Il est si mignon d’habitude…

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Récent.
J’allais confier Fiston à mes parents pour 2 jours comme je le fais souvent ces temps-ci (à sa demande). Il y a environ 1h de route pour aller chez eux, et normalement nous partons le matin, tout va bien, Fiston papote pendant tout le trajet, arrive en pleine forme, fonce vers ses grands-parents pour leur dire qui il est ce jour-là (petit pompier, petit chaton…) et se précipite ensuite vers le Lego.
Là, nous y sommes allés en fin d’après-midi, quand la nuit commençait à tomber. Fiston s’est endormi comme une masse au bout de 10 minutes, et en voyant ça je me suis dit : et merde.

Et merde, car lorsque Fiston s’endort en fin de journée et qu’il se réveille alors qu’il fait nuit, c’est la cata quasiment assurée. Je sais qu’il n’est pas le seul dans ce cas, j’ai cru comprendre qu’à cause de l’obscurité, son cerveau pense que c’est le début de la nuit et s’apprête à dormir jusqu’au lendemain matin ; et lors du réveil, 3/4 d’heure plus tard, il est complètement largué, déboussolé : la cata. Pleurs, hurlements, il se débat (Fiston, pas le cerveau), et il a du mal à se reconnecter à la réalité.
Donc sans surprise, on arrive, on se gare, Fiston se réveille et ça commence. On attend 10 minutes dans la voiture, pas d’amélioration, tout juste si Fiston arrive à me dire qu’il « préfère » aller chez ses grands-parents plutôt que rester là. Donc allons-y, dans la joie et la bonne humeur, avec un petit garçon qui pleure, qui crie, qui ne veut pas sonner à l’interphone mais hurle « C’est moi ! » dès que je le fais, idem pour l’ascenseur… et lance des regards noirs à ses grands-parents et à son père (qui était passé lui faire un coucou) tout en continuant à se débattre, voire en voulant taper la canne de son grand-père (ce qui est toujours mieux que le grand-père lui-même, remarquez).

Je dis rapidement bonjour, j’explique la situation en 3 mots à mes parents éberlués et je file dans une autre pièce avec Fiston pour le calmer.
(Pas bien choisi la pièce, d’ailleurs : j’ai pris la salle de jeux car il y a de la moquette par terre en pensant aux voisins du dessous. Sauf que du coup Fiston voyait les jouets, et moi je lui ai dit niet pour qu’il joue avec tant qu’il ne serait pas calmé. Pas pour faire du chantage, mais parce que je le connais, le Fiston : mieux vaut éviter de lui donner des objets contondants quand il est énervé comme ça. Pas envie qu’il casse les jouets qui servent aussi à ses cousins et cousines, pas envie qu’il abîme les murs en jetant une voiture Playmobil dessus, et pas envie de me prendre une brique Lego dans la tête même si ce n’est pas voulu de sa part. Pas envie qu’il se blesse non plus. Résultat, à un moment, il m’a demandé pendant une accalmie pourquoi sa grand-mère elle ne voulait pas qu’il joue quand il n’était pas calme. Rectificatif de ma part : ce n’est pas ta grand-mère, c’est moi qui ne veux pas. En expliquant pourquoi. Bref, la prochaine fois, prendre plutôt la chambre où il dort, il n’y a que des peluches…)
Ça a duré à peu près 1h en tout, depuis le réveil jusqu’à la fin de la crise. Avec des mieux, qui repartaient en live dès que ses grands-parents intervenaient, pleins de bonne volonté mais ne comprenant manifestement pas du tout ce qui se passait. Grands-parents repartant dire au Barbu « Il est si mignon d’habitude ! ». Ben oui, mais pas 100% du temps non plus, il est humain… Et là ce n’était qu’un petit garçon de 3 ans et demi dont le cerveau était à l’ouest et qui ne maîtrisait plus rien.

Et bien sûr, l’heure du départ approchait pour moi et le Barbu, vu que nous avions un RDV à Paris dans la soirée. Je commençais à stresser un peu, à force, et j’ai réussi à faire comprendre à Fiston que je commençais à être contrariée parce qu’on était en train de gâcher le moment qu’on aurait pu passer tous les 3 avant de se quitter pour 2 jours. Il a fait un (gros) effort sur lui-même et a bien voulu que je lui lise un livre pour l’aider à aller mieux. Après le livre, il m’a dit « Ça m’a pas consolé, maman »,  avec encore plein de larmes dans les yeux, mais beaucoup plus calmement. J’ai proposé un 2e livre, il a dit oui, je lui ai dit que j’allais demander à ses GP et à son papa de venir avec nous pour qu’on soit quand même un peu ensemble, il a dit oui, et c’est ce que nous avons fait. J’ai lancé un regard d’avertissement à tout le monde pour leur signifier de la boucler pendant que je lisais le livre (sortir un jovial « Alors, c’est fini cette grosse colère ? », je le sentais venir gros comme une maison et ça n’aurait pas trop aidé ^^). On a lu le livre 1 fois, 2 fois, Fiston s’est déridé complètement, et à la fin m’a dit avec un grand sourire : « Ça va, maintenant, c’est passé. » (Il est fort courtois et me prévient toujours : au début ça m’ahurissait un peu de le voir, parfois au milieu d’un hurlement, se mettre à sourire et venir vers moi en disant « Ça y est, ça va mieux », et ça voulait vraiment dire que c’était fini.)
Sa grand-mère a embrayé en douceur, Fiston était à nouveau comme d’habitude, tout joyeux, expansif, moulin à paroles, il a montré sa grande blessure de guerre à son GP (une chute qui lui a rapé les côtes, il en est très fier), on est restés encore 10 minutes avec le Barbu et on est partis en laissant un bonhomme chaton en train d’expliquer à sa grand-mère comment il avait fabriqué des lettres avec des perles à repasser et qu’il fallait brancher le fer et qu’on faisait ce geste-là pour repasser et que c’était très chaud alors on pouvait souffler dessus pour refroidir et qu’il avait fait 2 A, un B et un M, et…, et…, et…

Je rapporte cette anecdote, déjà pour ne pas parler que des choses positives (je l’ai déjà dit, ce n’est pas parce qu’on est dans une optique d’éducation non violente que tout est rose tout le temps), mais aussi car elle m’a fait constater ou (re)prendre conscience de plusieurs choses que je mets un peu en vrac :

– C’est pas toujours facile d’être parent. ^^
– J’aurais été beaucoup plus mal à l’aise dans le même contexte il y a 1 ou 2 ans ; je suis plus sûre de moi maintenant, et de leur côté mes parents commencent à connaître la bête. 😛
– Je me demande bien comment font les parents qui ont plusieurs enfants lorsque tous crisent en même temps, ou du moins lorsqu’il y a plus d’enfants en crise que de parent(s) disponible(s), et je leur tire mon chapeau quand ils arrivent à rester zen.
– Si quelqu’un ne nous connaissant pas s’était trouvé là pendant l’heure qu’a duré la crise, il aurait sans doute conclu que Fiston était un petit monstre (ah, ces parents laxistes qui en font un enfant-roi !). Si ce même individu hypothétique s’était trouvé là pendant l’heure qui a suivi, il aurait pensé que Fiston était un petit ange (oh, qu’il est bien élevé et mignon, cet enfant !). Rien n’est jamais tout noir ou tout blanc (je sais, ce n’est pas très original comme pensée, mais j’assume.)
– 1 heure, c’est long ! J’ai peut-être raté quelque chose à (ne pas) dire ou à (ne pas) faire, qui aurait arrangé la situation plus rapidement. Je ne sais pas. Ce n’est pas toujours évident de savoir comment l’aider, Fiston. J’adorerais qu’il se jette à mon cou dans ces cas-là, même pour pleurer pendant 1h, mais c’est rarement au programme.
– Ça n’a été agréable pour personne pendant cette heure-là : pour Fiston, évidemment, qui était dans tous ses états ; pour moi qui étais pas mal fatiguée à la fin, quand même, et qui n’ai pas pu discuter avec mes parents alors que j’avais plein de choses que je voulais voir avec eux ; pour son père qui pensait jouer avec lui pendant une bonne heure et qui finalement ne l’a vu que 15 minutes ; pour ses grands-parents qui s’attendaient à une arrivée en fanfare et qui se sont retrouvés avec leur gendre en attendant que le démon qui s’était emparé de leur petit-fils veuille bien aller posséder quelqu’un d’autre ^^.
Je sais comment certaines personnes de ma connaissance auraient réagi dans une telle situation avec leurs enfants : baffe ou fessée, ou les 2, au coin et voilà, ta gueule, on ne veut pas t’entendre, et si tu n’es pas calmé quand il est l’heure de partir pour nous on part quand même. Ça aurait peut-être duré moins longtemps, du coup. Été moins éprouvant pour certains. Possible. Mais à quel prix ?
Oui, c’était long, 1 heure. Mais au moins quand on est partis, on était tous en paix les uns avec les autres. J’étais heureuse que Fiston aille mieux, il était heureux que le problème soit fini et il avait fait un effort en ce sens dès qu’il en avait été mentalement capable, il a vu que je ne lui en voulais pas, que je ne le laissais pas tout seul face à ce mal-être qu’il ne contrôlait pas, personne n’a été humilié, ses grands-parents ont eu l’intelligence de se taire quand il le fallait et de passer à autre chose ensuite, le Barbu a été présent dès qu’il l’a pu, sans rancune envers le temps gâché. Et une fois que Fiston m’a dit que c’était passé, l’incident était clos pour tout le monde, on a pu passer 10 minutes joyeuses tous ensemble et sans arrière-pensées, sans sentiments refoulés. Le Barbu et moi sommes partis l’esprit tranquille, et on a pu bien profiter de notre soirée.

Quant à moi, la prochaine fois, je l’amènerai plus tôt ! ^^

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  1. wow comme ça me parle! Coco est comme ça en ce moment, presque chaque jour, pour une broutille il pète un boulon… pas d’excuse compréhensible comme ce que tu dis (je l’ai vécu aussi bien sur ^^) Pas toujours simple, surtout qu’il n’a qu’un mot à la bouche « pu**** » …. hum d’où ça lui vient?? hum hum…
    Et pour te rassurer, en général mes 2 loustics ne font pas leur crise en même temps! 😀

  2. C’est bien la peine de pas les mettre à l’école pour qu’ils apprennent ce genre de vocabulaire, hein ^^
    (j’ai du bol pour le moment, je n’ai jamais vraiment surveillé mon langage devant Fiston mais les m… et autres put…, il ne les répète pas… Pourvou que ça doure !)
    Je suis rassurée pour toi s’ils ne font pas leur crise en même temps 🙂
    On a eu une journée assez duraille avec Fiston ce w-e, encore. Fatigue de sa part (lever 2h plus tôt) + on l’avait emmené dans un endroit qu’il n’a pas apprécié (salon du livre, tenu de stand pendant + de 5h), et je me suis rendu compte après-coup que le pb était surtout lié à ma déception qu’on n’ait pas passé tous les 3 ensemble le bon moment que j’espérais. Grosse crise le soir, encore une le lendemain matin (que j’ai hyper mal gérée au début, pfff :/ même si j’ai rattrapé le coup) et ensuite tout est rentré dans l’ordre. Ouf.

  3. En te lisant je sourie. Je revois ma Lutine (3ans 1/2), à qui j’apprends la communication bienveillante et qui elle aussi m’annonce les fins de crises… De manière tout aussi spontanée. Elle m’apprend la transition en légèreté une fois l’émotion exprimée vidée. J’adore!

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