Range tes affaires !

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C’est la pagaille, on n’en peut plus. Range tes affaires !

Quel parent n’a jamais crisé sur le problème du rangement ? Si en plus lui-même ou elle-même n’est pas une fée du logis, se joint à l’énervement de ne plus pouvoir marcher sans écrabouiller un jouet ou glisser sur un stylo une certaine culpabilité. C’est ma faute, je ne lui ai pas donné le bon exemple. Et une appréhension quant à l’avenir. Il va devenir aussi bordélique que moi.

En fait, dans certains cas, le parent ne demande pas tant à l’enfant de ranger physiquement que de le rassurer.

Pour ma part, je suis bordélique, mais vraiment. Au point que le Barbu, lui-même bordélique quand je l’ai connu, en devient régulièrement agacé. Cependant, comme tous les bordéliques que je connais, je suis parfois prise d’une frénésie de rangement. Le Barbu aussi. Fiston aussi. Malheureusement, on est rarement synchro (priez pour nous), et quoi de plus agaçant que de voir les 2 m2 qu’on avait péniblement réussi à dégager en 5h envahis en 3 secondes ?

Du point de vue de l’éducation que l’on a choisie, le « range tes affaires » sans plus d’explications n’est pas autorisé.

Exemples théoriques.

  • L’enfant ne range pas sa chambre, et il ne demande pas à ses parents d’y venir (pour le coucher, par ex). Si l’enfant n’est pas dérangé par son bordel, le parent n’a finalement aucune légitimité à lui ordonner de ranger ses affaires, du moment qu’il ne comporte pas de denrées alimentaires qui déclencheraient une invasion de fourmis ou autre problème susceptible de gêner réellement le parent.
    (Petite parenthèse ici, pour parler d’une résolution de conflit entre une mère et sa fille adolescente, rapportée dans Parents efficaces (Tom Gordon), livre que je vous conseille, à propos du rangement de la chambre de la jeune fille. Cela posait un problème à la mère que la chambre de la jeune fille ne soit jamais rangée, en fait cela la rendait folle ; mais sa fille lui opposait avec raison que le problème ne la concernait pas, s’agissant de sa chambre à elle qui, de son côté, en avait plus qu’assez d’avoir tout le temps sa mère en train de la harceler à ce sujet. Après discussion où chacune exprima ses besoins, la jeune fille trouva une solution que la mère accepta avec empressement. Ce serait la mère qui rangerait sa chambre 2 fois par semaine, puisque c’était elle à qui le désordre posait problème. En échange, la jeune fille cuisinerait pour la famille 2 soirs par semaine également. La mère était ainsi assurée que la chambre serait rangée régulièrement et à son idée. La jeune fille, qui n’avait rien contre le fait que sa chambre soit rangée, au contraire, du moment que ce n’était pas par elle, et qui comptait travailler dans la restauration, pourrait s’entraîner régulièrement. La mère, n’aimant pas spécialement cuisiner, était ravie.
    Je ne sais pas vous, mais j’adore cet exemple de gagnant-gagnant.)
  • L’enfant ne range pas sa chambre, mais il réclame que ses parents y viennent régulièrement. Ces derniers, un chouia agacés de trébucher tous les 3 pas sur des briques Lego dès qu’ils passent la porte, sont en droit de lui demander de ranger cette pièce (à la mesure de ses possibilités selon son âge). Sinon ils n’y viendront plus.
  • L’enfant met des jouets partout dans le salon. Si cela occasionne une gêne pour les autres, il est légitime de demander à l’enfant de ranger. Certains parents partent du principe que les jouets doivent rester dans la chambre, point. C’est un avis que je ne partage pas du tout. Le salon est la pièce de vie commune par excellence : pourquoi les adultes auraient-ils le droit d’y mettre leurs affaires et pas les enfants ? Pour moi, cela devient problématique à partir du moment où cela gêne physiquement la circulation ou l’utilisation des meubles.

Alors, partons du principe que l’enfant est prié de ranger le bordel qu’il a mis, mais il refuse. Que faire ?

Il y a quelques jours, Fiston avait trouvé très drôle de balancer un paquet de jouets sur le canapé. Il faisait « une petite maison pour les pieds ». Admettons. C’est vrai que c’est rigolo, quand on y pense. Vous n’aimeriez pas vous permettre ça, vous, sans penser au rangement qui va suivre ? Moi si. Mais du coup le canapé était impraticable pour plus gros qu’un chat ou qu’un Fiston (et pas les 2 en même temps).
Pendant 2 jours, Fiston a refusé de ranger ou de participer au rangement. Mais pendant 2 jours également, chaque fois qu’il se mettait sur le canapé et nous demandait de venir à côté de lui, la réponse était « non » car il n’y avait plus de place. Et non, je n’allais pas m’asseoir sur l’accoudoir, je tiens à mon confort. Et non, je n’allais pas ranger son bordel à sa place, faut pas pousser maman sur le canapé.
Au bout de 2 jours, l’envie de partager des moments avec nous sur le canapé a été plus forte que l’envie de nous embêter (ou pas, d’ailleurs, je pense juste qu’il trouvait ça rigolo).
Bref, il était d’accord pour ranger, mais découragé par l’ampleur de la tâche. Quand on a 3 ans, s’attaquer à une pile de jouets plus grosse que soi, c’est assez intimidant : on doit penser qu’on ne va jamais y arriver et ne pas savoir par où commencer. Un peu comme lorsqu’on se retrouve devant un évier plein de vaisselle sale, et qu’on procrastine en pensant en avoir pour des heures. En fait, on en a tous fait l’expérience, une fois qu’on est dans le bain, c’est rare que ça prenne plus de 10 minutes.
(Et en parlant de bain, pour les hyper bordéliques qui procrastinent plus que raisonnable, si vous vous retrouvez avec trop de vaisselle pour l’évier, mettez-la dans la baignoire ! Un coup de liquide vaisselle et on envoie l’eau chaude à la douchette. Testé pour vous.)

Pour en revenir à Fiston, je lui ai proposé de l’aider, en lui offrant le choix entre 2 façons de faire ; on a très rapidement tout « rangé » (c’est-à-dire tout rebalancé dans le carton d’où ça sortait) dans la bonne humeur. Et les 2 fois où j’ai empiété, l’air de rien, sur son rôle, il a râlé. Pas de perdant, c’est lui qui avait décidé de ranger.
Et surtout il a pu constater par lui-même, expérience irremplaçable, que quand c’est le bordel, ça finit par être embêtant.
Avec un peu de chance, ça rentrera plus vite dans sa caboche que dans la mienne.

En tout cas c’était bien rentré d’une certaine façon, puisque le lendemain, il s’est remis à tout balancer, mais cette fois par terre, entre le canapé et la table basse. Ha. Bien embêtée j’étais. Ça ne m’empêchait pas de circuler, ni de m’asseoir sur le canapé, ni d’utiliser la table. En fait, d’un point de vue purement pratique, ça ne gênait personne.
C’est là qu’on voit que l’éducation n’est pas une science exacte.
J’étais super énervée de voir ça, surtout que le Barbu avait nettoyé par terre peu de temps auparavant. Ma réaction a été vraiment très limite chantage, je pense. Pas complètement, mais pas loin. Quand Fiston m’a demandé de jouer avec lui, j’ai dit niet, pas tant que ça ne serait pas dégagé par terre, parce que ça m’énervait trop de voir ça et du coup je n’étais pas d’humeur à jouer. Ce qui était vrai (et je ne joue pas systématiquement avec Fiston. Parfois je suis fatiguée, occupée à autre chose, ou j’ai juste vraiment pas envie, sans raison particulière). Mais ce genre d’argument est dangereux, je trouve, car on peut l’étendre à tout et n’importe quoi en gardant exactement la même formulation. Tu ne veux pas ranger ? je ne joue pas avec toi. Tu ne veux pas dormir ? Je ne joue pas avec toi. Tu ne veux pas monter dans la brouette ? Je ne joue pas avec toi.
D’ailleurs il a rangé très vite. Et moi je me suis dit que la prochaine fois, au lieu d’en arriver là, je l’empêcherai de mettre le boxon – ce que j’aurais pu faire, mais j’étais trop occupée à m’autocongratuler sur la résolution du problème précédent (bordel sur le canapé) et ça me piquait dans ma fierté de m’avouer que bon, là, peut-être, il fallait faire autrement et intervenir en amont.

Cela dit, quand on y réfléchit, tous les jouets en question proviennent d’une caisse que je dois monter dans la salle de jeux. Depuis quoi, 2 semaines ? Au moins. Ceux qui sont dans son étagère, il les range.
Alors, la solution, elle est simple.

Mais pourquoi diable est-ce que j’oublie toujours de monter cette fichue caisse ?

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  1. Salut. La façon dont tu éduques Fiston m’a l’air formidable, mais je me posais une question. T’arrive-t-il de le faire garder par un adulte autre que ton compagnon? Comment faire si on doit confier son enfant à un adulte, il risque de ne pas comprendre quand il va recevoir des ordres et si ça marche au baton et à la carotte (même juste un peu).

  2. Oui, cela m’arrive. Effectivement, les ordres arbitraires / sans explications, ça ne marche pas sur Fiston. Je l’ai vu encore il n’y a pas si longtemps, réunion de famille chez mes parents, Fiston à un moment se met à pousser une chaise, qui ne faisait aucun bruit, il n’y avait personne devant, bref, pas de gêne provoquée évidente. Un de mes frères lui a dit « non, arrête ! », et Fiston l’a regardé d’un air vide… tout en continuant. Rebelote, en se fâchant « je t’ai dit d’arrêter ! » et là je suis intervenue.
    Disons que je ne confierais pas Fiston à mes frères. ^^
    Après, il est gardé de temps en temps par une voisine, qui a à peu près la même vision de l’éducation que moi donc avec elle je suis tranquille (elle va me manquer, elle, quand je déménagerai !)
    Et il est aussi très souvent chez mes parents, qui pour le coup n’ont pas la même vision des choses que moi. On s’est mis d’accord sur ce qui était l’essentiel pour moi (pas de tape, pas de punition), il a fallu un peu de temps pour qu’à la fois ils comprennent et qu’ils ne se sentent pas jugés en tant que mes parents, et pour le reste, ma foi, ça se passe bien, il s’adapte. Je reste vigilante, de temps en temps je recadre une ou deux choses, mais à la fois je lui fais confiance (bon, en plus ses grands-parents l’adorent complètement) et je me dis aussi que sa relation avec eux est très différente de celle qu’il a avec moi mais tout aussi valable et enrichissante. Et je n’y mets pas trop le nez non plus, faut que ça reste sa relation à lui. Tant qu’il demande à y retourner, tant que son comportement après avoir été chez eux reste le même, et tant que mes parents demandent toujours à le garder, je considère que c’est bon.

  3. Pingback: Elever nos enfants | Pearltrees

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