Frustration

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On est en plein dedans en ce moment, car il pleut toujours. Pas forcément tous les jours, mais quand ça tombe, ça tombe tellement que le terrain est de plus en plus gorgé d’eau.
Admirez ci-dessous les magnifiques couloirs de nage à l’emplacement de notre futur salon. ^^ Il s’agit des ornières laissées par la pelleteuse la semaine dernière, lors d’un essai. Depuis, la pelleteuse est partie voguer vers d’autres chantiers plus cléments, et à l’heure actuelle les ornières sont remplies d’eau à ras-bord.

Mais ceci n’était qu’une introduction (en plus de donner quelques « nouvelles ») pour parler de la frustration chez l’enfant.

Lorsqu’on est parent, si on a le malheur, en public, de répondre positivement à une demande de son enfant, souvent les jugements (exprimés ou non) ne tardent pas. Le spectre de l’enfant-roi (comme si la vie d’un jeune prince était enviable, d’ailleurs) est agité tel un épouvantail devant les malheureux parents, et les bons conseils se mettent à pleuvoir : il faut bien qu’il/elle apprenne la frustration. Comprendre : il faut que vous, parents, lui appreniez la frustration. De force.
Et la raison en est simple : parce que dans la vie, on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut.
Certes. Mais peu de gens se rendent compte de la contradiction inhérente à leurs propos.

Reprenons : dans la vie, on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut. L’enfant, sauf erreur de ma part, est un être vivant. La vie, il est en plein dedans – et pas qu’un peu. Donc le simple fait de vivre devrait suffire à lui apprendre qu’il ne peut pas toujours avoir ce qu’il veut. Point besoin d’adulte en rajoutant une couche exprès pour lui apprendre cela.
Ce qui ne veut pas dire que l’on doit faire passer les demandes de son enfant avant tout le reste, on est bien d’accord. Il ne s’agit pas de s’oublier soi-même. Mais simplement de traiter l’enfant comme un être humain, à part entière, au même titre que n’importe qui d’autre. Si le Barbu me demande un service et que je suis d’accord pour le lui rendre, je ne vais pas lui répondre non pour qu’il se rappelle que hé, oh, il est sur Terre pour en chier, s’il croit qu’il pourra toujours avoir ce qu’il veut il se fourre l’appendice supérieur dans l’organe de vision jusqu’à l’articulation du milieu. Ne confondons pas « on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut » et « on ne peut jamais avoir ce qu’on veut, hahaha ».
C’est pareil pour Fiston.

En fait, cela fait déjà un bon bout de temps que je trouve que Fiston gère la frustration beaucoup mieux que moi. J’oserais même dire que bien des jeunes enfants gèrent leur frustration infiniment mieux que bien des adultes.
Les colères des bambins sont souvent spectaculaires, quand quelque chose ne leur plaît pas. C’est vrai. Mais que dire des nôtres ? Elles sont plus intériorisées, peut-être. Parfois elles sortent sous forme d’injures, d’abus de pouvoir, de punitions, d’humiliations, de cris, de coups. Parfois, elles restent en nous. Mais qui ne s’est jamais senti rempli d’une rage folle, disproportionnée, devant un bébé de 2 ans qui vous regarde en disant « non » fermement, qui ne cède pas à vos caprices (^^), qui vous fout en l’air le planning de l’après-midi parce que non, non, non, il ne veut pas s’habiller, ne veut pas qu’on le change, ne veut pas aller jouer avec les autres enfants, ne veut pas vous tenir la main pour traverser, ne veut pas dormir, ne veut pas manger ?
(Liste non exhaustive, hein.)
Un mioche 2 fois moins haut que nous, qui ne fait même pas 1/5e de notre poids, peut nous faire sortir de nos gonds en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Nous, adultes, censés être en pleine possession de nos moyens, censés savoir nous exprimer, communiquer, gérer nos émotions.
Et on voudrait leur apprendre, à eux, quelque chose que nous-mêmes ne maîtrisons pas ? Ah ! Ah ! Ah ! Rions trois fois, d’un rire franc et gaulois.

Bien sûr, comme tous les enfants, Fiston a traversé des phases durant lesquelles il ne supportait effectivement pas la moindre frustration – et comme à ces époques il ne parlait pas encore, ou très peu, c’était particulièrement difficile de comprendre ce qu’il voulait. Dans la mesure de nos possibilités, nous essayions d’accéder à ses demandes. Quand nous disions non, ce n’était pas dans un but éducatif, pour lui apprendre la frustration alors qu’il était déjà en plein dedans. C’était soit que ce qu’il voulait était impossible, soit qu’on ne comprenait pas, soit qu’on n’avait plus le temps, la disponibilité, la patience… Mais il n’est pas devenu pour autant un enfant-roi qui se roule par terre, la bave aux lèvres, dès qu’on le contrarie.

L’anecdote qui va bien pour illustrer mon propos :

Fiston a fêté ses 4 ans la semaine dernière – sous la pluie, mais passons.
La veille, nous avions célébré l’évènement avec Naë, Druss et Loulou, et Fiston avait reçu une trottinette rouge, qu’il avait beaucoup aimé – toujours sous la pluie.
Le jour J, nous envoyons Fiston dans le garage sous un prétexte fallacieux, et là il tombe nez à guidon avec un vélo. Il le savait, cela faisait 3 mois qu’il l’attendait, ce vélo. 2 mois que j’étais allée le chercher et que Fiston se demandait où j’avais bien pu le planquer. Bref, c’était un cadeau très, très attendu.
Cris de joie. On met le vélo dans la cuisine, Fiston tourne autour, ravi. Il aide le Barbu à regonfler les pneus, et vite, vite, va dehors pour l’essayer. Sauf que ce *censuré* de vélo était trop grand pour lui. Il fallait régler la selle au mini pour qu’il puisse s’asseoir, mais alors il avait les genoux dans le menton s’il pédalait. Comme c’était son premier vélo à pédales (jusque-là il s’éclatait avec une draisienne), c’était complètement impraticable pour lui.
Grosse déception de nous 3.
Mais Fiston a surmonté sa frustration en moins d’1 minute. Après quelques larmes, il a dit « Tant pis, je vais me promener avec ma trottinette. D’accord, maman ? »
Alors que moi, même si j’ai fait des efforts pour ne pas trop le montrer, j’ai eu ce fiasco en travers de la gorge pendant plusieurs heures. Même en voyant Fiston heureux comme tout avec l’autre cadeau qu’on avait heureusement prévu (des perles à repasser, le stock d’avant étant épuisé depuis 2 mois), même en sachant qu’on irait le week-end d’après lui trouver un autre vélo à sa taille, j’ai eu une grosse boule dans le ventre toute la matinée et j’ai bien peur d’avoir quand même un peu beaucoup fait la gueule malgré moi.

Alors, question gestion de la frustration, Fiston : 1 ; Maman : 0 !

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  1. Pour rester dans le domaine des parents, on voit même souvent qu’on frustre le gamin pour que les adultes ne soient pas frustrés. Il est très courant notamment de faire des cadeaux aux enfants qu’ils n’aiment pas mais qui font plaisir à l’adulte, et de forcer l’enfant à jouer avec « pour faire plaisir ».
    Et sinon, joyeux anniversaire à Fiston. Désolée d’avoir oublié.
    Et courage pour la maison !

  2. une frustration de la vie pour exemple : Zoulou ce matin, en larmes « mais moi je veux pas la pluiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie!!! »

    pfff enfant roi!

  3. C’est super intéressant ce que tu écris, et très pertinent.
    Dire non à un enfant pour lui apprendre la frustration, ça me fait penser aux gens qui expliquent que pour dresser un petit chiot, il faut, quand tu lui donnes à manger, lui mettre l’assiette sous le nez et la lui reprendre ensuite (pour lui montrer que c’est toi le patron). Pauvres chiens! Ils ne doivent pas y comprendre grand-chose…
    Je trouve que c’est très intéressant quand tu parles de la frustration des adultes et qu’elle s’exprime d’une façon différente, mais qu’elle existe. Mais on a tendance à considérer que seuls les enfants et les animaux font des caprices (et parfois les femmes)….

  4. Mais enfin, Mély, tu ne te rends pas compte que céder à la frustration d’un enfant, « ce n’est pas lui rendre service »…!?
    (c’est mon expression préférée en ce moment, il fallait que je la place ^^)

  5. Isa > Pas faux. Dans le registre inverse, je me rappelle un après-midi de Pâques chez une voisine (charmante au demeurant, et que j’aimais beaucoup), qui avait organisé une chasse aux oeufs pour Fiston et son fils (âgés respectivement de presque 3 ans et 2 ans et demi à l’époque). Y avait une quantité de chocolat absolument ahurissante, j’étais effarée. Fiston, qui n’aime pas trop ça, en a mangé la moitié d’un et c’est tout, mais l’autre petit a commencé à s’empiffrer de chocolats, l’un après l’autre, ce qui a bien évidemment entraîné une interdiction d’y toucher au bout de 10 minutes. Pleurs du gamin, ben oui, là je comprenais vraiment pas : pourquoi lui faire chercher 40 fois plus de chocolat qu’il n’a le droit d’en manger ? o_O
    Et ne t’en fais pas pour l’anniversaire de Fiston, tu as un peu d’autres chats à fou…, euh, nourrir. ^^

    fanfreluche > Huhu, j’ai pensé à toi il y a 2 jours, Fiston m’a fait le même coup à propos du vent 😛

    L’elfe > J’en apprends sur le dressage de chiot, dis donc o_O Et c’est clair que la frustration des adultes existe, je te dis pas mon état en ce moment (toujours à propos de ce *censuré* de chantier), eh bien clairement c’est Fiston qui me maintient sur les rails et m’empêche de péter complètement un boulon. C’est pas son rôle, mais c’est comme ça.

    Aisling > Arf, non, je ne me rendais pas compte. Mea culpa. On fait une commande groupée de martinets, toi et moi ? 😛

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