Mesurer ne fait pas grandir

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J’en suis bien convaincue, farouche opposante que je suis aux systèmes de notes, évaluations et cie.

Je connais une jeune fille qui vient de changer d’école. Elle avait de très mauvaises notes dans la précédente et, d’après ce que j’ai compris, dans le nouveau collège le niveau global est beaucoup plus bas, ce qui fait que ses notes à elle ont remonté en flèche et qu’elle fait même figure d’intello. Elle est ravie, et ses parents aussi.

Bien. C’est super que tout le monde soit ravi. Mais si on réfléchissait 2 secondes ? Elle n’a pas progressé, son « niveau » est resté identique, peut-être même a-t-il baissé, allez savoir. Elle ne sait pas plus de choses qu’avant. Ce sont juste les notes qui ont monté, et sa position par rapport aux autres (qui ne sont pas les mêmes que les autres d’avant). Mais elle, la jeune fille, est toujours exactement la même que celle de l’an dernier. Quelque chose d’aussi subjectif qu’une note (vous connaissez la constante macabre ?) l’a fait devenir une autre dans son esprit et dans celui de ses parents.

Voilà ce que je me suis dit en apprenant la nouvelle, vers la fin du mois de septembre. Cela ne faisait que me conforter dans mon opinion sur les notes et les classements, sur les mesures en général, et je me croyais vraiment à l’abri de tout cela avec Fiston (par exemple, quand on me demande combien il mesure, je réponds que je n’en sais rien, ce qui est vrai).

Sauf que.

Il y a 1 ou 2 semaines, nous avons fait notre première balade à 3 en 2 roues. Fiston sur sa draisienne, le Barbu et moi sur nos vélos. C’était absolument génial, j’en reparlerai, et surtout Fiston nous a épatés par sa vitesse et son endurance : à vue de nez, nous avions fait un tour de 5-6 km. C’était déjà une mesure, et j’en ai fièrement fait part à mes parents, la voisine. Mais ça ne m’a pas suffi. Il a fallu que je regarde sur Google Maps. Et lorsque j’ai constaté qu’en fait c’était plutôt dans les 7,5 km, il a fallu que je rectifie auprès de mes parents et de la voisine. Auprès du Barbu. Et moi-même, je me suis sentie plus impressionnée de savoir qu’on avait fait 7,5 km en 1h30 avec une bonne pause pour le goûter que 5 ou 6 km pendant le même laps de temps.
Pourtant ça n’a pas changé notre balade. Ça ne l’a pas rallongée. Ça ne l’a pas rendue meilleure. Elle était déjà faite, et j’en avais savouré chaque instant. Qu’est-ce que ça peut bien me faire que la distance qu’on a parcourue à 6 roues soit de 5 ou de 7 km ?

Expérience personnelle d’un côté, chiffrage d’un logiciel de cartographie de l’autre : force m’est de constater que je ne suis pas aussi guérie des mesures que je le croyais.
Finalement, je comprends la jeune fille et ses parents. Et je suis en colère d’être encore sous l’emprise de ce culte du chiffre.

Mesurer ne fait pas grandir, bordel !

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