Comment l’IEF – 4. « … Et je ne suis jamais allé à l’école »

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sous-titré : Histoire d’une enfance heureuse.

C’est un livre d’André Stern, qui m’a fait de l’œil (le livre, pas son auteur, qu’allez-vous imaginer ?) sur un site de vente en ligne alors que je venais commander un bouquin sur les enduits en terre crue. Je l’ai reçu quelques jours plus tard, et lu le soir-même.

Vous connaissez sans doute déjà cette sensation : vous lisez, et vous sentez des déclics et des clics se faire au fur et à mesure. Clic, clic, clic, un livre fait pour vous, qui correspond exactement à ce que vous vivez, pensez au plus profond de vous, ou à ce que vous avez besoin de lire à ce moment précis. C’est ce que j’ai vécu pendant toute sa lecture. Clic, clic, clic.

À noter hélas que, de nos jours, les parents d’André Stern connaîtraient probablement quelques démêlés avec les inspecteurs de l’Éducation Nationale…

Petit extrait du 4e de couverture :

Ce livre, qui raconte l’histoire d’une enfance heureuse, comble une lacune : jusqu’ici, personne ne savait ce qu’il advient d’un enfant qui, profondément enraciné dans notre société et sa modernité, grandit loin de toute scolarisation, sans stress, sans compétition, sans programme préétabli ni référence à une quelconque moyenne.

[…]

Cet ouvrage ne vante pas une méthode de plus, ne propose pas de recette miracle. Il n’est ni un manuel d’anticonformisme, ni une critique de l’école. Il est un témoignage, une source d’inspiration, un appel à la liberté, à la diversité et à la confiance.

Le gras de la dernière phrase est de moi. Ce livre est bouleversant de confiance, de liberté et de bonheur.

Le premier « clic » est arrivé dès la première page : l’auteur explique que, tout jeune, il avait mis au point une phrase de présentation complète pour les gens étonnés de le voir en liberté à des heures scolaires :

Je m’appelle André, je suis un garçon, je ne mange pas de bonbons et je ne vais pas à l’école.

Ça ne vous rappelle rien ?
Fiston n’a que 3 ans et demi, et il a déjà lui aussi adopté ce genre de propos quand il va parler aux inconnus. « Je m’appelle Fiston, j’ai 3 ans et demi et je ne vais pas à l’école. » ou « Je m’appelle Fiston, je suis un garçon aux cheveux longs. » Ou un combo.

Je ne vais pas détailler tous mes « clics », il y en a 1 par page à peu près (c’en était presque flippant), mais en voici quelques-uns, positifs ou négatifs :

–> Tout au long de cet ouvrage, l’auteur nous fait plonger dans ses boulimies de connaissances. Je dis bien « ses » boulimies, car n’étant contraint d’aucune façon, il a pu laisser court à ses nombreuses passions, quelles qu’elles soient, aussi longtemps qu’il le voulait. Dans les dernières pages, André Stern répond à quelques questions qu’on lui pose fréquemment, l’une d’elles concernant les motivations de ses parents. Pour y répondre, il a laissé la parole aux deux intéressés, et son père commence sa lettre ainsi :

Combien de parents m’ont dit : Avant d’aller à l’école, mes enfants ont beaucoup dessiné. — Et ensuite ? — Ah ben non ! Ils n’en avaient plus envie – ni le temps d’ailleurs ! »

Quelques heures avant de lire ce livre, j’avais ma mère au téléphone, qui gardait Fiston pendant 2 jours et me racontait ce qu’ils avaient fait cet après-midi, et à quelle point elle n’en revenait pas de le voir autant accro au dessin. Ni de toutes ses questions, de sa curiosité insatiable qui l’emmène dans toutes les directions. Elle me disait qu’il avait des questions et des réflexions qui n’étaient pas du tout de son âge, et qu’elle n’avait jamais vu ça chez un enfant (« ça » étant le fait de beaucoup dessiner, de poser autant de questions sur tant de sujets, et pas des questions « idiotes »).
Fiston est son 8e petit-enfant, et ma mère s’est beaucoup occupé de tous les autres. Malgré une partialité plus que certaine couplée sans doute à une amnésie sélective (il y a 5 ans d’écart entre Fiston et les plus jeunes de ses cousins), il y a sans doute un peu de vrai dans son « je n’ai jamais vu ça. »
Je lui ai dit que c’est peut-être bien le fait de ne pas aller à l’école qui lui permettait tout cela. Je n’entends pas par-là que tous les enfants nonscos sont comme Fiston, ni que tous les enfants scolarisés deviennent éteints, loin de là : mais s’il allait à l’école il n’aurait peut-être plus le temps ou l’énergie d’être ainsi. D’explorer tout ce qu’il veut comme il le veut, de poser des millions de questions à longueur de journée, de tout décortiquer, parce qu’on ne l’oblige pas à faire autre chose quand il a envie de parler de la mort ou des fosses septiques ou de l’électricité ou des boîtes de vitesse ou de la fabrication de la peinture, parce qu’il a la plupart du temps quelqu’un de disponible pour répondre à sa soif d’informations.


–> Dans cet ouvrage, l’auteur souligne à de nombreuses reprises le fait que même s’il avait parfois des passions très envahissantes ou incongrues, tout le monde l’a toujours laissé les vivre à sa guise, et l’a aidé : ses parents notamment, en lui dénichant des livres sur le sujet par exemple.
Ça a « cliqué » dans ma tête car c’est ce que j’ai à cœur de faire avec Fiston depuis qu’il est tout bébé, notamment grâce à mes lectures sur la pédagogie Montessori où j’avais puisé 2 éléments essentiels à mes yeux : les périodes sensibles, et ne jamais déranger un enfant qui joue (dans la mesure du possible, évidemment). Et donc quand Fiston est intéressé par un sujet, même si ce n’est « pas de son âge » et même si, personnellement, ça me laisse froide, on creuse. L’électricité, par exemple : Fiston a été fasciné par le C’est pas sorcier sur le sujet, j’ai acheté (pour tout le monde ^^) un coffret « Électricité junior » prévu pour les « génies en herbe à partir de 10 ans » – comme s’il y avait besoin d’avoir 10 ans pour brancher une ampoule sur une pile – et nous avons fait des montages, des expériences. Fiston s’est régalé à constater que le courant passait très bien dans l’eau salée, mais pas dans la table en bois. Très bien dans la lame d’un couteau mais pas dans son manche en plastique. Etc. Que 2 ampoules en série, ça éclaire, mais moins que 2 ampoules en parallèle. Et moi, pour la première fois de ma vie, je comprends enfin comment ça fonctionne, l’électricité. ^^
Quant aux voitures de course, j’ai beau ne pas m’y intéresser du tout et trouver ça écologiquement désastreux, je n’ai pas pu m’empêcher d’être fascinée par cette vidéo trouvée en cherchant des réponses aux questions de Fiston. Remplir le réservoir et changer les roues d’une Formule 1 en 6 secondes, c’est quand même impressionnant.
Bref, la partie négative du clic : toujours quelques heures avant de lire ce livre, au cours de la même conversation téléphonique que celle dont je parle plus haut, ma mère mentionne que Fiston à un moment s’est mis à dessiner un égoût, et que ça ne l’inspirait pas trop, elle, les égoûts c’est pas beau, alors elle a retourné la feuille et Fiston a dessiné un arbre et des fleurs, et là c’était mieux.
Léger bouillonnement de ma part à mon bout du fil, j’entends en même temps Fiston qui demande de sa petite voix pointue : « Pourquoi tu as retourné la feuille ? »
Ben oui, pourquoi ? C’est absolument passionnant, les égoûts. On peut remonter à leur origine et découvrir comme c’était avant, on peut trouver des plans, découvrir comment l’eau circule là-dedans, où elle va, d’où elle vient, ce qu’elle devient, comment on creuse un égoût, comment on l’entretient, à quoi servent les gros couvercles dans les routes qui font sursauter la voiture quand on passe dessus… Mais non. Les égoûts, c’est pas beau et ça pue, on remet le couvercle, on tourne la feuille et on n’en parle plus.
(Ma mère a plein de qualités et Fiston s’éclate avec elle quand même, hein…)


–> Dans la FAQ, André Stern aborde aussi la sempiternelle question de l’insertion dans la société de ces sauvages barbares enfants non scolarisés. Et il répond sobrement qu’ils n’ont pas besoin de s’insérer dans la société puisqu’on ne les en ôte jamais en les plaçant dans un milieu artificiel, conçu seulement pour eux, en dehors de la société. Ça aussi, j’en avais parlé dans un des premiers billets de ce blog.


–> Au fil des pages, on assiste aux rencontres entre le jeune André et certaines personnes qui ont marqué sa vie, qui sont devenues des amis tellement proches qu’ils ne passent que rarement un jour sans s’appeler. Et souvent, ce ne sont pas des amis de sa génération, loin de là, mais de quelques décennies plus âgés que lui. C’est une des richesses de l’IEF, et c’est aussi une réponse possible à l’argument « mais la socialisation ? besoin de voir des enfants de son âge blablabla » qu’on nous sort presque immanquablement quand on dit que son enfant n’est pas scolarisé.
Fiston a des amis. Certains sont des enfants, mais beaucoup sont des adultes (surtout les mamans, Fiston adore les mamans ^^). Dans le domaine où nous habitons, ceux qu’il appelle « ses copains » sont un couple de grands-parents que nous rencontrons souvent lorsque nous nous promenons. Lorsque Fiston les voit passer devant la maison, il crie « Ce sont mes copains ! » et fonce leur raconter sa vie.
Aujourd’hui, Fiston a invité à goûter son ancienne baby-sitter, ses parents et sa grand-mère.


–> La musique… Ah, la musique, qui me faisait m’interroger il y a peu de temps… André Stern est guitariste et luthier, et pourtant ses parents ne se sont jamais mis en tête de lui apprendre quoi que ce soit à ce sujet. Ils se sont contentés de répondre à ses questions et de fournir les informations ou les supports nécessaires à sa soif d’apprendre.


La liste est encore longue mais je m’arrête là, surtout que je n’ai plus le livre sous les yeux, l’ayant déjà prêté. J’espère que la personne qui le lira comprendra certaines choses et arrêtera par exemple de dire que Fiston dessine au stylo-plume comme je lui ai appris, ou qu’il se tient devant le piano comme je lui ai montré, car je n’ai rien fait de tel ; et je trouve ça parfaitement insultant envers Fiston – en plus d’être faux – de sous-entendre que s’il sait faire quelque chose, c’est forcément parce que quelqu’un lui a appris à le faire.
Et j’aurais aimé lire ce livre plus tôt, il y a 1 an et demi, avant un certain Noël désastreux qui a tourné au lynchage lorsqu’une partie de ma famille a compris que nous ne comptions pas scolariser Fiston : car outre la force de ce témoignage, j’y ai trouvé un autre argument qui a fait tilt. Je ne me rappelle plus le passage, mais il m’a fait réaliser que mes frères, qui me soutenaient mordicus que sans l’école les enfants n’apprendraient rien, sont de purs autodidactes dans les domaines où ils mènent leurs brillantes carrières : l’informatique pour l’un, l’électronique pour l’autre. L’informatique, ils l’ont abordée d’eux-mêmes avant leurs 10 ans, puis approfondie en programmant, démontant et remontant sans relâche notre Apple IIe ; et je me rappelle mon frère électronicien fabriquant ses circuits imprimés dans la cuisine, ses nombreuses réalisations (amplis, table de mixage, scanner…), et la publication d’une de ses inventions dans une revue d’électronique de haut vol bien avant son bac.
Amusant, dans ce contexte, qu’ils soient convaincus que sans école il n’y a pas d’apprentissage possible pour un enfant.
Amusant également, quand on y pense, que malgré mes réflexions et recherches d’exemples d’apprentissage autonome depuis bientôt 4 ans sur ce sujet, il ait fallu cette lecture pour me rendre compte que j’en avais 2 juste sous mon nez… depuis plus de 20 ans. ^^

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  1. c’est marrant j’expliquais justement hier soir à Alderanan pourquoi je pensais que l’école est une broyeuse à mômes

  2. Merci pour ce blog, je viens de lire au hasard ce billet qui m’a interpelée car j’ai entendu parler de ce livre et que je suis terriblement tentée par la nonsco! Je sens que je vais adorer votre blog ^^

  3. Lilie> Merci à vous, j’espère que vous trouverez ici des infos qui vous seront utiles 🙂

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