Fiston a toujours eu, et a encore du mal avec les au revoir ; il déteste les départs, il voudrait que tout le monde reste avec lui, tout le temps – et ma mère lui dit d’aller embrasser son grand-père et de le remercier pour le camion. Fiston refuse, ma mère reprend l’objet du délit. Pleurs, bien entendu ; ma mère lui redonne en lui redisant d’aller dire merci, nouveau refus de Fiston, et hop, reprise du camion, déclenchant cette fois-ci des hurlements. Le temps de surmonter ma stupéfaction devant cette scène surréaliste – cela faisait près de 10 heures qu’il avait reçu ce jouet ! -, j’ai à mon tour pris le camion à ma mère en lui disant que si elle l’avait donné à Fiston maintenant c’était à lui et qu’elle n’avait pas le droit de lui reprendre. Nous avons échangé quelques mots vifs : de son côté, « mais il faut qu’il dise merci », « éducation », etc. ; du mien : « chantage », « menace », blabla. Au bout du compte, je me suis retrouvée seule avec Fiston, qui ne savait plus si le camion était à lui ou non, et le temps que je le rassure, sa grand-mère était revenue un peu calmée, déclarant que ce n’était pas bien grave et que de toute façon comme je prenais sa défense, c’était foutu.
Ça n’était peut-être pas bien grave pour elle ou pour moi, mais Fiston a pleuré tout le reste du temps passé chez ses grands-parents, serrant le camion sur son cœur en craignant qu’on le lui enlève à nouveau.

Le plus drôle, c’est que ce camion était au départ une récompense, ai-je compris ensuite – un truc inconnu chez nous. C’était un cadeau pour récompenser Fiston d’avoir été « aussi adorable ». Si l’on suit la logique de la chose, le fait que Fiston, 10h plus tard, ne veuille pas dire merci annulait donc en 1 seconde son « adorable attitude » des 2 jours précédents…
Ou alors – mais je dois avoir l’esprit tordu – le droit de garder le cadeau-récompense aurait été en réalité la récompense du remerciement pour ledit cadeau ? ^^

Allez, on souffle sur les neurones pour les faire refroidir.
Une chose est sûre : si on regarde tout ce qui se cache derrière un geste en apparence bienveillant et désintéressé – le cadeau à l’enfant -, on trouve du lourd.

Ce cadeau, contrairement aux apparences, est rarement gratuit.

Mini-habitat groupé – au jour le jour : Terre et fondations

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Je sais, je sais… 😛

Les fondations avancent, et il y a des tas de terre un peu partout sur le terrain. Difficile encore d’imaginer notre future maison pour le moment, mais la forme se précise quand même.

Maçon n°2 a eu du mal, pour l’ancrage. Le terrain avait bien séché, mais il est quand même assez pourri et il y a de l’eau pas loin en-dessous. Enfin, par endroits. À certains emplacements tout était nickel, et 5 mètres plus loin l’eau remontait du fond des tranchées, qui s’écroulaient très rapidement – on a failli partir en Fondations foudroyées.
Du coup, il a fallu mettre plus d’épaisseur de béton que prévu – pas gratuit -, et au lieu de tout creuser avant de couler pépère, il a fallu creuser-couler-creuser-couler-creuser-couler, etc.

Mais c’est fait.

 

 

Quant à Fiston, il s’essaye au pouvoir des fleurs – et c’est lui qui les a semées pour les abeilles il y a 2 mois et demi, c’est lui qui les a arrosées, alors il en est fier !

Les livres qui ont changé ma vie – 3

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Voici le troisième livre à avoir changé ma vie : c’était le 18 janvier 2011.

Faut-il manger les animaux ? de Jonathan Safran Foer

J’en ai déjà parlé dans un autre billet : c’est le Barbu qui m’a offert ce livre.
Ce que je n’ai en revanche pas dit jusqu’à maintenant, c’est que si à cette époque j’étais omnivore, j’avais connu une période, entre 1999 et 2001, de « pesco-végétarisme », comme on dit quand on veut énerver un vrai végétarien. Comme dans cette scène garantie 100% fiction :

« Non merci, pas de viande : je suis végétarienne.
— Ah ? »  Regard qui s’illumine : « Moi aussi. C’est chouette de rencontrer une végé par ici.
— Par contre, je mange du poisson. »
Regard amical qui vire à l’orage : « Alors t’es pas végé.
— Ben quand même, je mange pas de viande. Même pas de steak.
— Le poisson, c’est pas un animal ?
— … Si…
— Alors t’es pas végé.
— Je suis pesco-végétarienne.
— Ta gueule. »

Bref. Je mangeais du poisson, des fruits de mer, mais pas de viande.
Je parle rarement de cette période, pour la bonne raison que j’étais à l’époque en dépression – non, ce n’était pas provoqué par l’arrêt de la viande ^^ – et que j’ai très peu de souvenirs de ces années-là. Et notamment, impossible de me rappeler pourquoi je n’ai pas mangé de viande pendant 2 ans. Ce qui limite un peu la conversation.

« Et pourquoi tu ne mangeais pas de viande, d’abord ?
— … Euh… Aucune idée…
— Ta gueule. »

Ce dont je me souviens, en revanche, ce sont les remarques que j’essuyais, au boulot par exemple lorsque je mangeais le midi avec mes collègues masculins (je ne veux pas tomber dans le sexisme facile, mais mon unique collègue féminine ne m’a jamais fait chier sur le sujet, alors que tous les mecs avec qui je bossais, si). Le lion qui bouffe la gazelle, le cri de la carotte, je crois que j’aurais pu remplir un bingo à chaque repas.
J’ai eu ma revanche le jour où j’ai fait castrer mon cheval. C’était un matin, j’étais là, assise sur la tête dudit cheval – endormi quand même, hein, mais au cas où… – et j’ai suivi l’opération d’un bout à l’autre sans états d’âme, sans ciller – m’être pris ses 2 pieds avant sur la tête quelques jours avant n’y était sans doute pas pour rien. En tout cas, de retour au boulot, je mourais de faim et j’ai dévoré mon repas végétarien tout en racontant par le menu le découpage de coucougnettes à mes collègues, qui ne m’en demandaient pas tant : curieusement, ce jour-là, ils n’ont pas fait honneur à leur viande ni à grand-chose d’autre dans leur assiette. Solidarité masculine, je suppose. ^^

Ce dont je me souviens aussi, c’est l’authentique explosion de joie dans ma famille le jour où j’ai annoncé la fin de mon végétarisme. C’était très curieux. Mon frère, la mine réjouie, m’a lancé quelque chose du genre : « Ah, ben maintenant ça va être moins chiant de t’inviter. »

Ça fait toujours plaisir.
Pourquoi, j’étais chiante avant ? Juste parce que je ne mangeais pas de viande mais tout ce qu’il y avait autour ? o_O

Non, sérieusement, j’étais pas chiante. J’étais invitable à donf.
Un repas omnivore « classique » ? Je mangeais les chips et les crudités de l’apéro, les sauces qui allaient avec, la salade, les légumes, le fromage, le dessert.
Une choucroute ? Eh, la choucroute nature, j’adore. Et comme j’étais pesco-végé, hein, j’étais heureuse comme tout avec une choucroute de la mer.
Une raclette ? À moi les pommes de terre et le fromage, et figurez-vous que la vraie raclette, ce n’est que ça, bande de dénatureurs de raclette.
Une fondue bourguignonne ? Mettez-moi un p’tit bol d’huile. Et indiquez-moi les toilettes.
Vous voyez, j’étais vraiment pas chiante.

Le plus amusant, dans l’histoire, c’est que pendant ces 2 années sans viande, mon frangin m’avait invitée à venir manger chez lui exactement le même nombre de fois que les 5 années prédédentes, et les 10 qui ont suivi : zéro fois.
Y avait vraiment de quoi se féliciter que je sois moins chiante, non ? 😛

Le pourquoi de la reprise de la viande, ce fut ma rencontre avec le Barbu, carnivore de son état. Comme à l’époque j’étais toujours tentée par la vue ou l’odeur de la viande – ce qui n’est plus du tout le cas maintenant -, au bout de quelques mois à le regarder me manger du saucisson, du jambon ou des steaks sous le nez, j’ai commencé à lui en piquer des bouts à droite à gauche, et un jour j’ai mis fin à l’hypocrisie de me dire végétarienne alors que je mangeais du poisson de la viande, fût-ce dans l’assiette d’un autre.

9 ans ont filé comme l’éclair, et le 18 janvier 2011, donc, j’étais omnivore, et le Barbu toujours carnivore. Je l’ai déjà dit, je ne suis pas bien sûre d’avoir compris pourquoi il m’avait offert ce bouquin en se doutant de l’effet qu’il aurait sur moi – mais peut-être ne prévoyait-il pas le retour du boomerang.
En tout cas, le 18 janvier 2011 au soir, j’étais végétarienne.

« Y compris pour le poisson ?
— Oui.
— Les fruits de mer ?
— Oui. »
Vérifiant : « Le jambon, tu sais que c’est de la viande, hein ? Le poulet aussi ?
— Ta gueule. »

Donc une vraie végétarienne.

« Vraiment ? »

Bon, presque. Quand je relis ce que j’ai écrit à Naë ce soir-là, je ne peux m’empêcher de rigoler – jaune.
Parce que, d’accord, le livre de Foer m’avait convaincue que je ne voulais pas cautionner ce système. Mais si je pouvais ne pas le cautionner ET continuer à manger de la viande, j’étais partante, apparemment :

C’est un livre américain, mais je pense que pas mal de choses sont pareilles en France, et justement j’ai l’intention de me renseigner un peu plus.
Parce que jusqu’à maintenant, je ne bouffais pratiquement plus que de la viande bio ou dont je connaissais les conditions d’élevage, et je sais qu’en France les contraintes concernant la vie des animaux labellisés Bio sont plus respectueuses que celles des USA, mais pour la mise à mort, je ne sais pas. Et jusqu’à plus ample informée, je redeviens illico végétarienne.

« Jusqu’à plus ample informée. »
Dès fois que la mort bio soit rigolote, finalement. ^^

Et pendant quelques jours, j’ai cherché à concilier l’inconciliable. J’ai trouvé le livre Bidoche qui était français – je ne l’ai lu que très récemment, finalement. J’ai renchéri dans un autre message à Naë. J’y écrivais 2 fois, obstinée : « sauf si je connais l’exploitation et que je considère les conditions d’élevage et de fin de vie comme étant satisfaisantes » – satisfaisantes pour qui ?

Le 8 février, en revanche, après beaucoup de lectures sur le web et de réflexions, j’avais quasiment rendu les armes – y compris bio – et j’écrivais :

Mais maintenant, même si j’y vais doucement, j’ai plutôt dans l’idée de virer aussi à terme tout ce qui est lait et produits laitiers. Devenir végétaLienne, donc plus aucun produit provenant de l’exploitation animale, sauf pour les oeufs si on a des poules plus tard (qui seront en liberté, soignées, aimées, et mourront de leur belle mort) et le miel.
Ça va être très dur, pour le fromage, même s’il existe des substituts à base de laits végétaux (dans le commerce, ou à faire soi-même). Mais mon fromage de chèvre, bouh 😦
Et pour le lait, car pour le moment je n’ai pas vraiment trouvé de lait végétal qui me plaise plus que ça. Alors qu’un grand verre de lait entier cru, miam.
Bref, c’est mon but, mais à long terme, je vais d’abord consolider le côté végétarien, tout en cherchant et testant des recettes végétaliennes pour faciliter la transition plus tard.

Vous noterez que j’essayais quand même de m’accrocher aux œufs et au miel. Pour le lait, j’avais bien conscience qu’on pouvait difficilement transformer notre futur jardin en refuge pour vaches laitières, mais c’était possible pour les poules. Quant au miel, il est un peu à part : les végétaliens ne sont d’ailleurs pas tous d’accord sur le sujet, donc j’espérais pouvoir le « garder ».
Je mets des guillemets, car le plus comique, c’est que je n’ai jamais aimé le miel. ^^

En tout cas, bien qu’une partie de moi-même fasse de la résistance, je n’ai plus cessé de réfléchir et d’approfondir le sujet ; le 4 août 2011, je suis devenue végétalienne et le Barbu a accepté d’être végétarien à la maison – le fameux effet boomerang.

Quelques ricochets : le visionnage de Meet your meat, Earthlings, et quelques mois plus tard cette conférence de Gary Yourofsky (qui a été le déclic pour le passage au végétalisme). Au rayon livres : Bidoche ; Lait, mensonges et propagande

… et le quatrième et dernier (en date !) livre qui a changé ma vie, et qui fera l’objet du dernier volet de cette série.

Les livres qui ont changé ma vie – 2

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Le deuxième livre dont je vais parler est en fait une revue, j’ai nommé La Maison écologique, fabuleux magazine 100% indépendant auquel nous sommes abonnés, fidèles et accros (oui, tout ça) depuis 4 ans environ.
C’est le numéro de juin-juillet 2008 – lu 6 mois plus tard – qui a changé ma vie.

La Maison écologique n°45

 

 

Plus précisément, à l’intérieur de ce numéro, l’article Ensemble autrement est à l’origine de notre foireux super projet de construction groupée qui traîne et s’embourbe depuis janvier 2009.
Pour savoir comment et pourquoi cet article a donné naissance à notre projet, je vous renvoie à ce billet qui retraçait le début de cette fabuleuse dure épopée.

On pourrait me faire remarquer – mais ce serait cruel – que ma vie n’a pas encore changée, vu que la maison n’est pas construite – et c’est pas pour demain. C’est vrai. Ou plutôt disons que les changements concrets ne sont pas encore positifs : pour le moment, ce projet m’a apporté (et aux autres aussi) beaucoup plus de stress, d’impatience, d’énervement, de hurlements, de crises de nerfs, de fatigue et d’attentes déçues que de joies, même s’il y en a eu. Mais j’y crois toujours autant.

Comme ce blog comporte déjà un nombre important de billets sur le sujet, je ne vais pas m’étendre davantage. Je voudrais cependant établir une relation entre les 2 premiers livres à avoir changé ma vie. Éducation non violente d’un côté, maison écologique de l’autre : le lien n’est a priori pas évident.
Pourtant il existe, et je ne saurais mieux en parler que le fondateur et ancien directeur de la rédaction de La Maison écologique, justement, Yvan Saint-Jours. Dans l’édito du n° 52 (août-septembre 2009) intitulé Changement de cap, il expliquait ainsi sa décision de quitter la direction du magazine :

« On peut habiter une maison écologique, manger bio, rouler à vélo et exploiter son voisin », lanca Pierre Rabhi lors d’une conférence voici une dizaine d’années. Ces paroles prononcées par ce paysan-philosophe ont guidé, et guident toujours, la ligne éditoriale de ce magazine depuis sa création, prônant une construction écologique et humaniste. Et Olivier Maurel, auteur du renversant Oui la nature humaine est bonne […], enfonce le clou lorsqu’il ajoute : « Peu d’écologistes jusqu’à présent se sont préoccupés d’une des plus radicales atteintes à notre propre nature, qui touche la majorité des enfants venant en ce monde. Je veux parler de la perturbation du cerveau des enfants par la violence éducative ordinaire, celle à laquelle recourent en toute bonne conscience presque tous les parents du monde comme moyen d’éducation. » Car une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne, entend-on bien souvent. Pourtant, peu importe la gravité de l’acte violent que l’on inflige à l’enfant, à chaque fois la douleur intérieure occasionnée, qu’il conservera, adulte, sans le savoir, fera le lit d’une violence dirigée contre des êtres vivants et la Planète. Cette violence éducative ordinaire, à ne pas confondre avec la maltraitance qui n’est que la partie visible de l’iceberg, est un fléau dont nous commençons aujourd’hui à mesurer l’ampleur. Peut-on alors considérer écologique une maison si l’on y pratique cette violence ?
Quelques fessées « bien méritées », de « gentilles » moqueries, et des abus d’autorité ont été les actes de violence éducative ordinaire que j’ai infligés à mes enfants ces dernières années. Depuis plusieurs mois, ils n’ont plus à les subir, et je me trouve alors en présence d’êtres libres, incroyablement vivants et d’une sensibilité que je ne soupçonnais pas. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’habiter enfin une maison écologique, et je vais prendre plus de temps pour me consacrer à ce « nouveau » foyer.

J’ai encore plus aimé ce magazine après cet édito.
Quel courage, n’est-ce pas ? Changer d’opinion sur l’éducation avant d’avoir un enfant, je suis bien placée pour savoir que ce n’est pas toujours évident. Changer en cours de route, devoir tout réapprendre alors qu’on est déjà en train d’éduquer plusieurs enfants de manière traditionnelle, admettre qu’on a eu tort, le dire à ses enfants, chercher et trouver de nouvelles règles pour vivre ensemble, y consacrer le temps qu’il faut, repartir de zéro… Chapeau bas, monsieur Saint-Jours.

Quelques ricochets : un nombre incalculable de bouquins sur les maisons, les toilettes sèches (dont l’excellent Un petit coin pour soulager la planète), les matériaux (dont le très recommandable Enduits de terre crue), le jardin (dont le merveilleux Aménagements écologiques au jardin, mais aussi le Guide du nouveau jardinage : sans travail du sol, sur couvertures et compost végétaux ; L’Art du potager en carré ; Le Poireau préfère les fraises), et l’incontournable No Impact Man.

Court-métrage Arte : Au pays des jouets

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Allemagne, 1942. Le petit Heinrich ne comprend pas la déportation annoncée de son voisin de palier, le jeune David Silberstein, et de toute sa famille. Pour le rassurer, sa mère lui explique que David va partir au « pays des jouets ». Le lendemain matin, Heinrich est introuvable…

Durée : 14 minutes.
Court-métrage visible pour quelques jours ici.