La pluie et le beau temps

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Chantier : il pleut tous les jours, et ce matin c’était le déluge. Le chantier n’est pas près de reprendre, et du coup nous changeons de projet : nous sommes maintenant les heureux propriétaires d’une piscine naturelle en cours de remplissage.
On va juste construire une cabane pour ranger les maillots de bain. ^^

Remarquez que ça n’entame pas le moral de tout le monde. Est-ce à force de voir passer les trains que Fiston nous joue les sémaphores en riant aux éclats ?

Ou alors peut-être est-ce la joie de voir que nos petits plants de fraisiers des bois, transplantés de chez nous au jardin de la petite maison, commencent à porter leurs fruits.

En attendant une éclaircie durable, j’avais envie de parler de mensonges.

J’ai déjà parlé des plaisanteries et secrets de Fiston. À noter que depuis la discussion dont je parlais dans ce billet, Fiston continue à faire attention à ne pas en abuser, sans qu’on ait eu besoin de lui rappeler.

(D’ailleurs, en règle générale, je trouve qu’on vit une super chouette période avec Fiston depuis quelques mois : il est un petit compagnon extrêmement agréable, joyeux, inventif, attentionné, plein d’énergie, qui nous épuise toujours autant de questions (quand on lui dit que là, on n’en peut plus et qu’on fait grève, il répond « alors je vais garder mes questions pour demain ! »), mais c’est vraiment l’éclate 99,9% du temps. Et je trouve qu’il grandit à toute allure en ce moment.)

L’autre jour, pourtant, il m’a clairement menti, tout aussi clairement parce que mon attitude envers lui ne lui avait pas plu (à raison).
Contexte : j’étais énervée. Je ne vais pas expliquer pourquoi car ce n’est pas le sujet, mais toujours est-il qu’après toute une journée à être sous pression à cause d’un truc sans aucun rapport avec Fiston, la soupape avait lâché un peu plus fort que prévu et c’était Fiston qui se l’était prise dans la tronche. Oh, pas non plus très fort : bien des gens ne comprendraient même pas qu’un enfant puisse ressentir un sentiment d’injustice pour ça. Mais je lui avais parlé sèchement, en sortant de la pièce avant même d’avoir fini (parce que je me rendais compte que je passais mes nerfs sur lui), et sans le regarder. Le sujet de la conversation était son tracteur, qu’il avait laissé dans un tas de sable sur le chantier, et je lui disais d’aller le récupérer. Il avait répondu en rigolant : « C’est pas moi qui vais le faire », et vlan, il s’était pris ma mauvaise humeur en pleine poire, et que je t’explique bien que ton tracteur va être pété quand les ouvriers reviendront travailler et qu’on n’en rachètera pas d’autre, etc. En temps normal je lui aurais juste dit gentiment que le tracteur risquait de s’abîmer ou d’être perdu s’il n’allait pas le chercher avant qu’on reparte, point. Fiston n’ayant jamais demandé à ce qu’on rachète un jouet cassé ou perdu, mon couplet sur le non-remplacement du tracteur était particulièrement gratuit.
Fiston n’a rien dit. Je l’ai vu mettre ses chaussures, sortir de la maison pour aller chercher son tracteur, et revenir. J’étais quant à moi partie m’isoler un peu au fond du terrain, je l’ai entendu m’appeler mais je n’ai pas répondu, et 5 minutes plus tard, le Barbu et lui me retrouvaient.
Regard noir de Fiston. Toujours énervée mais voulant faire un effort, je lui demande s’il a trouvé son tracteur. Nouveau regard noir : « Non. » Je lui demande : « C’est une plaisanterie ? », il me redit « Non. » Et là le Barbu s’étonne, car Fiston l’a bel et bien rapporté, ce tracteur. Fiston se tait, moi aussi, et je m’éloigne à nouveau en ruminant mon énervement. J’entends Fiston demander au Barbu « La colère de maman, elle va bientôt passer ? ». Je n’écoute pas la réponse, et rentre écouter de la musique pour me calmer.
Fiston me rejoint 10 minutes plus tard, et même si en apparence nous allons mieux tous les 2, je sens bien qu’il est tendu. Il ne tient pas en place, son rire n’est pas joyeux. Comme dirait Coluche, « c’est les nerfs ! ». Je lui demande ce qu’il a, il me dit « Je sais pas. Je veux pas te dire. » Sans aborder le sujet du tracteur, je le prends dans mes bras, toujours tendu comme un élastique prêt à se rompre : « Eh bien moi j’ai quelque chose à te dire : je suis désolée d’avoir été désagréable tout à l’heure. J’étais énervée, mais tu n’y étais pour rien, et je t’ai parlé sèchement. Je suis désolée. »
Je sens son corps se relâcher d’un seul coup. Il demande des précisions, bien entendu, période des « pourquoi ? » oblige, mais ça y est, c’est passé, pardonné, oublié, l’orage s’éloigne, place au soleil.

Cette histoire de tracteur, c’était une broutille, on est bien d’accord. Mais j’ai trouvé cela intéressant. Quand Fiston me répondait « Non », cela voulait dire en fait : « Non, je n’ai pas envie de te dire que je l’ai retrouvé. Pas à toi, pas maintenant. »
Apparemment, pour Fiston, la vérité, ça se mérite. ^^

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