Archives Mensuelles: mars 2012

S’occuper d’abord de soi…

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C’est un des pièges les plus classiques de l’éducation non violente, il me semble : à force de nous occuper de nos enfants, de nous efforcer de répondre à leurs besoins (en les confondant parfois avec leurs envies), d’être les plus respectueux possible, vient le moment où l’on néglige complètement nos propres besoins : et à force de repousser toujours nos limites, on finit lessivés, plus vraiment respectueux de quiconque, et même en burn-out pour certain(e)s.

La théorie est simple : pour bien s’occuper des autres, il faut d’abord s’occuper de soi-même. On peut remplacer le verbe « s’occuper » par « respecter », « accompagner » et sans doute bien d’autres, ça marche à tous les coups. Qu’on parle de réservoir affectif – qui, s’il est vide, ne peut pas remplir celui des autres -, de fatigue, de disponibilité physique et mentale, on est tous d’accord. En théorie. Mais pour toutes sortes de raisons, la mise en pratique est difficile quand on est parent. Alors que les enfants, eux, savent très bien le faire, spontanément.

On dit de l’enfant, jusqu’à ses 7 ans environ, qu’il est égocentrique. Centré sur lui-même. Et que c’est après qu’il va pouvoir devenir altruiste, tourné vers les autres.
De mon point de vue, c’est exact – ce qui n’empêche pas un enfant de 2 ou 3 ans d’être serviable ou de montrer de l’empathie, par exemple.
Et personnellement, je mets cela en relation avec le fait de savoir d’abord prendre soin de soi pour prendre soin des autres : les premières années, l’enfant apprend avant tout à s’occuper de lui-même, à se respecter, à se construire. Ensuite seulement, il sera en mesure de s’occuper des autres.

Il y a quelques jours, Fiston me l’a démontré – une nouvelle fois – de manière éclatante.

Posons le contexte : la matinée s’est bien passée, chez des amies. Tellement bien que Fiston est très triste de devoir partir après le déjeuner. L’après-midi, nous devons aller nous promener avec d’autres amis, mais le rendez-vous est annulé, ce qui chagrine encore un peu mon bonhomme. Du coup, nous décidons d’avancer l' »opération fleurs » prévue pour le lendemain : Fiston étant fou de fleurs, je lui ai promis qu’on irait dans une jardinerie pour qu’il se choisisse une plante fleurie, celle qu’il voudrait.

En fin d’après-midi, nous nous mettons en route : la jardinerie est à 16 km, mais 2 jours plus tôt, le Barbu m’a parlé d’un raccourci. Je me dis que je vais tenter le coup, et je quitte la route habituelle. En fait, je vais me paumer et rajouter 4 ou 5 km au trajet.
Finalement, nous arrivons : Fiston jette son dévolu sur un petit kalanchoe rouge, nous trouvons un cache-pot de la même couleur. Puis il tient à m »‘offrir » (avec mes sous, d’où les guillemets) un saint-paulia. Je le laisse également choisir un paquet de graines de capucines, puis je réussis à trouver pour moi des gants de jardinage sans cuir (youpi).

Entre-temps, nous avons croisé un vieux con qui s’est permis de me sortir « Elle n’est pas aimable, votre petite fille » parce que Fiston l’avait regardé sans sourire, sacrilège ultime (ce qui m’a rappelé un jour où, au supermarché, une dame avait fait exactement la même remarque à ma mère, pour les mêmes raisons. Je devais avoir à peu près le même âge que Fiston, et ce jour-là j’étais de mauvais poil, je n’avais pas envie de sourire à une inconnue, point. Je me suis fait engueulée et j’ai dû sourire à la dame. Le vieux con, lui, a hérité d’un « vous non plus » en passant, ce qui a dû lui faire avaler son dentier d’indignation – j’en sais rien, je ne me suis pas retournée – et le conforter dans son opinion qu’il n’y a plus de jeunesse, m’âme Michu, de mon temps les enfants respectaient les vieux et maintenant, regardez-moi ça, enfants-rois, parents démissionnaires, laxistes, scrogneugneu. Et encore, il n’a pas su que c’était pas une fille).

Bref ^^

Passage à la caisse, et là, je me dis : merde. Je viens de me souvenir que mon chéquier est vide. Je n’ai pas de CB sur moi. Je regarde dans mon porte-monnaie : 3€. La plante de Fiston en coûte 2,50, donc on la prend, mais on doit laisser le reste. Tout ça pour ça. Soupir.
J’explique ce qui se passe à Fiston, en lui disant qu’on reviendra demain pour chercher le reste.
Fiston comprend bien, mais en a gros sur la patate : « Je suis triste qu’on puisse pas prendre ta plante, maman. » « J’ai peur que d’autres gens emportent le pot rouge et qu’il soit plus là demain. » « Je suis tout déçu. » Le tout d’une petite voix chagrinée, mais calme.

On remonte dans la voiture. Fiston est toujours triste. « Et toi, maman, tu es déçue aussi ? Pourquoi ? » et aussi : « Est-ce que tu seras encore triste demain ? »
On rentre à la maison, on met la plante dans un cache-pot, on arrose. Mais Fiston est toujours triste et déçu. Moi aussi, et je m’en veux.
Je lui tends les mains pour le consoler. Mauvaise idée : Fiston tape dedans. Fort. Aïe !

(J’envie beaucoup les parents dont les enfants se laissent consoler… Ici, c’est exceptionnel. Quand je demande à Fiston si je peux faire quelque chose quand il est contrarié, triste, en colère, la réponse est non. Je ne me souviens que d’une fois où il m’a dit que oui, je pouvais lui faire des bisous. Le reste du temps, quoi que je propose, c’est non, non, non. « Tu peux pas. »)

Bref (bis).

Fiston, réalisant ce qu’il a fait : « Tu n’es pas contente, maman ? » Eh non, je ne suis pas contente. Je lui dis que j’ai mal, je lui demande s’il veut faire quelque chose pour que j’aille mieux : non, il est trop triste. Ok, j’en ai marre, je me mets sur l’ordi pour travailler un peu, histoire de penser à autre chose.
Fiston, au bord des larmes (l’effet « maman pas contente« ), me demande si je vais être « pas contente toute la journée ». Je le rassure sur ce point, mais je suis toujours en pétard. Il dit qu’il a faim, je réponds qu’il a des jambes, des mains avec des doigts, et qu’il peut aller se servir tout seul – ce qu’il fait. Juste après, en pleurant, il me dit : « Je te rendrai contente quand je ne serai plus triste, maman. »
Sur le coup, je ne percute pas plus que ça, mais après 2 minutes encore de bouderie (de ma part), je prends sur moi et lui demande si je peux faire quelque chose : non, évidemment.^^ Je lui dis que je suis là si besoin, même si je suis encore énervée.

Après 10 minutes, il vient me trouver : « Je ne suis plus triste ! Je vais te rendre contente, maintenant ! » Et il me dépose un bisou tout tendre sur une main, puis sur l’autre. Ma colère s’envole aussitôt ; Fiston et moi nous mettons à rire, complices, de nouveau heureux d’être ensemble.
Et Fiston de conclure : « On n’est plus tristes ! La tristesse, elle est partie au boulot, et elle ne reviendra pas ! »

Je te rendrai contente quand je ne serai plus triste.
Je ne peux pas prendre soin de toi tant que je suis si mal, mais je pense à toi et je serai là pour toi dès que j’irai mieux.

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Mini-fondue au chocolat

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Simplissime à préparer, mais qui fait son petit effet – et tellement bon !

Je ne vais pas mettre la liste des ingrédients, vous vous en doutez un peu.

Il vous faudra simplement retirer la peau d’une moitié de l’orange d’un seul bloc pour obtenir un petit bol. Astuce : si le fond du bol est percé, un clou de girofle colmatera parfaitement le trou, et je trouve que ça donne un goût intéressant au chocolat.
Astuce n°2 si comme moi la première fois vous n’aviez plus de chocolat à faire fondre : un peu de crème végétale + 1 càs de préparation cacaotée instantanée, on mélange, et on verse dans l’orange. L’avantage, c’est que ça reste liquide même froid. L’inconvénient, évidemment, c’est que c’est beaucoup moins bon.

Ma recette pour la fondue au chocolat, quand j’ai les bons ingrédients dans mes placards : chocolat noir à faire fondre au bain-marie dans une cuillère de crème végétale (soja, avoine ou riz), le tout additionné d’une pincée de poudre d’écorce d’orange.

Le bol en écorce d’orange rempli de chocolat au milieu de l’assiette, les fruits tranchés disposés tout autour, et bon régal 🙂

Plouf !

Magicien…

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Fiston ayant découvert les baguettes magiques dans une histoire du dernier Tralalire, il en a voulu une pour son propre usage (je tremble ^^).

Son vœu fut exaucé grâce à :

– une branche de noisetier presque droite ;
– du carton, une règle, un crayon, un cutter ;
– de la colle (de riz par exemple) ;
– du scotch (recyclé) ;
– du joli papier cadeau de récup, 1 rouge et 1 bleu.

Abracadabra… Et voilà un petit magicien ! 🙂

Toc Toque

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Cet après-midi, nous sommes allés voir un spectacle de la compagnie du Petit Monde, qui se déroulait pas trop trop loin de chez nous : Toc Toque. On y suit le quotidien d’une cuisine : c’est du théâtre d’objets, une sorte d’opéra pour ustensiles de cuisine, officiellement pour les enfants à partir de 5 ans – mais il y en avait des bien plus jeunes dans la salle.

Présentation du spectacle :

Toc-Toque explore, rêve et réinvente l’univers visuel et sonore de la cuisine. Né de la rencontre d’un marionnettiste et d’un musicien, ce spectacle sans texte vous emmène dans le quotidien d’une cuisine, de l’aube au coucher du soleil, du grille-pain du matin à la dernière vaisselle du dîner. Dans un univers où le banal devient extraordinaire, les ustensiles familiers deviennent à la fois êtres vivants et instruments, interprètes de leurs propres fonctions, dans des langages musicaux tour à tour jazzy, latino, orientaux ou de musique dite « actuelle ».

NB : nous avions regardé la vidéo du site mis en lien plus haut et elle avait plu à Fiston, mais elle ne transmet à mon avis pas du tout la magie qui se dégage du vrai spectacle.

Malgré le beau temps, le public était au rendez-vous. Les 45 minutes sont passées très vite, entre la poubelle à grande gueule, les cuillères facétieuses, le grille-pain familier (qui avait l’air tout droit sorti de chez Wallace & Gromit), les gambettes en lavettes à vaisselle (Fiston : « Oh ! Ce sont des pieds ! mais ce sont les pieds de qui ??? »), le trio de bols, les cafetières qui postillonnent et j’en passe. Beaucoup de créativité, d’humour, beaucoup de questions dans la salle (où est passé le monsieur, pourquoi c’est éclairé en rouge, comment la poubelle s’ouvre toute seule, d’où vient l’eau, est-ce que la théière est coquine, pourquoi les messieurs sont pieds nus, …), beaucoup de « chut ! » de la part des parents, mais en vain : à ces âges-là, les questions vont directement du cerveau à la bouche, il n’y a pas de filtre et c’est chouette.

Avant le spectacle, Fiston était allé faire une déclaration d’amour à la jeune fille qui contrôlait les billets, puis pendant le quart d’heure d’attente dans la salle il avait inspecté les numéros d’un bon nombre de fauteuils, les lettres des rangées, les lumières et les éclairagistes, commencé à papoter avec les gens derrière nous – une petite-fille avec sa maman ou mamie, je n’ai pas bien vu -, et avait repéré une autre petite fille qu’il est allé voir à la fin du spectacle pour lui dire « je t’aime ! » juste avant de visiter les coulisses pour voir comment diable cette poubelle s’ouvrait toute seule et pourquoi il y avait de la lumière à l’intérieur, puis de retrouver la jeune fille du début et de la suivre pendant qu’elle inspectait les fauteuils pour vérifier que personne n’avait rien oublié en lui racontant je ne sais quoi – mais j’ai entendu la jeune fille lui dire « Tu poses beaucoup de questions, toi ! » quand elle redescendait vers nous -, puis de nous accompagner aux toilettes et de se demander où partait l’eau dans le lavabo, où était le siphon, est-ce que ça allait au tout-à-l’égoût ou dans une fosse septique ?… puis de retrouver la jeune fille au bar pour lui demander son nom et enfin de prendre un goûter dehors au soleil.

Après tout ça, curieusement, il voulait habiter là-bas. ^^

Toc Toque : un très chouette spectacle, à ne pas hésiter à aller voir en famille s’il passe dans votre région. 🙂

Mon ami Pissenlit

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Le printemps tant attendu est enfin là, la preuve : les pissenlits repoussent.

Une calamité pour certains, mais pas pour moi, au contraire 🙂 Je mange les feuilles en salade, je fais confire les boutons floraux dans du vinaigre pour les utiliser ensuite en remplacement des cornichons ou des câpres, je fais de la gelée avec les fleurs… Il paraît aussi qu’en torréfiant les racines de pissenlit, on obtient un très bon succédané de café, mais comme je ne consomme aucune boisson de ce type, je vous laisse essayer si le cœur vous en dit et me dire ce que ça vaut.

Comme il est encore trop tôt pour les fleurs, dans mon coin, je me contente des feuilles.

La récolte de ce midi : pissenlit et ciboule du jardin.

et la salade résultante :

Ingrédients :

– Quelques poignées de jeunes feuilles de pissenlit ;
– 3 radis ;
– 2 cuillères à soupe de grains de maïs ;
– 3 tranches fines de tofu fumé ;
– 1 càs de levure (maltée ou non) ;
– quelques brins de ciboulette
– 2 càs de vinaigre balsalmique ;
– 1 càs d’huile de noix ;
– 1 càc d’huile d’olive ;
– 1 càc d’échalote semoule ;
– 1 càc de graines de sésame ;
– 1 càc de graines de millet (crues) ;
– sel et poivre éventuellement.

Préparation :

– découper le tofu fumé en allumettes et les rouler dans la levure avant de les faire dorer dans l’huile d’olive ;
– pendant ce temps, préparer la vinaigrette avec 1 càs de vinaigre et l’huile de noix, la ciboulette ciselée, l’échalote semoule. Si vous ajoutez du sel et du poivre, c’est le moment ;
– ajouter les feuilles de pissenlit, le maïs, les radis coupés en fines rondelles, et mélanger ;
– parsemer de graines de sésame et de millet, et mettre la salade en « nid » dans une assiette ;
– déglacer le tofu fumé avec le reste du vinaigre balsalmique et disposer l’ensemble dans le nid ;
– déguster avant que le tofu s’envole refroidisse.

À noter que j’ai eu de l’aide pendant la préparation 🙂

Fiston en train d'assaisonner la salade à son goût - en arrière-plan, on voit la ciboulette qu'il vient de cueillir "pour demain".

Zo de Zariel

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Comme je l’indiquais dans le billet précédent, la semaine dernière, nous sommes allés, le Barbu, Fiston et moi-même, au vernissage de la nouvelle exposition de Zariel, un copain illustrateur responsable d’une bonne partie de la décoration murale de notre salon ^^.

Le « Zo », qu’est-ce que c’est ?

Zariel et ses grands portraits d’animaux de l’expo ZO.
Retrouvez-vous face aux portraits d’animaux du Zo,
un véritable parc animalier où chaque espèce est grandie.
Et où la représentation picturale fige et sublime certaines émotions
qu’il nous est souvent difficile de ressentir face à de réels animaux.

Bienvenue au Zo…

Toutes les infos pratiques sont , l’expo continuant jusqu’au 8 avril. Si vous n’êtes pas trop loin de Paris, n’hésitez pas à y faire un tour !

Nous sommes tous fans du travail de Zariel, dans la famille, et nous n’avons pas été déçus. Dommage que les finances – mais aussi la place encore disponible sur nos murs – n’aient pas été au rendez-vous, car j’ai complètement craqué pour une grande aquarelle représentant un bébé macaque (140 cm de haut, le bébé, quand même, hein)… et je crois que Fiston aurait bien emporté le panda !

 

Petit garçon devient grand…

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Fiston évolue beaucoup, ces temps-ci. Et notamment dans ses interactions avec les autres : notre ermite sauvageon de cet hiver s’est transformé depuis quelques semaines en un petit bonhomme hyper-sociable. Une évolution si rapide que je me suis laissée distancer.

Il y a 2 ou 3 semaines, en nous promenant, nous avons rencontré une des anciennes baby-sitter de Fiston, qu’il a bien entendu invitée aussitôt. Elle nous a donc accompagnés jusque chez nous et à un moment m’a fait remarquer (en fait, je m’en suis rendu compte simultanément) que j’avais beaucoup trop tendance à jouer les interprètes. Fiston lui avait posé une question, elle avait répondu à côté (à mon sens) ; du coup j’ai répété la question et elle m’a regardée avec un sourire en coin : « Mais c’est bon, Mely, j’avais entendu ! »
J’ai répondu, confuse, qu’il fallait que je lâche Fiston. Comme il a commencé à parler tard (vers 3 ans), que pendant les premiers mois, ce qu’il racontait n’était souvent pas compréhensible par les non-initiés et aussi qu’il n’y a encore pas si longtemps il se mettait en colère quand on ne comprenait pas ce qu’il disait, j’avais gardé l’habitude de faire l’interprète. D’expliquer ce qu’il voulait ou ressentait, ou de traduire, répéter ce qu’il disait. Mais à présent, il s’exprime suffisamment bien pour tenir une conversation avec des inconnus, et il ne s’énerve plus s’il n’arrive pas à se faire comprendre. Donc, maman, bas les pattes.

Bien, bien. J’ai donc fait des efforts pour laisser Fiston gérer ses rencontres tout seul. Résultat, un Fiston radieux, sûr de lui, qui va papoter avec tout le monde, en s’assurant simplement de temps en temps que je suis toujours dans le coin.

Quelques exemples :

Au parc, un mercredi après-midi, temps magnifique : il y a plein de monde, évidemment. Pendant 3/4 d’heure, Fiston joue dans son coin, puis se lie avec une petite fille de 5 ans (j’avoue, j’ai quand même joué les interprètes sur ce coup car la petite ne comprenait pas tout ce qu’il disait), partage un jeu avec un grand de 8-10 ans (jeu commencé dans le conflit, mais je me suis retenue, je les ai laissé gérer et en 10 secondes c’était réglé). Et ensuite il court vers d’autres zones du parc, et commence à interroger les enfants, leurs parents, leurs grands-parents. Je suis loin, je n’entends que quelques paroles quand le vent les porte jusqu’à moi. « Tu as quel âge ? » « Moi je m’appelle Fiston, je suis un garçon ! » « Tu habites où ? » « Pourquoi ? » « Non, je ne vais pas à l’école. », etc.
En l’observant, je suis frappée de le voir ainsi, abordant les gens toutes générations confondues, leur parlant parfois très sérieusement, en s’exprimant avec ses mains, tout son corps.
Je me suis fait la réflexion qu’on aurait dit un mini-adulte (un peu italien sur les bords ^^).

Un soir de la semaine dernière, nous l’avons emmené à une exposition d’un de nos potes illustrateurs dans un bistrot parisien. Fiston s’est goinfré de fromage et de pain, et dès qu’on regardait ailleurs 30 secondes, on le retrouvait attablé avec des inconnus en train de leur demander comment ils s’appelaient. Il a fait le tour du café en demandant l’âge de tout le monde (et en claironnant parfois : « elle, elle a 50 ans ! » ^^), en demandant aux gens tatoués pourquoi ils avaient des dessins dans le cou, aux piercés pourquoi ils avaient des trous dans la tête, il a flashé sur la nièce de notre pote (10 mois), sa mère et sa grand-mère, leur a répété qu’il les aimait un nombre incalculable de fois, m’a entraînée vers le sous-sol où des musiciens répétaient, les a regardés, a décortiqué la sono, découvert l’accordéon et les tables de mixage, posé des questions, fait de nouvelles déclarations d’amour, est remonté, a localisé toutes les enceintes d’où provenait la musique, a refait un tour des gens nouvellement arrivés, a pris des photos (petit reportage à venir, sans doute, car l’expo vaut le coup)… Tout le monde a été étonné d’apprendre qu’il n’allait pas à l’école (réponse choisie ce soir-là : « On préfère l’emmener dans les bars »), mais en tout cas on ne pouvait pas nous dire « et la socialisation, alors ? ». 😛
Le matin, c’était à des plombiers qu’il avait posé des questions, à propos de siphons et de robinets.

Ce week-end, nous avons reçu des amis que Fiston ne connaissait pas, avec leurs enfants de 7 et 11 ans. Tous les 3 se sont bien amusés ensemble, et pourtant le grand était arrivé assez sceptique sur ce qu’il pourrait faire avec un enfant de 3 ans. Mais il n’y a pas d’âge pour chahuter sur un canapé, se lancer des coussins, courir, jouer au ballon, au Loto des odeurs (très beau jeu offert par nos amis), faire de la balançoire… Fiston a passé aussi un bon moment à parler avec leurs parents : il a notamment montré son livre The Art of Ratatouille à mon amie, en lui racontant la quasi-intégralité de l’histoire, et je me suis rendu compte qu’il l’avait fort bien comprise… alors qu’il regarde le film en VO et que je ne lui ai pas expliqué tant de choses que ça. À noter que depuis, quand il regarde le film avec moi à ses côtés, il répète parfois une phrase ou un bout de phrase en anglais et me demande ce que ça veut dire.

Hier, nous sommes allés au bord de l’étang de notre village. Mercredi, premier jour du printemps, beau temps, je pensais qu’il y aurait du monde mais non, nous étions seuls. Puis une bande de jeunes, on va dire environ 18 ans, est arrivée. Petit malaise quand ils descendent de leur voiture. J’ai le double de leur âge, ils me considèrent sans doute comme une potentielle emmerdeuse, ou craignent que moi je les considère comme des petits cons, je ne sais pas (s’ils savaient quel âge j’ai dans ma tête… ^^). Ils sortent un ballon et se dirigent vers le panier de basket, passant pour ce faire pas très loin de nous, et Fiston de leur emboîter le pas avec un sourire jusqu’aux oreilles. Quand ils s’en rendent compte, ils rigolent, disent je ne sais quoi et Fiston répond : « Je suis un garçon ! J’ai 3 ans et demi, et je m’appelle Fiston. Tu veux bien prêter ton ballon ? »
Celui à qui il s’adresse répond que le ballon n’est pas à lui. Fiston va demander la permission au propriétaire légitime, et les gars commencent à jouer avec lui en rigolant de le voir courir comme ça et en jetant des coups d’œil amusés dans ma direction. Comme Fiston a tendance à monopoliser un peu le ballon par moment, je m’approche pour vérifier qu’il ne les gêne pas. Sourires sincères : non, pas du tout. La glace est rompue. Je m’installe à quelques dizaines de mètres pour ne pas les déranger, et j’observe Fiston avec ses nouveaux amis. Il tente d’envoyer le ballon jusqu’au panier, sans succès évidemment vu sa taille, mais ne s’énerve pas. Il lance des « Ouiiiiii ! » et des « Ooooooh ! » enthousiastes quand les autres marquent. Il va jouer un bon quart d’heure avec eux, avant d’aller vagabonder un peu plus loin, attiré par un ruisseau. Je prends mes affaires pour le suivre, je remarque au passage que les jeunes veillent sur lui, l’air de rien (« Attention, y a de l’eau là-bas !), et quand on revient vers l’étang, je leur lance un « au revoir et merci pour tout à l’heure ! » accueilli par de nouveaux sourires et un « de rien ! »

Bref, Fiston vit sa vie, dans notre champ de vision, et j’évite dorénavant de me mêler de ses rencontres – dans la mesure du possible. Je suis présente pour assurer sa sécurité, en gros, et c’est tout.
J’avoue quand même avoir eu un peu de mal à le lâcher, sur ce coup-là. ^^ 3 ans et demi à jouer les interprètes, ça ne s’efface pas en 2 heures.
Mais Fiston a grandi, et le jeu en vaut la chandelle. Il a l’air tellement heureux et… libre 🙂

« R » de fête

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Les « R » de Fiston me font marrer.

Cela fait quelques mois que Fiston a remarqué qu’un « R » majuscule, ça ressemblait à un petit personnage avec 2 jambes ; et depuis, il les dessine ainsi :

Il commence par faire le rond et les 2 jambes. Et ensuite il ajoute des yeux, des narines, une bouche, des oreilles.
C’est la seule lettre qu’il personnifie ainsi.
Parfois le « R » va avoir des cheveux, un ventre. Ses jambes vont devenir des bras.
Comme ci-dessous, dans le mot « orange ».

Et les 2 gribouillis dans le ventre du « R », vous savez ce que c’est ? Le nombril et… l’âme.
Je ne sais pas trop où Fiston est allé chercher ça, mais depuis toujours il dessine ses personnages avec un nombril et une « petite âme ».

En tout cas, quels que soient leurs attributs, les « R » sont toujours, toujours souriants. Heu-reux.

Et moi aussi, quand je les regarde. 🙂