Archives Mensuelles: février 2012

Comment l’IEF – 4. « … Et je ne suis jamais allé à l’école »

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sous-titré : Histoire d’une enfance heureuse.

C’est un livre d’André Stern, qui m’a fait de l’œil (le livre, pas son auteur, qu’allez-vous imaginer ?) sur un site de vente en ligne alors que je venais commander un bouquin sur les enduits en terre crue. Je l’ai reçu quelques jours plus tard, et lu le soir-même.

Vous connaissez sans doute déjà cette sensation : vous lisez, et vous sentez des déclics et des clics se faire au fur et à mesure. Clic, clic, clic, un livre fait pour vous, qui correspond exactement à ce que vous vivez, pensez au plus profond de vous, ou à ce que vous avez besoin de lire à ce moment précis. C’est ce que j’ai vécu pendant toute sa lecture. Clic, clic, clic.

À noter hélas que, de nos jours, les parents d’André Stern connaîtraient probablement quelques démêlés avec les inspecteurs de l’Éducation Nationale…

Petit extrait du 4e de couverture :

Ce livre, qui raconte l’histoire d’une enfance heureuse, comble une lacune : jusqu’ici, personne ne savait ce qu’il advient d’un enfant qui, profondément enraciné dans notre société et sa modernité, grandit loin de toute scolarisation, sans stress, sans compétition, sans programme préétabli ni référence à une quelconque moyenne.

[…]

Cet ouvrage ne vante pas une méthode de plus, ne propose pas de recette miracle. Il n’est ni un manuel d’anticonformisme, ni une critique de l’école. Il est un témoignage, une source d’inspiration, un appel à la liberté, à la diversité et à la confiance.

Le gras de la dernière phrase est de moi. Ce livre est bouleversant de confiance, de liberté et de bonheur.

Le premier « clic » est arrivé dès la première page : l’auteur explique que, tout jeune, il avait mis au point une phrase de présentation complète pour les gens étonnés de le voir en liberté à des heures scolaires :

Je m’appelle André, je suis un garçon, je ne mange pas de bonbons et je ne vais pas à l’école.

Ça ne vous rappelle rien ?
Fiston n’a que 3 ans et demi, et il a déjà lui aussi adopté ce genre de propos quand il va parler aux inconnus. « Je m’appelle Fiston, j’ai 3 ans et demi et je ne vais pas à l’école. » ou « Je m’appelle Fiston, je suis un garçon aux cheveux longs. » Ou un combo.

Je ne vais pas détailler tous mes « clics », il y en a 1 par page à peu près (c’en était presque flippant), mais en voici quelques-uns, positifs ou négatifs :

–> Tout au long de cet ouvrage, l’auteur nous fait plonger dans ses boulimies de connaissances. Je dis bien « ses » boulimies, car n’étant contraint d’aucune façon, il a pu laisser court à ses nombreuses passions, quelles qu’elles soient, aussi longtemps qu’il le voulait. Dans les dernières pages, André Stern répond à quelques questions qu’on lui pose fréquemment, l’une d’elles concernant les motivations de ses parents. Pour y répondre, il a laissé la parole aux deux intéressés, et son père commence sa lettre ainsi :

Combien de parents m’ont dit : Avant d’aller à l’école, mes enfants ont beaucoup dessiné. — Et ensuite ? — Ah ben non ! Ils n’en avaient plus envie – ni le temps d’ailleurs ! »

Quelques heures avant de lire ce livre, j’avais ma mère au téléphone, qui gardait Fiston pendant 2 jours et me racontait ce qu’ils avaient fait cet après-midi, et à quelle point elle n’en revenait pas de le voir autant accro au dessin. Ni de toutes ses questions, de sa curiosité insatiable qui l’emmène dans toutes les directions. Elle me disait qu’il avait des questions et des réflexions qui n’étaient pas du tout de son âge, et qu’elle n’avait jamais vu ça chez un enfant (« ça » étant le fait de beaucoup dessiner, de poser autant de questions sur tant de sujets, et pas des questions « idiotes »).
Fiston est son 8e petit-enfant, et ma mère s’est beaucoup occupé de tous les autres. Malgré une partialité plus que certaine couplée sans doute à une amnésie sélective (il y a 5 ans d’écart entre Fiston et les plus jeunes de ses cousins), il y a sans doute un peu de vrai dans son « je n’ai jamais vu ça. »
Je lui ai dit que c’est peut-être bien le fait de ne pas aller à l’école qui lui permettait tout cela. Je n’entends pas par-là que tous les enfants nonscos sont comme Fiston, ni que tous les enfants scolarisés deviennent éteints, loin de là : mais s’il allait à l’école il n’aurait peut-être plus le temps ou l’énergie d’être ainsi. D’explorer tout ce qu’il veut comme il le veut, de poser des millions de questions à longueur de journée, de tout décortiquer, parce qu’on ne l’oblige pas à faire autre chose quand il a envie de parler de la mort ou des fosses septiques ou de l’électricité ou des boîtes de vitesse ou de la fabrication de la peinture, parce qu’il a la plupart du temps quelqu’un de disponible pour répondre à sa soif d’informations.


–> Dans cet ouvrage, l’auteur souligne à de nombreuses reprises le fait que même s’il avait parfois des passions très envahissantes ou incongrues, tout le monde l’a toujours laissé les vivre à sa guise, et l’a aidé : ses parents notamment, en lui dénichant des livres sur le sujet par exemple.
Ça a « cliqué » dans ma tête car c’est ce que j’ai à cœur de faire avec Fiston depuis qu’il est tout bébé, notamment grâce à mes lectures sur la pédagogie Montessori où j’avais puisé 2 éléments essentiels à mes yeux : les périodes sensibles, et ne jamais déranger un enfant qui joue (dans la mesure du possible, évidemment). Et donc quand Fiston est intéressé par un sujet, même si ce n’est « pas de son âge » et même si, personnellement, ça me laisse froide, on creuse. L’électricité, par exemple : Fiston a été fasciné par le C’est pas sorcier sur le sujet, j’ai acheté (pour tout le monde ^^) un coffret « Électricité junior » prévu pour les « génies en herbe à partir de 10 ans » – comme s’il y avait besoin d’avoir 10 ans pour brancher une ampoule sur une pile – et nous avons fait des montages, des expériences. Fiston s’est régalé à constater que le courant passait très bien dans l’eau salée, mais pas dans la table en bois. Très bien dans la lame d’un couteau mais pas dans son manche en plastique. Etc. Que 2 ampoules en série, ça éclaire, mais moins que 2 ampoules en parallèle. Et moi, pour la première fois de ma vie, je comprends enfin comment ça fonctionne, l’électricité. ^^
Quant aux voitures de course, j’ai beau ne pas m’y intéresser du tout et trouver ça écologiquement désastreux, je n’ai pas pu m’empêcher d’être fascinée par cette vidéo trouvée en cherchant des réponses aux questions de Fiston. Remplir le réservoir et changer les roues d’une Formule 1 en 6 secondes, c’est quand même impressionnant.
Bref, la partie négative du clic : toujours quelques heures avant de lire ce livre, au cours de la même conversation téléphonique que celle dont je parle plus haut, ma mère mentionne que Fiston à un moment s’est mis à dessiner un égoût, et que ça ne l’inspirait pas trop, elle, les égoûts c’est pas beau, alors elle a retourné la feuille et Fiston a dessiné un arbre et des fleurs, et là c’était mieux.
Léger bouillonnement de ma part à mon bout du fil, j’entends en même temps Fiston qui demande de sa petite voix pointue : « Pourquoi tu as retourné la feuille ? »
Ben oui, pourquoi ? C’est absolument passionnant, les égoûts. On peut remonter à leur origine et découvrir comme c’était avant, on peut trouver des plans, découvrir comment l’eau circule là-dedans, où elle va, d’où elle vient, ce qu’elle devient, comment on creuse un égoût, comment on l’entretient, à quoi servent les gros couvercles dans les routes qui font sursauter la voiture quand on passe dessus… Mais non. Les égoûts, c’est pas beau et ça pue, on remet le couvercle, on tourne la feuille et on n’en parle plus.
(Ma mère a plein de qualités et Fiston s’éclate avec elle quand même, hein…)


–> Dans la FAQ, André Stern aborde aussi la sempiternelle question de l’insertion dans la société de ces sauvages barbares enfants non scolarisés. Et il répond sobrement qu’ils n’ont pas besoin de s’insérer dans la société puisqu’on ne les en ôte jamais en les plaçant dans un milieu artificiel, conçu seulement pour eux, en dehors de la société. Ça aussi, j’en avais parlé dans un des premiers billets de ce blog.


–> Au fil des pages, on assiste aux rencontres entre le jeune André et certaines personnes qui ont marqué sa vie, qui sont devenues des amis tellement proches qu’ils ne passent que rarement un jour sans s’appeler. Et souvent, ce ne sont pas des amis de sa génération, loin de là, mais de quelques décennies plus âgés que lui. C’est une des richesses de l’IEF, et c’est aussi une réponse possible à l’argument « mais la socialisation ? besoin de voir des enfants de son âge blablabla » qu’on nous sort presque immanquablement quand on dit que son enfant n’est pas scolarisé.
Fiston a des amis. Certains sont des enfants, mais beaucoup sont des adultes (surtout les mamans, Fiston adore les mamans ^^). Dans le domaine où nous habitons, ceux qu’il appelle « ses copains » sont un couple de grands-parents que nous rencontrons souvent lorsque nous nous promenons. Lorsque Fiston les voit passer devant la maison, il crie « Ce sont mes copains ! » et fonce leur raconter sa vie.
Aujourd’hui, Fiston a invité à goûter son ancienne baby-sitter, ses parents et sa grand-mère.


–> La musique… Ah, la musique, qui me faisait m’interroger il y a peu de temps… André Stern est guitariste et luthier, et pourtant ses parents ne se sont jamais mis en tête de lui apprendre quoi que ce soit à ce sujet. Ils se sont contentés de répondre à ses questions et de fournir les informations ou les supports nécessaires à sa soif d’apprendre.


La liste est encore longue mais je m’arrête là, surtout que je n’ai plus le livre sous les yeux, l’ayant déjà prêté. J’espère que la personne qui le lira comprendra certaines choses et arrêtera par exemple de dire que Fiston dessine au stylo-plume comme je lui ai appris, ou qu’il se tient devant le piano comme je lui ai montré, car je n’ai rien fait de tel ; et je trouve ça parfaitement insultant envers Fiston – en plus d’être faux – de sous-entendre que s’il sait faire quelque chose, c’est forcément parce que quelqu’un lui a appris à le faire.
Et j’aurais aimé lire ce livre plus tôt, il y a 1 an et demi, avant un certain Noël désastreux qui a tourné au lynchage lorsqu’une partie de ma famille a compris que nous ne comptions pas scolariser Fiston : car outre la force de ce témoignage, j’y ai trouvé un autre argument qui a fait tilt. Je ne me rappelle plus le passage, mais il m’a fait réaliser que mes frères, qui me soutenaient mordicus que sans l’école les enfants n’apprendraient rien, sont de purs autodidactes dans les domaines où ils mènent leurs brillantes carrières : l’informatique pour l’un, l’électronique pour l’autre. L’informatique, ils l’ont abordée d’eux-mêmes avant leurs 10 ans, puis approfondie en programmant, démontant et remontant sans relâche notre Apple IIe ; et je me rappelle mon frère électronicien fabriquant ses circuits imprimés dans la cuisine, ses nombreuses réalisations (amplis, table de mixage, scanner…), et la publication d’une de ses inventions dans une revue d’électronique de haut vol bien avant son bac.
Amusant, dans ce contexte, qu’ils soient convaincus que sans école il n’y a pas d’apprentissage possible pour un enfant.
Amusant également, quand on y pense, que malgré mes réflexions et recherches d’exemples d’apprentissage autonome depuis bientôt 4 ans sur ce sujet, il ait fallu cette lecture pour me rendre compte que j’en avais 2 juste sous mon nez… depuis plus de 20 ans. ^^

Mini-habitat groupé – au jour le jour : premières prévisions

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La première réunion de chantier a eu lieu aujourd’hui chez l’architecte, avec toutes les entreprises présentes.
Nous n’avons pas encore le planning prévisionnel, mais la période provisoire de fin de chantier (sans les finitions, que nous ferons nous-mêmes) est pour le moment fixée à mi-juillet.
On commencerait presque à y croire, dites donc… ^^

La suite, c’est là.

Prêter ses jouets ? – 2

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Dans le premier billet, je faisais part des difficultés rencontrées parfois avec Fiston lorsque d’autres enfants venaient chez nous, et de la mise en pratique de la solution choisie, à savoir un réaménagement du salon et une part de jouets « pour tout le monde » beaucoup plus importante. J’annonçais aussi la venue imminente d’une amie accompagnée de ses 3 enfants.

Isa et les garçons sont venus et repartis, et, comment dire… Je ne sais pas à quel point c’est lié à la nouvelle organisation, mais tout s’est déroulé à merveille.

Juste avant leur arrivée, j’avais terminé de remplir les étagères avec diverses choses pour tout le monde et occulté la colonne contenant les affaires que Fiston ne voulait pas prêter, avec du papier et de la patafix : c’était moche, mais Fiston a trouvé ça très beau – je pense qu’à ses yeux, la finalité primait sur l’apparence. Ses gros jouets étaient dans notre chambre. Résultat, je crois qu’il sentait ses affaires (et sans doute lui-même par extension) « en sécurité ». Pour nos petits visiteurs, ce n’était pas compliqué : tout ce qui était visible était pour tout le monde. Et il n’y a eu aucun problème. Fiston a même voulu de lui-même de prêter certaines de ses affaires : ses feutres neufs, et son téléphone fétiche – détail amusant, celui-là, il l’avait sorti seulement pour les « grands garçons » : lorsque le plus jeune a tenté de le prendre, il y a eu un « non ! » retentissant, c’était seulement pour les grands. Il y a eu des échanges, notamment de petites voitures : chacun y a trouvé son compte (les adultes aussi : pour ma part, notamment, je ne suis pas près d’oublier le gros câlin de l’aîné).

Il n’y a pas que dans la maison que ça s’est bien passé. Au parc aussi, Fiston a joué avec et au milieu des enfants (les 3 d’Isa + 2 de ses petits copains habituels), en partageant les seaux et autres rateaux. Certaines fois, des interactions qui avaient l’air de mal commencer se sont finies en un grand moment de complicité et de rigolade – car nous ne sommes pas intervenues. Le lendemain matin, malgré le temps plus que maussade, il y a eu une séance aquatique sur la terrasse et un chouette moment aussi avec les 3 « grands » qui sautaient dans les flaques.

Finalement, le seul point négatif pour nous a été qu’Isa et les garçons ont dû repartir quelques heures plus tôt que prévu, car je crois que personne n’en avait envie. Au cours d’une dernière négociation, Fiston a hérité d’un âne gonflable rouge (« C’est ma couleur préférée ! ») en échange de 2 petits jouets. Depuis, il abreuve son âne de « je t’aime ! », « tu es mon ami ! », de « je veux le garder tellement qu’il est beau ! », et il le trimballe partout avec lui.

Des amis pour la vie !

Au moment du départ, j’ai demandé à Fiston s’il s’était bien amusé : grand sourire en hochant la tête. S’il voulait qu’ils reviennent nous voir : même réponse. Si on irait les voir aussi : même réponse.

Ce matin, en se réveillant, il m’a demandé s’ils étaient encore là et était très déçu que ce ne soit pas le cas. Il m’a dit : « je veux qu’ils soient tout le temps dans notre maison ! », et quand je lui ai répété qu’on irait les voir un jour, il m’a demandé, les yeux pleins d’espoir : « Aujourd’hui ? »

La juste mesure

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Un peu de musique pour fêter le centième billet de ce blog 🙂

Le Barbu et moi sommes musiciens, et donc Fiston depuis tout petit a accès à un certain nombre d’instruments, que ce soit chez nous ou chez mes parents. À même pas 1 mois, il a fait des siestes sur mes genoux pendant que je jouais du piano d’une main, lui-même a commencé à taper sur les touches 1 ou 2 mois plus tard, à gratouiller les cordes d’une guitare peu de temps après, etc.
Mais il y a eu des périodes assez longues, plusieurs mois, où cela ne l’intéressait absolument plus de jouer ou d’écouter. C’est revenu. Depuis déjà un certain temps, il est très demandeur : jouer du piano / synthé tout seul ou avec nous, avec d’autres, il adore. Jouer de la guitare avec son papa, il est fan. L’harmonica, il aime aussi. Il a demandé un ukulele pour Noël.
Pour autant, on ne le pousse pas du tout là-dedans. Il connaît le nom des notes de musique car sa grand-mère les lui a apprises, mais je ne crois pas qu’il sache à quoi ça correspond. Je ne lui ai jamais dit de se tenir comme ci ou comme ça devant le piano, ou montré comment faire une gamme, ou un doigté, ou quoi que ce soit de ce style (par contre il sait comment ça fonctionne).

Ça sent la réaction à mon éducation perso, non ? Je confirme. ^^

À l’âge de Fiston, je connaissais déjà les bases du solfège, je pouvais lire une partition simple en clé de sol, ma mère me donnait des cours de piano. Je suis entrée au conservatoire (solfège) à 5 ans, en sautant tout de suite 2 classes. 5 ans après, alors que cela faisait 3 ans que je demandais à arrêter, que j’essayais tous les mercredi de faire croire que j’étais malade pour ne pas y aller, et alors que du bas de mes 10 ans j’avais beaucoup de mal à suivre dans une classe où tous les autres avaient au moins 18 ans, ma mère a accepté. J’ai arrêté. Ouf. J’ai subi encore 2 ans de cours de piano, et ensuite j’ai dit stop, pensant avec ravissement que plus jamais je ne jouerais de Chopin, de Mozart ou de Beethoven. J’avais tort, quelques années plus tard l’envie de classique est revenue grâce à la liberté de ne plus en jouer.
Ce que j’ai tiré de cette éducation ? À mes yeux, plutôt des inconvénients qu’autre chose, et en particulier :

– beaucoup de temps perdu (toutes mes années de solfège, au moins) et un mal-être certain par moments ;
– une incapacité à improviser, alors que j’aurais adoré pouvoir le faire ;
– difficile à croire même pour moi à l’heure actuelle, mais jusqu’au début de mon adolescence, si je pouvais pondre la partition de n’importe quel morceau rien qu’en l’écoutant (j’ai l’oreille absolue, ça aide), j’étais infoutue de distinguer le son d’un piano de celui d’une trompette. Je n’entendais que des notes, et rien que des notes. On compare souvent la musique aux mathématiques : c’était tout à fait comme ça que je l’entendais, et ça n’avait rien de très plaisant. Je pouvais me coller des maux de tête terribles en écoutant un morceau, à force de le visualiser sous la forme de milliers de notes abstraites.

Quelques années après avoir arrêté le solfège et les cours de piano, j’allais déjà bien mieux : je distinguais enfin les instruments, pas très finement, mais je ne confondais plus un hautbois avec une contrebasse ; je n’improvisais toujours pas, pas vraiment, je faisais des arrangements, disons ça comme ça ; mon oreille m’était toujours utile, mais pas pour écrire des partitions, juste pour jouer. J’ai essayé des tas d’instruments : violon, saxo, harmonica, accordéon, flûte de pan, djembé, guitares, mandoline, mandole, banjo, orgue, clavecin et j’en oublie. Peu m’ont plu au point de m’y mettre vraiment – ou juste d’en avoir envie.
À l’heure actuelle je n’envisage pas d’habiter dans un endroit sans au minimum un piano et une guitare : il peut se passer des mois sans que j’en joue, mais j’y reviens toujours et alors, clairement, je retrouve des vieux amis.

Revenons-en à Fiston.

Fiston ne chante pas. Du moins ne chante pas de chansons existantes. Souvent il chantonne du charabia d’un air joyeux, mais on ne peut pas dire qu’il chante.

Et pourtant.

Il y a un mois environ, comme il le fait souvent, il s’est mis au piano avec son père. Ce dernier s’est tenu à un accompagnement simple : 2 accords, pour laisser Fiston improviser tranquillement. Et d’un seul coup, tout en pianotant, notre bonhomme a commencé à chanter. Doucement, puis plus fort. Alors ce n’était pas parfait, loin de là : par rapport à beaucoup d’enfants de son âge, il a la voix très peu exercée, on sent bien qu’il n’a pas l’habitude de chanter. Mais même s’il lui fallait parfois un peu de temps pour se caler sur la bonne note, la mélodie qu’il inventait collait parfaitement au rythme et aux changements de ton du Barbu, elle était variée, pleine de trouvailles. Sa voix se déliait peu à peu, et il a improvisé pendant une bonne 1/2 heure, et encore plusieurs fois au cours des jours suivants. En ce qui concerne le texte, la plupart du temps c’était du charabia à sa façon, avec parfois des paroles comme un « pourquoi tu rigoles ? »  ou « pourquoi t’es une fille ? » répétées une dizaine de fois jusqu’à ce que je réponde, mais toujours en rythme.
Magique. J’ai gardé l’air dans la tête.

Depuis il ne l’a pas refait. On s’en fiche. On le laisse aux commandes.

Est-ce qu’on fait bien ? Je ne sais pas. Est-ce qu’on devrait lui proposer (sans imposer) plus ? Je ne sais pas. Est-ce que, sur ce sujet de la musique, je réagis à un extrême (mon éducation) en tombant dans un autre (celle de Fiston) ? Y a-t-il une (plus) juste mesure ? Je ne sais pas.
Mais je préfère le laisser expérimenter à sa façon, quand il veut, s’il veut, et lui faire confiance pour se tourner vers nous ou être capable de se débrouiller tout seul le jour (hypothétique) où il en voudrait plus.
Et nous faire confiance pour rester sereins dans le cas où Fiston n’éprouverait plus jamais l’envie de chanter ou de jouer d’un instrument.

Maman, raconte-moi encore l’histoire de la tempête de neige de quand j’étais tout petit…

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Le mot important dans le titre, c’est « encore ». ^^

Après 3 répétitions de l’histoire, interrompue sans cesse par des « pourquoi ceci ? Pourquoi cela ? », je propose à Fiston de faire une reconstitution. Cris et sauts de joie, Fiston est d’accord, bien sûr !

Alors c’est parti.

Première chose, le décor : une couverture par terre, un grand papier dessus, et on commence à construire une route bordée par des champs. Fiston dessine la route au feutre, puis place à la pâte à modeler pour y mettre un peu de relief.

La route achevée, l’ingénieur des Ponts & Chaussées vérifie que ses petites voitures peuvent y rouler. Tout en boulottant un gâteau car « [son] corps est tout vide et il réclame à manger. »

L’histoire peut maintenant commencer.

Il y a 2 ans, tu avais 18 mois environ, il a beaucoup neigé pendant l’hiver…

De la neige ! Il nous faut de la neige ! Fiston, une idée ? « Du lait en poudre », répond Fiston, qui sait fort bien qu’il y a dans le garage une boîte de lait premier âge périmé à sa disposition pour ses envies créatrices.

Allons-y pour le lait en poudre, et on retrouve même la cuillère…

… cependant trop petite pour « faire neiger », donc on prend une passoire.

Attention, c’est parti : il neige !

C’est drôlement beau !

Les premiers jours, la neige ne nous a pas gênés, elle n’était pas trop épaisse et les voitures pouvaient passer en laissant des jolies traces…

Mais un soir que nous revenions de chez tes grands-parents, il s’est remis à neiger, tellement qu’on n’y voyait plus rien…

Nous roulions tout doucement pour ne pas déraper, il faisait nuit et la neige recouvrait la route, de plus en plus de neige. Et surtout, le vent soufflait, fort !

(Ici, un essai foireux avec un sèche-cheveux. Finalement nous avons soufflé nous-mêmes.)

Tellement fort qu’il a poussé la neige qui se trouvait sur les champs et au bord de la route, et qu’en arrivant à la petite route qui mène à la maison… eh bien il n’y avait plus de petite route ! Elle avait disparu !

Tout était blanc, on ne distinguait plus la route des champs, et il fallait traverser cette étendue immaculée pour arriver chez nous…
Nous avons tenté quand même de retrouver notre chemin, la voiture s’est engagée…

Mais au bout de quelques mètres à peine, nous avions quitté la route sans nous en apercevoir, et la voiture était bloquée…

… de la neige jusqu’au capot, et les roues patinant, impossible d’avancer ou de reculer.

(Ici, je me rends compte qu’on manque complètement de petits personnages à la maison)

Heureusement, un monsieur nous a aidés à dégager la voiture. Il ne faisait que ça depuis 2 heures, d’aider les gens qui tentaient de traverser et qui terminaient tous dans les champs.
Nous avons fait demi-tour et sommes repartis pour tenter une autre route : même scénario, sans le monsieur.
C’est par un 3e chemin, plus long mais protégé par des haies et des maisons, que nous avons enfin pu regagner nos pénates.

(on refera la reconstruction avec des haies une autre fois, pour montrer à Fiston que ça protège bel et bien du vent)

Nous sommes restés bloqués plusieurs jours à la maison. Et même quand un tracteur a dégagé la route au bout d’1 semaine, le passage était si étroit, et la neige de chaque côté était si haute, que nous n’osions pas nous y risquer.
Car si une voiture pouvait passer…

deux voitures ne pouvaient pas s’y croiser !

… comment ça se serait passé si on s’était trouvés nez à nez avec une autre voiture ? Il aurait fallu qu’une des deux recule, et recule encore, parce que dans la réalité, cette route fait plus d’1 km !

Il a donc fallu attendre encore plusieurs jours que le temps se radoucisse, que la neige fonde sur les bas-côtés de la route pour qu’il y ait assez de place pour deux voitures et pouvoir sortir de chez nous.

Fin de l’histoire, mais pas du jeu.
Et vous l’aurez remarqué sur les photos, Fiston portait un pantalon noir, évidemment. ^^

Prêter ses jouets ?

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Sujet épineux s’il en est, en tout cas chez nous.

Nous sommes toujours partis du principe que les jouets de Fiston étaient à Fiston et que c’était lui qui décidait de les prêter ou non. Quand il était bébé il s’en fichait, bien entendu, puis la phase possessive est apparue.
Au fil du temps, c’est devenu parfois problématique.

Quand on va chez les autres, tout va bien. Fiston emporte quelques jouets à prêter pour faire des échanges. Il demande toujours avant d’emprunter quelque chose, et ne prend rien sans la permission de son propriétaire (un point très appréciable à mes yeux) même s’il peut se montrer insistant. Certains des enfants prêtent sans aucun souci tous leurs jouets (notamment dans les fratries), d’autres moins facilement (notamment les enfants uniques, eh oui, big surprise : je sais bien que de ce point de vue-là être enfant unique n’est pas l’idéal, mais si tout s’était passé comme prévu ou du moins raisonnablement mal, nous serions déjà depuis longtemps dans cette *censurée* de maison avec des pièces communes, et Fiston cohabiterait avec Loulou depuis des mois… *respire à fond*), et c’est là que le troc montre sa redoutable efficacité.

Quand les autres viennent chez nous, c’est plus compliqué, surtout s’ils n’apportent rien à échanger, justement. Et donc, il y a quelques mois, on se retrouvait parfois dans des situations peu confortables, étant donné que :

  • tous les jouets disponibles chez nous appartenaient à Fiston,
  • il était dans une période où il n’avait pas envie de prêter quoi que ce soit (sauf pour faire des échanges, mais là je parle des cas où il n’y avait rien à échanger),
  • nous tenions toujours à ce que ce soit Fiston qui décide de prêter ou non ses affaires,
  • nous tenions tout autant à ce que les enfants venant chez nous passent un bon moment – ce qui n’est pas vraiment compatible avec le fait de jouer à Tantale au pays des jouets pendant des heures.

Nous arrivions quand même sans trop de mal à persuader Fiston de prêter 2-3 choses, mais généralement ce n’étaient pas du tout celles qui intéressaient les autres. Forcément. Ce qui, du coup, blessait Fiston, chagriné qu’il était de voir ses jouets chéris méprisés alors même qu’il faisait un gros effort pour les prêter. ^^
Dans ces cas-là, l’une des seules choses qui fonctionnaient, c’était la musique : Fiston adore jouer du piano, du synthé ou de l’harmonica avec les autres.

La solution, au moins temporaire, coulait de source à mes yeux : ne plus avoir d’amis ne plus les inviter faire en sorte que tout ne soit pas qu’à Fiston.
Petit à petit, j’ai commencé à récupérer ou acheter des trucs en le prévenant que ça, c’était pour tout le monde. Des jeux de société pour commencer. Au fil des mois, j’ai constitué un petit stock « de secours » histoire de m’assurer que les enfants venant chez nous pourraient au moins dessiner, faire de la pâte à modeler, peindre, coller des gommettes, feuilleter des livres, faire un puzzle, jouer au ballon, aux Tips, s’amuser avec des aimants, etc.
Maintenant, sauf raison précise (anniversaire, Noël, maladie…), j’achète ou je récupère pour tout le monde. Beaucoup plus simple à gérer. Fiston dispose encore d’une bonne quantité de jouets sur lesquels exercer s’il le souhaite son droit de propriété – ou son envie de prêt – car je pense toujours que c’est important. Et quand des enfants doivent venir, je préviens Fiston que s’il ne veut pas prêter certaines choses qui sont normalement dans le salon, il aille les planquer dans notre chambre.
Ce w-e, j’ai tenté un nouvel aménagement du salon, avec une étagère entièrement consacrée aux jeux et jouets pour tout le monde. Fiston a eu l’air d’approuver le principe. Il a même de son propre chef décidé d’y placer quelques-uns de ses chiffres en bois, et pour le moment il parle avec beaucoup d’enthousiasme d’Isa et de ses 3 enfants (qu’il ne connaît encore qu’en photo) qui vont passer 2 jours chez nous prochainement.

Verdict à venir bientôt, donc 🙂

Mini-habitat groupé – au jour le jour : les devis, c’est fini

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Voilà, les compromis et coupes sombres sont finis : on n’a pas pu ramener le total au niveau espéré mais c’est déjà mieux qu’il y a un mois

Si le temps le permet, les travaux devraient commencer dans 2 à 3 semaines…
On n’ose pas trop y croire, à vrai dire, mais Fiston a hâte de voir la pelleteuse 🙂

Pour ce qui est du prêt-relais, ça devient kafkaïen, la banquière nous dit avoir faxé l’accord de prêt au notaire qui déclare n’avoir rien reçu, et elle leur demande par notre intermédiaire un document dont le notaire nous dit que c’est à elle de leur envoyer… ^^

La suite, c’est là.

Une petite bête qui monte…

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Forme très moyenne en ce moment à la maison, entre grippe des uns et des autres,  nuits hachées, urticaire au froid chez moi, et Gros Monstre Tigré qui fait une rechute. Vivement le printemps.

Heureusement, les peluches sont plus en forme que nous… Voici le tout premier film d’animation qu’on a réalisé avec Fiston (avec le petit chat Bibi aux pattes aimantées) pour lui montrer le principe. Le résultat est très moyen, entre appareil photo un peu bousculé par des petites mains impatientes entre 2 prises, luminosité qui varie et flash qui ne se déclenche pas toujours, mais il a beaucoup plu à Fiston, même si je pense que le concept lui a échappé.

Quand on sera plus en forme, j’aimerais me lancer avec Fiston dans l’étude et la réalisation d’un certain nombre de jouets optiques, beaucoup plus pédagogiques que tout ce qui est assisté par ordinateur.

En vrac…

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Petite maison : on attendait toujours l’accord du juge concernant le compromis signé début décembre, j’ai appris hier que le notaire l’avait sur son bureau depuis déjà 1 mois, mais il n’avait pas jugé utile de nous en faire part…

Future maison : on est toujours dans les devis, ça baisse. Mais pas très vite et pas autant qu’on aurait voulu.

(Pour ce qui concerne le projet, la suite, c’est là.)

Fiston : on continue les démontages, une de ses voitures trône les moteurs à l’air depuis quelques jours. Sur la photo en haut à droite, on peut voir une voiture rouge avec une télécommande : c’est le même modèle que celle qui est ouverte.

Pour la plus grande joie de Fiston, nous avons fait des expériences avec des bougies. La plus rigolote est celle de la bougie qui se balance. Les premiers essais n’ont pas été concluants car les bougies étaient trop petites (bougies d’anniversaire), mais avec une grande, ça balance, ça balance !

Et enfin, aujourd’hui Fiston a reçu une balance 🙂
Il a passé une bonne partie de l’après-midi à peser plein de choses. À sa façon. D’après lui, certains de ses jouets font plusieurs tonnes. ^^
Sur la photo, il s’amuse à équilibrer les plateaux avec des perles à repasser.